Sugar Baby - Tome 2

Eva Dupea · Chapitre 18 sur 75

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Sugar Baby - Tome 2

Chapitre 16

 

 

C’était une conversation brève, mais lorsque je raccroche je sens que l’atmosphère n’est plus du tout la même. Je tente d’échanger un regard avec Ethan, mais il s’empare de son T-shirt et l’enfile. Décontenancée, je mets mon téléphone en mode silencieux, et je range celui-ci dans mon sac à main. Il est à présent assis sur le bord de son lit et il me tourne le dos. Tout en approchant, je lui demande :

— Quelque chose ne va pas ?

— Je pense que ce n’était pas une bonne idée…, répond-il sans me regarder.

— Tu m’en veux parce que j’ai répondu à mon père ?

— Bien sûr que non, réplique-t-il en levant enfin les yeux sur moi.

— Alors pourquoi n’as-tu soudainement plus envie ?

— J’en ai toujours envie, mais je ne peux pas. Je m’interroge… Dans quelques mois, nous prendrons sans doute des chemins différents. Je ne couche pas avec n’importe qui. Si je le fais, c’est parce que j’aime bien la personne, et que j’imagine poursuivre mon chemin avec elle. Si dès le début nos routes sont censées se séparer, je pense qu’il est préférable de ne pas se faire inutilement du mal.

Je ne m’attendais pas à ce que cette discussion devienne aussi sérieuse. Si j’ai bien compris ses sous-entendus, il m’aime bien. Si vite ?

— Je ne comprends pas, Ethan… Nous n’avons passé qu’une seule journée ensemble, tu ne vas pas me dire que cela ait suffi pour que tu te sois attaché à moi…

— C’est bien ça le problème, Mia. Toi, tu ne te souviens que d’hier et d’aujourd’hui. Moi, je me souviens de chaque instant passé avec toi, depuis le jour où je t’ai rencontrée. Cela fait quatre ans que j’attendais un rapprochement entre nous, mais tu étais toujours trop occupée, et tu semblais sans cesse ailleurs. Alors, je n’ai pas osé te le dire. Et puis, tu as envoyé ce texto pour que l’on se voie…

Soudain, je comprends qu’il s’intéresse à moi depuis le début. Le temps a passé, et pendant qu’Ethan devenait pour moi un ami, lui, il tombait amoureux de moi. Je reste sans voix.

— Je ne sais pas quoi te dire, Ethan…

— Il n’y a rien à dire. Moi, je t’aime bien, et j’ai envie que ce soit sérieux entre nous. Toi, tu apprends seulement à me connaître. Si l’on doit être séparés dans quelques mois…

Il ne termine pas sa phrase, et moi, je ne sais pas ce que je dois lui répondre. Il a tout dit, et je ne peux que confirmer sa pensée. Malgré tout, j’ai un pincement au cœur. Même si nous sommes destinés à être éloignés, je souhaite le connaître davantage, et pourquoi pas prendre le risque d’aimer à nouveau. Pourtant, je ne lui fais pas part de ce désir. Ethan semble définitivement fermé à la conversation, quant à moi, je suis mal à l’aise. Je pose brièvement ma main sur la sienne, comme pour le soutenir dans cette décision qui n’appartient qu’à lui, et je m’éloigne du lit.

— J’ai encore pas mal de cours à réviser, et il est temps que je pense à l’écriture de mes deux morceaux pour les auditions… Je vais rentrer, dis-je en m’emparant de mon manteau.

— Tu m’en veux ? demande-t-il en se levant.

— Non, je m’en veux à moi-même de ne pas avoir remarqué la présence d’un mec génial à mes côtés, ces dernières années. Si je n’avais pas été aussi distraite, je pense que nous serions à une égalité parfaite au niveau des sentiments, réponds-je en m’emparant de mon sac.

— Mia…

— On se voit demain, Ethan…

Un dernier sourire pour cacher ma déception, et je sors de la chambre. Je marche vite, pour que personne ne me voie errer dans ce secteur de l’établissement, réservé aux internes, et pour m’éloigner de cette chambre, où j’étais à deux doigts de m’envoyer en l’air. Pour une fois que je décide de me décoincer, il faut que je tombe sur un mec avec des principes et un cœur gros comme ça. Je sentais qu’il attendait que je le rassure. Mais que pouvais-je bien lui répondre ? Aurais-je dû lui mentir, en lui promettant que nous ne nous éloignerons jamais ? Aurais-je dû lui dire que je l’aimerais un jour ? Comment pourrais-je dire une telle chose, alors que mon cœur saigne encore ?

C’est à nouveau le bordel dans ma tête. Tout s’emmêle, se démêle, et ça s’entortille à nouveau. Mon cerveau n’est plus qu’un sac de nœuds composé de pensées absurdes et de doutes. En marchant en direction de l’appartement, j’ai maintes fois envie de faire demi-tour et de courir lui dire les mots qu’il a envie d’entendre, mais je n’y parviens pas. La nuit est tombée sur New York, mais il fait moins sombre sur la ville que dans mon cœur. Pourtant ce dernier n’a pas fini de subir. Alors que j’approche de l’immeuble, et que je constate l’absence de James, un klaxon retentit.

Mes yeux se dirigent vers la voiture garée devant l’entrée, et tout à coup mon corps et mon cerveau ne répondent plus. Je connais bien cette Mustang, je la reconnaîtrais entre mille. C’est dans cette voiture que j’ai cru mourir le soir de Noël, il y a trois ans. C’est ce bolide qui s’est éloigné de moi, me laissant seule au beau milieu de nulle part. Quand la portière s’ouvre, et qu’il apparaît plus beau que jamais, mon cœur éclate en un million de morceaux, qui viennent tous se planter dans mon âme pour me rappeler toute la douleur qu’il m’a infligée. Les émotions qui me traversent sont contradictoires. J’ai à peine croisé son regard que mon corps a besoin de sentir le sien. Mais cette fois je ne cède pas. Car si mon corps est amnésique mon cœur n’a aucun trouble de la mémoire.

— Bonsoir, Mia, je peux te parler ? demande-t-il en s’approchant.

— Laisse-moi tranquille, réponds-je en tentant de m’éloigner de lui.

Sans lui accorder une once d’importance, je file vers l’entrée de l’immeuble, mais soudain ses doigts saisissent mon poignet.

— Lâche-moi ! crié-je, en me dégageant de son emprise.

Soudain, il affiche un rictus douloureux. Mes yeux se posent un court instant sur sa main recouverte d’une attelle en forme de mitaine. Un bref instant, je me demande ce qu’il lui est arrivé, et puis je me souviens de qui est Adam. Un mec incapable de contrôler ses démons.

— Qui était ta victime, cette fois ? Un pauvre gars dans un bar ? demandé-je rageusement.

— Mia, je sais que tu m’en veux, mais je souhaite juste discuter, dit-il en évitant mes questions.

— Moi, je n’en ai aucune envie. T’en vouloir est un faible mot, je te déteste, Adam !

Je tourne les talons, et avec l’espoir qu’il me laisse tranquille je m’éloigne. C’est alors que sa voix retentit, et qu’il me fait redevenir celle que je suis lorsqu’il se trouve dans mon espace.

— C’est faux ! lâche-t-il, la voix teintée d’une fierté qui me fait vriller.

— Quoi ? demandé-je en me retournant.

— Tu sais très bien que c’est faux. Tu ne me détestes pas. Tu ne pourras jamais…

En me voyant venir vers lui, il cesse de parler. Je n’ai plus la force de l’écouter se vanter de son incroyable pouvoir de séduction. Il est si égocentrique qu’il pense que je serais assez bête pour retomber dans son petit jeu malsain. Il me prend vraiment pour une conne sans cervelle ! Je ne mesure peut-être qu’un petit mètre soixante-cinq, mais je parviens à le gifler.

— Ça, c’est pour avoir mis ma vie en danger, pour m’avoir laissée comme un chien sur le bord de la route, pour m’avoir payée comme une pute, et pour oser penser que je suis assez bête pour nourrir encore des sentiments pour toi après tout ce temps ! La seule chose que je ressens à ton égard, c’est du dégoût, et de la pitié. Tu avais raison, tu n’es pas quelqu’un de bien. Je ne dis pas ça parce que tu te dis coupable de la mort de ton frère, non, ça, ce n’était qu’un malencontreux accident. Tu n’y peux rien, si le destin a voulu que ton frère meure cette nuit-là, mais tu es responsable de ce que toi tu es devenu en survivant à cet accident. Maintenant, casse-toi de mon existence !

— Elle est méritée, dit-il en massant le bas de sa joue de sa main blessée. Je te laisserai tranquille, si c’est réellement ton souhait, mais avant, tu dois écouter ce que j’ai à te dire…

— Non. C’est si difficile à comprendre ? Non ! Je ne veux pas t’écouter.

— Mia, j’ai besoin de toi…

— Je rêve…

Soudain, un taxi se gare devant l’immeuble. Je me sens prise au piège. Si je tente de rentrer à l’appartement, il va me suivre. Ce véhicule est comme une sortie de secours que le ciel m’envoie. Je pousse Adam, je cours vers la voiture et m’engouffre dedans. Sans perdre une minute, je demande au chauffeur de démarrer immédiatement. Le feu à l’angle de la rue est encore vert, il ne va pas tarder à passer au rouge. Sans grande surprise, Adam se précipite vers sa voiture pour me suivre.

— Dépêchez-vous ! lancé-je au chauffeur.

— Je veux bien, mais où dois-je vous conduire ?

— À la Manhattan School of Music…

Je ne vois que cet endroit pour me mettre à l’abri de l’emprise qu’Adam a encore sur moi. Mon taxi tourne à droite, juste avant que le feu passe au rouge, incitant Adam à s’arrêter. Heureusement pour moi, mon chauffeur est un adepte du non-respect des règles de sécurité routière. Revoir Adam est un choc auquel j’ai du mal à faire face. La douleur est de retour, tout comme la peur. La peur de ne pas l’oublier. J’ai à la fois envie de hurler et de pleurer. Quand j’aperçois la MSM, je sors le premier billet que je trouve dans mon sac, et je le tends au chauffeur. Vingt dollars, alors que cette course n’en vaut que dix. Peu importe, je n’ai pas de temps à perdre.

Je sors de l’habitacle, et je cours vers le seul lieu où Adam ne peut pas venir m’importuner. Je croise quelques élèves qui reviennent de l’auditorium, et d’autres qui fument leur cigarette à l’extérieur, après avoir dîné à la cafétéria. Personne n’ignore que je ne suis pas interne, mais tout le monde s’en moque. Il n’est pas rare que des externes rendent visite aux internes dans l’espace qui leur est réservé. Je traverse le campus, et je rejoins la résidence, où se trouve l’aile des garçons. C’est drôle, car j’y croise pas mal de filles. Je baisse la tête, et je marche aussi vite que possible. Je me moque que l’on me reconnaisse, je veux juste dissimuler les pleurs que je tente de refouler.

Je bifurque dans un couloir où il n’y a personne. Il semblerait que les élèves les plus studieux et les plus calmes aient élu domicile dans ce coin de la résidence. Je m’immobilise face à la porte de la chambre d’Ethan. Nous nous sommes quittés sur une note négative, et me voici de retour, sans que je sache quoi lui dire. Je m’apprête à frapper, quand soudain la porte s’ouvre. Surpris, nous restons un instant à nous regarder sans rien dire. Le pauvre… Il doit croire que je suis revenue pour lui. Le regard qu’il pose sur moi est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Je fonds en larmes…

— Hé, qu’est-ce qu’il se passe ?

— Est-ce que je peux entrer ? demandé-je en essuyant mes pleurs.

Il pose la main sur mon épaule, et sans rien répondre il me fait entrer dans sa chambre. La porte se referme, me mettant définitivement à l’abri de celui que je veux oublier à tout jamais. Ethan continue de me regarder avec tendresse, et cela me fait pleurer de plus belle. Tout en me demandant à nouveau ce qu’il m’arrive, il m’enlace tout contre lui. Sa douceur et sa gentillesse me réconfortent. Je veux être aimée par un homme comme lui, et je veux aimer un homme comme lui. Je ne veux plus rien ressentir pour Adam. Je veux qu’il disparaisse, comme s’il n’avait jamais existé.

— C’est à cause de moi si tu pleures ?

Étrangement, cette question me fait rire. Je laisse ma subite hilarité se calmer, et je réponds :

— Pas du tout. Toi, tu es plutôt celui qui m’a rendu le sourire.

— Je ne comprends pas ?

— Pour tout te dire, ma dernière rupture ne s’est pas si bien passée que ça. J’ai plutôt douillé, si tu vois ce que je veux dire…

— Qu’est-ce que je viens faire dans cette histoire ?

— Tu me fais du bien…, avoué-je, les yeux embués de larmes.

— Oh…, lâche-t-il, visiblement surpris.

— Jusqu’à présent, ma vie sentimentale est un véritable fiasco. Alors, pour tout te dire, j’ai peur de ne plus pouvoir aimer.

— Ça, c’est impossible. Tu n’as pas peur de ne plus pouvoir aimer. Tu as peur de donner à nouveau ta confiance. Si ça peut te rassurer, tu peux me faire confiance. Peu importe que je sois un simple ami, ou plus à tes yeux, je suis là pour toi.

— Merci, réponds-je en me lovant contre lui.

— Mais dis-moi… Je pensais que tu n’avais rencontré personne depuis que tu es ici, me fait-il remarquer.

— C’était la première année, et ça n’a pas duré longtemps. C’est du passé, maintenant.

— Quand je te vois si triste, j’ai l’impression que cela vient juste de se produire, rétorque-t-il, en déposant un baiser sur mon front.

Ses bras m’encerclent, comme pour me protéger de tout ce qui pourrait me faire du mal. C’est tellement réconfortant de sentir son étreinte. Je suis bien avec lui, et je suis déçue que nous nous empêchions d’aller plus loin. J’avais déjà envie d’Ethan, mais revoir Adam a provoqué une réaction qui me pousse à m’éloigner de lui par tous les moyens. Il est le dernier homme à avoir touché mon corps. Le dernier homme qui m’a vue nue. Le dernier homme à qui j’ai bêtement donné mon cœur. Je ne veux plus qu’Adam soit le dernier. Je veux qu’il devienne un homme parmi tant d’autres.

Timidement, je caresse le dos d’Ethan et je relève la tête. Il me sourit. Il me sourit toujours… Depuis que je le connais, je ne l’ai pas vu une seule fois de mauvaise humeur. Lui, il est tout ce que j’aime, tout ce dont j’ai besoin. Sans plaider ma cause, je pose mes lèvres sur les siennes. Nos bouches s’entrouvrent lentement. Nos langues se rencontrent avec un soupçon d’hésitation. Je me risque à glisser mes mains sous son T-shirt, pour sentir la peau chaude de son dos sous mes doigts. Je sais qu’il va certainement me freiner dans mon élan, mais tant pis, je prends ce qu’il y a à prendre.

Mais soudain Ethan oublie nos ambitions, et la distance qu’elles installeront entre nous. Nos vêtements tombent à nouveau, mais cette fois rien ne nous arrête, pas même les voix que nous entendons dans le couloir. C’est terminé, plus jamais Adam n’aura d’emprise sur moi, mon cœur ou mon corps. À ce moment précis, je sais qu’Ethan est tout ce dont j’ai besoin. Je n’ai pas envie de penser à l’après, à notre potentielle séparation, ou à toute autre chose. Je ne veux penser qu’à cet instant présent, à mon plaisir, et faire taire cette petite voix qui ne cesse de me répéter : « Tu ne l’oublieras jamais… »

Ethan s’assied sur le bord de son lit, et me tend la main. Je m’empare de celle-ci, et j’enjambe son corps. Je ne porte plus que mes sous-vêtements, et lui, son boxer. Sa bouche caresse mon cou de tendres baisers, puis descend jusqu’à ma poitrine, qu’il embrasse en laissant vagabonder son souffle ardent sur mon épiderme. Pendant ce temps, il dégrafe mon soutien-gorge, qu’il retire tout en plongeant ses yeux dans les miens. Ses mains saisissent mes seins, je ferme les yeux pour me délecter de sa bouche qui suce à présent l’un de mes mamelons. Cette sensation est divine, et elle m’a tant manqué.

Il me fait basculer sur le lit. Je suis sur le dos, à sa merci. Je peux déceler son érection à travers son boxer, et cela me donne envie de ne perdre aucune seconde. Malgré tout, je contiens cette violente pulsion, le laissant découvrir mon corps, et faire ses preuves. Quelques baisers sur mes seins, puis sur mon ventre. Ses mains habiles font glisser ma culotte le long de mes jambes. Je frissonne, pourtant, je brûle. Mes doigts se perdent dans ses cheveux, quand son visage disparaît entre mes cuisses. Sa langue se faufile entre mes lèvres pour jouer avec mon clitoris, mais je ne suis soulagée que lorsqu’il me pénètre avec ses doigts.

J’étouffe un petit cri, et j’agrippe la housse de couette. Ce plaisir est fugace, et il ne me mène pas à l’orgasme, mais c’est bien assez pour moi, qui n’attends qu’une seule chose : qu’il entre en moi. Ma patience est arrivée à son terme. Ma respiration trahit mon excitation. Alors qu’il se redresse et qu’il essuie sa bouche, je baisse son boxer et je l’incite à s’allonger sur moi. Je ne sens pas le poids de son corps, je suis bien trop concentrée sur son sexe qui frôle ma cuisse, avant de se frayer un chemin jusqu’à mon intimité. C’est alors qu’il prend mon visage entre ses mains, et qu’il dépose un doux baiser sur ma bouche.

— Tu es si belle…, lâche-t-il, sans quitter mes lèvres.

— Prends-moi, réponds-je dans un souffle qui se mêle au sien.

Il ouvre le tiroir de son chevet et en sort un préservatif. Sans oser me regarder, il l’enfile, et tout aussi timidement il revient entre mes cuisses.

Doucement, il cède à cette tentation qu’il se refusait encore tout à l’heure. Dans un léger mouvement de bassin, il entre en moi. J’exerce une pression sur son fessier pour qu’il s’enfonce encore plus profondément, puis je le laisse prendre possession de mon corps. C’est si bon, mais si différent de ce que j’ai connu. Le plaisir est présent, mais l’extase se fait attendre. Malgré tout, je me sens bien, et en confiance auprès d’Ethan. Il est délicat, attentionné, et il est plutôt doué en la matière. Seul problème : son manque d’initiative.

Tout à coup, il s’arrête. J’en conclus qu’il désire changer de position. Voyant qu’il me regarde sans savoir comment aborder la chose, je ris en le poussant sur le lit. C’est à mon tour d’être au-dessus de lui. Ses yeux semblent accaparés par mes seins, mais quand je m’empare de sa queue, et que je l’amène en moi, tout en la caressant, il perd le contrôle. Ses paupières se ferment. Des râles de plaisir s’échappent de sa gorge. J’ondule encore et encore sur son membre tendu et prêt à se délivrer. C’est bon, mais je suis loin de l’orgasme. Et si ce soir j’ai besoin de quelque chose, c’est bien d’être emportée par la petite mort.

J’ignore pour quelle raison, mais j’efface le visage d’Ethan en fermant les yeux. Je m’allonge sur lui, et je prends sa bouche d’assaut. Soudain, il emporte mon corps sous le sien. Je n’ouvre pas les yeux, pour me concentrer sur chacune des sensations qu’il procure à mon corps. Sa langue dans ma bouche, puis sur ma peau. Ses mains qui voyagent sur celle-ci. Son souffle qui se meurt dans mon cou. J’ai l’impression que je suis sur le point de jouir, mais rien ne vient. Rien… Jusqu’à ce que, sous mes paupières closes, les souvenirs du corps d’Adam sur le mien refassent surface. Ce n’est plus Ethan qui me touche, qui m’embrasse et qui me fait l’amour, mais ce fantôme obscur.

J’ignore si Ethan a senti une différence, mais moi, j’ai perdu la raison. Au même instant, ses coups de reins s’intensifient. Cette force se mêle à mes souvenirs, et je suis tout à coup plongée dans un espace-temps où mes pensées se confondent avec la réalité. Chaque mouvement, chaque baiser, chaque coup de reins d’Ethan, plus rien ne lui appartient. Et quand le souvenir d’Adam qui plonge ses yeux azur dans les miens au moment de l’orgasme m’apparaît, mon corps cesse de lutter. Mon cerveau est enfin en accord avec ce dernier. Et alors que les râles discrets d’Ethan retentissent, et que son corps se met à frémir sur le mien, l’orgasme s’empare de moi.

Celui-ci est si particulier que mon cri semble tiré de la douleur, mais il n’en est rien. S’il y a bien une douleur qui sommeille encore en moi, elle n’est pas physique. Je jouis bruyamment, sans réellement pouvoir contrôler cette réaction. Doucement, le plaisir s’atténue, et le silence reprend ses droits. D’ordinaire, après un orgasme, je me sens légère, mais cette fois c’est différent. Le visage d’Adam laisse place à celui d’Ethan, qui me sourit. Je réponds à son sourire, tout en lâchant un soupir. Au fond de moi, je me sens mal, et encore plus lorsqu’il déclare :

— C’était génial…

— C’est vrai, réponds-je.

Je ne lui mens pas, c’était vraiment pas mal. Mais comment pourrais-je me sentir honnête envers lui, alors que j’ai joui en me remémorant mes étreintes avec Adam ?

— Je suis foutu… Maintenant, si je quitte New York, j’aurai vraiment le cœur brisé, avoue-t-il, avant de déposer un baiser sur mes lèvres.

— Alors, ne t’attache pas à moi…

— Tu sais bien que c’est trop tard…

Ethan est adorable, et moi, je suis tellement brisée que j’en deviens une mauvaise personne. Je culpabilise. Ce sentiment ne me quittera-t-il donc jamais ? C’est à peine terminé, que je me demande pourquoi j’ai fait ça. Tandis qu’Ethan délaisse mon corps, et qu’il me demande si je veux manger avec lui à la cafétéria, j’analyse la situation. Mes multiples erreurs m’auront appris une chose : je culpabilise trop, et trop vite. Si j’ai couché avec Ethan, c’est avant tout parce que j’en avais envie. Mais je l’ai également fait pour tirer un trait sur Adam.

Je pensais qu’une fois que j’aurais couché avec un autre il sortirait définitivement de ma tête. Mais non, Adam Davis s’invite dans mon esprit, même lorsque je couche avec un autre. J’accepte de manger avec Ethan, et je retourne à mes pensées. Si je n’avais pas dû songer à Adam pour atteindre l’orgasme, je ne me sentirais pas aussi mal. Qui est le problème ? Adam ? Moi ? Une certitude, Ethan n’y est pour rien. Si je n’avais pas découvert une personne aussi attentionnée en lui, je ne serais certainement pas allongée complètement nue sur son lit. Je lui plais, et même si nos sentiments l’un envers l’autre ne sont pas encore réciproques, il me plaît beaucoup aussi. Pourquoi tout est-il si compliqué ? Pourquoi Adam a-t-il refait surface ? Pourquoi ai-je besoin de lui pour prendre du plaisir ? Pitié… Que j’arrête de me poser toutes ces questions !

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