Sugar Baby - Tome 2
Chapitre 28
Mia
Ce « je t’aime » a été provoqué par l’orgasme, malgré tout il a été prononcé. Ethan ne semble pas être gêné par cette subite avancée dans notre relation. De mon côté, c’est un peu plus compliqué. Je suis mal à l’aise de ne pas avoir su lui répondre la même chose, malgré tout je ne montre rien. Nous n’en reparlons pas, et cela me convient très bien pour l’instant.
Une fois habillés, nous rejoignons la cuisine, où je prépare le petit déjeuner. Cette nuit, Anisha n’est pas rentrée. Sa relation avec Jacob, son sugar daddy, a l’air de prendre de plus en plus de place dans sa vie. C’est une bonne chose pour elle, car elle mérite de trouver quelqu’un de bien, qui saura veiller sur elle, et lui donner l’amour dont elle a tant manqué depuis qu’elle est née. Cependant, je suis déçue qu’Ethan ne puisse pas faire sa connaissance. Je suis curieuse de savoir ce qu’ils vont penser l’un de l’autre. Tant pis, ce sera sans doute pour une prochaine fois.
L’heure est déjà venue pour Ethan de partir. J’ai à nouveau un pincement au cœur. Normalement, je devrais l’accompagner pour rejoindre la MSM, mais je suis obligée de rester cloîtrée ici, à attendre que mon sort soit scellé. La journée s’annonce longue, mais avant que je meure d’ennui je dois me rendre au rendez-vous que m’a fixé Vanda. Selon Anisha, cela ne va pas être facile de lui faire entendre que je souhaite ralentir mon activité. J’ose espérer qu’elle soit compatissante, et d’un autre côté, si je veux rester à New York, j’aurai besoin d’argent.
J’embrasse une dernière fois Ethan avant qu’il ne s’en aille. Il me promet de penser à moi et de m’appeler ce midi. C’est avec une pointe de jalousie que je le regarde disparaître dans l’ascenseur. En refermant la porte, mon regard se pose sur mon étui à violon, et le sac dont je me sers pour me rendre en cours. Aujourd’hui, ils resteront dans l’entrée, et j’ai peu d’espoir que cela change. Je suis morte de peur à l’idée d’être exclue. Comment pourrai-je expliquer mon retour prématuré à mes proches ? Devrai-je encore leur mentir ? Je ne fais que ça…
Soudain, mon téléphone sonne. C’est la MSM ! Le temps semble brusquement s’arrêter, tandis que mon cœur se met à tambouriner dans ma poitrine à toute vitesse. C’est l’heure de vérité. En m’emparant de mon téléphone, je sais déjà les mots que je vais entendre dans quelques secondes. Sans plus aucun espoir, je réponds :
— Allô…
— Mademoiselle Lacroix ?
— Oui.
— C’est M. Hyde. Je souhaiterais vous voir dans mon bureau à 14 heures.
— D’accord…
À l’évidence, il a décidé que cette torture allait durer quelques heures de plus. Je suis folle de rage contre lui. N’est-ce pas assez de me virer ? Je n’ai plus le temps de penser à ça. Il est déjà l’heure que j’aille prendre le métro. Je ne crains pas mon rendez-vous avec Vanda. La seule chose dont j’ai peur, c’est de devoir abandonner New York, mes rêves, et les personnes auxquelles je me suis attachée. Je jette mon téléphone portable dans mon sac à main, et j’enfile mon manteau. Ce matin, le ciel est laiteux, et le thermomètre affiche moins deux degrés. On dirait bien qu’il va neiger. C’est donc emmitouflée dans mon manteau et ma grosse écharpe que je quitte l’appartement.
Ce que je n’avais pas prévu, c’est le temps que j’allais mettre pour rejoindre Staten Island en prenant les transports en commun. Ce n’est que deux heures plus tard que j’arrive enfin à destination, et je dois encore parcourir cinq cents mètres à pied pour gagner l’agence de Vanda. J’ai maintes fois tenté de la joindre, en vain. Lorsque enfin j’arrive à l’agence et que son assistante me voit, ses yeux s’écarquillent. Elle se lève aussitôt et vient précipitamment vers moi.
— Dépêchez-vous ! Vous avez plus d’une heure de retard, et Vanda déteste les retardataires ! déclare-t-elle en m’emmenant vers le long couloir qui mène au bureau de Vanda.
— Je suis désolée, mais j’ai pris le métro, et…
Elle ne me laisse pas terminer. Elle me pousse en direction du couloir, et comme pour me faire comprendre que Vanda n’est pas dans un de ses bons jours, elle me dit :
— Bonne chance…
L’humeur de Vanda ne risque pas de s’arranger après notre entrevue. Certaine que je vais subir sa colère, je frappe à la porte de son bureau. Sa voix m’autorise à entrer. Lorsqu’elle me voit, elle ne m’accueille pas avec un regard glacial et accusateur. À mon grand étonnement, elle m’offre un grand sourire, et lance :
— Mia ! Enfin un visage qui me donne la pêche ! Entre, ma belle.
— Bonjour, Vanda. Pardonnez-moi pour mon retard. J’ignorais que cela prenait autant de temps de venir jusqu’ici en métro.
— En métro ? Laisse-moi deviner… Tu as besoin d’aventures et de sensations fortes ? se moque-t-elle.
Si je lui réponds que j’économise, et qu’il me semble stupide de dépenser mon argent dans un taxi hors de prix, elle va penser que je veux plus de contrats. Alors, je m’abstiens en souriant. Vanda m’invite à prendre place sur le siège en face de son bureau. Je m’assieds, non sans me demander comment je vais bien pouvoir la convaincre de m’accorder plus de temps libre. Elle semble si contente de me voir que, tout à coup, je crains sa réaction.
— Je suis heureuse de te revoir, Mia. Je m’inquiète pour toi. Depuis quelque temps, tu ne te connectes plus à l’application, et tu ne réponds à aucun des hommes qui souhaitent te rencontrer. Tout va bien ?
— Justement, si je suis venue aujourd’hui, c’est pour vous dire que j’aimerais ralentir mon activité. J’ai besoin d’argent, mais pour être honnête, j’ai rencontré quelqu’un, et je n’ai pas envie de lui mentir. Et puis, mes études me prennent tout mon temps…
— Alors, ne mens pas. Tu n’as aucune honte à avoir. Être une sugar baby est un honneur.
— Je ne suis pas certaine que mon petit ami voie les choses sous le même angle.
— Tu ne vas quand même pas gâcher ton potentiel à cause d’un flirt et d’un manque de temps ! Je ne me trompe jamais, Mia. Tu es faite pour ça. J’ai misé sur toi, et je n’ai pas eu tort. Tu es si parfaite que tu as été privatisée dès tes débuts dans cette agence. Il me semble que depuis que tu n’effectues que des contrats courts, et toujours orientés vers le mentorat professionnel et amical, tout se passe bien pour toi. Je ne comprends pas…
— Je pourrais tout aussi bien quitter cette agence, rétorqué-je, pour qu’elle comprenne enfin.
Pour la première fois, je découvre le masque de colère qui recouvre son visage, quand elle n’obtient pas ce qu’elle désire. Ses yeux me fusillent. Elle garde le silence, tout en ouvrant un long tiroir où sont rangés des dizaines de dossiers. Elle s’empare de l’un d’eux et l’ouvre avant de le faire glisser devant moi.
— Il s’agit du contrat que nous avons signé ensemble. Pourrais-tu lire le second article de la quatrième page ?
Je feuillette le contrat jusqu’à la quatrième page. Soudain, la clause qui s’étale sous mes yeux me fait comprendre à quel point je suis stupide.
« La future sugar baby s’engage à faire partie du catalogue de la Candy Agency pour une durée de cinq ans, à compter de la signature de ce présent contrat. Elle devra également assurer des rencontres régulières, tout au long de ce délai. Si la sugar baby ne remplit pas ces obligations, elle se verra contrainte de rembourser les frais d’agence, d’une valeur de cinquante mille dollars… »
J’ai été assez bête pour signer un contrat sans prendre la peine de lire entre les lignes. Et lorsque j’avoue à voix haute que je ne possède plus cette somme, je prends conscience que ma stupidité n’a pas de limites.
— Rassure-toi, Mia. Je t’aime beaucoup. Tu es une jeune femme talentueuse, et pleine de capacités. Je suis certaine que tu es sur le point de devenir une grande artiste. Mais soyons honnêtes, tu n’iras pas loin sans cette agence. Regarde-toi, tu fais peine à voir. Tu es gelée, parce que tu as dû passer deux heures dans un métro bondé, et marcher jusqu’ici. Une fille comme toi ne devrait jamais avoir à subir ça. Si tu étais accompagnée, tu aurais un chauffeur. Et tu ne serais pas arrivée à ce rendez-vous avec une heure de retard. Ma chérie, il faut parfois viser plus haut que les réalisations de ses parents ou de ceux qui nous ont quittés. Tu ne dois pas gâcher ton talent.
Je ne trouve plus les mots pour me défendre. Soudain, j’ai l’impression d’être prise au piège, et de ne pas avoir le choix. J’ignore si Vanda est malhonnête, ou si je suis l’unique responsable de cette situation. Elle ne m’a jamais précisé que je devrais rester dans le catalogue pour une durée de cinq ans, et que je devrais rembourser les frais d’agence si je souhaitais quitter celle-ci avant la date butoir, ou si je ne remplissais pas mes obligations auprès de ses clients. Malgré tout, c’était marqué noir sur blanc dans le contrat. Ce même contrat que j’ai signé les yeux fermés, encouragée par Anisha qui m’assurait qu’il n’y avait pas d’entourloupe.
Tout cela m’offense, pourtant Vanda n’a pas tort, je ne me sens pas capable d’abandonner mes rêves, ou de perdre Ethan et tous ceux qui me sont chers à New York. Mes principes se heurtent à nouveau à mes envies, et c’est une torture de devoir faire un choix. D’ailleurs, ai-je vraiment le choix ? Ai-je cinquante mille dollars à donner à Vanda ? Non, car j’ai presque dépensé l’intégralité de mes gains, en réglant les dettes de mon père. Donc, non, je n’ai pas le choix. Consciente que je suis dans la merde, j’abdique, mais je compte bien poser mes limites, qui ne seront pas négociables.
— D’accord, mais je ne veux toujours pas de contrat longue durée. Je préférerais des contrats journaliers, type repas, sorties, loisirs… Les hommes qui veulent me rencontrer ne devront pas avoir l’ambition de nouer une quelconque relation. Pas de sentiments, pas de sexe, uniquement un mentorat professionnel et amical. Je veux que ces points restent mentionnés sur mon profil.
— C’est tout ?
— J’aurais un dernier point important… Ils ne doivent pas avoir moins de quarante ans.
— Pourquoi ?
Parce que cela m’évitera de tomber sous le charme d’un trentenaire hyper sexy, et de me faire exploser le cœur par cette bombe humaine !
— Pour qu’il n’y ait aucune ambiguïté.
— Tes conditions me conviennent parfaitement. Je suis heureuse de conclure cette nouvelle entente avec toi, lâche-t-elle en me tendant la main.
Je serre celle-ci en souriant, mais en ne répondant pas. Je ne suis pas dupe, Vanda est une femme vicieuse, et prête à tout pour amasser de l’argent sur le dos de ses clients et des filles qui garnissent son catalogue. Aujourd’hui, j’ai enfin découvert son vrai visage, et je comprends mieux pourquoi elle s’entend aussi bien avec ce vieux pervers de M. Hugues. Dorénavant, je compte me méfier d’elle comme de la peste. Je dois gagner assez d’argent pour quitter cette agence le plus tôt possible. Enfin… Si je ne décide pas de tenter ma chance dans une autre école.
Mais avant de réfléchir à mon avenir, je dois avoir une discussion franche avec Anisha. Cette dernière me doit des réponses. Elle a oublié de me préciser certains détails, ou pire elle a volontairement décidé de les omettre. L’idée qu’elle ait pu me trahir pour m’inciter à rejoindre l’agence me fait froid dans le dos. Anisha est la personne qui m’a accueillie, qui m’a fait découvrir celle qui sommeillait en moi. Elle est devenue une amie sur qui je peux compter lorsque tout va mal. Si je découvre qu’elle m’a menti, ma confiance en elle vacillera irrémédiablement.
Quand je quitte le bureau de Vanda, celle-ci affiche un sourire radieux. Elle a retrouvé sa bonne humeur, quant à moi, je suis encore plus déprimée et en colère que lorsque je suis arrivée. Comment vais-je pouvoir dissimuler cette activité à Ethan ? En pensant à lui, je me sens mal. Pour une fois, un homme m’aime vraiment, et moi, je suis incapable de lui rendre son amour, et d’être honnête envers lui. Il est l’homme le plus gentil sur cette planète, et moi, la fille la plus ignoble de l’univers tout entier. Si Ethan me connaissait vraiment, jamais il ne serait tombé amoureux de moi.
OceanofPDF.com