Sugar Baby - Tome 2

Eva Dupea · Chapitre 26 sur 75

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Sugar Baby - Tome 2

Chapitre 24

 

Adam

 

Aux yeux de la loi, je n’ai pas le droit de me servir de l’image de Mia sans son autorisation, mais la loi n’a rien à faire dans cette histoire. Ici, il s’agit simplement d’une question d’ego. Même si elle ne cesse de répéter qu’elle ne veut plus me voir, tout son être dit le contraire. Elle peut bien tenter de se mentir à elle-même en me remplaçant par n’importe quel mec, je sais qu’elle m’a encore dans la peau. Malgré tout, je ne compte pas lui donner raison. Elle pense que je suis en train de bousiller sa vie, mais je ne laisserai personne lui enlever tout ce qu’elle a acquis de ses propres mains.

En devenant ma sugar baby pour financer ses études, cette fille a mis ses principes de côté. Quand je l’ai rencontrée, elle n’était qu’un bébé de plus, égaré dans cette immense jungle qu’est New York. À mes côtés, elle s’est transformée, jusqu’à devenir la meilleure version d’elle-même, et par la même occasion, mon meilleur coup. Si ces fichus sentiments n’étaient pas venus mettre la pagaille dans ma tête, à cette heure-ci nous serions encore une équipe. Je doute qu’un retour en arrière soit possible, et si c’était le cas, il faudrait à présent que je me contente d’un lien uniquement professionnel. Et, je n’ai aucune envie de me satisfaire de ça.

Tout serait si simple si nous pouvions juste bosser et baiser ensemble. Cette façon de vivre ne m’a jamais causé de souci, mais avec Mia tout est différent. Je ne sais pas pourquoi cette fille m’obsède autant. Pour certains, mon attirance pour elle pourrait même sembler malsaine. Mais que puis-je y faire ? Cette fille est un avion de chasse, mais un avion de chasse intelligent et avec un répondant qui n’a rien à envier à celui de mes potes d’enfance. Elle a tout, et elle n’en a même pas conscience. Si je ne m’étais pas autant attaché à elle, j’aurais continué de la voir, et de lui imposer mes jours sombres, mais elle compte… Et ceux qui comptent pour moi finissent mal.

Cette évidence ne vient pourtant pas à bout de mon besoin de la voir réussir. Peu importe que nos chemins se séparent, je ne lui laisserai pas croire que je suis celui qui l’a éloignée de ses rêves. Je ne retirerai pas cette photo. Je ne changerai pas d’égérie. Je vais lui prouver que je ne l’ai pas quittée pour lui faire du mal. Je veux qu’elle comprenne que si j’ai agi ainsi, c’était uniquement pour la protéger de moi, de mon passé, et du monstre que je suis. Lui dire n’aurait aucun effet, mais lui prouver, ça c’est possible. Il me suffit de régler ce fâcheux problème avec la direction de son école, et le tour sera joué.

Je suis confiant, et c’est pour cette raison que je ne me presse pas. Avant d’enclencher la machine, je dois savoir qui est ma cible. Ça tombe bien, je connais du monde à New York, et je sais déjà qui contacter. Martha Rodriguez, une femme avec qui j’ai quelques fois couché, lorsque j’ai complètement déraillé. Bien qu’elle soit à l’aube de la cinquantaine, cette femme ne semble pas atteinte par le temps qui passe. Elle est toujours séduisante, et elle dirige son petit empire d’une main de maître. Martha est la propriétaire d’une dizaine de clubs répartis à travers la ville, réservés à une élite et à une clientèle majoritairement masculine.

On peut dire que Martha Rodriguez règne sur l’empire du strip-tease new-yorkais. Elle assure une protection aux filles qui bossent pour elle, que les autres clubs n’apportent pas. Malgré tout, les interdits font partie de ce milieu, et chaque fille décide de ce qu’elle fera ou non. Je sais que Martha tient un registre, où elle note les noms de tous ses clients. Je le sais, puisqu’elle me l’a avoué sur l’oreiller. C’est dingue de voir ce que le sexe peut vous pousser à faire. Une femme comblée, c’est une femme qui parle beaucoup, et si elle ne parle pas, c’est qu’elle dissimule quelque chose. Et j’adore les énigmes…

Je m’empare de mon téléphone, et je fais défiler la liste de mes contacts. Cela fait à présent deux ans que je n’ai pas vu Martha, mais quand sa voix résonne, je constate qu’elle ne m’a pas oublié. À l’évidence, même les femmes avec de la poigne ne me résistent pas…

— Adam Davis ! Que me vaut ton appel, play-boy ?

— Bonjour, Martha. Comment vas-tu ?

— Oh ! tu me connais, je vais toujours bien !

— Tant mieux. Je t’appelle, car j’ai un petit service à te demander.

— Je t’écoute, chéri.

— J’ai besoin d’obtenir des renseignements sur un mec, et tu es la mieux placée pour ça.

— Un de mes clients ?

— Je n’en sais rien, mais j’ose espérer que ce soit le cas.

— Si je comprends bien, tu veux du sale ?

— Tu comprends vite.

— Son nom ?

— M. Hyde, c’est le directeur de la Manhattan School of Music.

— Je regarde ça, et si je trouve quelque chose, je te recontacte rapidement. Ça te va ?

— C’est parfait. Tu crois que tu pourrais faire ça en une heure ?

— Tu sais, mon chou, je suis une femme, pas une faiseuse de miracles ! Donne-moi deux heures.

— Ça me va.

— Et qu’est-ce que j’y gagne ?

— Ce que tu voudras.

— J’y réfléchis. À tout à l’heure, play-boy.

Cette journée me donne l’impression de faire partie des services secrets. Je lance des enquêtes de tous les côtés. J’ai à peine raccroché avec Martha que je reçois un message de Paul, qui m’informe qu’il a obtenu les renseignements que je lui ai demandé de trouver sur le mec avec qui fricote Mia. Je l’invite aussitôt à me rejoindre dans mon bureau. Je devrais bosser sur le lancement de ma collection, planifier la date et l’organisation de la soirée événementielle, mais je ne parviens pas à me concentrer sur autre chose que Mia. Sans elle, tout ça n’a plus de sens. Mon égérie doit se tenir à mes côtés, tout le temps de ce long processus. Et pour avoir une chance de la convaincre, je dois éliminer tout ce qui risque de l’éloigner un peu plus encore de moi.

Quand Paul arrive, et qu’il me tend une pochette, je suis étonné de la légèreté de celle-ci. Sans dire un mot, je scrute mon chauffeur, qui me rétorque que l’on ne peut pas trouver ce qui n’existe pas. Pour comprendre où il veut en venir, j’ouvre la pochette, et je m’empare de l’unique feuille que contient celle-ci. Est-il possible d’être aussi lisse ? Ce mec vient d’un genre de campagne, située plus ou moins entre le centre et le bas de la France. Son père dirige une entreprise dans le bâtiment. Sa mère s’est cantonnée à son travail de mère. Quant à lui, mis à part la musique et sa passion pour les randonnées en montagne, il n’y a rien d’autre.

— C’est tout ? demandé-je déçu.

— C’est tout ce que j’ai trouvé, et pourtant, j’ai cherché. C’est un bon gamin.

— Je pensais qu’il n’en restait plus, rétorqué-je.

— Puis-je disposer, monsieur ?

— Oui, mais restez dans le coin, j’aurai besoin que vous me conduisiez quelque part, ce soir. En attendant, je vais faire ce pour quoi je suis ici depuis l’aube : bosser.

— Bien, monsieur.

Paul s’éloigne. Je scrute la pochette, et je la jette à la poubelle. Cet Ethan est inoffensif. Je serais surpris si ce mec venait à lui briser le cœur. Elle est sans doute mieux avec lui qu’avec moi, malgré tout je ne peux pas me séparer d’elle. Pas tout de suite. Elle est l’essence même de cette collection que je vais bientôt proposer à un public essentiellement constitué de femmes. Que penseraient mes potentielles clientes en découvrant que même mon égérie ne peut pas me blairer ? Ce gamin n’étant plus un problème à régler, je me concentre à présent sur Hyde. Si Martha ne trouve rien sur lui, je vais devoir oublier la stratégie, et privilégier mon autre force de persuasion : mes poings.

Deux heures s’écoulent, pendant lesquelles je peaufine la stratégie commerciale avec mon équipe. La plus grosse partie du travail est déjà accomplie, mais il reste encore beaucoup à faire. Tout va maintenant se jouer avec la soirée de lancement. Nous devons sélectionner des invités triés sur le volet. Quelques célébrités seront présentes. Cette fois, je ferai dans la dentelle, en réunissant six femmes célèbres qui, contre un gros chèque et une jolie montre, deviendront les premières ambassadrices de cette collection. Mes idées sont bonnes, et mes collaborateurs semblent du même avis.

Il ne me reste plus qu’à organiser une dernière réunion avec mes investisseurs pour leur étaler mes projets, mais ce n’est qu’une formalité. Qui verrait un inconvénient à utiliser des personnes renommées pour vendre son produit ? Personne ! Pour une fois, nous serons sur la même longueur d’onde. Deux influenceuses et une star de télé-réalité ont déjà accepté d’être présentes à la soirée de lancement et de représenter la collection. Tout cela peut paraître un peu brouillon, mais je me retrouve parfaitement dans mon bordel.

Les festivités et le lancement officiel de la collection auront lieu dans six semaines. Chaque semaine, je dévoilerai un nouveau modèle. Quant au dernier, il sera révélé le soir du lancement. J’appréhende le moment où tout le monde découvrira ce septième et dernier modèle. J’ai abordé un thème qui ne me réussit pas : l’amour. C’est sans doute la plus grosse connerie de ma vie. Cette montre est plutôt réussie, mais comme tous les autres modèles elle possède deux visages. J’y dévoile la face douce de l’amour, et la face sombre. Cette dernière me ressemble, elle est obscure, tranchante, et pourtant, on ne voit que sa beauté.

Je quitte la salle de réunion en souhaitant une bonne soirée à mon staff, et je rejoins Courtney pour lui demander d’organiser une rencontre avec mes investisseurs. Comme toujours, elle m’interroge sur la date à laquelle je souhaiterais fixer ce rendez-vous. Elle n’a toujours pas compris que si j’ai une assistante, c’est justement pour ne pas devoir apprendre mon planning par cœur. Certains jours, j’ai vraiment envie de la licencier, et de me trouver une nouvelle assistante. Et puis, je me dis qu’elle fait tout de même l’affaire. Partant du principe que je sais ce que je vais perdre, mais que j’ignore ce que je retrouverai, je laisse mon bon cœur l’emporter.

Mon ironie silencieuse se volatilise à l’instant où mon téléphone se met à vibrer. Je demande à Courtney de vérifier elle-même mon emploi du temps, et je rejoins mon bureau pour consulter le texto que je viens de recevoir. C’est Martha, et visiblement, elle a du lourd sur Hyde. Alors, pourquoi ne m’en dit-elle pas plus ? Connaissant Martha, c’est sans doute pour jouer avec mes nerfs. Si je veux ces informations, je vais devoir entrer dans son jeu.

Comptes-tu m’en dire plus ?

Elle répond aussitôt :

Que m’offres-tu en échange ?

Que désires-tu ?

Un dîner, un de ces quatre, au Gorgonzola…

Je m’attendais à ce qu’elle me demande de la baiser, mais un simple dîner au restaurant me va très bien. Ce n’est pas que je ne la trouve plus bandante, je n’ai simplement pas la tête à ça en ce moment. Ce n’est pas l’envie qui me manque, mais ma queue continue de me jouer des tours, alors, je me contente de quelques branlettes par semaine, pour soulager ma frustration.

Je réserve une table pour 20 heures, mardi, au Gorgonzola.

Tu es le meilleur, mon chou. Je t’envoie le mail avec toutes les infos que j’ai pu récupérer. Ce mec n’apparaît pas dans mon registre de clientèle, mais en interrogeant certaines de mes filles, j’ai appris quelques petits secrets croustillants. Cela devrait te plaire.

C’est toi la meilleure. Merci pour ton aide.

À bientôt, play-boy…

Dès que je réceptionne le mail, j’ouvre celui-ci. Il n’y a aucun document écrit, mais douze pièces jointes. Il s’agit de photos de Hyde, dans des situations plus ou moins compromettantes. On l’y voit en compagnie de jeunes femmes dénudées, beaucoup plus jeunes que lui. Je remarque aussitôt l’alliance qu’il porte à son annulaire gauche. Je souris, car je viens de trouver son point faible. Bien décidé à obtenir ce que je désire, je demande à Paul de préparer la voiture. Je ne compte pas mettre cet homme mal à l’aise dès le début. Je suis avant tout un homme d’affaires, alors je vais négocier. Et si par malheur il ne se montre pas réceptif, j’userai du chantage sans aucune honte.

Ce mec veut exclure l’une de ses élèves, sous prétexte que celle-ci donnerait une mauvaise image de son école. Je me demande ce qui choquerait le plus ses donateurs et les parents fortunés ? La photo où l’on distingue un peu trop le corps d’une élève serait-elle plus choquante que le directeur de l’école en train de se faire sucer par une gamine de vingt ans, alors qu’il en a le triple ? Je suis un homme, et je sais que la jeunesse nous donne l’impression d’être encore dans le coup, mais il y a des limites à ne pas dépasser. Si une fille peut être ta petite-fille, alors ne lui mets pas ta queue au fond de la gorge !

Une fois à l’arrière de la berline, je demande à Paul de me conduire à la MSM. Je n’entre pas dans l’établissement, préférant jouer la carte de la discrétion, du moins pour ce soir. Pendant deux longues heures, je scrute les allées et venues devant l’école. Grâce aux photos que Martha m’a envoyées, je sais exactement qui je cherche, mais jusqu’à présent aucune trace de lui. Il est presque 19 heures, lorsque soudain je vois apparaître le mec que Mia fréquente. Affublé d’un sac à dos, il s’éloigne de la MSM et prend la direction de l’Upper East Side. J’en mettrais ma main à couper, qu’il va la rejoindre.

J’imagine déjà le tableau. Elle, désemparée, et lui, prêt à tout pour la consoler. Pendant que je descends comme une flèche dans son estime, lui gravit les échelons, en un rien de temps. Puis-je vraiment en vouloir à ce mec ? En agissant comme un connard, j’ai pratiquement poussé Mia dans les bras de cet apprenti pianiste, qui l’a sans doute séduite en lui jouant l’une de ses sérénades. Ont-ils déjà couché ensemble ? Cette question me met les nerfs à vif. Ça me donne la gerbe, et d’un autre côté, je suis rassuré de la savoir avec quelqu’un comme lui.

Je le regarde disparaître dans le rétroviseur. Comment a-t-elle pu passer de son ex futur chirurgien à moi, et de moi à lui ? Physiquement, il ressemble à son ex. Jeune, brun, et un air pincé à souhait. Je suis l’opposé de ces deux mecs ! À l’évidence, pour Mia, j’étais une erreur de parcours, pour ne pas citer ses propres mots : un vieux con sur son chemin ! Soudain, je ne la comprends plus, et cela me donne envie de savoir, de la revoir et de l’interroger. Je me ravise aussitôt. Je ne suis pas le genre de mec qui revient sur ses décisions, encore moins quand il s’agit d’une femme.

Une heure de plus s’écoule. Je commence à me lasser, et à me dire qu’il vaudrait mieux que j’aille directement le trouver dans son bureau. Mais soudain il apparaît. Paul démarre aussitôt, et le suit jusqu’au parking de l’établissement. Nous attendons patiemment qu’il rejoigne son véhicule, et lorsqu’il quitte le parking, nous le filons à une distance raisonnable. C’est l’une des rares fois où la vitre qui me sépare de Paul reste baissée. Les yeux rivés sur ma cible, je suis on ne peut plus prêt à passer à l’offensive. Je me refuse à aimer Mia ou à ce que celle-ci m’aime, mais je m’opposerai à quiconque s’en prendra à elle, et à son rêve.

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