Sugar Baby - Tome 2

Eva Dupea · Chapitre 3 sur 75

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Sugar Baby - Tome 2

Chapitre 1

 

Adam

 

Trois ans déjà ; et je suis sûr qu’elle me déteste toujours. C’est une certitude à la fois douloureuse et salvatrice. Je n’oublierai jamais le jour où je l’ai suivie à l’aéroport et où je l’ai vue disparaître dans le hall d’embarquement. Jusqu’à la dernière seconde, j’ai hésité à la retenir, mais je suis resté immobile, et je l’ai regardée partir. J’aurais voulu ne jamais poser les yeux sur elle. Mia n’est pas comme les autres, elle possède quelque chose de particulier qui a réveillé mon foutu cœur. En m’attachant à elle, mes plus grandes craintes ont refait surface. Alors, j’ai fait ce que je fais le mieux : j’ai tout anéanti.

C’est une bonne chose qu’elle soit partie. Ainsi, je ne devrai plus affronter sa déception. Mes actes passés m’empêchent de m’attacher à qui que ce soit. Mon père avait raison. Qui aurait envie d’aimer un mec qui a causé la mort de son frère ? J’ai toujours été une source de peine et un danger pour les autres. Je vivais très bien ma vie solitaire jusqu’à ce qu’elle tombe du ciel. En la voyant pour la première fois, j’ai tout de suite remarqué sa beauté, mais son innocence et sa jeunesse m’ont littéralement refroidi. Je cherchais une femme avec de l’expérience, qui pouvait m’offrir un regard féminin sur la création de ma collection de montres, et Vanda m’a envoyé ce bébé innocent.

Même si elle m’a tout de suite plu physiquement, je n’ai pu dissimuler ma déception. Je connais ce genre de fille qui débarque d’un autre pays avec des rêves irréalistes. Elles se ressemblent toutes. Elles vous disent ce que vous voulez entendre, mais elles ne comprennent pas le quart de ce que vous leur confiez. Et puis, soyons honnêtes, mon physique ne m’aide pas. Les femmes sont si sensibles à mon charme qu’elles supportent toutes mes réactions, même les moins aimables. Mais, quand Mia m’a cloué le bec, elle a envoyé valser toutes mes certitudes à son sujet. Tout à coup, elle n’était plus seulement jeune et très belle, elle était unique.

Au commencement, Mia était un défi que je voulais absolument relever. Plus elle se montrait désintéressée, plus elle osait se heurter à moi, plus elle m’attirait. Très vite, je n’ai plus eu qu’une envie : la baiser. C’était juste pour voir si elle était aussi sage qu’elle le paraissait. Mais je n’avais encore jamais fait face à une femme si difficile à séduire. Elle ne m’a fait aucun cadeau, et c’est sans doute pour cette raison qu’elle s’est habilement faufilée jusqu’à mon cœur. Elle a secoué celui-ci comme un prunier et m’a conquis en me traitant de connard, de roi des cons, et de vieux, à plusieurs reprises !

C’est étrange, mais c’est ce que j’apprécie le plus chez elle, cette franchise, celle-là même qui m’a fait bêtement penser qu’elle ne m’aimerait jamais. J’étais sûr de moi, persuadé qu’elle me trouvait trop vieux, trop con, trop égoïste, pour se risquer à s’attacher à moi. Je savais que j’embrasais son corps, sans même la toucher, mais j’ignorais que j’avais piqué son cœur. J’aurais dû me douter qu’une fille aussi intelligente et pudique qu’elle ne se serait jamais offerte à un homme sans éprouver de sentiments pour lui. J’ai préféré me voiler la face. J’avais bien trop envie d’elle pour m’attarder sur ce détail.

Quand elle s’est donnée à moi pour la première fois, j’ai eu l’impression de posséder le corps d’une vierge. Cette nuit-là, j’ai découvert sa pudeur, son innocence, ses peurs, tout en lui offrant son premier orgasme. Et comme un con je n’ai rien vu venir. Au fil de nos rencontres, j’ai appris à connaître la femme et l’artiste en elle. J’ai succombé à chacune. Quand j’ai compris qu’elle m’aimait, j’ai flippé. Je savais que si elle découvrait qui j’étais réellement notre douce idylle prendrait fin. Malgré tout, je n’ai pas renoncé à l’emmener à Belmar.

J’avais besoin de la confronter à mon passé et à mes démons. Mais surtout j’avais besoin de Mia pour créer la septième et dernière montre. Pour celle-ci, j’avais choisi le thème de l’amour, bien avant que j’en pince pour elle. À Belmar, j’ai compris que je l’aimais. Alors, quand mon père a dévoilé la vérité, j’en ai profité pour m’éloigner d’elle. Je m’y suis pris comme une merde. J’ai conscience d’avoir été le pire des connards en fonçant droit sur ce train. Mais en agissant ainsi j’étais certain qu’elle me haïrait définitivement.

J’aurais aimé ne l’avoir jamais vue pleurer, mais c’était trop tard. En la laissant seule au milieu de nulle part, en lui jetant de l’argent comme si elle n’avait aucune valeur, je lui ai brisé le cœur. Mais le roi des cons que je suis ne s’est pas arrêté là. J’ai enfoncé le couteau dans la plaie en lui rémunérant nos rapports sexuels. En agissant ainsi, j’appuyais sur le fait qu’elle n’avait jamais compté pour moi. C’était mieux comme ça. L’amour n’est pas bien différent des êtres humains, il est également doté d’une dualité. Mia était la lumière, moi, j’étais clairement l’ombre.

Trois ans se sont écoulés. Ce soir-là, je n’ai pas seulement perdu Mia. Ma colère a tout détruit sur son passage. J’ai envoyé valser mes investisseurs, qui refusaient de m’apporter leur soutien si Mia n’était plus l’égérie de ma collection. Finalement, celle-ci n’a pas vu le jour, et je me suis contenté de continuer de créer des modèles uniquement masculins. Mais il y a quelque temps je suis tombé par hasard sur l’esquisse de la dernière montre. Pour réaliser celle-ci, j’ai dû détruire tout ce qui nous unissait. Si je ne l’avais pas quittée, si je ne nous avais pas imposé une telle douleur, jamais je n’aurais pu produire la face sombre de cette montre.

C’est complètement tordu, j’en ai parfaitement conscience. Pourtant, je sais que j’ai fait le bon choix. Mia a souffert par ma faute, mais si je n’avais pas mis un terme à notre histoire, tôt ou tard, je l’aurais détruite. Toutes les personnes qui se risquent à m’aimer subissent la malédiction qui plane au-dessus de ma tête depuis la mort de mon frère. C’est pour cette raison que je me suis juré de ne plus jamais imposer ce fardeau à qui que ce soit, comme je l’ai fait à mon frère et Becca. Par deux fois, j’ai aimé comme un fou. J’ai aimé d’un amour fraternel Aaron. Quant à Becca, je l’ai aimée comme un homme de vingt-cinq ans complètement paumé, je l’ai mal aimée. À deux reprises, j’ai été l’élément déclencheur qui a causé la mort d’une personne chère à mon cœur. Alors, quand j’ai pris conscience de mes sentiments pour Mia, j’ai compris que je devais m’éloigner d’elle, avant que je la perde aussi.

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