Sugar Baby - Tome 2

Eva Dupea · Chapitre 65 sur 75

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Sugar Baby - Tome 2

Chapitre 63

 

Lorsque nous arrivons devant la boîte de nuit la plus sélective de New York, nommée Le Marquee, je ne suis pas surprise de voir Fire Boy pris d’assaut par des fans qui le reconnaissent. Après une petite séance de dédicaces, d’échanges et de selfies, nous entrons dans cet endroit à la fois chic et branché, tandis que d’autres font la queue depuis des heures, en espérant pouvoir accéder à ce lieu réputé pour ses soirées grandioses, sa bonne musique et les stars qui aiment particulièrement s’y retrouver.

Je ne suis pas une adepte des night-clubs, mais pour le coup je suis agréablement surprise. Gary et moi suivons Moïse, pour nous rendre au bar. Nous prenons l’ascenseur pour rejoindre celui-ci. Quand je découvre l’endroit, je suis sur le cul. J’en ai vu des panoramas incroyables à New York, mais celui-ci surpasse les autres. Sans doute parce que je n’en ai jamais vu de tels, tout en me trouvant dans une boîte de nuit bondée. Mes yeux ne savent plus où se poser, mais quand j’approche du bar je n’arrive pas à y croire.

— Le bar tourne ? demandé-je à l’oreille de Gary.

— Oui, sur lui-même. Dans une heure, il aura fait un tour complet. Si tu veux voir la Grande Pomme sous tous les angles, c’est ici que tu dois être. On s’y installe ?

— J’adore l’idée, lâché-je en guise de réponse.

Nous restons au bar pendant une heure, histoire de faire un tour complet, et que j’en prenne plein les yeux avec cette vue magnifique et l’immense lustre en cristal bleu qui trône au-dessus de notre tête. Ce petit tour de manège terminé, et sans cesse interrompu pour que Fire Boy signe un autographe ou pose pour un selfie, nous décidons de rejoindre le carré VIP, que Gary et Moïse ont réservé pour la soirée. Un étage plus haut, à l’écart des autres clients, nous entrons dans une grande pièce, dont la décoration n’a rien à envier à celle du bar. D’ici, nous avons une vue parfaite sur le DJ, qui fait s’agiter la foule sur la piste de danse.

Nous nous installons dans les fauteuils en cuir disposés autour d’une grande table en verre carrée. Nous sommes à peine posés, et à l’abri des regards, que Gary sort son habituel sachet de beuh, et qu’il commence son rituel. Dans l’État de New York, il est illégal de fumer de l’herbe, mais ce n’est pas pour autant qu’il cesse la préparation de son joint quand un serveur arrive avec le seau à champagne. Cet homme a vu pire, du moins, c’est l’impression qu’il me donne, lorsqu’il dépose le seau à champagne et les flûtes sur la table basse, et qu’il termine en nous souhaitant une agréable soirée.

— Tu veux l’allumer ? me propose Gary, tandis que Moïse sert le champagne.

— Comment ça ? demandé-je incrédule.

— Le joint, répond-il en agitant celui-ci.

— Oh ! Non, je ne fume pas.

— Tu as parfaitement raison, la clope, c’est mauvais. Mais là-dedans, il n’y a que de la bonne beuh. Crois-moi, tu vas planer comme jamais.

— Non, merci.

Moïse me tend une flûte, et alors que je m’empare de celle-ci, il me demande :

— Tu n’as jamais essayé ?

— Non, ce n’est pas mon truc.

— Moi, j’ai tout essayé, mais c’est la verte que je préfère ! lâche-t-il en attrapant le joint dans la main de Gary, et en l’allumant.

Gary lui envoie un coup de poing amical dans l’épaule, puis se penche vers moi :

— Si un jour tu as besoin de tout oublier pendant quelques heures, fais-moi signe, j’en ai toujours de la bonne…

— Je tenterai de m’en souvenir, réponds-je en bloquant sur ses dernières paroles.

S’il y a bien quelque chose dont j’ai besoin en ce moment, c’est bien d’oublier. Tout oublier. Je donnerais tout pour vivre quelques heures sans que mon cœur se torde lorsque je me souviens d’Adam, d’Anisha, et du mal qu’ils m’ont fait. Je ne suis pas influençable. Je viens de passer une semaine en compagnie de Fire Boy et d’autres rappeurs, et il ne m’est jamais venu à l’esprit de fumer de l’herbe. Mais soudain, les mots de Gary se bousculent dans ma tête. Et un seul retient mon attention : oublier. Après tout, une petite tentative ne peut pas me faire de mal…

— D’accord, je vais essayer. J’ai grand besoin d’oublier certaines choses, déclaré-je en levant mon verre.

— Tu as des problèmes ? me demande Moïse.

— En réalité, je n’en ai plus, maintenant. Mais cela ne vaut pas la peine d’en parler…

Je n’ai jamais fumé, même pas une cigarette. Alors, je m’y prends mal, et je tousse sans pouvoir m’arrêter. Malgré tout, je persévère, et j’y arrive. J’y arrive si bien, que je prends même plaisir à créer de gros nuages de fumée. Quatre bouffées, et me voilà soudainement prise d’un fou rire incontrôlable. Tout me fait rire, même l’étiquette de la bouteille de champagne. Moïse et Gary avaient raison, j’ai tout oublié. Je suis sur un nuage de coton, et soudain, tout devient amusant. J’ai brusquement envie de danser, alors, je me lève, et je me déhanche au rythme de la musique qui résonne un étage plus bas.

L’alcool et la fumette me rendent euphorique, et cela faisait bien longtemps que cela ne m’était pas arrivé. Malgré cette légèreté, j’ai conscience de noyer mon chagrin dans des paradis artificiels. Mais ce n’est qu’une soirée… Demain, je redeviendrai sage, comme toujours. La nuit s’écoule joyeusement, et la compagnie des garçons me fait un bien fou. Ils sont drôles, sympas, et ils prennent soin de moi, comme si j’étais l’une des leurs. Je n’ai aucune envie de voir cette soirée se terminer et de rentrer chez Vanda. Je veux continuer de rire et danser, je veux toucher le bonheur encore un peu.

Vers 4 heures du matin, après avoir bu quatre bouteilles de champagne, et fumé sans plus compter le nombre de joints, nous décidons de rejoindre la piste de danse. Moïse se met immédiatement en chasse. Depuis notre poste d’observation, il a repéré une jolie brune, et c’est sans crainte qu’il part l’accoster, en me laissant seule avec Gary qui attire tous les regards. Quand ce dernier m’invite à danser, je ne m’interroge pas, j’accepte, et je m’empare de sa main. Nous dansons sur une musique caliente, à la grande satisfaction de mon partenaire, qui se montre soudainement sous un air charmeur que je ne lui connais pas encore.

Moi, cela me fait rire. Mais lorsque son corps se colle au plus près du mien, et que ses mains s’emparent de mon fessier pour diriger la danse, quelque chose se réveille en moi. Il est le genre de mec avec qui je ne me vois pas vivre une grande et belle histoire d’amour, mais il est de ceux avec qui je passerais bien une nuit sans lendemain. Je ne me reconnais plus. C’est bien la première fois qu’il me vient l’idée de me trouver un plan cul, et d’oublier le corps d’Adam, grâce à celui d’un autre. C’est alors que l’air latino laisse place à un slow, et nous nous retrouvons serrés l’un contre l’autre, à nous regarder d’un air étrange.

— Tu me plais, m’avoue-t-il à l’oreille.

— Tu n’es pas mal non plus, réponds-je en riant, et dans un état second.

— C’est vrai ? Je ne m’attendais pas à ce qu’un mec comme moi te plaise…

— Pourquoi ?

— Bah, regarde-nous… Tu es l’archétype de la fille bien…

— Ça veut dire quoi ça ? Que je suis blanche, que j’étudie dans une école qui coûte un bras, et que je joue du violon ?

— C’est ça, même si je n’avais pas été aussi direct dans ta description.

— Détrompe-toi, je ne suis pas une fille sage…

— J’aimerais bien voir ça, rétorque-t-il en me provoquant du regard.

— Je peux te montrer, si tu veux. Mais avant, tu dois savoir quelque chose…

— Je t’écoute.

— Si on couche ensemble ce soir, ce sera juste pour une nuit, déclaré-je, si sûre de moi qu’il en reste bouche bée.

— Alors là, tu m’en bouches un coin. Tu n’es peut-être pas si sage que ça, finalement…

— Je l’ai été, mais je ne le suis plus…

Je m’empare de son visage, et je lui offre un smack, sans qu’il ait le temps de comprendre ce qu’il lui arrive. Je ris de son air surpris, mais Gary ne rit plus. Il s’empare à son tour de mon visage, et il m’embrasse avec une bestialité, à laquelle je n’ai jamais été confrontée. C’est un baiser fougueux, mais quand celui-ci prend fin, nous sommes si surpris par nous-mêmes que nous éclatons de rire. Passé cet instant des plus brûlants, nous poursuivons la soirée, comme si de rien n’était. Mais nous le savons tous les deux, nous terminerons la nuit ensemble.

Ce soir, j’ai sans doute pété un câble… Et ça fait du bien ! Nous tentons de retrouver Moïse, mais ce dernier semble s’être éclipsé. Dans une demi-heure, Le Marquee fermera ses portes, Gary me propose alors un dernier verre, avant que nous partions. J’ai déjà trop bu, mais cette nuit j’apprécie les excès. J’accepte donc de prendre un dernier verre, mais mes pensées sont ailleurs. J’ai envie de lui. Ou plutôt, j’ai envie et besoin de m’envoyer en l’air, et d’effacer la dernière baise que j’ai vécue dans les bras d’Adam.

Mais tout à coup je croise un regard qui me refroidit aussitôt. Ma main se crispe sur mon verre à cocktail, mon cœur se met à tambouriner dans ma poitrine. Soudain, j’ai la rage. Quand mes yeux rencontrent ceux d’Anisha, ma bonne humeur s’envole. Je n’ai plus envie de m’envoyer en l’air, j’ai envie d’en découdre, et de me venger. Malgré tout, je décide de lui tourner le dos.

— On peut y aller ? demandé-je à Gary.

— On vient à peine de prendre nos verres, et tu n’as même pas touché au tien, me fait-il remarquer.

— Je sais, mais je viens de voir quelqu’un que je n’ai pas envie de voir…

Je suis subitement interrompue par la voix d’Anisha, qui semble se trouver à présent juste derrière moi.

— Mia, on peut parler ? me demande-t-elle.

— Eh, salut…, lance Gary, qui se ravise aussitôt, quand il prend conscience du froid glacial qui s’est emparé de l’espace où nous nous trouvons.

Anisha ne lui répond pas. Et encore heureux ! Elle m’a déjà piqué Adam, j’ose espérer qu’elle ne m’humiliera pas encore plus, en tentant de mettre le grappin sur mon plan cul de la soirée !

— Mia…

— Je n’ai aucune envie de te voir, ou de te parler, réponds-je en me tournant vers elle, et en lui offrant toute ma haine à travers un regard.

— J’en ai conscience, mais tu dois m’écouter…

— Va te faire voir, Anisha. D’ailleurs, qu’est-ce que tu fais ici ? Déjà en train de chercher un remplaçant à Jacob ? demandé-je, pleine de véhémence.

— Je suis désolée, Mia… Je m’en veux tellement…

— Ferme-la ! crié-je en lui lançant le contenu de mon verre à la figure.

Mon cocktail à cinquante dollars dégouline sur son visage et sa poitrine toujours aussi provocante. Anisha reste calme, mais moi, je vrille littéralement. Peu satisfaite de cette petite victoire, je la pousse en lui hurlant de dégager. Quand elle me fait remarquer que je n’ai pas l’air dans mon état normal, je la pousse à nouveau. Gary essaye de me tirer vers lui, mais je tombe à la renverse. Mon verre se brise sur le sol, et quand je vois tous les regards braqués sur moi, la honte m’assaille. Soudain, Anisha approche pour aider Gary à me relever, et ma honte est aussitôt remplacée par la colère.

— Toi, dégage ! lâché-je en me redressant grâce à Gary, qui ne cesse de me répéter de me calmer.

C’est alors qu’une armoire à glace se plante entre Anisha et moi. Ce mec est une montagne, il doit mesurer au moins deux mètres. Ou alors, je vois les choses en grand.

— Vous allez me suivre et sortir de cet établissement, m’ordonne-t-il d’un ton sec.

— C’est une blague ? demandé-je en riant nerveusement.

— Mia, partons…, tente Gary.

— Non ! Je ne vois pas pourquoi on devrait partir, alors que c’est elle qui cherche la merde ! m’emporté-je.

— Madame, vous êtes ivre et violente. Sortez sans causer d’ennui, ou je vous sors de force.

— Bah, vas-y, essaye ! le provoqué-je en le poussant à son tour, mais lui, il ne bouge pas.

Soudain, mon corps quitte la terre ferme.

— Veuillez l’excuser… Nous partons, lâche Gary, qui soulève mon corps, comme si c’était un sac de plumes.

La tête en bas, les jambes en l’air, je me redresse pour faire un doigt d’honneur à l’agent de sécurité et à Anisha. Gary me tape sur les fesses, et tout en entrant dans l’un des ascenseurs, il me demande :

— Tu as bouffé du lion ?

Je devrais être folle de rage ou honteuse, mais il n’en est rien, j’explose de rire. Quand la porte de l’ascenseur se referme, il me repose sur le sol. Nous échangeons un regard, et c’est un nouveau fou rire qui éclate.

— Cela fait tellement de bien ! lâché-je, euphorique.

— Tu m’expliques ce qu’il vient de se passer ? me demande-t-il en recoiffant mes cheveux en bataille.

— Je vais te la faire courte. J’avais confiance en elle, et elle a roulé une pelle à mon mec… Enfin, non, ce n’était pas mon mec, mais comme je couchais avec, et que je l’aimais bien, c’est un peu pareil…

— Je vois. Je ne vais donc prendre aucun risque, et t’éloigner d’ici au plus vite, plaisante-t-il, sans se montrer curieux.

— Sage décision !

Quand je me retrouve dehors, c’est la claque. Tout se met à tourner. Je n’ai jamais été aussi démolie de toute ma vie. Consciente que j’ai sans doute dépassé les limites, je n’en suis pas moins satisfaite. Cette soirée était géniale, et même si Anisha est venue assombrir celle-ci, j’ai pu lui montrer à quel point elle me dégoûte. Je me moque de ses excuses. Qu’est-ce qu’elle croit ? Que je vais être assez conne pour lui pardonner ? Elle peut toujours rêver ! Anisha Baker et Adam Davis peuvent aller se faire foutre. Je les déteste. Je ne laisserai plus aucun d’eux me mentir, me trahir, ou diriger ma vie.

C’est enfin terminé. J’ai tant souffert ces dernières années que, cette fois, je suis parvenue à faire le deuil en quelques semaines. Je les maudis d’avoir croisé ma route, mais à présent, je me réjouis d’avancer seule, sans plus personne pour me briser le cœur. Tant pis si demain je regrette mes actes. Ce soir, j’ai besoin de me sentir libre et en vie. Malgré tout, je commence à réaliser que je n’ai pas réellement envie de coucher avec Gary. J’aimais l’idée qu’il me fasse oublier le dernier corps qui s’est emparé du mien, mais c’est impossible. Consciente que cela risquerait de remettre en question le beau projet qui nous a réunis, je m’adosse à un mur.

— Je crois que j’ai un peu déconné, avoué-je.

— T’en fais pas, ça arrive à tout le monde d’envoyer un verre à la tronche de son ennemie, rétorque-t-il.

— Non, ça je ne regrette pas… Ce que je regrette, c’est de t’avoir promis quelque chose que je ne suis pas prête à te donner. Gary, je suis désolée, mais…

— Je te coupe tout de suite, ma beauté. C’était une putain de soirée, et on s’est éclaté. Maintenant, si tu n’as plus envie de coucher avec moi, ça me va. C’est cool…

— C’est vrai ?

— Bah tu sais, j’ai pas forcément envie de coucher avec une fille aussi folle que toi. Tu as quand même voulu casser la gueule du vigile ! Tu me fais peur, maintenant…

Sous ses airs de bad boy, Gary est un mec respectueux et bourré d’humour. Du moins, il l’est avec moi. Dans de multiples domaines, nous sommes le jour et la nuit. Mais en ce qui concerne la musique, l’humour, l’alcool, et les soirées sympas, nous sommes sur la même longueur d’onde. Je ris à sa remarque, et quand je retrouve mon sérieux, je lui demande :

— Tout ça ne changera rien entre nous ?

— Tu me demandes si demain tu seras encore ma violoniste préférée, et que nous terminerons ce que nous avons commencé ?

— Oui…

— On va faire mieux que ça, ma beauté. On reste potes ? demande-t-il en plaçant son poing serré face à moi.

— On reste potes, réponds-je en le checkant.

Je n’aurais jamais imaginé qu’un jour je serais l’amie d’un mec comme lui. Nous venons de deux univers diamétralement opposés, pourtant, nos douleurs sont les mêmes. L’idée d’être son amie me plaît. Alors, quand il me propose de dormir chez lui, j’accepte volontiers. J’ai besoin d’air, et découcher est une bonne façon de m’évader de cet appartement, où malgré la bienveillance de Vanda je ne me sens pas chez moi. C’est donc en m’accrochant au bras de Gary que j’avance en direction de son appartement, qui se trouve non loin du night-club où ce soir j’ai dit adieu à mes démons.

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