Sugar Baby - Tome 2
Chapitre 25
M. Hyde ne se refuse rien. Ce soir, il a décidé de dîner dans l’un des restaurants les plus huppés de New York : Le Bernardin, un établissement français. J’adore la gastronomie française, d’ailleurs, j’aime tout ce qui vient de ce pays. C’est sans doute pour cette raison que je n’ai pas résisté à Mia. Mais alors que Paul se gare, mes plans sont contrecarrés par l’arrivée d’une femme qui semble être attendue par Hyde. Ce dernier l’accueille en la serrant dans ses bras, et en lui offrant un baiser. L’âge de cette dame ne me laisse aucun doute, il s’agit de son épouse. L’arrivée de cette dernière va retarder mon entrée en scène, mais elle est un avantage pour moi.
Finalement, je décide de lier cette mise au point avec Hyde au plaisir de m’asseoir à l’une des tables de ce restaurant. La soirée risque d’être plus longue que prévu, et je suis subitement de bonne humeur. Je demande alors à Paul de garer la voiture et de m’accompagner dans ce restaurant luxueux, où ce soir je vais jouer l’avenir de Mia. Surpris, mon chauffeur prend son air hésitant. C’est irritant de le voir constamment sur la réserve. Je laisse échapper un soupir, et tout en ouvrant la portière et sans lui laisser le choix, je lui demande de me suivre.
Quelques minutes plus tard, le majordome nous conduit à notre table. Nous sommes placés à quelques mètres de Hyde, et je dispose d’une vue imprenable sur lui et sa fidèle épouse. Ce soir, les yeux de Paul seront les miens. Pour ne pas être repéré par Hyde, je demande à mon chauffeur de se placer face à eux. En leur tournant le dos, je ne peux plus le voir, mais l’important est que je ne sois pas remarqué.
— Pardonnez-moi, monsieur, mais pourrais-je savoir ce que nous faisons ici ? Je suppose que nous ne sommes pas uniquement venus pour dîner.
— Dans le mille, Paul. Vous voyez cet homme à deux heures derrière moi ? Celui qui est accompagné d’une femme qui porte une robe verte…
— Oui.
— Cet homme se nomme Patrick Hyde. Il est le directeur de la MSM, et il s’est permis d’émettre l’hypothèse que Mia soit exclue.
— Pourquoi le serait-elle ?
— Parce qu’elle a accepté de devenir l’égérie de ma nouvelle collection…
— Vous vous revoyez ? m’interrompt-il, étonné.
— Non. Cette entente a été conclue avant que nos chemins se séparent. Malgré ce fait, j’ai décidé d’utiliser ces photographies. Mais visiblement, la photo que j’ai choisie n’est pas du goût de tout le monde. Vous voulez la voir ?
Quand il se met à hésiter de nouveau, je lui fais comprendre que ce n’est pas une question. Je sors mon téléphone, et je lui dévoile la photographie de Mia, nue, derrière son violon. Si elle n’était pas si belle à regarder, Paul aurait déjà relevé les yeux, mais il reste bloqué sur l’écran. Tout en faisant disparaître celui-ci, je lâche :
— Fermez la bouche, Paul, vous allez finir par baver.
— Il faut dire que Mlle Mia est tout à fait charmante, sur cette photo, avoue-t-il.
— Charmante ? Cette fille est une bombe. Elle respire la sexualité…
— C’est vrai que cette photographie est très poétique, mais elle est également très provocatrice pour les puritains.
— Vous avez raison, Paul. Mais ce n’est pas une raison pour empêcher Mia d’étudier là où elle le souhaite. En plus, c’est en partie ma faute. Donc, si je ne veux pas qu’elle achète une poupée vaudoue à mon effigie, il vaudrait mieux que je règle ce problème.
— Vous avez raison, monsieur. Mlle Mia pensait que vous étiez un trou du cul, il ne faudrait pas lui donner entièrement raison.
— C’est vrai qu’elle a dit ça, mais vous ne m’en avez jamais dit plus à ce sujet… Pourrais-je savoir dans quelle circonstance j’ai gagné ce délicat surnom ?
— C’était le lendemain de Noël…
— Oh… Ce jour-là…
— Elle ne voulait pas monter à l’arrière de la voiture. Je lui ai répondu que ça ne me posait pas de problème, mais que ce n’était pas le protocole… Elle m’a répondu que c’était un bien grand mot pour dire qu’Adam Davis est un trou du cul…
Je ne détache pas mon regard de celui de Paul, qui semble se mordre les joues. Mais la torture est trop grande, et il finit par éclater de rire, non sans s’excuser. Il s’attend sans doute à ce que je le prenne mal, mais les mots de Mia me font à mon tour pouffer de rire. Je crois que j’ai eu le droit à toutes les insultes. Le vieux, le connard, le trou du cul… S’il existe une échelle sur l’estime que nous portent les autres, avec Mia, je me situe au sous-sol de celle-ci. Comment a-t-elle pu m’aimer, tout en me bousculant ainsi ? Mystère.
Pour détendre un peu plus l’atmosphère, je commande une bouteille de leur meilleur vin au sommelier. Paul n’en boit qu’un verre, mais il se délecte des plats qui nous sont servis. Tout en mangeant, il observe Hyde, comme je le lui ai demandé. Je raconte à Paul le peu de chose que je sais sur lui, mais les photos parlent mieux que les mots. Mon chauffeur manque de s’étouffer en découvrant ce vieux porc en compagnie de filles à peine majeures. Paul est un père de famille, il voit cette réalité avec un regard différent du mien. Pour lui, cet homme est un pervers. Pour moi, il n’est qu’une cible, et je vais toucher son centre.
Je viens à peine de terminer mon plat, lorsque Paul m’indique que la femme de Hyde est en train de se lever. Quand il me confirme qu’elle prend la direction des toilettes, j’ajuste mon col de chemise, et sans hésiter je me lève et je rejoins la table de ma cible. Quand il lève les yeux sur moi, et qu’il me reconnaît, son visage change d’expression. Sans lui demander la permission, je m’installe sur le siège de sa femme.
— Bonsoir, monsieur Hyde. Nous ne nous sommes jamais rencontrés, pourtant, nous nous connaissons très bien. Je n’ai pas de temps à perdre, et vous non plus. Je vais donc aller droit au but, avant que votre femme revienne.
— Que me voulez-vous ?
— Mia Lacroix, réponds-je, d’un ton sec.
— Si c’est elle qui vous envoie…
Je l’interromps aussitôt.
— Mia ne me demanderait jamais de venir à votre rencontre pour vous convaincre de quoi que ce soit. La connaissant, elle est déjà en train de commander son billet d’avion pour retourner en France. Mais soyons tous rassurés, aucun de nous ne perdra Mlle Lacroix. Je ne perdrai pas mon égérie, et vous ne perdrez pas votre meilleure violoniste.
— Monsieur Davis, je comprends vos inquiétudes, et je reconnais le talent de Mlle Lacroix. Malheureusement, je dirige un établissement réputé, et votre campagne publicitaire pose un problème.
— Lequel ? Qu’elle soit nue, mais non visible, derrière un violon ?
— L’image de cette école ne peut être dégradée par un tel manque de pudeur…
Mon rire l’interrompt. Je cesse subitement, pour le fusiller du regard.
— Je vais me montrer conciliant, mais pour l’instant je vais aller droit au but. Vous n’allez pas exclure Mia Lacroix.
— Vous comptez peut-être m’en empêcher ? L’argent ne peut pas régler tous les problèmes, monsieur Davis.
— Qui a parlé d’argent ? Je ne vous propose pas d’argent, monsieur Hyde. Et savez-vous pourquoi ? Parce que je suis un enculé. Pas un petit emmerdeur plein aux as, qui veut tout obtenir en sortant son carnet de chèques. Non, je suis un véritable enculé. Je suis prêt à tout pour protéger le lancement de ma collection. Mais je suis encore plus malveillant quand on s’en prend à une personne importante à mes yeux, ou à moi-même. Et en ce moment même, monsieur Hyde, vous vous en prenez à tout ça à la fois. Mia Lacroix est mon égérie, et je ne peux pas me permettre de la perdre. Mais avant tout, cette fille est une musicienne hors pair. Je ne vous laisserai pas priver le monde de sa musique.
— Je ne reviendrai pas sur ma décision. Demain, j’organiserai un conseil avec le corps professoral.
— Non, monsieur Hyde. Demain, nous nous rencontrerons dans votre bureau à 7 heures tapantes. Si vous n’acceptez pas ce rendez-vous, je me ferai un malin plaisir de me présenter à votre charmante femme, et de lui montrer ceci…
Je pose mon téléphone sur la nappe soyeuse, et je le glisse face à lui. Son visage devient livide quand il découvre les photos où on le voit à moitié nu et en charmante compagnie.
— Nul doute que votre femme n’apprécierait guère, ajouté-je en reprenant mon téléphone.
Mme Hyde est sur le chemin du retour. Le silence de mon interlocuteur me prouve que j’ai gagné cette bataille, et demain matin je gagnerai la guerre.
— Demain matin, 7 heures ? demandé-je en me levant, et en lui offrant un sourire des plus hypocrites.
— D’accord… Maintenant, partez, fulmine-t-il sans m’accorder un regard.
C’est victorieux que je retourne auprès de Paul. Je m’empare de la bouteille de vin, et je vide le reste de celle-ci dans mon verre. Une telle victoire se fête. Je trinque avec mon chauffeur, qui s’est mis à l’eau, et d’un simple mouvement de tête je lui fais comprendre que je suis sur la bonne voie. Hyde est pris au piège. Il n’a aucun moyen de s’en sortir, et il le sait. Je n’aime pas crier victoire, mais pour le coup j’ai toutes les cartes en main. Je n’ai pas besoin de bluffer, et encore moins de lui proposer une entente, mais une idée est en train de naître dans mon esprit. J’aime avoir le contrôle, et il se pourrait bien que j’aie bientôt la capacité d’étendre celui-ci.
La nuit me portera conseil, mais avant de rentrer chez moi et de préparer ma prochaine attaque je demande la carte des desserts et une nouvelle bouteille de vin. C’était couru d’avance. La soirée va s’étirer, et je vais encore rentrer ivre. Mais ce soir j’aurai au moins la satisfaction d’avoir effacé l’une de mes nombreuses erreurs. Quand tout sera terminé, quand ma nouvelle collection sera mise en vente, je disparaîtrai à jamais de sa vie. Mais pour l’instant j’ai encore besoin d’elle à mes côtés. J’ai encore besoin de la guider dans cette jungle. Et même si je me mens à moi-même, je sais que je ne suis pas encore sevré de ce désir que je nourris toujours pour elle.
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