Sugar Baby - Tome 2
Chapitre 66
Adam
J’ignore pour quelle raison, mais quand Fire Boy arrive enfin, il m’emmène jusqu’à sa voiture. Je n’ai pas le temps de tourner autour du pot, je ne suis pas ici pour ça. Alors, une fois à l’arrière du SUV, je vais droit au but, et je lui pose la question qui me hante :
— Que se passe-t-il entre Mia et toi ?
— Mec, on tourne un clip. Rien de plus…, répond-il d’un air détaché, qui ne me plaît pas du tout.
— Ce n’est pas ce que l’on m’a dit, rétorqué-je.
— Et qu’est-ce que l’on t’a dit ?
— Que vous étiez au Marquee, et que vous étiez proches. On m’a également signalé que Mia n’était pas dans son état normal. Si tu t’amuses à lui faire du mal, je te préviens…
— Hé, redescends, mec. Je t’apprécie, et je n’ai pas envie de me friter avec toi. Cette meuf, je ne la ferai pas souffrir, pour la simple et bonne raison que nous sommes juste des potes. OK, on était un peu déchirés, et on s’est embrassés. Ça, je l’avoue. Mais ensuite, elle m’a gentiment fait comprendre que ça s’arrêtait là. Dans cette voiture, il n’y a qu’un seul mec qui l’a fait souffrir, et nous savons que ce n’est pas moi.
— Elle t’a tout dit ?
— Tout, il n’y a rien que j’ignore d’elle. Je te le répète, nous sommes juste des potes. Cette meuf, c’est un diamant brut. T’as déconné en la trompant avec sa coloc, lâche-t-il, fier de sa remarque.
— C’est un malentendu.
— Ouais, c’est ce qu’on dit tous, mon gars. J’en ai eu pas mal de malentendus ! Laisse-moi deviner, c’est le même malentendu qui est venu te raconter ce qu’elle a vu au Marquee.
— Ce n’est pas ce que tu crois.
— Ce que je crois n’a pas d’importance, mais ce que je vois… Oui, nous étions ensemble au Marquee. Nous fêtions la fin de l’enregistrement de ma chanson en studio. On a bossé comme des malades pendant une semaine pour lier sa musique à ma voix, et c’était génial. Je ne vais pas te mentir, cette meuf, c’est une bombe. Mais tu vois, il y a des filles comme ça, que l’on respecte tant, qu’on n’a pas envie de les souiller. Alors, oui, on a un peu déconné. On a bu, on a fumé… Et tu sais quoi ? Ça lui a fait un bien fou de s’évader quelques heures.
— Pas besoin de se droguer pour ça.
— Oh ! c’est bon ! Elle a fumé un joint, elle ne s’est pas injecté de l’héroïne. Ce soir-là, j’avais de la bonne coke, et je ne lui en ai même pas proposé. Jamais je n’aurais mis sa vie en danger.
— J’espère bien pour toi. Notre collaboration professionnelle est importante, mais je n’hésiterai pas à y mettre un terme, si cela s’avère nécessaire.
— Je suppose que tu n’es pas venu pour me montrer tes nouvelles idées.
— Tu es perspicace.
— C’est tout ce que tu voulais savoir ?
— Oui, mais je ne te croirai que lorsque je lui aurai moi-même posé la question.
— Je serais toi, je ne tenterais même pas ma chance. Elle va t’envoyer balader, tu n’es pas prêt, lâche-t-il en tentant de dissimuler son hilarité.
— Je ne m’attends pas à ce qu’elle m’accueille avec le sourire, mais je dois lui parler. C’est urgent.
— Mec, je te dis qu’il ne s’est rien passé de plus qu’un baiser, sans importance. On était déchirés, ça ne compte même pas !
— J’en suis convaincu. À présent, à moi de la convaincre que je ne l’ai pas trahie.
— Elle va me tuer, si je me ramène avec toi. Et franchement, tu n’as aucune chance de la convaincre.
— Laisse-moi en juger par moi-même. Où est-elle ?
— Elle attend sous la tente, pour que je la raccompagne chez elle.
— Dis-lui de te rejoindre dans ta voiture. Elle ne se doutera de rien.
— Tu la prends pour une débile ?
— Si tu lui dis que je suis parti, elle te croira.
Il laisse échapper un soupir, puis me regarde un long moment avant de sortir son portable de la poche de son pantalon. Il pianote sur son écran, puis m’annonce qu’elle ne va pas tarder à arriver. Je le remercie, et je l’invite à sortir de son propre véhicule. Tout en me souhaitant bonne chance, et en me répétant qu’elle n’a pas du tout envie de me voir, il sort de l’habitacle et referme la portière. À présent que je suis seul, la nervosité s’empare de moi. J’ajuste mon col de chemise. Je replace mes cheveux. Je suis sur le point de me faire malmener une nouvelle fois, mais disons que j’ai bien mérité mes souffrances.
Dans quelques minutes, je vais enfin la revoir. Je vais pouvoir la regarder dans les yeux, et pour la première fois lui dire que je l’aime, et que je n’ai jamais eu l’intention de la trahir avec qui que ce soit. Mais me laissera-t-elle au moins prononcer un seul mot ? J’ai plus de chances de me faire gifler que d’être écouté. Malgré tout, je prends le risque. J’ai lutté pendant quatre ans pour ne pas céder à cet amour, mais j’ai échoué. J’en ai assez de me battre contre la Terre entière et surtout contre moi-même. En l’aimant, je prends un risque. Pourtant, je n’ai plus de doute. Si j’ai su éloigner sa peur du vide, Mia m’a guéri de mon incapacité à aimer…
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