Sugar Baby - Tome 2
Chapitre 20
Mia
— Tu n’as quand même pas l’intention d’accepter ? me demande Anisha, après que je lui ai confié la nouvelle visite d’Adam, hier.
— Bien sûr que non ! Je voulais juste qu’il s’en aille.
— Tu es sûre ?
— Certaine, la rassuré-je dans un sourire.
— Parfait ! Je vais pouvoir partir bosser le cœur léger. Tu commences à quelle heure ? me demande-t-elle en se levant.
— Dans deux heures.
— Chanceuse !
Elle termine son café, et s’empare d’une tartine grillée. Tout en mangeant, elle me souhaite une bonne journée, et me laisse seule avec mes souvenirs de la veille. Depuis deux semaines, je me sentais enfin mieux. J’avais l’impression d’oublier Adam plus facilement. Ethan n’est pas étranger à ce changement. Je passe de plus en plus de temps avec lui, et maintenant nous ne nous cachons plus. C’est lui qui m’a donné la main pour la première fois, dans les couloirs de la MSM. Les regards curieux se sont attardés sur nous pendant quelques jours, puis ils ont trouvé autre chose à commenter.
Je m’attache à lui, et à toutes les petites attentions qu’il me porte chaque jour. Ethan est quelqu’un de facile à vivre, qui ne se départ jamais de sa bonne humeur. Participer ensemble aux prochaines auditions nous a permis de nous rapprocher encore un peu plus. Il m’a même inspiré une sonate, que je suis parvenue à écrire sans grande difficulté. Elle est douce et romantique. Malgré tout, je sais qu’elle n’est pas parfaite. Quand je l’ai fait écouter à Ethan, il a beaucoup aimé, mais il m’a aussi fait remarquer qu’elle ne grandissait pas en intensité et en émotion. Je n’ai pas osé lui répondre que je l’avais écrite pour lui, et que cette sonate était un reflet des émotions qu’il fait naître en moi.
Depuis, je tente de retravailler ma partition, mais il est difficile d’insuffler de la rage là où l’on souhaite juste insuffler de l’amour. Au moins, je parviens à mettre des sentiments pour Ethan dans quelque chose. Car c’est bien sur ce point que le bât blesse. Je m’attache à lui, j’ai des papillons dans le ventre quand je le vois, mais jusqu’à présent je l’aime bien. C’est encore trop tôt, et je sais que l’amour est différent avec chaque personne, mais quand je repense à la première fois que j’ai vu Adam, je me souviens d’avoir immédiatement ressenti quelque chose, au plus profond de mon être. Comment est-ce possible de tomber amoureuse d’un inconnu hautain, et de ramer pour un mec comme Ethan, un mec grâce à qui je suis heureuse ? Ça me rend folle.
Alors, quand il est apparu comme par magie dans l’ascenseur, j’ai su que je devais sauter sur l’occasion pour l’éloigner définitivement de moi. Même si j’étais fière de lui montrer qu’il ne compte plus, j’ai tout de même dû me faire violence pour lui demander de sortir de ma vie. Je devais prononcer ces paroles, mais celles-ci m’ont fait mal. Après coup, je me sens beaucoup mieux. Seule sa proposition me trotte encore en tête. Si je n’avais pas tant souffert par sa faute, et si je ne voulais pas construire quelque chose avec Ethan, j’aurais sans doute accepté. D’une part, pour ne pas contrecarrer son projet, et d’une autre, pour satisfaire toute son équipe, qui visiblement m’apprécie plutôt bien.
Mais j’ai souffert, et j’ai vraiment envie de tenter quelque chose avec Ethan, alors c’est clair : je ne donnerai pas suite à sa demande. Il ne me reste plus qu’à espérer qu’il comprendra le silence que je compte lui offrir. Sa nouvelle égérie sera parfaite, j’en suis certaine. Et même si j’ai adoré cette séance photo et les clichés qui ont été réalisés, je n’assumais pas vraiment ma position. Qu’auraient pensé les autres en me découvrant sous ce nouveau jour ? Sans oublier qu’il y a une photo de moi complètement nue ! Certes, mon violon dissimulait ce qui ne devait pas être vu, mais tout de même ! Mannequin, sugar baby, muse… Tout ça, ce n’est pas fait pour moi.
En arrivant dans le hall d’entrée de la MSM, je cherche Ethan, mais je ne le trouve pas. Je pensais que tout le monde s’était fait à l’idée que nous sommes ensemble, mais les regards curieux qui se portent sur moi ce matin me prouvent le contraire. Ils doivent sans doute se demander où est passé mon petit ami. Peut-être même qu’ils espèrent que ce soit déjà terminé entre nous. Ils peuvent bien penser ce qu’ils veulent, je m’en moque complètement. L’avis de l’élite new-yorkaise m’importe peu. Sans accorder d’importance aux regards et aux bavardages qui s’élèvent sur mon passage, je traverse le hall, et je prends la direction de la cafétéria.
Quand j’y arrive enfin, je ne le vois toujours pas, mais tout le monde continue de s’intéresser à moi. Qu’ont-ils tous ce matin ? J’ai l’impression d’être le centre d’attention de toute l’école. Je m’éloigne de la cafétéria, et soudain cela devient encore plus étrange. Un mec se plante devant moi, accompagné de trois de ses potes, et il me dit :
— T’es plutôt pas mal. Et franchement, tu uses de ton instrument comme personne…
Il termine en faisant descendre ses yeux sur l’intégralité de mon corps. L’envie qui se lit sur son visage, et les rires de ses amis deviennent vraiment gênants. Sans lui demander où il veut en venir, je le bouscule et je continue mon chemin. J’arpente l’école, et ce manège des plus bizarres continue. Quand enfin je croise un regard amical, je me dirige aussitôt vers cette personne. Joyce Watson, la seule fille de l’école qui ne me donne pas des envies de meurtre. Cette dernière est très vite devenue amie avec Mika. Avant qu’il décide d’abandonner la MSM, ils ne se quittaient plus. Comme lui, elle a un look singulier, un peu rock, qui détonne dans le paysage lisse de la MSM. Grâce à leur excentricité naturelle, je me fondais dans la masse, et cela m’allait très bien. Mais aujourd’hui même la crête géante et rose fuchsia de Joyce ne détourne pas les regards qui se focalisent sur moi.
— Salut, Joyce ! Saurais-tu où se trouve Ethan ?
— Salut, Mia. Non… Je ne l’ai pas vu, répond-elle d’un air, qui me semble gêné.
Au plus profond de moi, j’ai soudainement la certitude qu’il y a un problème, et que cela me concerne.
— Joyce, que se passe-t-il ? lui demandé-je, avant d’affronter les regards trop insistants.
— Rien que tu ne saches déjà… Personnellement, moi je trouve ça génial, mais certains se disent que c’est carrément trop osé…
— Je fais ce que je veux ! Non ?
— Bien sûr, Mia, répond-elle en posant la main sur mon épaule et en me souriant.
— Si j’avais su que ça les rendrait aussi dingues de me voir au bras d’Ethan, j’aurais gardé notre relation secrète, déclaré-je dans un soupir.
— Quoi ? Non ! Tout le monde s’en fout que tu sois avec Ethan. Bon, sauf moi, car je te trouve super mignonne, avoue-t-elle dans un clin d’œil.
— Tu aimes les filles ?
— Tu as réellement un doute ? me demande-t-elle en montrant son look.
— À vrai dire, je ne me suis jamais posé la question.
— Dommage, ça prouve que tu es bel et bien hétéro.
— Ça, je n’en ai jamais eu aucun doute. Mais alors… Pourquoi tout le monde me regarde ?
— Pour la publicité qui fait le buzz sur Instagram ! Tu nous avais caché que tu étais mannequin à tes heures perdues, et que tu as bossé pour le grand Adam Davis ! lâche-t-elle, impressionnée, tandis que je me liquéfie sur place.
— Je ne comprends pas…
Elle sort son smartphone de la poche de son jean, et après quelques secondes elle me tend celui-ci. Horrifiée, je redécouvre le cliché où je pose nue derrière un violon. Je me sens pâlir, j’ai la tête qui tourne. Cette photo a été postée sur le compte Instagram « Adam Davis Créations », mais également sur son compte personnel. Le nombre de likes me donne le tournis. Je n’ai pourtant reçu aucune notification. Pas étonnant, puisque j’ai bloqué tous les comptes liés à Adam ! Soudain, je n’ai plus qu’une envie : l’assassiner. Non… Me cacher. Ensuite, j’irai lui régler son compte.
— Cette photo ne devait pas sortir, déclaré-je, embarrassée.
— Cela aurait été dommage, car elle est magnifique. En plus, tout le monde ne peut pas se vanter d’avoir travaillé avec Adam Davis. Tu le connais bien ?
— Très peu, mens-je.
— On dit que c’est le mec le plus chaud de New York.
— Je n’en sais rien, je l’ai croisé peu de fois…
Je me sens de plus en plus mal à l’aise. Je prétexte devoir partir, et tout en bafouillant quelques excuses, je prends la direction de la salle où aura lieu notre premier cours de la journée. Une partie de notre groupe est déjà installé. Quand je franchis la porte, et que je constate l’absence d’Ethan, je n’ai pas la force d’affronter les regards des autres. Je sors de la salle, ignorant la voix de M. Garvey, qui me rappelle que le cours va bientôt commencer. Je n’ai plus qu’une idée en tête : trouver Ethan. Cela ne fait aucun doute qu’il est déjà au courant, et s’il n’est pas dans les parages, c’est qu’il digère mal la nouvelle.
Maintenant, je sais où il doit être. Dans le seul endroit où le silence est obligatoire : la bibliothèque. Ethan aime les endroits calmes, et la bibliothèque du campus est le lieu où il se réfugie pour se recentrer, comme il le dit si bien. J’entre dans la bibliothèque, où seulement quelques étudiants sont présents. Tous sont plongés dans leur lecture. Je traverse l’allée centrale qui mène à un espace salon, idéalement positionné devant les vitres qui donnent une vue imprenable sur le jardin extérieur. Ethan est bien là. Assis sur l’un des fauteuils, il contemple l’extérieur d’un air pensif. La boule au ventre, j’approche de lui.
— Coucou, lâché-je timidement, en tapotant son épaule.
Il se tourne vers moi, et dans un sourire forcé il répond :
— Bonjour, Mia.
— Je crois que nous devrions parler. Mais avant, m’autorises-tu à te dire bonjour ? demandé-je en m’asseyant sur l’accoudoir.
— Bien sûr…
Je me penche aussitôt vers lui, et je lui offre un doux baiser.
— Je suppose que tu es au courant…
— Comme tout le monde dans cette école, répond-il, en retournant à sa contemplation.
— Ethan, je peux tout t’expliquer.
— Tu n’as rien à m’expliquer, tu fais ce que tu veux, Mia. Honnêtement, je n’ai rien contre ça, je trouve même ça plutôt cool, mais je ne comprends pas pourquoi tu ne m’as rien dit.
— Parce que cette photo n’était pas censée sortir. Il y a trois ans, j’ai été approchée lors d’un casting sauvage. J’ai trouvé ça drôle, et j’ai accepté de participer à des essais photo pour peut-être devenir l’égérie d’une marque de montres. Je n’y croyais pas une seule seconde, mais j’ai été choisie. Nous avons fait la séance photo, mais quelque temps plus tard, le créateur a décidé que cette collection ne verrait pas le jour…
— Visiblement, il a changé d’avis, répond-il en me regardant enfin.
— Tu m’en veux ?
— Non, j’ai juste pensé que tu me cachais quelque chose. Tu connais les langues de vipère de cette école, j’ai entendu des choses qui ne m’ont pas rassuré.
— Quel genre de choses ?
— Tout le monde ne cesse de parler de ce mec… Adam, je sais plus quoi…
— Et ?
— Et selon les dires de certains, il aime coucher avec les filles qui gravitent autour de lui.
— C’est vrai qu’il a cette réputation.
— Et toi ?
— Quoi, moi ?
— As-tu couché avec lui ?
— Non ! Il a plus de trente ans ! m’offusqué-je faussement.
Je ne suis pas blessée qu’il me pose la question, n’importe quel mec s’interrogerait en voyant Adam Davis. Je suis blessée par la facilité avec laquelle je prononce des mensonges depuis le début de cet échange. J’invente un casting sauvage, je nie avoir entretenu une relation avec Adam… Je ne suis qu’une menteuse ! Je déteste le mensonge, mais je n’ai pas la force de lui avouer la vérité. De plus, je n’oublie pas l’accord de confidentialité que j’ai signé, et qui est toujours d’actualité, même si plus aucun contrat ne nous lie Adam et moi.
— Je suis vraiment débile, s’exclame-t-il avec un sourire, et en m’attirant sur ses genoux.
— Serais-tu un tout petit peu jaloux ? demandé-je d’un air moqueur en me lovant tout contre lui.
— J’avoue…, répond-il en embrassant mon front.
— J’aime bien que tu le sois un peu…
C’est vrai, j’aime quand un homme se montre sur la défensive si quelqu’un m’approche d’un peu trop près. Ethan est vraiment un amour. Et moi, une grosse mythomane.
— Je ne suis pas possessif, mais à force d’entendre parler de ce mec que tout le monde semble connaître, j’ai été fouiner sur le Net. Il a un tableau de chasse qui ferait pâlir Casanova. Sans oublier son physique…
— Euh… Tu es jaloux parce que j’ai bossé avec lui, ou simplement, jaloux de lui ? demandé-je en riant.
— Les deux, je crois…, lâche-t-il en s’esclaffant.
Je ne sais par quel miracle, mais je suis parvenue à me sortir des beaux draps dans lesquels Adam m’a fourrée en postant cette photo.
— Comment ça va se passer tout ça ? Tu vas devoir le revoir ? Tu vas participer au lancement ? me demande-t-il en reprenant son sérieux.
— Ce n’est pas dans mes projets. Je suis ici pour mes études, pas pour être l’égérie de quoi que ce soit.
— Peut-être, mais ce mec a l’air d’en avoir décidé autrement.
— Pour être honnête avec toi, Ethan, je ne sais pas. Je vais tenter de régler ça, mais maintenant que cette photo est sortie, je n’ai aucune chance de le convaincre de changer d’avis.
— Je trouve que c’est plutôt une bonne chose…
— Tu es sérieux ? l’interromps-je.
— C’est une sacrée opportunité. Ce genre de chose n’arrive qu’à New York, ou à Paris. Tu n’aurais eu aucune chance de vivre un tel truc en Auvergne. Tu es jeune et super belle, c’est le moment ou jamais. Mais maintenant, tout le monde sait que ma copine est super bien foutue !
— N’abuse pas, réponds-je gênée.
— Quoi ? C’est vrai, tu es super sexy sur cette photo ! Je crois que je vais la faire imprimer en poster et l’accrocher dans ma chambre.
— Si tu fais ça…
Je n’ai pas le temps de finir, il m’embrasse fougueusement. Ce baiser me fait tant de bien, il me rassure. Je m’en veux de lui mentir, mais je ne culpabilise pas. En taisant certaines vérités, je nous protège tous les deux, et je préserve ce lien que nous tissons de jour en jour. Je ne sais pas encore comment tout cela va se conclure, mais à présent c’est une certitude : Adam est un enfoiré. Il m’a fait croire qu’il me laissait le choix, mais en réalité il avait déjà tout prévu. S’il croit que je vais tenir mon rôle d’égérie, il se met le doigt dans l’œil ! Avec moi, Adam va apprendre qu’il ne faut jamais vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué !
Mais pour le moment je me concentre sur Ethan et ce baiser sulfureux. Ses mains ne trompent pas. Elles se baladent sur mon corps avec envie. Il suffit d’un regard souriant pour que nous nous comprenions. Main dans la main, nous quittons la bibliothèque. Nous ne rejoignons pas la salle où M. Garvey donne son cours. Il est 10 h 25, il ne sert à rien d’arriver avec autant de retard. Bien décidés à utiliser la demi-heure qu’il nous reste en usant de nos corps, nous rejoignons la résidence en alternant course et baisers. Je suis prête pour la seconde fois, et aujourd’hui Adam Davis restera loin de mes pensées !
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