Sugar Baby - Tome 2

Eva Dupea · Chapitre 46 sur 75

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Sugar Baby - Tome 2

Chapitre 44

 

 

Je sais qu’il ne faut jamais faire de promesse que l’on ne pourra peut-être pas respecter, mais pour une fois la chance et l’amour m’ont fait tenir ma parole. Adam et son père se sont parlé calmement, et aucun heurt n’a éclaté dans la chambre d’hôpital. Quelques minutes plus tard, John a été emmené au bloc opératoire. À présent, nous attendons depuis plus de trois heures. Elizabeth nous a proposé de la laisser seule, pour que nous puissions aller déjeuner, mais aucun de nous ne ressent la faim. Comment avoir envie de manger, dans de telles circonstances ?

J’ignore ce que son père et lui se sont dit, mais Adam paraît un peu plus serein. Tout ce que nous savons, c’est qu’ils ont eu une conversation honnête, et qu’ils en sont tous les deux ressortis apaisés. Je n’interroge pas Adam. Je préfère respecter le silence qu’il impose durant ces longues heures d’attente. Pendant qu’il fixe inlassablement ses chaussures, et qu’Elizabeth fait les cent pas dans le couloir, moi, j’essaye de faire abstraction du lieu dans lequel je me trouve, en consultant les dernières notifications de mes réseaux sociaux.

Depuis ma prestation en duo avec Fire Boy et l’annonce d’une association artistique entre nous, mon nombre de followers a explosé. C’est de la folie ! Je reçois des centaines de messages, auxquels il m’est impossible de répondre. Je survole les innombrables commentaires, sans pouvoir m’empêcher de penser que c’est complètement dingue. Consciente que je vais bientôt devoir penser à fournir un contenu sérieux à mes abonnés, je décide de commencer dès aujourd’hui, en publiant le selfie que j’ai pris ce matin, lorsque j’étais vêtue de la somptueuse robe noire. Et comme légende :

Dernière séance photo, pour la superbe collection de montres pour femmes #Adam-Davis.

Avant, je postais une photo, et je mettais un siècle à récolter quelques likes. Aujourd’hui, la photo est à peine en ligne que j’en ai déjà une centaine. Mes yeux s’écarquillent face à l’intérêt soudain que l’on me porte, mais cela ne me fait pas tourner la tête. Malgré tout, je prends le temps de lire quelques commentaires avant de ranger mon téléphone. Et quand un inconnu me dit que je suis la plus belle créature qu’il ait vue, et qu’il veut m’épouser, je découvre le plaisir d’être adulée. Cette petite escapade sur les réseaux sociaux m’a permis de m’évader quelques minutes de cet hôpital. Mais une fois mon portable dans mon sac la réalité me rattrape.

Après trois heures et demie d’attente, le chirurgien apparaît derrière les portes battantes. Nous nous levons tous les trois, et nous attendons immobiles qu’il arrive à nous. Adam et moi scrutons son visage impassible, mais Elizabeth n’a plus aucune once de patience. Elle s’avance vers lui, et sans faiblir elle lui pose la question que nous nous posons tous :

— Docteur, comment se porte mon mari ?

Nous sommes suspendus aux lèvres de l’homme qui, conscient que nous sommes au bord de l’angoisse, égaye son visage d’un sourire et répond :

— L’intervention s’est très bien passée. Le pontage est une réussite, ainsi que la pose du stent. Dans quelques jours, il ira déjà beaucoup mieux.

— Oh ! merci… Merci, docteur, dit-elle en le serrant dans ses bras.

C’est une onde de soulagement qui s’empare de nous. Le chirurgien tient tout de même à nous signaler que nous ne pourrons pas voir John aujourd’hui. Seule Elizabeth pourra rester auprès de lui lorsqu’il reprendra connaissance. Nous comprenons, l’important, c’est qu’il aille bien. Il est presque 15 heures, et comme convenu Adam me prévient que nous n’allons pas tarder à reprendre la route. Nous discutons quelques minutes de plus avec Elizabeth, qui est déçue que nous partions si tôt et inquiète de nous savoir sur la route, alors qu’une tempête de neige s’abat sur la côte Est du pays.

Adam la rassure, en se vantant d’être un pilote hors pair, et nous soupirons toutes les deux de le voir si sûr de lui. Malgré toute l’assurance que son fils peut afficher, Elizabeth lui demande d’être prudent et d’arrêter de minimiser les risques. Adam ne s’offusque pas des remarques de sa mère et les accueille avec une sérénité que je ne lui connais pas. Cette femme est sans aucun doute celle qu’il aime et qu’il respecte le plus au monde. C’est rassurant de le voir ainsi avec sa mère, cela confirme ce que je pense de lui : il n’est pas aussi mauvais qu’il veut bien le faire croire.

Soudain, sa mère nous pose une question qui me fait comprendre que ses parents ne sont pas du tout au courant de ce qu’il s’est passé entre nous.

— Alors, les jeunes, que faites-vous ce soir, pour la Saint-Valentin ?

Je tourne la tête vers Adam, mais ce dernier s’évertue à éviter mon regard, puis finit par me demander :

— C’est vrai, Mia… Que faisons-nous, ce soir ?

Instinctivement, je lève les yeux au ciel en faisant non de la tête. Si j’ai bien compris, c’est moi qui dois annoncer notre lointaine rupture à sa mère. J’efface mon regard noir, et je dessine un sourire sur mon visage, tout en répondant à Elizabeth.

— Je vois qu’Adam n’a pas pris la peine de vous le dire, alors, je vais le faire… Nous ne sommes plus ensemble.

— Comment ça ? demande-t-elle, comme si elle n’y croyait pas.

— Nous nous sommes séparés, il y a trois ans, le soir de Noël.

— Oh ! ma chérie… Je comprends que tu aies été choquée par ce qui s’est produit ce soir-là, mais Adam…

De mieux en mieux, voilà qu’elle croit que c’est moi qui l’ai largué comme une merde…

— Pardonnez-moi de vous interrompre, mais je n’ai pas quitté Adam. C’est lui qui a décidé de mettre un terme à notre relation.

— Tu as fait ça ? lui demande-t-elle, outrée.

— À l’évidence, lâche-t-il, avec un rictus nerveux.

— Et cela semble t’amuser ! Quand vas-tu grandir, mon fils ? Et dire que ces trois dernières années je te pensais entre de bonnes mains… Quelle déception !

Il ne répond pas. Quant à moi, je suis ravie de le voir se faire remonter les bretelles.

— Et malgré tout, tu as quand même accepté de venir ici ? me demande-t-elle d’un air soucieux.

— Oui, mais rassurez-vous, je suis contente de l’avoir fait, et de vous avoir revus tous les deux. De toute manière, nous avions une séance photo prévue à Belmar, terminé-je, dans un sourire.

Elle se tourne à nouveau vers Adam et lui lance :

— Tu ne retrouveras jamais une fille comme Mia !

— Je sais…, répond-il en plongeant ses yeux azur dans les miens.

Nous faisons un dernier signe à Elizabeth avant que les portes de l’ascenseur ne se referment. Finalement, je ne suis plus aussi déçue d’avoir passé cette journée loin de New York. Elizabeth et John sont des personnes que j’apprécie. Je dirais même qu’ils sont les beaux-parents idéaux pour moi qui suis perpétuellement en quête de me faire aimer. Avec eux, je me suis immédiatement sentie comme chez moi, et je dois dire qu’en y repensant la peine se réveille.

En retrouvant le grand hall de l’hôpital, je décide d’oublier le passé et de me concentrer sur le présent. Ce soir, je serai dans les bras d’Ethan, et ça, c’est réel. Mais soudain nous nous figeons en regardant les personnes qui viennent de l’extérieur. Elles sont couvertes de neige, de la tête aux pieds. Mes yeux se lèvent alors sur les grandes portes coulissantes. Ma mâchoire se décroche, tant je suis abasourdie par ce qu’il se passe dehors. Il neige tellement fort que la visibilité est des plus restreintes.

— C’est quoi ce bordel ? lâché-je, sans même m’en rendre compte.

— Ici, c’est ce que l’on appelle le blizzard, répond Adam.

— Le blizzard ? Je crois que la dernière fois que j’en ai entendu parler c’était dans un épisode de La Petite Maison dans la prairie, rétorqué-je.

C’est alors qu’Adam se met à se gratter le crâne. Je connais ce geste chez lui, il le fait uniquement lorsqu’il s’apprête à m’annoncer une mauvaise nouvelle. Mais dans ma tête c’est clair comme de l’eau de roche !

— Non, non, non… Non, Adam !

— Je n’ai encore rien dit…

— Et c’est parfait ! Continue de ne rien dire.

— Je suis désolé, Mia, mais je crois que nous ne pourrons pas repartir aujourd’hui…

J’ignore si c’est sa réponse ou si c’est le simple fait d’avoir passé plus de quatre heures dans un hôpital qui me donne des crises d’angoisse, mais soudain je me sens mal. Très mal… Ma main cherche un bras que je ne trouve pas. La neige immaculée a laissé place à un voile noir qui m’empêche d’y voir quoi que ce soit. Mes oreilles se mettent brusquement à bourdonner. Je n’entends plus, je ne vois plus, et je peux me sentir blêmir de seconde en seconde. Et alors que je sens le corps rassurant d’Adam soutenir le mien, je tombe dans les pommes…

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