Sugar Baby - Tome 2
Chapitre 2
Mia
Même quand tout va bien dans la vie, il y a des anniversaires que l’on n’oublie pas. Le décès d’un être cher et la rupture amoureuse font partie de ces événements indélébiles qui resurgissent quand vous vous y attendez le moins. Aujourd’hui est l’un de ces jours, où le passé refait surface. Depuis ce matin, je pense à ma mère et à Adam. Et pour cause : cette nuit, j’ai rêvé d’eux. C’était un songe étrange, où je jouais du violon pour ma mère. Nous étions dans un grand espace verdoyant, le soleil brillait, et au fin fond de mon cœur j’avais conscience d’être chanceuse de vivre ce moment avec ma mère, disparue depuis neuf ans maintenant.
Tout à coup, le son de mon violon a été masqué par un vacarme assourdissant. Au beau milieu de cette nature luxuriante et reposante, un train est soudainement apparu. Quand il s’est arrêté à notre hauteur, les portes du wagon se sont ouvertes, laissant apparaître le contrôleur du train, qui n’était autre qu’Adam.
— Embarquement pour New York ! Dernier appel ! s’est-il écrié en me regardant.
Mon cœur a bondi sous la douleur que m’ont provoquée ces retrouvailles imprévues et non désirées. Et, alors que je me demandais ce qu’il pouvait bien faire là, ma mère s’est emparée de ma main, et m’a dit :
— Tu devrais y aller, ma chérie. Tu vas rater ton train. Ne t’en fais pas, je reste ici…
C’est sur ces mots et son sourire que j’ai été extirpée de ce rêve par la sonnerie de mon réveil. Avoir revu ma mère me met du baume au cœur, mais avoir revu Adam tiraille mon âme, qui a eu bien du mal à se rétablir de lui et de cet amour infernal que j’ai longuement nourri pour lui. Quand il m’a quittée et que je suis revenue en France, je n’étais plus que l’ombre de moi-même. Je n’avais eu que quelques jours pour prendre une décision : rester à New York, ou retourner à Paris. Poursuivre mon rêve, ou abandonner celui-ci. Affronter ma peine, ou continuer de la dissimuler sous un faux burn-out.
J’avais pensé que revenir à Paris m’aiderait à me sentir mieux, mais cela n’avait pas été le cas. J’avais été heureuse de retrouver mon père et Saphia, mais lorsqu’ils s’absentaient tout me ramenait à New York. La seule raison qui m’empêchait d’y retourner était Adam. Aujourd’hui encore, quelques braises de cet amour brûlent encore mon cœur. Comment puis-je continuer d’aimer un homme qui ne m’a jamais aimée et que je n’ai pas revu depuis trois ans ? Un homme qui a mis volontairement ma vie en danger pour avoir le dernier mot.
Si j’ai eu tant de mal à faire le deuil de mon amour pour lui, c’est parce que je ne pouvais même pas affirmer que je traversais une rupture. Après tout, on ne peut pas rompre ce qui n’existe pas. Aujourd’hui, le passé me donne du vague à l’âme, ou c’est peut-être la solitude qui me pèse. Il faut dire que depuis ce sombre épisode ma vie a bien changé. J’habite toujours chez Anisha à New York, et je continue mes études à la MSM, grâce à mon activité de sugar baby. Eh oui, finalement, j’ai eu le cran de retourner aux États-Unis et d’atteindre mes rêves en restant à la Candy Agency.
Je n’accepte que trois contrats simultanés. Trois sugar daddies à gérer, mes études et mes amis, voilà qui comble déjà bien mon emploi du temps. J’ai eu du mal à remonter la pente, mais maintenant je peux affirmer que je vais mieux. Mon cœur et mon âme ont pansé leurs plaies, quant à mes études musicales, elles sont au beau fixe. À New York, j’ai une vie bien remplie. Une vie que ceux que j’ai laissés à Paris ignorent totalement. Je n’ai jamais avoué à Saphia la manière dont je gagne de l’argent, elle ne pourrait pas comprendre. Quant à Adam, c’est un secret si bien gardé qu’il n’y a que la douleur fantôme que je ressens quelques fois qui me rappelle qu’il a bien existé.
En trois années, ma vie s’est métamorphosée. Pour ma part, je ne suis plus du tout la même. Mika, quant à lui, a quitté la MSM à la fin de la seconde année. La pression de telles études était trop forte pour lui. Depuis, nous ne l’avons jamais revu. Son abandon m’a prouvé que je suis plus forte que je ne le pensais. J’aurais très bien pu baisser les bras face aux difficultés, mais portée par la promesse que j’ai faite à ma mère je n’ai rien lâché.
Maintenant, mon cœur est scellé. En tant que sugar baby, je ne sélectionne que des hommes qui ne me plaisent pas physiquement, et qui recherchent uniquement une accompagnatrice. Quand l’un d’eux ment sur ses intentions, je n’hésite pas à rompre le contrat aussitôt. Je ne leur laisse aucune chance. Si j’ai bien appris une chose avec Adam, c’est qu’un contrat ça se respecte. J’ai trouvé mon équilibre, pourtant il manque quelque chose à ma vie : un peu d’amour. Malheureusement, depuis Adam, je n’ai jamais retrouvé cette alchimie dévastatrice qui m’a fait aimer pour la première fois.
Cela fait une semaine que je suis de retour à Paris pour les fêtes de fin d’année. C’est triste à dire, mais ma vie new-yorkaise me manque. Je m’ennuie, et j’ai hâte de retrouver mon quotidien effréné. Ce soir, nous recevons Saphia pour le réveillon du nouvel an. Comme chaque année : pas de grande fête hors de prix, mais une soirée ensemble, à manger de bonnes choses, et à s’aimer un peu plus qu’hier encore. Ce programme me convient très bien, et pour cause : je n’ai aucune envie de voir du monde en me perdant dans les rues de la capitale. J’ai toujours aimé Paris, mais, depuis que j’ai goûté à la Grande Pomme et à tous ses délices, ici tout me semble fade.
Il est 17 heures, et mon père dort encore. Ces derniers temps, il travaille la nuit. Je connais bien ces périodes de labeur nocturne. Il y a deux raisons possibles : il déprime ou il a des problèmes d’argent. Cette fois, je crois que ces deux possibilités sont la raison de son acharnement à la tâche. Parfois, quand je le regarde me sourire, je suis presque reconnaissante envers Adam de m’avoir jetée comme une merde. Sans cela, je serais restée dans ma bulle, et serais complètement déconnectée de cette vie que j’ai laissée loin derrière moi en partant à New York.
La culpabilité m’assaille. Sans mes rêves démesurés, sans la promesse faite à ma mère, mon père n’aurait pas le moral à plat et les poches vides. Il a tenté de dissimuler ses soucis, mais je le connais trop bien pour qu’il puisse me berner. Assise dans le salon, je scrute les dizaines de factures impayées et les courriers des huissiers que j’ai trouvés hier soir dans un tiroir. Ces dernières années, mon père s’est endetté, et je n’ai rien vu. J’étais si accaparée par mes études au conservatoire et à la MSM que je n’ai même pas pris la peine de lui demander si tout allait bien.
En héritant de l’appartement de ma mère dans le XXe arrondissement de Paris, il a aussi hérité des frais de copropriété et des taxes réservées aux propriétaires. Ajoutons à cela mes frais de scolarité au conservatoire qu’il paye encore, les factures de la vie courante et toutes les autres dépenses imprévues, mon père est ruiné. Sa dette s’élève à soixante mille euros. Je découvre qu’il a fait plusieurs crédits pour financer mes études à Paris. Les taux sont astronomiques, et les relances de plus en plus menaçantes.
Si je ne fais rien, mon père devra vendre cet appartement, et je ne peux pas me résoudre à ce qu’il perde tout ce qui lui reste de ma mère. Si je lui propose mon aide, il n’acceptera pas. Si je lui fais un virement bancaire, des milliers de questions auxquelles je ne pourrai pas répondre me tomberont dessus. Après avoir réfléchi plusieurs heures, je pense enfin avoir trouvé la solution. Après-demain, j’appellerai tous ses créanciers, et je réglerai moi-même ces dettes, qui ne sont pas vraiment celles de mon père mais plutôt les miennes.
Quand l’interphone se met à sonner, je saute du lit, je cours ranger les factures où je les ai trouvées, et je m’empare de mon sac. À l’occasion du réveillon, j’ai décidé de mettre les petits plats dans les grands, en faisant appel à un traiteur. Mon père n’est pas encore au courant, je lui ai juste dit que je me chargeais de tout. Je descends les deux étages et j’accueille les deux livreurs. Je leur demande de me suivre et de tout déposer dans la cuisine. Après avoir vérifié le contenu de ma livraison et inspecté les bouteilles de champagne, j’offre un pourboire aux deux hommes et je leur souhaite de passer un bon réveillon.
Il est à présent temps de réveiller mon père, ensuite j’irai prendre une douche. Je n’ai aucune envie de me mettre sur mon trente et un, mais si j’affiche une nouvelle fois ma mine des mauvais jours Saphia et mon père vont finir par m’envoyer chez le psy. Je ne leur ai jamais parlé de ce premier chagrin d’amour qui me broie encore le cœur quand j’y pense. Pour Saphia et mon père, j’ai juste été victime d’un burn-out qui refait surface à chaque fin d’année.
Quand ils s’inquiètent un peu trop, je leur dis que la vie à New York est fatigante, que mes études mettent une pression considérable sur mes épaules, et que parfois je me sens tomber dans un précipice sans fin. C’est ça, depuis qu’Adam n’est plus à mes côtés, je tombe à nouveau dans le vide quand je pense à lui, comme le jour où j’ai compris que ma mère était mourante. Alors, quand ils voient mes yeux rougis par les pleurs, ils ne s’interrogent pas sur les raisons de ma peine. Ils pensent que je subis juste un gros coup de fatigue et que ma mère me manque.
Quand Saphia et mon père me disent que cette quatrième et dernière année d’études va finir par me tuer, j’ai envie de leur hurler que je mens depuis le début, et que j’ai seulement le cœur en miettes. Mais je ne peux pas. Quand mon mal d’amour revient, j’ai l’impression que la douleur va avoir raison de moi une bonne fois pour toutes, mais je ne peux en parler à personne. Adam est mon secret. Mon secret le plus sombre, le plus beau, et le plus douloureux. Trois ans se sont écoulés, pourtant il hante encore mes pensées, et il s’accroche à mon cœur comme un virus qui me ronge de l’intérieur. Je veux et je dois l’oublier. Mais comment oublier l’homme qui m’a prouvé qu’avant lui je ne connaissais pas le véritable amour ?
Je chasse son souvenir et je rejoins la chambre de mon père. Je frappe doucement, attendant que sa voix encore ensommeillée résonne pour ouvrir la porte.
— Tu as bien dormi ? demandé-je en poussant celle-ci.
— Je suis d’attaque pour la fiesta ! répond-il joyeusement en se redressant.
En le voyant si gai, je prends conscience que je ressemble bien plus à mon père que je le pensais. Tout comme lui, je sais dissimuler mes problèmes sous un sourire. J’ai envie de lui dire qu’il n’a plus de souci à se faire, et que dans quelques jours ses problèmes d’argent seront derrière lui, mais je suis dans l’obligation de me taire et de faire comme si je ne savais rien.
Maintenant, j’ai vingt-quatre ans, mais s’il y a bien une chose dont je ne peux toujours pas me passer, ce sont les bras de mon père. Sans dire un mot, je le rejoins dans son lit, et je me love tout contre lui. Sa main caresse mes cheveux, comme lorsque j’étais encore une enfant.
— Tout va bien pour toi ? me demande-t-il.
— Oui, mens-je.
— Je suis heureux que tu sois là, ma chérie. C’est difficile de te voir uniquement aux fêtes de fin d’année. Tu es toujours si fatiguée…
— Je sais, papa, mais c’est la dernière ligne droite. Dis-toi que cet été je serai enfin diplômée de l’une des plus grandes écoles de musique au monde.
— J’en ai conscience, et je suis fier de toi, ma fille. Là-haut, ta mère doit sourire.
— J’espère qu’elle est fière de moi, car je n’agis pas toujours comme il faut. Je devrais revenir te voir plus souvent…
— Non. C’est moi qui suis égoïste, quand je me plains de ne pas te voir assez. Tu es en train de construire ton avenir, et il n’y a pas plus grand bonheur pour un père que voir son enfant vivre sa passion.
— Tu n’es pas égoïste, papa. Tu ne l’as jamais été. Tu as tout sacrifié pour moi. Quand maman est partie, tu as eu de gros problèmes financiers, et malgré tout tu as continué de payer mes études. Et moi, qu’ai-je fait pour t’aider, ces dernières années ? S’il y a une personne égoïste sous ce toit, c’est moi.
— Tu t’entends ? Tu as sacrifié tes plus belles années en tentant de respecter la promesse que tu as faite à ta mère. Pendant que tes camarades vivaient leur vie, toi, tu t’acharnais à améliorer ton coup d’archet. Nous savons que tu n’as pas fait tout ça uniquement pour toi. Alors, cesse de croire que tu as mal agi, car ce n’est pas le cas.
En guise de réponse, je dépose un tendre baiser sur sa joue.
— Je t’aime, mon papou.
— Je t’aime, ma fille.
En allant tirer les rideaux, je lui annonce que tout est prêt pour ce soir, et qu’il ne reste plus qu’à installer les plats sur la table de la salle à manger. Quand il me demande ce que j’ai préparé de bon, je lui réponds que c’est une surprise. À quoi il rétorque :
— Ça tombe bien, moi aussi, j’ai une surprise pour toi.
Je tente d’en savoir plus, mais il m’ordonne d’aller prendre ma douche. Non sans m’interroger sur cette étrange surprise, je rejoins la salle de bains. En revenant chez moi, j’ai toujours un peu de mal à me réacclimater à la vieille tuyauterie de notre appartement. Ici, il n’y a pas de jets hydromassants, de lumières apaisantes ou de musique d’ambiance. En revanche, j’ai droit à une eau qui alterne entre la chaleur des flammes de l’enfer et le froid de la banquise. Après quelques cris et pas mal de frissons, je sors de la douche et je retourne dans ma chambre. Et là, c’est l’effroi !
Que vais-je mettre ? Des salopettes, des jeans, des T-shirts, des sweats à capuche… C’est l’hiver, j’ai froid, je ne suis pas à New York, je n’ai donc pris que des vêtements chauds et confortables. J’ai emporté deux robes, mais j’ai taché l’une à Noël, et elle se trouve toujours chez le teinturier. Quant à l’autre, je ne sais même pas pourquoi je l’ai achetée, puisque je ne suis pas à mon aise dedans. Dans mon vieux placard parisien : deux robes également. Celle que je mettais lors des représentations au conservatoire, et celle que j’ai portée à l’enterrement de ma mère. Celle-ci, je la laisse au placard.
Je m’empare de la première avec un soupir de désespoir. Depuis trois ans, j’ai appris à aimer la mode et à porter des vêtements qui font de moi une femme plutôt séduisante. Mais face à cette robe vieillotte je désespère. Elle n’a rien de sexy. Et même si aujourd’hui je suis au sous-sol du moral, ce soir j’ai envie de briller. Pas sûr que j’illumine grand-chose dans ce truc horrible. Si Anisha voyait cette robe, elle ferait un malaise. Anisha ! Il n’y a qu’elle qui peut transformer ce sac à patates en tenue de soirée. Je regarde l’heure. 18 h 30 en France, il est donc 11 heures du matin aux États-Unis.
Je m’empare de mon téléphone et je lance un Facetime. Quand son visage souriant apparaît sur l’écran, j’ai encore plus le mal du pays. J’ai peut-être perdu des plumes avec l’amour, mais je me suis relevée grâce à son amitié.
— Hé, reine des neiges ! Comment vas-tu, ma belle ?
— Moyen. C’est pour ça que je t’appelle. Et toi ? Tes vacances avec ton sugar daddy se passent bien ?
— C’est le pied ! Jacob est l’homme idéal, se réjouit-elle en frappant des mains.
— Je suis contente pour toi.
Elle me remercie, tout en sourcillant et en regardant le décor dans lequel je suis.
— Où es-tu ? Et qu’est-ce qui ne va pas ? Tu as mauvaise mine, déclare-t-elle.
— Je suis dans ma chambre. Quant à ma sale tête, je la dois à Adam qui s’est incrusté dans un rêve où j’étais avec ma mère…
— Oh ! ma chérie… Ça va aller ?
— Oui, réponds-je en me forçant à sourire.
— Mia, ça fait trois ans. Tu dois arrêter de te torturer l’esprit pour ce mec. Tu es bien mieux sans lui.
— Je sais. C’est juste cette période de l’année… Avant lui, ce n’était déjà pas la joie, maintenant, c’est pire.
— Je n’arrête pas de te le dire : trouve-toi un mec, bordel ! Tu dois avoir le minou tout sec, depuis le temps, lâche-t-elle d’un air si sérieux que j’éclate de rire.
— Rassure-toi, mon minou se porte bien.
— Comment ça ? Il a eu la visite d’une queue française ?
— Pas du tout ! Je n’ai pas la tête à ça.
— Ouais, eh bien il faudrait remédier à ce désert affectif et sexuel, car tu me fais pitié, se moque-t-elle.
— Pour tout te dire, je me fais pitié toute seule, rétorqué-je dans un sourire.
— Promets-moi que dès que tu rentres à New York tu vas essayer de te trouver un mec sympa pour te changer les idées.
— J’y réfléchirai.
Elle laisse échapper un soupir en entendant cette réponse pour la millième fois, et elle me dit :
— Maintenant, explique-moi ce que je peux faire pour toi.
Pour toute réponse, je tourne la caméra de mon smartphone sur la robe posée sur mon lit. Sans grande surprise, Anisha émet un cri d’horreur et de dégoût.
— C’est quoi ce machin ?
— Ma tenue pour le réveillon, avoué-je, certaine que je vais passer un sale quart d’heure.
— Dis-moi que c’est une blague.
— J’aimerais bien…
— Moi qui croyais avoir été une bonne professeure… Tu as une rechute ?
— Tu es la meilleure prof que j’ai connue. La preuve : je t’appelle au secours. Tu crois que je peux la rendre potable ?
— Tu as du fil noir, une aiguille, et trente minutes devant toi ?
J’acquiesce.
— OK, alors pour commencer, va chercher tout ça…
Une fois munie d’une paire de ciseaux, de fil noir et d’un mètre ruban, je m’installe sur le lit. Tout en écoutant Anisha, je transforme cette robe stricte et sans charme en une jolie robe courte. Celle-ci reste sobre, mais elle n’arrive plus à mes genoux. Suivant les conseils de ma colocataire, j’accessoirise. Je fouille mon armoire et je trouve une fine ceinture verte. Je n’ai aucun souvenir de l’avoir achetée, mais je suis contente de l’avoir. Je la passe autour de ma taille, accentuant ainsi la forme évasée de la robe. Pour les chaussures, ce soir, pas de Louboutin, mais des souliers en daim à petits talons.
Une fois que j’ai terminé, j’attends le verdict d’Anisha. Quand la reine de la mode valide ma tenue, je suis enfin rassurée. J’ignore pourquoi, mais ce soir c’est important pour moi de me sentir bien dans ma peau. J’ai besoin de me voir jolie, et grâce à Anisha c’est fait. Tout en me maquillant légèrement et en me coiffant, je l’écoute m’assurer que je dois revenir à New York avant la reprise des cours. Elle me rappelle que nous avions prévu de passer un peu de temps ensemble, et qu’elle retourne créer des robes en compagnie d’un des plus grands créateurs new-yorkais.
Depuis deux ans, Anisha est diplômée, et grâce à sa persévérance et son talent elle a réussi à intégrer l’atelier dans lequel elle rêvait de travailler. À présent, certaines de ses créations défilent sur les podiums. Quand elle sera prête, elle lancera sa propre collection, et je crois dur comme fer qu’elle deviendra aussi célèbre que ceux et celles qu’elle vénère. Entre mes études, son travail et notre activité de sugar baby, il est à présent rare que nous puissions passer du temps ensemble. Alors, je lui promets de revenir quelques jours avant la fin des vacances, et de boire autant de cocktails qu’il en faudra pour que nous oubliions tout un court instant.
OceanofPDF.com