Sugar Baby - Tome 2

Eva Dupea · Chapitre 28 sur 75

Pages du PDF

Sugar Baby - Tome 2

Chapitre 26

 

 

Mia

 

Complètement seule, j’ai pu laisser libre cours à mon désespoir. J’ai juste oublié que pleurer des heures laisse des traces. J’ai les yeux rouges, le nez irrité de m’être trop mouchée. Je suis horrible. Ethan a pris du retard, ce qui m’a laissé le temps de me rafraîchir un peu. Malheureusement pour moi, ma peine et ma colère sont bien trop grandes pour que je puisse les dissimuler. De toute façon, cette journée n’est qu’une accumulation d’ennuis. Après la publication de mon corps nu sur les réseaux sociaux, mon saut dans le bureau du directeur de la MSM, maintenant, je vais devoir assumer ma laideur face à Ethan.

Avant de me rejoindre à l’appartement, ce dernier a décidé de ne pas venir les mains vides. C’est donc avec une grande pizza et un pack de bières qu’il apparaît derrière la porte. Le sourire que je lui offre est sincère. Je suis heureuse de le voir, qui plus est avec de la nourriture et de l’alcool. J’ai bien besoin de décompresser en ingérant plein de mauvaises choses. Malgré tout, mon sourire ne suffit pas à effacer les stigmates de cette horrible journée. Sans dire un mot, il pose la pizza et le pack sur le sol, et il me serre dans ses bras.

— Ça va aller…, me dit-il, en plongeant ses yeux dans les miens.

— J’en doute. Je vais me faire virer…

— Quoi ?

— Ils veulent m’exclure…

Ça n’arrive presque jamais, mais aujourd’hui, je craque. Je laisse échapper un sanglot, en dissimulant mon visage contre son torse. Tout son être me console, tandis que sa voix me répète que tout va bien se passer. Je sais que c’est faux, mais cela fait du bien de l’entendre. Il dépose un pieux baiser sur mes lèvres salées par mes pleurs, et me demande :

— Tu m’invites à entrer ?

— Bien sûr, réponds-je dans un sourire que les tremblements de mon cœur rendent hésitant.

Je m’empare des bières, il se charge de la pizza. Il me suit jusqu’au salon, tout en s’étonnant de la grandeur et de la beauté du duplex dans lequel j’ai la chance de vivre depuis mon arrivée. J’étais comme lui en découvrant ce lieu pour la première fois, maintenant, ce n’est plus que quatre murs qui me protègent des intempéries du ciel et de la vie.

— Cet appartement doit coûter un bras, lâche-t-il en posant la pizza sur la table.

— Je ne te le fais pas dire.

— Comment ta colocataire peut-elle s’offrir ça ?

— Grâce à ses créations, Anisha se fait pas mal d’argent. Et tu n’as pas vu son dressing !

— Je préfère m’abstenir, rétorque-t-il en se plaçant à mes côtés.

Un silence s’installe soudainement entre nous. Je suis usée de penser à mon renvoi, mais Ethan veut savoir. Malgré tout, je tente de retarder cette conversation. Je regarde la table basse où se trouvent l’immense pizza et les six bières, et je lui demande :

— Tu as cru nourrir un régiment ?

— Non, je pensais que nous ne serions pas seuls. Et puis, je me suis souvenu de ta passion pour la pizza et la bière, ajoute-t-il en riant.

— Comme je te le disais, Anisha est rarement présente, le soir. Mais je suis ravie de constater que tu es un très bon observateur. Rien de mieux qu’une grosse part de pizza et d’une bière bien fraîche, quand tout va mal. D’ailleurs, quand tout va bien aussi.

Il se penche et s’empare de deux bières, qu’il décapsule. Il m’en tend une, et porte un toast à l’image de cette journée :

— À l’espoir que tout s’arrange.

— À l’espoir, réponds-je en cognant ma bière contre la sienne.

Nous buvons une gorgée tout en nous regardant, puis il se penche sur moi pour me dire :

— C’est impossible que tu quittes cette école, juste quelques mois avant d’obtenir ton diplôme. Tu es si talentueuse que tu as été sélectionnée pour participer aux auditions qui mènent aux représentations solo. C’est impensable…

— Et pourtant, Hyde m’a affirmé le contraire. Peu importe mon talent. Si je donne une mauvaise image de l’école, ce dernier ne sert à rien.

— C’est faux, et j’irai moi-même le lui dire ! s’emporte-t-il.

Je souris à cette envie de me protéger, et je trouve ça super mignon. Je l’imagine entrer dans le bureau du proviseur, et lui dire qu’il est en train de faire la plus grosse boulette de sa vie. Qui fait ça ? Sans aucun doute, quelqu’un qui vous aime…

— Tu es un amour, mais je crois que ton intervention ne servirait à rien. Tant que tu n’as pas un gros chèque à offrir, je resterai celle qu’il faut évincer. Tu sais ce qui me rend folle ?

— Non…

— Si c’était Kim Denovo sur cette photo, les choses auraient été différentes. J’en suis certaine. Elle fait partie de la « haute », et nous, nous ne sommes que des cailloux parmi des pépites d’or, lâché-je, avant de boire de longues gorgées, pour tenter d’oublier cette évidence.

— C’est aberrant, mais je crains que tu aies raison, répond-il dans un soupir.

— Et si on essayait de penser à autre chose ? Je n’ai pas envie de parler de ça ou de cette maudite photo toute la soirée. Et je n’ai surtout pas envie de penser à la possibilité que je doive quitter New York, plus vite que prévu.

— Moi non plus, je n’ai pas envie de penser à ça, dit-il en me serrant dans ses bras.

Quelques parts de pizza et trois bières plus tard, je suis assez éméchée pour avoir l’idée de lui dévoiler le premier morceau que j’ai écrit pour les auditions. Il l’a déjà entendu, mais pas dans son intégralité, et les quelques modifications que j’ai apportées devraient cette fois-ci lui plaire. Si je ne lui ai pas encore dit que je l’ai écrite en pensant à lui, c’est uniquement pour qu’il reste objectif. Quand il me dira que cette musique a enfin atteint la noblesse nécessaire pour laisser sa trace, alors, je prendrai mon courage à deux mains, et je lui avouerai que cette sonate a été composée pour lui.

Ma confiance rehaussée par les trois bières que j’ai bues en à peine une heure, je m’empare de mon violon pour lui jouer ma sérénade. C’est la première fois que je la joue en ayant un pincement au cœur. J’ignore si c’est cette mélancolie qui coule dans mes veines ou les changements apportés à ma partition, mais ce soir Ethan est épaté par mon morceau, et il me le fait savoir dès que le silence se réapproprie l’espace. Il m’applaudit, tout en lâchant des sifflements admiratifs.

— Tu as vraiment aimé ? demandé-je, soucieuse.

— Je vois que mes applaudissements n’ont pas suffi à te convaincre, rétorque-t-il en sourcillant.

— Ce que je veux dire, c’est qu’il ne faut pas me féliciter, uniquement parce que je vais sans doute partir.

— Toi, tu ne tournes pas rond. Tu me crois vraiment capable de te mentir, juste pour te préserver ? Cette mélodie n’a plus rien à voir avec celle que tu m’as jouée à plusieurs reprises. Tu as su trouver l’équilibre parfait. La mélancolie et un tout petit peu de colère. Ce n’est plus lisse. Ce morceau à du corps et du cœur, quant à ton interprétation, elle était très émouvante, termine-t-il.

Ses mots me rassurent, mais ils me mettent également la pression. Il a enfin trouvé ce morceau à la hauteur. Il a su y lire tous les sentiments que j’ai entreposés entre les notes et les accords. Cela me donne l’impulsion dont j’ai besoin pour lui dire qu’il me fait du bien, mais je n’ai jamais eu aussi peur de mal choisir mes mots. Je veux qu’il sache que je tiens à lui, mais je ne veux pas qu’il s’imagine plus que ce que je ressens pour l’instant. Même moi, je ne comprends pas ce que j’éprouve pour lui. Je l’aime bien, c’est une certitude. Mais mes sentiments naissants sont si loin de cette passion dévorante que j’éprouvais pour Adam…

Je suis consciente de le comparer sans cesse à lui, et c’est certainement ce qui m’empêche de vivre pleinement ma relation avec Ethan. Tant que je n’arrêterai pas ces comparaisons malsaines, je ne guérirai jamais de lui, et je ne pourrai jamais ouvrir mon cœur à un autre. Je refuse qu’une relation aussi brève, et uniquement portée sur le sexe, gâche toutes mes chances d’être enfin heureuse avec un homme. Alors, je me donne un gros coup de pied dans les fesses, et j’oublie quelques secondes mon addiction au seul mec qui m’a ratatiné le cœur.

— Je suis contente que ce morceau te plaise enfin. J’aurais été déçue que ce ne soit pas le cas.

— Mon avis importe peu, répond-il d’un ton rassurant.

— Ce que je veux dire, c’est que c’est important pour moi que tu l’aimes, car j’ai écrit cette sonate pour toi…

— Vraiment ? demande-t-il, agréablement surpris.

— Oui.

— Rejoue-la, s’il te plaît.

— Pourquoi ?

— Parce que pour la première fois je l’écouterai avec le cœur…

Il s’empare de mon visage, et m’offre un baiser comme je les aime. Un baiser qui me fait tout oublier. C’est si bon de se sentir aimée ainsi, et de ne pas avoir peur qu’un simple mot envoie tout valser. Ethan est la sécurité qu’il me manquait, à sa façon. Il n’est pas aussi grand qu’Adam, il ne possède pas une musculature à faire pâlir un dieu grec, mais la sécurité qu’il m’offre n’a rien à envier à celle qu’apporte un corps sculptural. Avec lui, mon esprit se tranquillise, et tout mon être se détend. Sollicitée par mon pianiste préféré, je rejoue cette mélodie qui n’aurait pas vu le jour sans lui. Il m’observe avec affection, mais je ne parviens pas à soutenir son regard.

Parfois, j’ai l’impression de me freiner volontairement, comme pour ne pas dépasser une frontière qui m’empêcherait de revenir en arrière. De quoi ai-je peur ? De l’amour ! La première fois que j’ai ressenti ce sentiment, j’y ai laissé pas mal de plumes, et je continue d’en souffrir, même si tout est révolu. Imaginer replonger dans cette folie me fait craindre le pire. Je ne peux pas tomber amoureuse de lui. Si cela arrive, je souffrirai encore, et je n’ai aucune envie de revivre ça. Mais lorsque mes yeux s’ouvrent à la fin de mon morceau, et que je vois ses yeux pleins d’amour qui me sourient, je baisse à nouveau ma garde, à mes risques et périls.

 

Cette nuit, nous n’avons pas fait l’amour. Nous nous sommes contentés de dormir l’un contre l’autre. C’est la première fois que j’amène quelqu’un chez Anisha, et je me suis montrée d’une sagesse remarquable. En réalité, ni lui ni moi n’avions la tête à ça. Nous avons pourtant passé une bonne soirée, et un moment romantique ensemble, mais la peur du verdict est venue à bout de notre libido. Nous avions seulement besoin de nous tenir l’un contre l’autre, et de réchauffer nos cœurs morts de peur. L’entrée d’Ethan dans mon quotidien se révèle une bouffée d’oxygène. Depuis qu’Adam est sorti de ma vie, j’ai l’impression d’étouffer. Avec Ethan, je respire à nouveau.

Ce matin, quand j’ouvre les yeux, je me blottis aussitôt contre lui. Son bras m’encercle, tandis que sa bouche se fait douceur sur mon front. Dans moins de deux heures, il me laissera seule pour rejoindre la MSM, et mon ventre se tord. Je suis furieuse et peinée de ne plus pouvoir aller en cours. Je suis évincée, mise de côté, comme un virus inquiétant, dont il faut se débarrasser au plus vite. Dépitée, je laisse échapper un soupir. Je n’ai pas besoin de parler pour qu’Ethan me comprenne. Il me serre un peu plus fort contre lui, avant que sa voix encore ensommeillée résonne à mon oreille :

— Cesse de t’inquiéter. Tout va bien se passer. J’en ai la certitude…

Je ne sais pas comment il peut se montrer aussi optimiste. Je n’ai aucun espoir, mais Ethan en a pour nous deux. Nous restons un long moment enlacés, sans prononcer un mot. La présence de l’autre suffit à notre bien-être. Mais l’heure tourne. Ethan doit se préparer pour aller en cours. Quant à moi, j’ai rendez-vous avec Vanda. Je lui propose d’aller prendre sa douche pendant que je prépare le petit déjeuner, mais il a une autre idée.

— Et si nous prenions cette douche ensemble ? me propose-t-il en aventurant ses mains sur mon corps.

— C’est une proposition assez tentante, réponds-je en caressant son torse nu.

Moins d’une minute plus tard, nous sommes nus sous la douche. L’eau chaude ruisselle sur nos visages réunis pour un baiser sauvage. Nos mains savonnent le corps de l’autre, jusqu’à se perdre sous la ceinture. Ses doigts glissent langoureusement en moi, m’arrachant un râle de plaisir que je fais mourir en plongeant dans son cou. Doucement, je m’empare de son sexe durci par l’envie. Ces caresses sensuelles excitent nos sens. Je n’ai plus qu’une envie, qu’il me pénètre, et qu’il me fasse à nouveau jouir. Je veux le sentir en moi. Je lève une jambe que j’enroule autour de lui, et tout en l’embrassant fougueusement je guide son membre jusqu’à mon intimité. C’est alors qu’Ethan met sa fougue de côté…

— Attends, je dois aller chercher un préservatif…

Je le regarde s’éloigner en laissant échapper un soupir d’impatience. Heureusement pour moi, Ethan revient rapidement, et prêt à me satisfaire. Je n’ai nullement besoin de diriger sa queue en moi, il le fait sans aucune aide. Cette sensation exquise nous fait vriller. Un instant, il délaisse mon intimité pour lécher ma poitrine, j’en profite pour me retourner, et lui offrir une vue imprenable sur ma chute de reins. Ses mains n’attendent pas plus longtemps pour s’emparer de mes hanches.

D’un coup presque brusque, il entre à nouveau en moi. J’accentue sa pénétration en poussant le bas de mon corps sur le sien. C’est si bon… Instinctivement, et sans aucune gêne, j’aventure mes doigts sur mon clitoris. Le souffle saccadé d’Ethan trahit son état d’excitation. Il va jouir, ce n’est qu’une question de temps et de plaisir. Pour ma part, j’ai besoin d’un petit coup de pouce pour atteindre la petite mort. Je m’empare alors de l’une de ses mains qui tiennent mes hanches, et je remplace mes doigts par les siens. Ethan devine ce que je désire. Son index et son majeur se mettent alors à onduler sur mon clitoris, m’emportant définitivement vers ce tourbillon d’extase que nous recherchons tous avec ardeur.

C’est dans une synchronisation presque parfaite que nos cris s’élèvent dans la salle de bains. Doucement, les spasmes se font plus légers, libérant encore quelques bribes de jouissance qui irradient tout mon être. Ses mains s’échouent sur ma poitrine, amenant mon corps au plus près du sien. Tandis que je me délecte des dernières sensations de plaisir, sa bouche couvre mon cou de baisers. Je n’ouvre pas les paupières, de peur que ce rêve prenne fin. Mais soudain les mots d’Ethan me font rouvrir les yeux :

— Je t’aime…, murmure-t-il à mon oreille.

J’ai tant eu besoin d’entendre ces mots, mais à présent qu’ils se glissent à mon oreille un étrange sentiment s’empare de moi. Un sentiment que j’aurais aimé ne jamais ressentir. Surprise par cette déclaration d’amour, je ne sais pas ce que je dois lui répondre. Intérieurement, je me maudis de rester silencieuse, mais j’apprécie trop Ethan pour lui répondre un mensonge. Alors, je garde le silence. Je me tourne vers lui, et, en guise de réponse à ce « je t’aime », je m’empare de son visage et je lui offre un doux baiser. Un baiser rempli d’un amour que je ne parviens pas à exprimer. Un amour qui, pour l’instant, n’est pas à la hauteur de celui qu’il nourrit pour moi.

OceanofPDF.com