Sugar Baby - Tome 2

Eva Dupea · Chapitre 9 sur 75

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Sugar Baby - Tome 2

Chapitre 7

 

Il est plus de 17 heures lorsque mon avion atterrit. Après avoir patienté plus d’une demi-heure avant de récupérer mes bagages, j’entre enfin dans un taxi. Plus celui-ci se rapproche de Manhattan, plus j’ai hâte de revoir Anisha. C’est avec plaisir que je retrouve l’ambiance new-yorkaise. Trois jours après le réveillon du nouvel an, certaines rues portent encore les stigmates de l’énorme fête qui s’est propagée à travers la ville. Les trottoirs sont jonchés de grands confettis triangulaires de diverses couleurs qui se mêlent les unes aux autres. Le sol semble être devenu la toile d’un peintre déjanté qui s’en est donné à cœur joie.

Instinctivement, je baisse la vitre pour humer l’air de la ville. Seule l’odeur du froid hivernal me plaît dans tout ce mélange. Pourtant, je me sens à nouveau là où je dois me trouver. La joie d’être de retour se renforce lorsque James vient m’accueillir en arborant un grand sourire. Je règle la course au chauffeur, et je m’extirpe de l’habitacle pour saluer mon portier. Je suis si contente de le revoir que j’esquive la main qu’il me tend pour le serrer dans mes bras. Je lui souhaite une bonne année, non sans oublier de lui préciser que je suis heureuse de le retrouver. J’ignore si c’est le froid ou ma démonstration abusive d’affection, mais les joues de James rougissent.

— Je suis tellement content de vous revoir, mademoiselle Mia. Votre séjour à Paris s’est-il bien passé ?

— C’est toujours un bonheur de retourner chez soi. Anisha est-elle revenue de son voyage ?

— Oui, hier matin. Est-elle au courant de votre arrivée ?

— Non, c’est une surprise.

— Elle sera certainement heureuse de vous revoir. Nous le sommes tous, termine-t-il en s’emparant de ma valise et en me tendant mon étui à violon.

— Merci, James.

Voilà, je suis enfin face à la porte de l’appartement. Quand je reviens ici, c’est un peu comme si je rentrais chez moi. Cette fille a changé ma vie. Elle m’a permis de faire un grand pas vers mon objectif, et de financer l’école de mes rêves. Elle m’a aidée à prendre confiance en moi, à changer de look, et à croire en mon rêve américain. Mais elle m’a aussi soutenue lorsque Adam a disparu de mes radars. Sans elle, j’aurais mis encore plus de temps à sortir la tête de l’eau.

Je laisse ma valise dans l’entrée, et sans faire de bruit j’avance jusqu’au salon. Rien n’a changé, je la retrouve assise sur le sol, à griffonner une feuille à dessin posée sur la table basse. Silencieusement, j’abandonne mon étui sur le meuble à l’entrée de la pièce. Elle est si concentrée qu’elle ne remarque pas ma présence. À la fois heureuse de la revoir et impatiente de la serrer dans mes bras, je toussote pour attirer son attention. C’est alors qu’elle sursaute en s’écriant :

— Mia ! Tu m’as foutu la trouille de ma vie !

— Désolée, réponds-je en grimaçant.

Elle se lève et, toujours avec la même joie de vivre, elle vient m’enlacer.

— Oh ! comme je suis contente de te revoir ! Sans toi, cet appartement n’a pas le même attrait, dit-elle en s’emparant de ma main pour m’emmener vers le canapé. Alors, ces vacances ?

— Cela m’a fait du bien de revoir mon père et Saphia.

— Je suis contente pour toi, répond-elle en embrassant ma joue.

Je m’installe sur le canapé, tandis qu’elle se rend à la cuisine pour chercher deux bières. Revenue dans la pièce, elle décapsule celles-ci, puis me tend l’une d’elles.

— À cette nouvelle année qui commence, et à nous !

— À tout ça, et à notre rencontre. Tu es la meilleure chose qui me soit arrivée, quand j’ai débarqué à New York. Sans toi, je ne serais restée que trois semaines, et je n’aurais pas vécu le quart de ce que j’ai pu vivre jusqu’à maintenant. Je te dois beaucoup, Anisha.

— Oh… Ce que tu dis me touche tellement, répond-elle, attendrie.

Je lui offre un sourire, et je bois quelques gorgées de la Bud bien fraîche. Nous prenons le temps de nous raconter nos vacances. Je suis heureuse de voir qu’elle va bien. Car si je traverse parfois des zones orageuses Anisha a également essuyé certains revers, dont je ne connaissais pas l’existence, jusqu’à ce soir. Finalement, je ne suis pas la seule à garder le silence. Avant mon départ pour Paris, Anisha n’avait pas le moral au beau fixe. À de nombreuses reprises, j’ai remarqué ses yeux rougis par les pleurs. Quand je lui demandais ce qui n’allait pas, elle me répondait qu’elle n’avait pas envie d’en parler.

Pendant plusieurs semaines, elle a noyé sa tristesse dans les paradis artificiels, et il n’était pas rare qu’elle rentre à l’aube, ivre morte, même lorsqu’elle était censée bosser quelques heures plus tard. Accaparée par mes études, j’ai arrêté de chercher à en savoir plus sur les déboires de ma colocataire. Aujourd’hui, je me sens coupable de ne pas avoir insisté. Si je l’avais fait, elle aurait fini par se confier, et j’aurais pu la soutenir. Quand elle me révèle la raison de son mal-être, une fois encore je n’en crois pas mes oreilles. Anisha n’a peur de rien. Cela peut être une qualité, mais cette fois, c’est une tare qui l’a tout droit menée à de gros ennuis.

Il y a quelques mois, Anisha s’est mise à entretenir une relation avec l’un de ses supérieurs sur son lieu de travail. Ce n’était que du sexe, mais quand elle a décidé de mettre un terme à ces pauses déjeuner coquines il s’est vengé en dénigrant son travail. Avant cela, elle avait subi une grosse période de stress, lorsque le créateur lui avait demandé de revoir tous les modèles qu’elle avait créés. Assaillie par l’angoisse et la peur d’être évincée de ce job de rêve, Anisha a perdu pied. Heureusement pour elle, elle ressemble à un chat et retombe toujours sur ses pattes.

Prise au piège, elle s’est confiée à son nouveau sugar daddy, Jacob, un politicien qui vise les prochaines élections à New York. Ébloui par sa sugar baby, il lui a proposé de lui apporter son aide. Elle ignore encore comment il s’y est pris, mais quelques jours plus tard le styliste avec lequel Anisha avait couché s’est vu remercier pour ses services et a été remplacé sur-le-champ. Anisha se sent redevable de son sugar daddy. Mais avons-nous vraiment la possibilité de ne pas l’être ? Grâce à leur argent et à leur pouvoir, des filles comme Anisha et moi peuvent réaliser leurs rêves, et trouver une protection quand cela s’avère nécessaire. Je prône l’indépendance des femmes, mais les faits sont là : sans ces hommes, les filles comme nous n’ont aucune chance de réussir.

Depuis que Jacob est venu à son secours, elle n’a d’yeux que pour lui, et a donc accepté qu’il la privatise. D’ordinaire, Anisha ne se contente pas d’un seul homme, mais cette fois, c’est différent. Elle ne fréquente plus Devon, et ne voit plus aucun de ses anciens sugar daddies. Quant à M. Hugues, elle ne l’a pas croisé depuis qu’Adam lui a collé son poing en pleine face. Anisha est heureuse de son nouveau statut de sugar baby privatisée, mais pour Vanda, c’est une autre histoire. En privatisant Anisha à l’un de ses clients, Vanda empoche une belle somme d’argent, malgré tout elle est perdante.

Anisha pouvait cumuler jusqu’à six sugar daddies. Ces forfaits à durée limitée rapportent bien plus qu’une privatisation, surtout lorsque la sugar baby est très demandée, ce qui est le cas de ma sulfureuse colocataire. Mais depuis quelque temps Anisha réalise que ce statut n’est plus fait pour elle. À présent âgée de vingt-huit ans, elle pense qu’il est temps pour elle de raccrocher, et de se concentrer sur son avenir professionnel et amoureux. Je pensais que cela n’arriverait jamais, mais le miracle s’est produit. Anisha est tombée amoureuse d’un de ses sugar daddies, et elle compte bien faire évoluer leur relation.

— Vanda a la rage, car en perdant mes contrats elle perd la poule aux œufs d’or. De toute façon, j’avais envie d’arrêter depuis longtemps. Il ne me reste plus qu’à lui annoncer que je quitte l’agence. Heureusement pour elle, tu es sa sugar baby premium ! s’exclame-t-elle en riant.

— C’est vrai qu’elle m’aime bien, réponds-je en riant à mon tour.

— Et dire que tu ne voulais même pas entendre parler des sugar babies, lâche-t-elle d’un air pensif.

— C’est le moment où tu vas me dire que j’ai bien changé ?

— Exactement ! Regarde ce que tu es devenue. Une jeune femme splendide et sûre d’elle, qui n’hésite pas à saisir les opportunités pour se construire un avenir. Personne ne t’arrive à la cheville à l’agence, et pour tout te dire, c’est un peu pour ça que je souhaite partir.

— Pourquoi ?

— Parce que l’horloge tourne, et que j’ai conscience que les hommes qui s’intéressent à mon profil sont de plus en plus vieux. Avant ton arrivée, j’étais la reine de la Candy Agency, une reine black sur un trône ! Et puis la reine des neiges m’a détrônée. Mais j’en suis fière, car c’est moi qui t’ai formée. Tu es le plus beau cadeau d’adieu que je puisse offrir à notre chère Vanda.

— Ça ne va pas te manquer, tout ça ?

— Non, car je sais que Jacob est le bon. Dans quelque temps, je ne serai plus sa sugar baby, j’en suis convaincue. Une autre bière ?

— OK…

Elle se lève, et tout en se dirigeant vers la cuisine elle me demande :

— Tu veux me parler de ton rêve ?

— Non, merci.

Il ne sert à rien de parler d’Adam avec Anisha, puisqu’elle le déteste, depuis qu’il a joué avec ma vie en fonçant droit sur un train, avant de m’abandonner comme un chien sur le bord de la route. Pour elle, Adam n’est qu’un gros connard que j’ai défendu trop longtemps malgré ce qu’il m’a fait. Je lui trouvais des excuses pour son comportement. Mais ma colocataire n’était pas aveuglée par un amour démesuré, et elle a tenté de me faire ouvrir les yeux par tous les moyens. Malheureusement pour elle, il m’est impossible de l’oublier, même si j’y travaille avec acharnement.

— Il est 19 heures. On commande une pizza ? demande-t-elle, en me tendant une nouvelle bière.

— Super idée ! réponds-je, soulagée qu’elle n’insiste pas.

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