Sugar Baby - Tome 2
Chapitre 70
Adam
— C’est à toi de jouer, déclare Anisha en entrant dans l’habitacle.
— Que t’a-t-elle dit ?
— À ton sujet, rien du tout. J’ai plaidé en ta faveur, mais tu connais Mia… Elle doit quitter l’appartement de Vanda, et pour t’aider, j’ai refusé qu’elle vienne chez moi. De toute façon, je n’avais pas le choix, puisque je vais peut-être tout perdre, lâche-t-elle, inquiète.
— Alors, tu as décidé de dévoiler cette histoire ?
— Oui, c’est la meilleure chose à faire.
— Dans ce cas, prends ça, réponds-je en lui tendant les deux dossiers.
— Merci, Adam.
— Anisha, ne t’en fais pas, tu ne perdras pas tout. J’appelle immédiatement Me Miller. Paul va te conduire au poste de police, tu n’y entres pas tant que ton avocat n’est pas là. D’accord ?
— D’accord. Maintenant, tu devrais aller la rejoindre.
— Tu crois ?
— C’est le moment ou jamais, Adam. N’abandonne pas si près du but. Pour une fois, laisse tes démons derrière toi, et suis ton foutu cœur.
— Merci pour les conseils. Bonne chance, Anisha, dis-je en ouvrant la portière.
— Tu m’as trouvé un as du barreau, ce serait plutôt à moi de te souhaiter bonne chance, rétorque-t-elle, les yeux rieurs.
— Tu n’as pas tort, je suis sur le point d’affronter un juge implacable, et réputé pour son franc-parler !
Nous rions un bref instant, puis nous retrouvons notre sérieux, et nos craintes respectives. Tandis que Paul démarre, j’appelle Me Miller, et je lui demande de rejoindre Anisha au poste, et d’assurer sa défense. Cet avocat parviendrait à disculper le diable, nul doute qu’il saura la défendre, en rejetant toute la faute sur Vanda. À présent, c’est à moi de prendre mon courage à deux mains, et d’aller affronter Mia. Me pardonnera-t-elle ce dont je ne suis pas coupable ? Sans doute. Mais même si je ne suis pas responsable, j’ai l’impression que cette fois elle a subi la blessure de trop.
Quand j’arrive face à la porte de l’appartement, je regarde celle-ci tout en inspirant un grand coup. Ces dernières semaines, nos rares rencontres se sont soldées par des regards froids et des mots cinglants. Elle ne m’a laissé aucune chance, et pour cause : à ses yeux, j’étais un salopard. Seul le fait d’être innocent me donne le courage de sonner. Dans quelques secondes, je serai fixé. Un simple regard, et je saurai si elle me déteste toujours, ou non.
— Tu as changé d’avis…, lâche-t-elle en ouvrant la porte.
En me voyant, sa voix s’arrête, et son corps cesse de bouger. Ses beaux yeux bleus me contemplent d’un air surpris. Mais cette fois, aucune haine ne vient assombrir son regard.
— Bonjour, Mia.
— Bonjour…
Soudain, il se passe quelque chose que je n’aurais osé espérer. Elle s’avance, et me serre dans ses bras, en ajoutant :
— Je suis tellement contente que tu ailles bien… Tu n’as pas trop mal ? demande-t-elle en desserrant son étreinte, et en regardant mon cou.
— C’est supportable. Et toi ? demandé-je en effleurant sa lèvre blessée.
— Je me fais retirer les fils dans deux jours, répond-elle en esquivant mon geste.
Ce recul me fait prendre conscience qu’elle s’est réellement éloignée de moi. Malgré tout, je ne m’avouerai pas vaincu, tant qu’elle ne m’aura pas dit ouvertement qu’elle ne veut plus me voir. Mal à l’aise, elle m’invite à entrer. Je la suis au salon, où trônent ses valises et une multitude de choses en pagaille.
— Je sais… C’est le bordel. Anisha m’a conseillé de déguerpir rapidement, mais je suis quelque peu débordée, déclare-t-elle en ramassant des vêtements qu’elle jette dans l’une des valises.
— Où vas-tu aller ?
— Honnêtement ? Je n’en ai aucune idée. Pour aujourd’hui, le meilleur moyen est de me trouver un hôtel, qui accepte de m’accueillir avec tout mon bazar…
Elle est si tendue qu’elle ne parvient même pas à me regarder dans les yeux. J’ignore si je vais me prendre un râteau, mais je n’ai plus la force d’attendre qu’elle vienne à moi, et qu’elle lance cette discussion que nous devons avoir. J’avance vers elle, et je saisis une pile de livres qu’elle tente de ranger dans un carton. Je pose ces derniers, et je m’empare de ses épaules, l’incitant à me regarder une bonne fois pour toutes.
— J’ai besoin que nous parlions, Mia…
— Je sais… Mais je ne sais pas quoi te dire, mis à part que je suis désolée de la façon dont je me suis comportée avec toi. J’aurais dû te croire, mais je n’y suis pas parvenue…
— Tu n’avais aucune raison de me croire après ce que tu as vu. Mia, je ne suis pas ici pour te répéter ce qu’Anisha t’a déjà dit. Je suis ici pour parler de nous… Ressens-tu encore quelque chose pour moi ?
Je pensais la détendre, mais il semble que je la rende de plus en plus mal à l’aise. Ma confiance en prend un coup, et la peur de la perdre définitivement est de retour.
— J’aurai toujours de l’affection pour toi, Adam. Mais pour être honnête, je ne sais plus où j’en suis… Ce n’est pas toi, c’est juste que tout va si vite…, lâche-t-elle désemparée.
— OK… Et si nous parlions de ça plus tard ? Le plus important pour le moment, c’est de te chercher un endroit où vivre, le temps que tu aies un appartement. Je peux t’aider à trouver un hôtel, et garder tes affaires les plus encombrantes chez moi.
— Tu ferais ça ?
— Je ferais tout pour toi, baby. Mais si tu veux tout savoir, ce que j’aimerais beaucoup, c’est que tu viennes habiter chez moi. Juste le temps d’y voir plus clair, proposé-je dans un sourire.
— Je ne sais pas, Adam…
— Si cela peut te rassurer sur mes intentions, mes parents sont présents. Ma mère a décidé de rester une semaine de plus, pour s’assurer que je vais bien. Je serai des plus sages, déclaré-je en lui offrant un clin d’œil.
— D’accord, répond-elle soulagée.
— Vraiment ? demandé-je, surpris qu’elle accepte si rapidement.
— Ces derniers temps, j’apprécie moyennement d’être seule. Je crois que je me sentirai mieux en votre compagnie. Et puis, cela nous donnera l’occasion de parler.
— Parfait. Dans ce cas, terminons de ranger tes affaires, et allons discuter chez moi. J’appelle Paul, pour qu’il vienne nous chercher, dès qu’il aura déposé Anisha. Ça te convient ?
— Oui. Merci, Adam. Merci de m’offrir un toit, et d’aider Anisha.
— Tout ce que je fais, je le fais uniquement parce que c’est toi, réponds-je en la serrant dans mes bras, sans céder à cette douloureuse envie de l’embrasser.
Lorsque nous arrivons chez moi, les bras chargés des affaires de Mia, mes parents n’en reviennent pas. Agréablement surpris, ils l’accueillent avec chaleur. Pour ne pas mettre mon invitée plus mal à l’aise qu’elle ne l’est déjà, je les préviens que Mia est ici en tant qu’invitée. Une invitée à qui j’aimerais faire l’amour toute la nuit, mais qui dormira dans l’une de mes trois chambres d’amis. Tandis que mes parents la bombardent de questions sur son état, et qu’elle répond patiemment et avec le sourire, je ne peux détacher mon regard de cette beauté qui illumine mon salon, et chaque endroit où elle passe.
Je pensais l’aimer, et maintenant, j’en suis certain. Je l’aime, et je me crois incapable de vivre sans elle, ou d’en aimer une autre. Mia est entrée dans ma vie, à l’instant même où je n’attendais plus rien de celle-ci. J’ai succombé à son charme, à son innocence, et à son sens de 1a repartie, dont elle use envers moi avec férocité. Et je ne suis pas le seul à aimer Mia. Malgré notre différence d’âge, mes parents l’ont immédiatement intégrée à la famille. Quant à mes amis d’enfance, ils ne l’ont vue qu’une fois, mais ils l’ont adorée. Comment pourrait-il en être autrement ? Elle est parfaite.
Quand mes parents décident de nous laisser un peu d’espace en partant déjeuner à l’extérieur, avant de se lancer dans une visite de New York, je sais qu’ils ont une idée derrière la tête. Mon père déteste les grandes villes, et s’il décide d’aller visiter l’une d’entre elles, c’est que ma mère lui a ordonné de le faire. Mia n’y voit que du feu, mais le clin d’œil que m’offre ma mère en sortant du salon ne me laisse aucun doute. Si la situation n’était pas si trouble, je crois que je serais totalement heureux. Je me suis réconcilié avec mon père, ma mère déborde de joie, et Mia se trouve sous mon toit. Il ne manque plus qu’une chose pour que mon bonheur soit total, mais je vais devoir attendre encore un peu, pour savoir si mon amour est encore réciproque.
— Pourrais-tu me montrer ma chambre, s’il te plaît ?
— Bien sûr. Je suppose que tu as envie de t’installer.
— À vrai dire, j’ai besoin de dormir, répond-elle en bâillant.
Je ne m’attendais vraiment pas à ça. Il n’est que 12 h 30…
— Tu ne veux pas déjeuner avant ?
— Je suis navrée, Adam. Mais je n’ai pas vraiment faim. Je meurs de sommeil, et je pense qu’ici, je réussirai à bien dormir.
— Comment ça ?
— Depuis l’agression, je ne dors presque plus. Je ne cesse de faire des cauchemars…, avoue-telle.
— Ici, tu ne seras plus seule. Tu peux dormir sur tes deux oreilles, je suis là.
— Je sais, répond-elle dans un sourire.
Mes parents logeant dans l’une des deux chambres du rez-de-chaussée, je l’emmène à l’étage, dans la chambre d’amis située non loin de la mienne. Je l’aide à monter ses valises et les nombreux cartons qu’elle a emportés. Les quatre dernières années de sa vie se retrouvent chez moi, dans des cartons, des valises, et plusieurs sacs-poubelle. Tout en me moquant du goût prononcé de la gent féminine pour l’accumulation de choses plus ou moins utiles, je dépose le dernier carton à l’entrée de sa chambre.
— Je n’accumule pas, je conserve ! rétorque-t-elle en se laissant tomber sur le lit.
— Tu as le sens de la nuance, réponds-je en m’approchant du lit.
— Ne rêve pas, lâche-t-elle subitement, en se redressant.
— Quoi ?
— N’essaye même pas de me tenter.
Pour une fois que je ne suis pas en mode torpillage, voilà qu’elle me demande de me calmer. Et soudain, j’y vois moi-même une provocation.
— Je m’approchais juste pour te préciser que cette porte près de la fenêtre mène à ta salle de bains privée. Mais si tu souhaites que nous allions prendre un bain ensemble, on peut toujours en discuter…
— Tu vois, tu recommences !
— N’importe quoi, c’est toi qui as commencé !
— Je te connais, Adam Davis. Maintenant, laisse-moi dormir, termine-t-elle en s’enroulant dans la couette.
— Tu veux que je ferme les volets ?
— Non, je préfère qu’il y ait de la lumière, répond-elle, la voix déjà endormie.
Je lui souhaite une bonne sieste, et je sors de cette chambre où j’aimerais rester pour la contempler dormir. La situation est des plus étranges. Malgré mon innocence, Mia garde ses distances, tout en soufflant le chaud et le froid. Une chose est sûre, elle ne me déteste plus, sinon, elle ne serait pas ici. Je suis frustré de devoir attendre, malgré tout, je suis heureux qu’elle soit ici, tout près de moi. Ces dernières semaines, j’étais persuadé de l’avoir perdue pour toujours, mais les révélations d’Anisha ont changé la donne. À présent, tout est à nouveau possible. Je n’ai plus peur de l’aimer, alors, tout ce que j’espère, c’est qu’il n’est pas trop tard…
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