Sugar Baby - Tome 2
Chapitre 46
Mia
Je me suis fait une raison, je vais passer cette soirée de Saint-Valentin, coincée dans cette chambre d’hôtel. Comme toujours, Ethan ne m’en veut pas. Certes, je ne suis pas responsable des aléas météorologiques, pourtant je me sens coupable. Comment pourrait-il en être autrement ? Je suis loin de lui, et en compagnie d’un mec qui me fait oublier tous mes principes. Je n’ai pas peur d’Adam et de sa capacité à me tenter, j’ai peur de moi et de mon incapacité à l’oublier définitivement. J’ai hâte que cette promotion prenne fin, pour que je puisse m’éloigner de cette tentation affligeante.
Quand il me souhaite une bonne soirée en sortant de l’ascenseur, et en me tendant le pass qui me donne accès à ma chambre, j’oublie un instant qu’il m’énerve, et je le remercie pour cette journée. C’était harassant, pourtant j’ai apprécié chaque instant passé à ses côtés, même ceux pendant lesquels j’ai eu envie de l’étrangler. Nous échangeons un dernier signe, et il disparaît dans sa chambre. Quand j’entre dans la mienne, je ne suis pas prête à voir ce qui s’étale sous mes yeux. Ce n’est pas une chambre qu’Adam a louée, mais une immense suite, avec une vue imprenable sur la ville. Je suis renversée par tant de beauté, mais je ne peux m’empêcher de me demander combien coûte une nuit dans un tel endroit.
Philadelphie s’étale à perte de vue, et je reste un long moment à contempler cette image panoramique. Cette suite n’a rien à envier aux luxueux appartements de l’Upper East Side. Je fais le tour de celle-ci, tout en appelant Ethan en Facetime, pour qu’il puisse constater que je ne suis pas en danger. Après lui en avoir mis plein la vue avec la visite virtuelle de ma suite, je lui présente à nouveau mes excuses, pour mon absence de ce soir. C’est notre première Saint-Valentin, et nous ne serons même pas ensemble. Je suis tellement déçue, et je culpabilise, mais Ethan est un amour, et il me répète qu’il n’est pas en colère. Moi, je le suis. Je suis folle de rage contre moi-même.
Tout en prenant ma douche, je tente de mettre de l’ordre dans ma petite tête, qui me donne l’impression d’être prête à exploser à tout instant. Je culpabilise d’avoir accompagné Adam, mais j’ai apprécié cette journée. Je m’en veux de ne pas me trouver auprès d’Ethan, mais je suis soulagée de ne pas devoir lui faire face ce soir. C’est la Saint-Valentin, le jour où les gens qui s’aiment sont censés se le dire jusqu’à épuisement. Et moi, je suis incapable de lui dire ces deux mots, même quand l’occasion s’y prête parfaitement. Je suis perdue dans mes sentiments, et les petites provocations d’Adam n’arrangent rien.
Dépitée par la tournure qu’a prise ma vie amoureuse depuis mon arrivée à New York, je tente d’oublier en me plongeant dans mes partitions. C’est le moment idéal pour revoir le morceau que j’interpréterai samedi, lors de la soirée de lancement. Plus la date fatidique approche, plus je stresse. D’ordinaire, je me mets toujours une pression de dingue avant de monter sur scène, mais cette fois, c’est encore pire. Je vais accompagner Lady Gaga au violon ! Tous les regards seront braqués sur moi, et comme si ce n’était pas déjà assez stressant, Adam a décidé que je serais l’ambassadrice de la dernière montre. Celle autour de laquelle il fait cruellement planer le mystère.
Studieusement, je m’installe sur le canapé du petit salon, et j’étale ma partition sur la table basse. Heureusement qu’Adam m’a demandé de prendre le violon qu’il m’a offert, pour la séance photo, sinon, j’aurais passé la soirée à ruminer, et à me demander ce qu’il fait dans la chambre d’à côté. Tout en regardant la nuit s’emparer du ciel, et les gros flocons tourbillonner sous les bourrasques, je joue « L’amour est un oiseau rebelle » de Carmen. Je ferme les yeux, en imaginant le moment où j’interpréterai ce chef-d’œuvre, en compagnie d’une star mondialement connue. J’ai le frisson, rien qu’en y pensant.
Je sais que cela va vraiment arriver, mais j’ai toujours du mal à y croire. Je ne peux pas m’empêcher de me dire qu’il y aura certainement un problème, et que cette incroyable opportunité tombera à l’eau. Et alors que j’entame seulement le refrain, on frappe à la porte. Je cesse immédiatement de jouer. 19 h 30. Est-ce possible de déranger les autres clients, à cette heure-ci ? Tout en soupirant, je pose le violon sur le divan, et je pars présenter mes plus plates excuses à celui ou celle que j’importune. Mais lorsque j’ouvre la porte, surprise ! Ce n’est pas un client mécontent, mais le room-service.
— Bonsoir, mademoiselle Lacroix. Je vous apporte votre dîner, me dit le jeune homme qui se tient derrière un chariot recouvert de plats sous cloche et de chandelles.
— Pardonnez-moi, mais je n’ai rien commandé, réponds-je embarrassée.
— Nous avons reçu une demande de la part de M. Davis.
— Oh… Entrez…, dis-je, quelque peu interloquée.
Cette attention de la part d’Adam me déstabilise. Quant au nombre de plats disposés sur le chariot, il m’inquiète. Je regarde le serveur disposer les chandeliers sur la table du salon, les verres, puis les plats. Lorsque je comprends qu’il est en train de dresser une table pour deux personnes, je m’extrais brutalement de ma léthargie.
— Excusez-moi… M. Davis compte-t-il se joindre à moi ?
Le serveur a à peine le temps de se retourner pour me répondre qu’une voix charmeuse retentit derrière moi :
— Bien entendu, que je compte me joindre à toi ! répond Adam, qui arbore un fier sourire.
Je ne réponds pas. Je préfère attendre que nous soyons seuls pour me lancer dans une leçon de morale haute en couleur. Le serveur dispose le seau à champagne dissimulé sous le chariot et une bouteille de vin sur la table. Il nous souhaite un agréable repas, nous le remercions. Adam lui offre un pourboire, puis se tourne vers moi :
— Je sais à quel point tu es déçue de ne pas pouvoir fêter la Saint-Valentin, alors, je me suis dit que ce dîner te ferait plaisir.
— C’est une belle attention, mais je trouve ça déplacé, réponds-je en regardant la magnifique table dressée.
— Ne recommence pas avec ta fausse pudeur. Assieds-toi, et profite de ce moment, rétorque-t-il en tirant l’une des chaises pour que je m’y installe.
— Je suis censée passer ce moment avec mon petit ami, pas avec toi.
— Tu veux dire… Avec ton ex ?
— Parce que tu te considères comme mon ex, maintenant !
— Nous avons baisé plus d’une fois ensemble. Tu as eu des sentiments pour moi. Tu as rencontré ma famille. Je suppose donc que oui, nous sommes des ex.
— Pour cela, il aurait fallu que tu m’aimes en retour, et ça n’a jamais été le cas.
— D’accord ! Eh bien, si je ne suis pas ton ex, il n’y a donc aucun problème à ce que nous dînions ensemble, déclare-t-il en tapotant le dossier de la chaise.
Je laisse échapper un soupir volontairement bruyant, et je m’assieds. Il s’installe face à moi, tout en affichant un sourire satisfait qui ne me rassure pas du tout. Que penserait Ethan s’il me voyait ici, avec Adam, autour de cette jolie table pleine de romantisme ? N’importe qui penserait la même chose : il se passe un truc ! Adam s’empare de la bouteille de champagne et fait sauter le bouchon, sans me lâcher du regard. Il est magnifique dans son costume bleu-gris et sa chemise blanche qui laisse entrevoir son torse. Bordel, j’ai envie de me mordre la lèvre… Quant à moi, je ne ressemble à rien dans mon peignoir sous lequel je ne porte rien, puisque j’ai dû laver mes sous-vêtements pour qu’ils soient propres et secs demain matin.
Tandis que je quitte ses yeux pour contempler les bulles remonter à la surface des coupes, je me répète mentalement que j’ai un mec, qu’il m’aime, que je suis attachée à lui, et que je n’ai aucune envie de le perdre. Pourtant, je n’arrive pas à lutter. Je devrais me lever, et mettre un terme à ce dîner qui n’a pas encore commencé, mais je n’en fais rien. J’imite Adam, qui s’empare de sa coupe. Il lève celle-ci, et porte un toast qui ne me laisse plus aucun doute sur ses diaboliques intentions :
— À cette Saint-Valentin imprévue, et à cette nuit qui s’annonce mouvementée…
Tout en prononçant le dernier mot, il fait mine d’observer la tempête de neige à l’extérieur. Je ne suis pas dupe, la météo est le dernier de ses soucis. Quant à moi, la seule tempête qui m’inquiète est celle qui est en train de naître dans ma tête. Je cogne doucement ma coupe contre la sienne, sans prononcer un mot. Il continue de sourire, et ça me rend dingue.
— Tu es fier de toi, n’est-ce pas ? demandé-je en reposant ma coupe, sans avoir bu.
— Qu’est-ce qu’il y a encore ? demande-t-il en évinçant ma question.
— Tu sais très bien ce qu’il se passe. Pourquoi fais-tu ça ? Tu ne peux pas te contenter de notre entente professionnelle ? Tu ne peux pas me laisser tranquille ? Tu ne m’as jamais aimée, et tu ne m’aimeras jamais. Tu ne m’as pas respectée. Tu m’as humiliée et blessée. Tu devrais être content que je sois encore là. Alors, cesse d’essayer de foutre ma vie en l’air !
Surpris, il sourcille tout en buvant une gorgée de champagne. Sans perdre son air étonné, il pose sa coupe, plonge ses yeux azur dans les miens, et d’un ton sérieux il me demande :
— C’est vraiment ce que tu crois, que je veux bousiller ta vie ?
— C’est l’impression que tu donnes. Tu sais très bien que ça ne se fait pas, tout ça, dis-je en montrant la table.
— Dis-moi que tu l’aimes plus que tu m’as aimé, et je rejoins immédiatement ma chambre. Mais attention, baby, tu dois te montrer honnête, comme tu le fais toujours…
Salopard ! Il me tient. Sans s’en rendre compte, il me met face à mon plus gros problème : mes sentiments pour Ethan, face à ceux que j’ai eus pour lui. C’est bien le fond du problème, j’adore Ethan, mais je ne l’aime pas encore comme j’ai aimé Adam.
— Je tiens à lui, me décidé-je à répondre.
— Je n’en doute pas, mais avoue-le, l’histoire que tu vis avec lui n’est pas aussi forte que celle que nous avons vécue ensemble.
— Arrête, Adam…, dis-je en m’emparant de ma coupe.
Je bois celle-ci d’un trait, même si je sais que je vais le regretter. Il sourit machiavéliquement, tout en saisissant la bouteille de champagne.
— Pourquoi désires-tu autant que j’arrête ? me demande-t-il en laissant couler le breuvage pétillant.
— Parce que tu vas trop loin…
— Et qu’est-ce que ça te fait ? Ça te fait peur ? Ça t’excite ?
Les deux… Ferme-la, bordel !
— Ne joue pas à un jeu que tu n’es pas capable d’assumer, Adam, rétorqué-je.
Cette fois, il semble bousculé par ma réponse. Il laisse échapper un soupir, et décide enfin de se taire. Sans dire un mot, il soulève les cloches qui recouvrent nos assiettes. Je bois ma coupe rapidement, pensant dur comme fer que je serai plus forte avec un taux d’alcoolémie plus élevé. Nous nous souhaitons un bon appétit, et nous dégustons l’entrée silencieusement. Celle-ci est un petit bijou de gastronomie française. J’adore ce pressé d’aiguillettes de Janzé, accompagné de salade d’herbes croquantes à l’huile de truffe. Léger, délicieux, tout ce que j’aime.
Nous commentons cette entrée, en admettant tous les deux que c’était un pur régal. Lorsque nous nous attaquons au plat de résistance, le vin remplace le champagne. Doucement, je tente de relancer une discussion, en parlant de la dernière séance photo que nous venons de boucler. Nous sommes d’accord : la photo sous la neige sera l’apothéose de cette collection réservée aux femmes. Je suis fière de ce cliché, et Adam semble également convaincu par sa beauté et son sens artistique. J’ai tellement hâte de découvrir cette dernière montre et le thème qu’elle aborde. Mais Adam est inflexible, il ne me révélera rien avant le jour J.
Le chapon en deux façons et ses fruits secs au parfum d’agrumes sont à la hauteur de l’entrée. Le vin blanc accompagne à la perfection le plat et l’incroyable dessert que je découvre avec émerveillement à la fin du repas. Je suis détendue, un peu pompette, mais je n’ai plus aucune raison d’avoir peur. Adam s’est calmé, et il a enfin cessé de me provoquer du regard. Quand il dévoile le dessert, je suis conquise. C’est un des meilleurs que j’ai eu l’occasion de déguster et je ne suis pas près de l’oublier… Je suis accro à la pâtisserie, alors j’attendais avec impatience ce moment du repas, et quelle expérience !
Posée sur un petit amas de terre, une jolie clémentine. C’est un dessert trompe-l’œil, et le rendu est exceptionnel. On dirait réellement une vraie clémentine avec sa feuille. J’en salive, rien qu’en la regardant. Quand je prends la première bouchée, c’est une explosion de saveurs dans ma bouche. À l’intérieur, une ganache montée chocolat blanc et clémentine, un insert marmelade aux agrumes confits et un peu de poivre de Timut, le tout posé sur un crumble cacao et fleur de sel. Je suis en plein orgasme culinaire. Mes mimiques de plaisir font sourire Adam, qui ne tarde pas à se réveiller brusquement. Cette fois, c’est trop tard…
— J’aime ta gourmandise, lâche-t-il en effleurant ma jambe avec son pied.
— Quand les choses sont si belles et si bonnes, elles ne peuvent déclencher que de la gourmandise, rétorqué-je, en ne pensant qu’à ce dessert.
— C’est exactement ce que je me dis, répond-il dans un sourire.
Sans prononcer un mot, il se lève et s’empare de son téléphone. Il connecte celui-ci à l’enceinte, et alors que je me délecte d’une gorgée de vin, ma chanson préférée retentit : Shallow de Lady Gaga et Bradley Cooper. J’ai parfaitement conscience que je ne dois pas accepter cette tentation, mais lorsqu’il pose son téléphone sur la table, et qu’il me tend la main en me demandant de bien vouloir lui accorder cette danse, je m’empare de celle-ci. La chaleur de sa paume me fait vaciller. Nos corps se sont à peine retrouvés en se serrant l’un contre l’autre que je suis à nouveau emportée dans ce tourbillon, qu’il est le seul à savoir créer.
J’ai souvent écouté cette chanson en pensant à ma mère. Mais cette fois les paroles prennent un tout autre sens. Je suis Lady Gaga, et c’est mon Bradley Cooper. Je tente de le soigner, mais il est bien trop torturé pour guérir de ses blessures. Si seulement il pouvait encore aimer, je suis sûre que nous pourrions être heureux, et que rien ne pourrait nous séparer. Mais il en est incapable, comme je suis incapable d’aimer Ethan autant que je l’ai aimé lui. Et pour tout dire, autant que je l’aime encore. Il m’a tant manqué. Tout en lui m’a manqué. Et quand soudain ses mains se font tendresse sur mon dos, je ne peux m’empêcher de poser ma tête contre son torse.
J’ignore si c’est l’alcool, ou si je suis réellement émue par cette étreinte, mais je suis tout à coup délestée de ce manque qu’il a fait naître en moi ces trois dernières années. Et s’il m’avait menti ? Et si en réalité il m’aimait un peu ? Ces questions sans réponse me font tourner la tête, tout comme cette douce chanson, et ce corps qui me serre contre lui. Mais quand ces foutus papillons se réveillent au creux de mon ventre, je tente de lui échapper. Je lève les yeux sur lui, et tout en luttant contre l’envie de l’embrasser je lui demande :
— À quoi joues-tu ?
— Et toi ? Je pensais que je ne te faisais plus rien, me fait-il remarquer.
— Je ne ressens plus rien pour toi, Adam.
— Tu n’as jamais su mentir, répond-il en glissant l’une de ses mains de mon dos à ma nuque.
— Arrête…
— Tu n’as aucune envie que cela s’arrête, murmure-t-il à mon oreille.
Il ne peut pas me voir, alors je ferme les yeux pour me délecter de son souffle chaud qui court sur mon cou. Un court instant, j’oublie mes principes et Ethan. Sa bouche se faufile de mon lobe à ma gorge, qu’il couvre d’un baiser qui a l’air sage, mais qui ne dissimule aucunement l’envie qui grandit en lui. C’est alors que ma conscience reprend le contrôle. Je pose une main sur son torse, et alors que la chanson se termine, et que la tension sexuelle entre nous est à son paroxysme, je le repousse doucement.
— Merci pour cette danse, et pour ce repas. Il se fait tard, je suis exténuée, dis-je maladroitement en me dirigeant vers la table.
Je m’empare de mon verre, et alors que je me retourne pour lui demander de regagner sa chambre, je me heurte à son corps. Mon verre vacille, et voilà sa chemise recouverte de vin. Je me confonds en excuses, tout en attrapant une serviette de table.
— Termine ton verre, et laisse-moi m’occuper de cette chemise.
Soudain, il retire sa veste, qu’il pose sur l’une des chaises. Quand je le vois déboutonner sa chemise, je l’interpelle :
— Qu’est-ce que tu fais ?
— Je déteste la sensation du tissu mouillé sur ma peau, répond-il en me provoquant de son regard séducteur.
Je détaille chacun de ses gestes. Ses doigts retirent doucement les boutons, un par un. Son torse se dévoile lentement, sous mes yeux conquis. Et quand il retire sa chemise, et que je redécouvre son torse parfaitement dessiné, je porte mon verre à mes lèvres. Je bois d’un trait le fond de celui-ci, comme pour me donner le courage de le virer de ma chambre. Mais c’est trop tard, mon corps me trahit. Sans m’en rendre compte, je mords ma lèvre, tout en profitant de cette magnifique vue. Mais quand il s’approche de moi, ma conscience me rappelle à nouveau à l’ordre.
— Tu devrais partir…
— C’est vraiment ce que tu veux ?
— Arrête, Adam…
— Tu ne cesses de me demander d’arrêter, mais tu ne fais rien pour que je m’en aille. Avoue-le… Rien n’a changé entre nous…
— Au contraire, tout a changé.
— C’est faux… Je t’attire toujours. Tu ne peux pas mentir, tout ton être dément tes paroles.
— Tu te trompes…
— Vraiment ? demande-t-il en m’attrapant par les hanches, et en glissant sa main sous mon peignoir.
— Adam…
— Je suis sûr que tu mouilles encore pour moi, m’interrompt-il en laissant sa main vagabonder entre mes cuisses.
— Va-t’en…
Soudain, sa main touche mon sexe. Il s’arrête immédiatement, et à la fois surpris et satisfait il lâche :
— Et en plus, tu n’as pas de culotte…
Je me croyais forte, mais en réalité je suis une personne faible. Mes yeux se ferment instinctivement, sans que je puisse me défendre plus longtemps. Ses doigts reviennent à l’assaut. Son index écarte mes lèvres, puis glisse jusqu’à mon clitoris, déjà humide de plaisir. Comment pourrais-je lui mentir plus longtemps ? J’ai tenté de nous persuader du contraire, mais je l’ai toujours dans la peau. Son front se pose contre le mien, et alors qu’il continue de caresser mon sexe, il lâche un souffle d’excitation qui me fait rouvrir les yeux.
Sa main délaisse mon intimité. Tout à coup, sa bouche s’écrase sur la mienne. Il me soulève, sans aucune riposte de ma part. Ma langue retrouve la sienne, et c’est l’explosion. Tout mon être le désire. Je ne suis plus là. Je ne pense plus. Je ne ressens plus la peur. J’ai juste envie de le sentir au plus profond de moi. Je retrouve ses baisers sulfureux et son corps fort, capable de me porter et de m’emmener dans la chambre sans aucune difficulté. Mes doigts plongent dans ses cheveux, pendant que ses mains soutiennent mon corps avec cette force que j’aime tant chez lui.
Quand il me pose sur le lit, je frissonne à l’idée de le sentir s’enfoncer en moi. Je suis dans un tel état d’excitation que je suis incapable de comprendre que je suis en train de commettre la plus grosse erreur de toute ma vie. Je me fous de tout, je ne vois plus que lui. Il se penche sur moi, je suis si impatiente que je laisse échapper un couinement, tandis que ses mains ôtent la ceinture de mon peignoir, dévoilant mon corps entièrement nu. Ses doigts effleurent ma poitrine. Il se redresse tout en caressant mon corps jusqu’à mes genoux, puis il s’éloigne quelques secondes pour se déshabiller. Il est comme dans mes souvenirs : grand, sculpté comme un dieu, et super bien gaulé.
Quand il se faufile entre mes jambes pour les couvrir de ses lèvres, je ne ferme pas les yeux. Je le regarde ponctuer mes jambes de baisers brûlants. Doucement, sa bouche remonte sur mon entrejambe, c’est à la fois un délice et un supplice. C’est si bon que je mords ma lèvre en étouffant un souffle de plaisir. Je laisse retomber ma tête sur l’oreiller, et cette fois je ferme les yeux, pour me concentrer sur les sensations qu’il procure à mon corps. Chaque baiser qu’il dépose sur ma peau déclenche une sensation de plaisir à mon intimité, qui se propage à tout mon être lorsque sa langue s’empare de mon clitoris.
Il me lèche avec une telle envie que je ne peux retenir le cri qui s’échappe de ma gorge. Sa langue entre en moi, puis glisse à nouveau vers mon clitoris. Il sait parfaitement me rendre folle. Il connaît mon corps, et il sait comment mettre le feu à celui-ci. Ses doigts me pénètrent, accentuant le plaisir que me prodigue sa langue. Mes doigts agrippent ses cheveux, j’ai envie qu’il m’embrasse. Mais pour l’instant Adam a un autre projet en tête. Il accélère la pénétration de ses doigts, tout en passant une main sous ma croupe. Je lâche un nouveau cri, puis un autre. Je peux sentir le fruit de mon plaisir couler sur mes fesses. Il n’y a que lui qui me met dans un tel état.
Cette fois, j’ai bien trop bu pour me soucier d’avoir un peu trop mouillé. Malgré tout, je refuse qu’il obtienne ce qu’il désire. Si je dois avoir un orgasme, c’est sa queue qui me le donnera. Je m’empare de son visage, l’incitant à stopper ce préliminaire torride. Il essuie sa bouche, puis cède à mon appel, non sans m’offrir son sourire de vainqueur.
— Tu as un préservatif ? demandé-je.
— Oui, mais je n’ai aucune envie de te baiser avec une capote…, répond-il en tentant de m’embrasser.
— C’est ça ou rien du tout.
— Bien, chef ! lâche-t-il en levant les yeux au ciel, non sans attraper sa veste. Tu as encore ton implant ?
— Oui.
— Dans ce cas, demain, nous irons nous faire tester.
— Si tu veux. Mais ce qui est en train de se passer ne se reproduira pas, assuré-je.
— C’est ce que nous verrons, rétorque-t-il en étirant le préservatif sur son sexe, tout en revenant vers moi.
Quand le poids de son corps s’étale sur le mien, et que sa langue entre dans ma bouche en même temps que son sexe pénètre en moi, je retrouve tout ce qui a manqué à mon bonheur ces derniers temps. Et plus je sens la peine s’envoler, plus je l’embrasse sauvagement.
L’excitation le pousse très vite dans ses derniers retranchements. Il ne cache pas son plaisir, et lâche un râle à chaque coup de reins. Je peux sentir tout le désir qu’il a pour moi, et cela me donne une force qu’il est le seul à faire naître en moi. Il me retourne, et je m’agenouille en le laissant guider le bas de mon corps sur son membre tendu. Il entre en moi. D’une main, il contrôle mon bassin, de l’autre, il caresse mon sexe trempé par l’extase. Ses doigts glissent langoureusement sur mon clitoris, tandis que sa queue me pilonne bestialement. Ce mélange de douceur et de brutalité me fait définitivement céder à l’appel de l’orgasme.
Dans un long cri entrecoupé de soupirs, je laisse celui-ci s’emparer de mon bas-ventre. Quand il émerge dans mon intimité, la voix d’Adam s’unit à la mienne. À son tour, il se délivre. J’étouffe un dernier cri en enfouissant mon visage sur l’oreiller. Doucement, Adam redevient immobile. Sa main parcourt mon dos, qui se hérisse sur cette dernière caresse qu’il m’offre. Avant de quitter mon corps, il dépose un baiser au creux de ma nuque. Un nouveau frisson s’empare de moi. Sans dire un mot, il s’éloigne. Allongée sur le ventre, et encore sous le choc de cet orgasme, je le regarde quitter la chambre.
La fatigue et mon degré d’alcoolémie me font fermer les yeux un instant. Quand je les ouvre à nouveau, Adam est de retour, et il porte son boxer. Tout en comprenant que je me suis endormie, je me mets à rire. Je me relève difficilement, repoussant Adam qui tente de m’aider.
— Un petit tour aux toilettes, et au dodo ! dis-je en quittant la chambre.
Je n’ai plus du tout conscience de ce que je viens de faire. Je ne pense pas à Ethan, ni aux regrets que je vais éprouver demain matin. En revenant dans la chambre, je m’attends à ce qu’Adam soit prêt à partir, mais il n’en est rien. Il est installé dans mon lit, sous les draps.
— Tu ne retournes pas dans ta chambre ?
— J’aimerais m’assurer que tu ne vomisses pas pendant ton sommeil.
— N’importe quoi !
— J’ai le souvenir d’une soirée où tu as vomi tripes et boyaux, se moque-t-il.
— Tu es horrible.
Je le regarde, et je lâche un soupir.
— Je suis morte de fatigue, et complètement bourrée. Je n’ai ni le temps ni l’envie de me battre avec toi, Adam Davis. Alors, pousse-toi, et laisse-moi dormir.
— Tu acceptes donc que je dorme ici ?
— Fais ce que tu veux… Mais tais-toi…, réponds-je en plongeant sous les draps.
— J’ai l’impression que tu t’es servie de moi, et de mon corps… Mais ça me va !
Je lui envoie un coup dans l’épaule en guise de réponse. J’ai à peine posé la tête sur l’oreiller que la fatigue m’emporte. J’ouvre un court instant les paupières sur ses yeux océan qui me regardent d’un air étrange. Machinalement, j’esquisse un dernier sourire avant de sombrer dans le sommeil. Ce soir, je m’endors sans plus penser à rien, mais demain, quand j’ouvrirai les yeux, mon monde va à nouveau s’écrouler. Je ne pourrai m’en prendre qu’à moi-même. Jusqu’à présent, je pensais qu’Adam avait une mauvaise influence sur moi, mais en réalité j’use de mon libre arbitre comme bon me semble. Et à l’évidence, je n’en fais qu’à ma tête !
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