Sugar Baby - Tome 2

Eva Dupea · Chapitre 43 sur 75

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Sugar Baby - Tome 2

Chapitre 41

 

Depuis ma représentation avec Fire Boy et le buzz que celle-ci a déclenché, plus personne n’ose me critiquer au sein de la MSM. Même Kim a décidé de faire profil bas. Personnellement, je ne suis pas stupide, je sais que certains ne m’aimaient pas avant ça, et qu’ils continuent de ne pas me porter dans leur cœur, malgré les apparences. Je vis un joli succès, mais je n’ai pas changé pour autant. Mes amis sont toujours les mêmes, et je ne prétends pas être meilleure que les autres élèves, parce que j’ai eu la chance d’accompagner un rappeur célèbre au violon.

Ce qui me gêne le plus, c’est sans doute l’attitude de mes professeurs. Je pourrais foirer volontairement un devoir ou une prestation, qu’ils me complimenteraient, tout en me rassurant sur mes erreurs. Heureusement, je peux toujours compter sur Mme Brown et M. Garvey pour redescendre sur Terre.

Aujourd’hui, je me suis levée tôt. 4 heures du matin ! J’ai dormi à peine trois heures. J’ai une mine effroyable, et je dois poser à l’aube sur la plage de Belmar, alors qu’il fait horriblement froid. Bien que ma frilosité me fasse redouter cette séance photo, cette dernière n’est que le cadet de mes soucis. Ce qui me fait le plus peur dans cette nouvelle escapade à Belmar ? Adam ! Va-t-il tenir sa promesse, en ne tentant pas de me charmer ? Va-t-il se montrer sans pitié, et tout faire pour obtenir ce qu’il désire ? Les derniers mots qu’il m’a dits ne me rassurent pas beaucoup. Alors, pour me donner bonne conscience, j’envoie un texto à Ethan, pour lui souhaiter une joyeuse Saint-Valentin.

Une fois douchée et habillée, je m’empare de l’étui contenant le violon que m’a offert Adam. Quand je l’ouvre, je redécouvre la beauté de cet instrument. Si je n’avais pas autant de fierté, et autant d’amour pour le violon de ma mère, j’utiliserais ce dernier depuis longtemps. Malgré les moqueries de certains, et la perfection de cet instrument, je continue d’utiliser celui de ma mère. C’est uniquement une question d’amour. En jouant de son instrument, j’ai l’impression que je lui permets de ne pas disparaître totalement. C’est peut-être ridicule, mais ça fait du bien à mon cœur.

4 h 30 tapantes, je descends au salon. Alors que je pose mes affaires sur le canapé, mon regard se dirige vers les vitres. Je suis si surprise que j’émets un cri de stupéfaction en avançant vers la fenêtre, en partie recouverte de neige. Il neige à gros flocons, et le vent semble souffler fortement. Les routes et les trottoirs sont recouverts d’un épais manteau blanc. À cette heure, la circulation est au point mort, mais dans à peine une heure et demie ce sera l’anarchie sur les routes de New York. Quand je vois ça, j’en suis sûre : nous n’irons pas à Belmar aujourd’hui. Je m’empare de mon téléphone. Aucun message d’Adam. Bien décidée à aller me recoucher si la séance photo est annulée, je décide de l’appeler.

— Allô ? dit-il d’une voix parfaitement réveillée.

— Salut, Adam. Tu as vu le temps ?

— J’ai des yeux, comme tout le monde, répond-il à ma question.

— Et ?

— Et quoi ?

— Nous allons toujours à Belmar ?

— Bien sûr. D’ailleurs, tu peux descendre, nous serons bientôt là…

Tandis qu’il me rappelle de ne pas oublier mon violon, j’allume la télévision sur la chaîne des infos. Les météorologues sont formels : une tempête de neige est en train de s’abattre sur le nord-est du pays, et elle devrait durer plusieurs jours.

— Aux infos, ils disent que la circulation sera fortement perturbée, et que le risque de ralentissements est élevé, l’interromps-je.

— Ça tombe bien, puisque nous partons tôt. Nous éviterons les bouchons.

— Et pour le retour ?

— Mia, fais-moi confiance. Tu pourras fêter la Saint-Valentin, comme c’était prévu.

— J’espère bien, Adam. Car si tu me fais un mauvais coup, je t’arrache la tête.

— Quelle méchanceté !

Soudain, j’entends un coup de klaxon.

— C’était quoi ça ?

— C’est moi, c’est pour te prévenir que nous sommes arrivés.

Je regarde une dernière fois à l’extérieur, tout en me disant que cette fois, c’est sûr, c’est une très mauvaise idée de partir avec lui.

— D’accord… J’arrive dans deux minutes.

Quand j’arrive en bas de l’immeuble, pas moins de dix centimètres de neige recouvrent déjà le trottoir. Je m’attends à voir le van muni de chaînes à neige. Les chaînes sont bien là, mais ce n’est pas le van qui m’attend. Quant à Adam, il n’est pas en compagnie de son équipe, il est seul. Sentant le traquenard à plein nez, je m’enfonce dans la poudreuse, et je vais rejoindre celui qui sort fièrement de son SUV Mercedes.

— Où sont les autres ?

— Sur la route de Belmar, répond-il, comme si c’était logique.

— Pourquoi ne sommes-nous pas partis avec eux ?

— Parce que dès que la séance photo sera terminée ils repartiront. Nous n’allons pas revenir en stop, lâche-t-il en s’emparant de mon étui à violon.

— C’est quoi ce plan ?

— Mia, je n’allais quand même pas préciser devant ton mec que tu m’accompagnerais rendre visite à ma famille. Nous ne sommes pas censés être si intimes, précise-t-il dans un clin d’œil.

— Je t’ai dit que je ne voulais pas t’accompagner.

— Non, tu m’as promis d’y réfléchir. Et jusqu’à aujourd’hui, tu ne m’as jamais précisé que c’était un non définitif. J’ai donc pensé que…

— Vas-y, ferme-la…, l’interromps-je en le contournant, pour entrer dans la voiture.

Si je n’étais pas aussi furieuse contre lui et contre moi-même, je serais en train de m’extasier sur ce véhicule, qui doit coûter un bras, deux jambes, et un organe vital. Mais même la beauté de l’habitacle ne parvient pas à me faire décolérer.

— Je serai toujours aussi surpris par tant de vulgarité dans une si jolie bouche, déclare-t-il en s’installant derrière le volant.

— C’est toi qui me rends aussi impolie, répliqué-je.

— Et j’adore ça.

Je laisse échapper un soupir, tandis qu’il démarre. Au mieux, nous voilà partis pour une heure de route. Au pire, nous n’arriverons jamais à destination. Me trouver dans cette voiture, avec lui, en pleine nuit et sous la neige, me ramène inévitablement à cette nuit de Noël où il a brisé le lien qui nous unissait. Les images de sa colère défilent parmi les gros flocons qui virevoltent sous un vent qui s’amplifie de minute en minute. Quand j’y repense, la douleur revient. Trois ans se sont écoulés depuis cette horrible nuit, mais la plaie n’est toujours pas refermée.

Finalement, et à mon grand soulagement, le trajet a lieu sans encombre. Ce bolide pourrait très bien parcourir les immenses dunes d’un désert, alors ce ne sont pas quelques flocons qui vont le mettre en difficulté. Il est un peu plus de 5 h 30 lorsque nous entrons dans la jolie ville côtière de Belmar. C’est avec nostalgie que je retrouve ce magnifique paysage que nous offre la mer. Il fait encore nuit, pourtant le spectacle est saisissant. Ici aussi, la neige tombe, mais beaucoup moins fort qu’à New York.

Rassurée que la tempête n’en soit qu’à ses débuts, je commence enfin à me détendre. Même si nous étions seuls, Adam a su se montrer des plus sages. Nous avons échangé quelques banalités, mais aucune provocation n’est venue semer la tentation dans l’habitacle. Lorsque nous approchons de l’entrée de la plage où nous attend l’équipe d’Adam, j’envoie un second texto à Ethan, qui dort encore, pour lui dire que je suis bien arrivée à Belmar, et que j’ai hâte de le retrouver ce soir pour notre soirée en amoureux. Mais soudain l’effroi s’empare de moi, à tel point qu’Adam le remarque.

— Qu’est-ce qu’il se passe ? me demande-t-il, tout en se garant.

— Rien, mens-je.

— C’est dingue, tu n’as jamais su mentir, mais tu récidives à chaque fois.

— Ne recommence pas.

— Vu ton agacement, je suppose que c’est en lien avec Ethan.

Mais comment le sait-il ?

— Allons rejoindre les autres, réponds-je, impatiente d’en finir avec ses interrogations.

— Dis-moi ce qui cloche, ou ta mine renfrognée va se voir sur les photos, et elles seront hideuses.

Si je lui dis la vérité, je suis certaine qu’il va prendre un malin plaisir à se moquer de moi. Malheureusement, j’ai oublié quelque chose, et je dois absolument trouver le moyen de réparer mon oubli avant mon retour à New York.

— J’ai complètement oublié de lui acheter un cadeau, avoué-je, honteuse.

Sa réaction est exactement celle à laquelle je m’attendais. Il éclate de rire.

— Sérieusement, qu’est-ce que tu fais avec lui ? C’est évident que tu ne l’aimes pas.

— Tu te trompes.

— Arrête, Mia. Je suis bien placé pour savoir que lorsqu’une personne compte pour toi, tu ne l’oublies pas, déclare-t-il en relevant la manche de son manteau, laissant apparaître le bracelet que je lui avais offert le soir de Noël.

Ses paroles me bousculent, mais ce que je vois à son poignet me porte un coup bien plus fort encore.

— J’ignore pour quelle raison, mais je ne l’ai jamais quitté.

— C’est encore un de tes coups tordus ? demandé-je.

— Tu ne me crois pas ? Pourtant, c’est vrai. J’ai merdé avec toi, et je n’ai pas mis des semaines à m’en rendre compte. Tu venais à peine de disparaître dans mon rétroviseur que je regrettais déjà ce que je t’avais fait.

— Il te suffisait de faire demi-tour, réponds-je sèchement, incapable d’entendre les paroles qu’il aurait dû me dire ce soir-là.

— Comment aurais-je pu revenir vers toi ? Sois franche, m’aimais-tu assez pour passer l’éponge aussi tôt ?

Bordel, mais bien sûr que je t’aimais assez pour oublier les choses horribles que tu m’as dites, et la terreur que tu m’as fait vivre ! Je t’aimais comme une folle. Je t’aimais au point d’avoir eu envie de crever, plutôt que de vivre sans toi !

— Je ne sais pas, mens-je à nouveau.

— Tu vois…

— Je ne sais pas, mais tout aurait été différent, l’interromps-je.

Nous échangeons un regard. Le silence emplit l’habitacle. Je détourne les yeux, et je sors de la voiture. C’est une échappatoire, je me sens prise au piège de mes sentiments enfouis, de ce passé encore trop présent. Je m’empare de l’étui à violon dans le coffre, tandis qu’il sort à son tour. Le van n’est qu’à une dizaine de mètres, et l’on peut déjà entendre la voix d’Antonio, qui râle de devoir bosser sous la neige. Sans lui laisser le temps de me prendre une fois de plus dans ses filets, je m’éloigne, et dès que je vois Carrie, l’habilleuse, je l’interpelle.

— Mia ! Ils sont arrivés ! crie-t-elle à l’intention de ceux qui n’osent pas affronter le froid glacial de l’air marin.

Je suis heureuse de tous les retrouver, et c’est visiblement réciproque. Tout le monde me félicite pour le succès de la campagne publicitaire, et un par un ils m’avouent qu’ils ont été soulagés et ravis de savoir que je revenais terminer ce projet. Antonio est fidèle à lui-même, toujours de bonne humeur, sauf lorsque la météo est capricieuse. Carrie est déjà excitée à l’idée de me faire découvrir la robe que je porterai dans quelques minutes. Quant à Stanley, il se met aussitôt à tripoter mes cheveux, tout en se demandant comment il va pouvoir me coiffer, de sorte que le vent et la neige ne saccagent pas son œuvre d’art.

J’ai beau être mal à l’aise avec Adam, je suis heureuse de tous les revoir. Le soleil va bientôt se lever. Nous entrons dans le camping-car, où je retrouve la loge, son confort et sa chaleur. Mandy me maquille, pendant que Stanley fait onduler mes cheveux. Chaque conversation tourne autour du même sujet : la tempête de neige. Adam n’a cessé de me répéter que nous rentrerons sans problème, mais à ce que j’entends, ce n’est pas vraiment une certitude. La tempête va s’intensifier au fil des heures. L’alerte rouge pourrait même être déclenchée. Je recommence à m’inquiéter, mais je ne dis rien.

Comme toujours, je tiens à me montrer professionnelle. Je laisse donc mes craintes de côté, et je me concentre sur mon objectif de cette matinée : faire le cliché parfait avant que le jour soit totalement levé. Entre la neige, le vent, la luminosité croissante, cela relève du miracle, mais ici, personne ne s’avoue vaincu. Une fois maquillée et coiffée, il est temps de découvrir la robe. Je suis seule avec Carrie, et j’ai hâte de voir le choix d’Adam. Malgré ses nombreux défauts, il est un homme de goût, et c’est à cause de lui que j’aime tant les belles choses à présent.

Lorsque Carrie ouvre la housse dans laquelle se trouve la robe, je suis tout d’abord surprise par la couleur. Celle-ci est d’un noir profond, mais les milliers de paillettes la font scintiller de mille feux. Cette robe est d’une beauté époustouflante. Entièrement constituée de pans de voile, elle est d’une légèreté incomparable. Il s’agit exactement de la même robe que j’avais portée lors de la séance photo, mais la première était blanche. J’ignore le thème de la dernière montre, mais ce dernier me semble bien sombre, même si le scintillement me laisse entrevoir une lueur d’espoir.

Je suis à tomber dans cette robe, et avec ce maquillage charbonneux qui fait ressortir mes yeux clairs. Carrie me complimente, puis me laisse seule quelques instants. J’en profite pour me prendre en selfie, et même si je sais qu’Adam ne serait pas d’accord, j’envoie la photo à Ethan. Soudain, la porte s’ouvre. Je verrouille aussitôt mon téléphone. Adam entre dans la petite loge, et je ne vois déjà plus que ses yeux qui me regardent. Avec lui, j’ai toujours l’impression d’être la huitième merveille du monde. Il a cette façon de me regarder qui me fait inévitablement tomber à la renverse. Je n’ai plus de doute, il est toujours mon seul vertige…

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