Sugar Baby - Tome 2

Eva Dupea · Chapitre 5 sur 75

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Sugar Baby - Tome 2

Chapitre 3

 

Mon père et Saphia ne remarquent même pas que je porte mon ancienne robe. Au début, ils ont eu du mal à se faire à mon changement de style. Maintenant, si je me promène en jean, ils me demandent si je vais bien. C’est à la fois drôle et étrange de voir l’effet que la mode peut avoir sur ceux qui la portent et ceux qui la regardent. Mais s’ils ne remarquent pas l’originalité de ma tenue, ils sont surpris par toutes les bonnes choses qui se trouvent sur la table. Aussitôt mon père s’inquiète en me disant que cela a dû me coûter une fortune.

Étant devenue experte en mensonges, je le rassure en lui racontant que j’ai utilisé une application sur laquelle l’on peut trouver des invendus à moindre prix. Pour le champagne, c’est plus compliqué de mentir. Alors, j’affirme ouvertement que j’avais envie de nous faire plaisir. Ce que je ne dis pas, c’est que j’ai surtout envie de noyer ma peine dans les bulles de champagne. Depuis Noël, je n’ai pas touché une goutte d’alcool. Premièrement, parce que je n’avais rien de joyeux à fêter. Deuxièmement, parce que je peux avoir l’alcool triste. Mais ce soir je m’en fous de finir en chialant dans mon lit. Je veux vivre, aimer, rire et boire jusqu’à ce que la fatigue m’emporte et qu’elle efface tout ce qui me brise le cœur.

Vers 20 h 30, mon père s’absente en prétextant devoir aller chercher ma surprise. Je demande à Saphia si elle sait quelque chose à ce sujet, mais elle refuse de me répondre. Le champagne que j’ai déjà bu m’aide à ne pas m’interroger. Ravie de retrouver ma meilleure amie pour partager une soirée festive en sa compagnie, je m’empare de la bouteille et je remplis ma coupe, sous le regard aiguisé de Saphia qui ne boit jamais d’alcool.

— Tu bois bien plus qu’avant. Et le pire, c’est que tu encaisses, me fait-elle remarquer.

— Ne t’inquiète pas pour moi, je vais bien.

— Avant, tu ne buvais presque pas. Et ce soir, tu as commandé une caisse de champagne. Tu es consciente que nous ne sommes pas nombreux et que je ne bois pas ?

— Oui, Saphia, j’en suis consciente.

— Je ne pensais pas te dire ça avant, mais j’ai l’impression que New York t’a fait plus de mal que de bien.

— Tu te trompes, je n’ai jamais été aussi heureuse que là-bas, pensé-je à voix haute.

— Vraiment ?

— Je sais que ce n’est pas l’impression que je donne, mais là-bas je suis moi-même.

— Et être toi-même, c’est boire ?

— Oh ! Saphia ! Non, être moi-même, c’est m’amuser et profiter des bonnes choses que la vie nous offre. Tu ne crois pas que l’on a assez pleuré pendant notre adolescence ? Ça fait presque dix ans que je ne vis que pour tenir ma promesse. Maintenant que c’est presque chose faite, j’ai enfin l’impression de faire mon deuil. Si je ne m’étais pas rendue à New York, je serais toujours emprisonnée dans le passé, et je n’aurais jamais découvert que je n’aimais pas Nicolas comme j’étais censée l’aimer.

— Je peux tout comprendre, sauf ça. Pourquoi dis-tu que tu n’aimais pas Nicolas ? Vous étiez un si beau couple. À l’époque, j’étais certaine que vous resteriez toujours ensemble, avoue-t-elle d’un air déçu qui me fait lever les yeux au plafond.

— Je pensais l’aimer, mais j’ai compris que l’amour ne ressemblait pas à ce que nous vivions ensemble. En l’occurrence : rien.

— Pourtant, vous sembliez heureux.

— J’ignore si Nicolas était heureux avec moi, mais moi, je ne me sentais pas à ma place. Nous avions des ambitions différentes, et il ne comblait pas mes besoins.

— Tu as rencontré quelqu’un depuis ?

Cette question me serre le cœur. J’endors la douleur en buvant ma coupe d’un trait, et je réponds :

— Oui, mais c’est terminé…

— Non ! m’interrompt-elle, les yeux écarquillés par cette révélation.

— Ce n’était rien d’important, et c’était il y a longtemps, précisé-je, consciente d’avoir déjà trop parlé.

— C’était qui ?

— Personne…

Elle me scrute silencieusement, puis déclare :

— Je te connais mieux que personne, et je sais quand tu me mens. Tu nous mens depuis le début, c’est ça ?

— Saphia…

— Mais oui ! Je comprends tout, termine-t-elle, en prenant son visage entre ses mains.

Ma meilleure amie m’a toujours épatée par son sens de la déduction, mais cette fois je suis responsable de la lumière qui clignote au-dessus de sa tête. Malgré tout, je me sens tout à coup soulagée de lui avoir parlé.

— C’est à cause de ce mec que tu as quitté Nicolas ?

— Oui et non. J’avais déjà des doutes, et je reprochais à Nicolas son manque d’attention. Et puis, il a débarqué, et ce que j’ai ressenti pour lui était bien plus fort que les sentiments que j’avais pour Nicolas.

— Merde…, lâche-t-elle en baissant la tête pour cogner son front sur la table.

— Que se passe-t-il ? demandé-je sans comprendre.

— Écoute, ma belle. On sait toujours ce que l’on perd, mais on ne sait pas ce que l’on gagnera. Avec Nicolas, tu savais où tu allais. Peut-être que si…

J’ai peur des mots qu’elle va prononcer, mais elle n’a pas le temps de le faire. Je les devine toutefois. Elle pense sans doute que si je le revoyais je retomberais dans les bras de Nicolas. Ce qu’elle ne comprend pas, c’est que je ne ressens plus rien pour lui. J’aime un homme qui m’a quittée il y a trois ans, ça c’est la réalité. Nicolas fait partie du passé. Du moins, jusqu’à ce que mon père entre dans la salle à manger en criant :

— Surprise !

Je ne suis pas surprise de découvrir mon père en compagnie de Nicolas et de ses parents, je suis interloquée. Je me sens prise au piège, dans une situation inextricable. En voyant le regard de Saphia et en me remémorant ses paroles, je comprends qu’elle était dans la confidence. Comment ont-ils osé me mettre dans une telle situation ? J’ai rompu avec Nicolas il y a bien longtemps. Ce dernier doit me détester, et je n’ose imaginer la colère de ses parents qui, comme mon père, nous voyaient déjà mariés et parents de trois enfants. Je suis devant le fait accompli, je n’ai donc d’autre choix que de dissimuler ma gêne et de sourire face à ces invités imprévus.

— Bonsoir, dis-je en me levant.

— Bonsoir, Mia. Nous sommes tellement contents de te revoir, répond le père de Nicolas, tout en s’approchant pour me serrer dans ses bras.

— J’en suis heureuse également.

J’embrasse ses parents, soulagée qu’ils ne bondissent pas sur moi pour me demander des comptes sur le fait que j’ai rompu avec leur fils. Mais quand vient son tour je suis beaucoup moins rassurée. Il a changé depuis le temps. Il semble plus mature, moins renfermé. Je n’ose pas le regarder dans les yeux, mes gestes sont maladroits. Je ne sais même pas comment lui dire bonjour. Conscient de mon état désastreux, il fait alors le premier pas.

— Bonsoir, Mia, dit-il en se penchant pour me faire la bise.

— Bonsoir, réponds-je en fuyant son regard, et en retournant sur ma chaise après l’avoir salué.

Les premières minutes sont inconfortables. Mes études à New York nourrissent la discussion. Je réponds aux questions, tout en pesant chaque mot que je prononce pour ne froisser personne. C’est étrange de devoir dissimuler ma satisfaction d’étudier à la MSM, alors que toutes ces personnes m’ont encouragée à suivre mon rêve. Peu à peu, je prends conscience que personne n’y croyait vraiment. Ils croyaient en moi, mais pas en la possibilité qu’un tel rêve se réalise. Je ne leur en veux pas, c’est une réaction logique de considérer que certaines ambitions sont démesurées. Mais moi je ne sais faire que rêver.

Maintenant que j’ai goûté aux plaisirs d’apprendre dans une telle école, j’en veux plus. Je suis de ceux qui ne cessent de rêver. Après tout, que serait la vie sans l’espoir et les rêves ? Saphia tente de se faire pardonner silencieusement en m’accordant des regards souriants, mais c’est trop tard. Je suis furieuse contre elle et contre mon père. Je suis mal à l’aise. Nicolas est mal à l’aise. Et nos trois parents nourrissent l’espoir de nous voir à nouveau ensemble. Je les aime, mais là ils ont dépassé les limites. Ce soir, je garde le silence, mais demain ils devront entendre et accepter une bonne fois pour toutes que Nicolas et moi c’est terminé.

Personne n’évoque notre rupture, à mon grand soulagement. Nos parents parlent ensemble. Saphia tente de dissimuler le malaise en discutant avec Nicolas, et moi j’enchaîne les bulles, tout en pensant à Adam. Je croyais que l’alcool m’aiderait à l’oublier et à m’amuser. Mais comment pourrais-je me lâcher, avec mon ex et ses parents sous le nez ? C’est effroyable comme Adam me manque parfois, alors que je le hais de tout mon être. J’ai subitement envie de pleurer. J’inspire un grand coup, et je tire l’un des plateaux de verrines à moi. Me goinfrer m’aidera peut-être à tout oublier.

La soirée s’écoule doucement, trop doucement à mon goût. J’ai beaucoup bu, et rien ne se passe comme je l’avais imaginé. Dans quelques minutes, cette année prendra fin sur une note douce-amère. J’ai vécu une année incroyable, et jamais je n’aurais imaginé qu’elle m’apporte autant de satisfaction et de bonheur. Mais je ne peux oublier cette sensation de vide qui persiste en moi. J’ai le cœur en miettes depuis si longtemps que cela en devient ridicule. Je donnerais tout pour que mon amour pour Adam se volatilise comme par magie.

D’ordinaire, lorsqu’une nouvelle année commence, je me fixe toujours quelques bonnes résolutions. Cette fois, je ne me promets pas de moins manger de pâtisseries, de perfectionner mon art, et d’exceller là où beaucoup échouent. Ma seule résolution, et je compte bien m’y tenir, est de l’oublier dans les bras d’un autre. Existe-t-il un homme capable de le rendre insignifiant ? Rien n’est moins sûr. Soudain, je remarque une certaine tristesse dans les yeux de Nicolas. Peut-il voir la mienne, même si celle-ci ne lui est pas destinée ? J’en doute, car je suis experte en dissimulation. Du moins, j’espère que je le suis encore.

Soudain, mon père décide de rendre cette soirée un peu plus festive. Il se lève, et déclare que c’est l’heure des années 1980. Saphia, Nicolas et moi rions de son enthousiasme. À chaque fête, et dès qu’il a bu un petit verre, nous avons droit à ces chansons que tout le monde connaît, mais que personne n’assume de chanter. Encouragés par mon père, les parents de Nicolas se lèvent et le rejoignent dans la chorégraphie et le chant des Démons de minuit. Et tout à coup, je ne sais pour quelle raison stupide, Saphia les rejoint, me laissant seule avec Nicolas et ma gêne. Tant bien que mal, je tente d’occulter sa présence. Mais comment ne pas remarquer son regard insistant ?

— On peut parler ? me demande-t-il en venant s’asseoir à mes côtés.

À la fois surprise et mal à l’aise, je réponds :

— Si tu veux.

— Je suis content de te revoir. Je dois avouer que tu es ravissante, ajoute-t-il en me caressant de ses yeux bruns.

— Merci.

— Et toi ?

— Quoi ?

— Es-tu contente de me revoir ?

— Je serai toujours contente de te revoir, Nicolas.

— Mais ?

— Tu le sais très bien, réponds-je en m’emparant de ma coupe.

— Tu devrais ralentir, l’alcool ne t’a jamais réussi. Et ce n’est pas très bon pour…

— Stop. Tu recommences à me prendre pour l’un de tes patients. Et pour ta gouverne, je tiens très bien l’alcool, maintenant.

Nicolas a cessé de sourire. Il me regarde un instant sans rien dire, puis dans un soupir il me demande :

— Me détestes-tu tant que ça ?

— Je ne te déteste pas… Je veux juste que tu comprennes que je ne suis pas qu’un corps. Je ne sais pas ce que Saphia et mon père t’ont dit, mais je pense qu’ils t’ont invité pour une mauvaise raison.

— Laquelle ?

— Tenter de nous remettre ensemble.

— Tu ne l’as jamais envisagé depuis notre rupture ? me demande-t-il, plein d’espoir.

— Pas une seule fois…

Un nouveau silence s’installe entre nous. Les Démons de minuit ont laissé place à Wake Me Up Before You Go-go. Il est peut-être temps que je me réveille aussi, et que je cesse de me montrer aussi froide envers lui. Sans m’en rendre compte, je suis en train de lui balancer en pleine figure toute la colère et la peine qui me consument.

— Je suis désolée. Ce n’est pas ce que je voulais dire, murmuré-je, d’un ton plus doux.

— C’est exactement ce que tu voulais dire, mais rassure-toi, je ne t’en veux pas.

— Vraiment ?

— J’avais juste besoin de l’entendre. Ça n’a pas été facile d’accepter ton départ, et te perdre m’a littéralement achevé. Mais ces dernières années j’ai eu le temps de repenser à notre relation. Je me suis rendu compte que je me suis mis à penser à toi une fois que je t’avais perdue. C’est trop tard, et ce serait inutile de nous remettre ensemble. Regarde comme tu es devenue encore plus belle. Tu as l’air heureuse.

À l’évidence, je joue encore très bien la comédie.

— Je le suis.

— Quand repars-tu ?

— Bientôt, même si c’est toujours compliqué de laisser mon père derrière moi.

— Tu es Mia Lacroix, les choses compliquées, tu les survoles. Ne doute ni de toi, ni de ton talent. Retourne à New York, et restes-y. C’était ton rêve, cela ne doit pas devenir ton plus grand regret.

Je n’en reviens pas. Pour une fois, on me conseille de rester à New York, si tel est mon désir. Cela m’étonne, et Nicolas le remarque.

— Tu as l’air surprise.

— Je le suis. Je pensais que tu suivrais le fil rouge de mon père et Saphia, en me demandant si je comptais revenir après avoir obtenu mon diplôme.

— Je n’ai pas su te convaincre de revenir lorsque nous étions ensemble, je doute d’y parvenir maintenant, rétorque-t-il en souriant.

— Ce n’est pas faux… Et toi, comment vas-tu ?

— Je vais mieux. Disons que j’ai su noyer mon chagrin dans le travail.

— Je suis désolée…

Soudain, il s’empare de ma main. Il plonge ses yeux dans les miens et déclare :

— Ne le sois pas. Nous avons vécu quelque chose de beau, mais à présent je comprends ce que tu voulais dire lorsque tu me reprochais de te faire passer en arrière-plan. C’est vrai, j’ai aimé la médecine bien plus fort que toi. Et je l’aime encore…

— Mais pas moi, terminé-je à sa place.

— Tu compteras toujours pour moi, répond-il.

— Toi aussi…

Soudain, mon téléphone se met à vibrer sur la table, puis c’est le tour de celui de Nicolas. Je m’empare du mien, pas lui. C’est reparti pour un tour, à chaque réveillon du nouvel an je nourris l’espoir que ce soit Adam. Je rêve de ses regrets, de ses excuses. Pas de texto, mais une notification Instagram. Dépitée, je clique sur celle-ci, et je découvre avec effroi la photo que vient de poster Saphia. Je détourne les yeux de ce cliché où Nicolas me tient la main. La légende sous la photo me donne envie d’étrangler ma meilleure amie. « Les retrouvailles des tourtereaux… Trop mignon ! »

Quand mon regard croise celui de Saphia, celle-ci m’offre un sourire victorieux. C’est au tour de Nicolas de découvrir la publication. J’ose à peine le regarder. Soudain, il sourit. Pourquoi ? Moi, je ne trouve pas ça drôle du tout.

— Elle exagère, lâché-je, agacée.

— Saphia s’est un peu trop avancée, mais je dois dire que cette photo est très jolie.

— C’est vrai…, réponds-je.

— Tu veux que je lui parle ?

— Non, c’est à moi de le faire. Je ne veux pas que cette année se termine sans que tout le monde ait compris qu’il ne se passera plus rien entre nous. Tu y vois un inconvénient ?

— Au contraire, tu m’enlèverais une épine du pied. Par contre, tu dois être consciente que tu vas décevoir tout ce petit monde, ajoute-t-il en riant.

— Et toi, tu ne le seras pas ?

— Pas plus que toi, répond-il, en m’offrant un clin d’œil.

Je suis surprise que nous soyons dans le même état d’esprit, mais également soulagée que ce soit le cas. Je regarde l’heure. 23 h 56. Trois minutes me suffiront. Je m’empare de ma coupe, et je bois un peu de courage liquide.

— S’il vous plaît ! dis-je en frappant mon verre avec une fourchette.

Une fois tous les regards braqués sur moi, je me lève. Je commence par me tourner vers mon père, ma meilleure amie, puis j’accorde un sourire aux parents de Nicolas. Ces personnes sont tout pour moi. Ils ont été présents dans les bons et les mauvais moments de mon existence. Ils ne sont sans doute pas prêts à entendre ce que j’ai à leur dire, mais je ne peux me taire plus longtemps. Je refuse de faire semblant et de leur donner de faux espoirs.

— J’aimerais vous dire à quel point je suis heureuse de passer ce réveillon à vos côtés. Chacun d’entre vous m’a manqué, lorsque j’étais à New York. Rien ne changera entre nous. Je vous aimerai toujours, et nous nous retrouverons toujours lors de ces instants de vie qui sont chers à mon cœur. Je vous aime tous, et c’est pour cette raison que je refuse de vous mentir. Quoi que vous en pensiez, Nicolas et moi ne nous remettrons jamais ensemble. J’aurai toujours de l’affection pour lui, mais cela s’arrête à une belle amitié. J’aimerais aussi vous faire part de ma décision de rester à New York après mes études. Je ne peux pas revenir à Paris, pas tout de suite. Je n’ai jamais été aussi heureuse qu’à New York. C’est difficile, incertain, et parfois je me demande si ça ne va pas me rendre folle, mais je ne peux pas renoncer à cette nouvelle vie. Pas encore. Et je suis désolée, papa, si cela te brise le cœur…

Cette fois, l’émotion est trop forte. Une larme roule sur ma joue, tandis que mon père essuie ses yeux brillants, tout en venant me serrer dans ses bras.

— Je n’ai pas le cœur brisé, ma fille, plus maintenant. Je ne désire qu’une seule chose : que tu sois heureuse. Et si ton bonheur se trouve à l’autre bout du monde, alors pars, et ne te retourne pas. Je t’aime…

Les cris des voisins et des noctambules qui fêtent le nouvel an dans les rues de Paris mettent un terme à cette explication. Voilà, cette année est à présent derrière moi. J’embrasse mon père en premier, tout en lui souhaitant une meilleure année que celle qui vient de s’écouler. Dans deux jours, j’épongerai ses dettes sans qu’il le sache. La vie sera plus paisible, sans ces problèmes financiers qui l’inquiètent. Les bras de Saphia remplacent ceux de mon père. Pour ma meilleure amie, je ne me fais aucun souci. Cette fille a bien plus de courage qu’une équipe de football au complet, remplaçants compris.

Sans que j’aie besoin de la réprimander, elle me présente ses excuses pour la photo publiée sur Instagram. Sans plus attendre et pour me prouver sa bonne foi, elle supprime aussitôt celle-ci et la remplace par un selfie de nous deux. Ma crise de manque est enfin terminée, je ne pense plus à Adam, et je l’oublie à nouveau. Je savoure chaque instant avec ceux que j’aime, même avec Nicolas. Étrangement, rien n’a changé entre nous. Ensemble ou non, nous ressemblons à deux bons amis. Ce constat me permet de comprendre que j’ai fait le bon choix, pour lui comme pour moi.

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