Sugar Baby - Tome 2
Chapitre 22
Je prends le métro pour rejoindre le Midtown Manhattan où sont situés les bureaux d’Adam. Perdue dans la cohue new-yorkaise, je mets plus d’une heure à arriver devant l’immense building. Cette fois, je n’y entre pas avec des papillons dans le ventre, mais avec la rage au bide. C’est l’heure du déjeuner. Certains sont tellement pressés qu’ils mangent dans ce hall où les allées et venues donnent le tournis. J’entre dans un ascenseur bondé, qui se vide au fur et à mesure qu’il prend de l’altitude. Quand je sors de celui-ci, je suis prête à en découdre.
Courtney est derrière son bureau et déguste une salade. Elle ne m’a pas manqué celle-là. Sans perdre mon temps avec elle, je passe devant son bureau, et je me dirige vers celui d’Adam, où il se trouve. La voix de Courtney retentit soudainement, mais il est trop tard. J’ouvre la porte du bureau, et je la claque. Tout en faisant face à Courtney qui tente d’ouvrir la porte vitrée, je la provoque du regard en tournant la clé, et dans un sourire tout aussi provocateur je baisse les stores, et je me tourne vers Adam, qui se lève tout à coup.
— Mia…
— Ferme-la ! Tu es content ? demandé-je, folle de rage.
— Je ne vais pas te mentir, je suis fier de mon coup, lâche-t-il, d’un air si arrogant qu’il me fait perdre le contrôle.
Calmement, je pose mon étui sur le sol. Je m’empare ensuite de mon sac sur mon épaule, et je le lance violemment dans sa direction. Ce dernier atterrit sur son bureau et envoie valser sa tablette et son plateau-repas. Le sol est jonché de quinoa, de tomates et d’autres légumes. Qu’est-ce qu’ils ont tous à bouffer de la salade ?
— Va te faire foutre !
— Mia, calme-toi…
— Me calmer ? Tu te rends compte de ce que tu as fait ?
— J’ai créé le buzz, ma belle ! Mais surtout, ne me remercie pas.
— Te remercier ? Tu te fous de ma gueule ?
— Hum, cette vulgarité m’avait manqué, plaisante-t-il, ignorant totalement ma colère.
— Je veux que tu retires cette photo ! Je n’ai rien signé. Si tu ne la retires pas, je t’attaque en justice !
Soudain, l’étonnement et l’incompréhension se lisent sur son visage. Il sourcille, et d’un air sérieux et agacé il me demande :
— C’est quoi ton problème ? Tu vas me traîner en justice pour avoir fait de toi un sex-symbol ? Les mecs fantasment sur toi, et les femmes voudraient te ressembler ! Les commentaires t’encensent. C’est un véritable succès, et toi, tu voudrais tout foutre en l’air ? Ne fais pas des menaces que tu es incapable de mener à bien.
— Oh ! crois-moi, Adam. Si tu ne retires pas cette photo des réseaux, je mettrai mes menaces à exécution !
— Tout ça parce que je t’ai larguée ?
— Tu es vraiment un gros connard ! Comment ai-je pu t’aimer ? Tu me dégoûtes ! Non, enfoiré, je ne veux pas que tu retires cette photo parce que tu m’as larguée, je veux que tu la retires, car si tu ne le fais pas, tu vas foutre ma vie en l’air ! Si ce n’est pas déjà fait !
— Tu es folle ? Cette photo ne va pas foutre ta vie en l’air, elle va te propulser au rang d’icône.
— Je ne veux pas devenir une icône, je veux jouer du violon !
— L’un n’empêche pas l’autre…
— Je vais être virée de la MSM !
— N’importe quoi…
— Tu crois vraiment tout savoir, mais tu te trompes. Je sors du bureau du proviseur, et il m’a demandé de rentrer chez moi. Il dit qu’avoir une élève de son école qui pose nue pour une campagne publicitaire est justement une mauvaise pub. À juste titre !
— C’est de la connerie. Ils ne vont pas se séparer d’une violoniste aussi talentueuse que toi.
— Tu sais ce que je suis à leurs yeux ? Je ne suis rien. Je suis peut-être douée, mais je ne fais pas partie de l’élite. Je n’ai pas le droit à l’erreur, comme la moitié des pétasses qui étudient dans ce genre d’école. Tu piges ?
— Tu ne seras pas exclue, je t’en fais la promesse. Tout ça va se tasser…
— Arrête. Rien ne se tassera, Adam. Alors s’il y a eu un petit instant où j’ai compté pour toi, même si ce n’était qu’un petit peu, fais disparaître cette photo… Tu trouveras une solution, j’en suis convaincue, terminé-je en avançant vers son bureau pour récupérer mon sac.
Alors que je m’en empare, les doigts d’Adam s’enroulent autour de mon poignet. Je m’apprête à le réprimander, mais soudain il me demande :
— Nous formions une bonne équipe. Tu ne trouves pas ?
Il a l’air sérieux, quand il me pose cette question, et soucieux de la réponse. Moi, je me moque du passé, je ne pense qu’au présent et au futur.
— C’est vrai, nous formions une super équipe, et j’ignore encore comment cela a pu être possible. Mais aujourd’hui, nous ne sommes plus une équipe. Nous ne sommes plus rien du tout. Alors s’il te plaît, Adam, ne détruis pas tout ce que j’ai bâti ces dernières années. Ne m’éloigne pas de mon rêve.
Cette fois, je me détache de son emprise, et je m’éloigne de lui. Au plus profond de mon être, je sens que j’ai franchi un cap. En publiant cette photo, Adam ne s’en est pas pris à mon cœur, il s’en est pris à mes rêves, à ma passion, à l’unique lien qu’il me reste avec ma mère. J’aurais pu lui pardonner de m’avoir brisé le cœur, mais je ne peux pas passer l’éponge sur cette ultime erreur. Je lui en veux, et le mot est faible. Sans me retourner, et sans accorder un seul regard à Courtney, je quitte les bureaux d’Adam, tout en espérant que ce soit la dernière fois que j’y mets les pieds.
Ce n’est qu’après avoir rejoint les rues bruyantes et bondées, là où personne ne prend le temps de regarder l’autre, que je relâche la pression. À l’abri des regards de ceux qui me connaissent, je laisse couler les larmes que je refoule depuis que j’ai quitté le bureau du proviseur. Je ne suis pas seulement en colère contre Adam, je le suis également contre moi-même. Si seulement je n’avais pas succombé à son charme, si je n’avais pas cru qu’il m’aimait, je n’aurais pas mis en péril cette place si durement gagnée. Je suis affligée par la faiblesse dont j’ai fait preuve.
Je n’ai pas déjeuné, et de toute façon je n’ai pas faim. Je veux seulement rentrer chez moi, et me réfugier dans ma chambre. Tout en prenant la direction du métro, je m’empare de mon téléphone pour envoyer un texto à Anisha. Je ne veux pas être seule, ce soir, et je sais qu’elle ne rentrera pas avant l’aube, je lui demande donc l’autorisation d’inviter Ethan. Je sais que je n’ai pas besoin de lui demander, mais Anisha est chez elle, et je ne veux pas me montrer envahissante ou sans gêne. Sans tarder, elle me répond que c’est d’accord.
Mon cœur n’a jamais été aussi lourd, mais je me console en me disant que je suis assez bien entourée pour surmonter cette épreuve. Cette journée me semble interminable, et c’est exactement à ce moment précis que Vanda décide de réapparaître ! J’ai rendez-vous à l’agence demain matin pour, je cite : réviser les termes du contrat qui me lie à la Candy Agency. Demain matin ? Elle ne s’est pas dit que j’avais peut-être cours ? Ça tombe bien, puisque je me suis fait exclure ! Malgré tout, ce rendez-vous ne m’arrange pas. S’il y a bien une chose dont je n’ai pas besoin, c’est que l’on me mette la pression. Et malheureusement pour moi, Vanda Petterson est la reine de la pression !
Malgré tout, je confirme notre rendez-vous. Depuis la fin de mes deux derniers contrats, avant les fêtes de Noël, je n’ai contacté aucun des sugar daddies qui souhaitaient me rencontrer. J’étais bien trop occupée à me laisser séduire par mon doux pianiste. J’envoie ensuite un message à ce dernier pour l’avertir tardivement que je n’assisterai pas aux cours de la journée, et qu’il peut me rejoindre à l’appartement si cela le tente. Je retrouve un peu le sourire, quand quelques secondes plus tard il me répond :
D’accord. J’ai hâte de te voir. Tu vas bien ?
J’ai connu mieux, mais ne t’en fais pas, j’ai aussi connu pire. Nous en parlerons ce soir. Bisou.
Tu me manques. Je t’embrasse.
Même loin de lui, je peux sentir sa douceur. Il y a quelque temps, c’est lui qui avait peur que je m’en aille. Aujourd’hui, c’est à mon tour de nourrir cette crainte. J’ai peur de devoir quitter mon école et New York. J’ai peur que l’on soit séparés. J’ai peur de le perdre. Chaque jour qui passe, chaque épreuve que je vis à ses côtés me rapproche un peu plus de lui encore. Je l’aime bien, et je suis certaine que je serai heureuse à ses côtés, si je parviens à ranger mes squelettes au placard. Mais pour l’instant mon plus gros squelette tient mon destin entre ses mains. C’est donc en espérant qu’Adam prenne la bonne décision que je rentre chez moi.
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