Sugar Baby - Tome 2
Chapitre 43
La voix d’Adam m’extirpe de mon sommeil :
— Mia, nous sommes presque arrivés…
J’ouvre les yeux. Mon regard a juste le temps de capter un panneau signalétique, nous annonçant la distance à parcourir avant d’atteindre Philadelphie. Plus que cinq kilomètres, et nous serons enfin arrivés à destination. Je me redresse sur mon siège, surprise d’avoir dormi aussi longtemps.
— Tu as pu te reposer un peu ? me demande-t-il, tandis que je tente encore de me rappeler où je suis, et où je vais.
— Oui, réponds-je, vaseuse.
— Il nous reste un peu de temps. Tu veux que l’on aille faire un tour dans le centre-ville ?
— Pourquoi faire ? demandé-je, en scrutant le banal paysage de l’autoroute.
— Pour le cadeau ?
C’est une blague, ou c’est réel ? Vient-il vraiment de penser au cadeau de Saint-Valentin que je n’ai toujours pas acheté à Ethan ?
— Tu ne vas pas être en retard ?
— Si tu as déjà une idée en tête, nous serons à l’heure.
— Passe à la première parfumerie que tu croiseras sur la route, réponds-je, quelque peu mal à l’aise.
— Un parfum ? Venant de toi, je m’attendais à quelque chose de plus original.
— Non, je ne compte pas lui acheter un parfum. Et ne me demande pas ce que je vais lui offrir, ça ne te regarde pas.
— D’accord ! Je vois que l’on est de mauvaise humeur au réveil.
— Je ne suis pas de mauvaise humeur. J’émerge.
— Eh bien, émerge vite, car nous arrivons à Philadelphie.
Neige-t-il partout dans ce pays ? D’immenses buildings se dessinent derrière une brume épaisse, et les tourbillons de flocons sont de retour. Je découvre la ville qui jadis fut la première capitale des États-Unis. La ville où a été proclamée l’indépendance du pays. Mais si je suis particulièrement contente de découvrir Philadelphie, c’est uniquement pour Rocky Balboa ! Mon père est un inconditionnel de Rocky, et à force de regarder ce film avec lui je suis tombée dans la marmite. Il serait tellement heureux de venir dans cette ville, et de monter les marches qui mènent à la façade sud du Philadelphia Museum of Art.
Cette ville est identique à l’idée que je m’en étais faite. Comme à New York, tout y est immense, et les embouteillages également. Adam semble connaître la ville comme sa poche, et parvient à éviter les longues files en passant par des artères moins encombrées. Il est à peine 9 heures, mais Philadelphie s’est déjà transformée en fourmilière, où tout le monde s’agite dans tous les sens. Même si cela me gêne, Adam tient parole et se gare devant la première parfumerie que nous croisons sur le chemin de l’hôpital. Il me sauve la peau, il le sait, et je le sais également.
Je sors de la voiture, avant qu’il ne me fasse une nouvelle fois remarquer que j’ai une fâcheuse tendance à oublier mon petit ami. Quand j’entre dans la boutique, je suis happée par cette odeur entêtante de parfum. Sans perdre une seule seconde, je me dirige vers l’une des vendeuses, et je lui demande s’ils vendent de l’huile de massage. Par chance, elle me dirige vers un présentoir où sont disposés de magnifiques coffrets, dans lesquels on retrouve tout le nécessaire pour un massage romantique.
Je n’ai aucune idée de cadeau matériel. Lui offrir un massage pratiqué par mes doigts de fée est sans doute le meilleur cadeau dans notre cas. Ethan ne m’a jamais entendue lui dire « je t’aime », et je sais que cela posera bientôt un problème. S’envoyer en l’air, c’est bien, mais cela ne veut pas toujours dire que les sentiments sont partagés. Un massage est toujours un moment sensuel, lorsqu’il est fait par son partenaire. Ce sera l’occasion idéale pour lui montrer que moi aussi je sais me montrer attentionnée. Quant à moi, j’aurai peut-être le déclic qu’il me manque.
À l’évidence, je suis en train de tout miser sur un massage. Mais en réalité, j’y connais quoi à l’amour ? Peut-être qu’il suffit de peu de chose pour déclencher celui-ci. J’essaye de me voiler la face, mais debout dans cette boutique qui me donne mal au crâne j’ai brusquement l’impression de ne plus mentir qu’aux autres, je me mens également à moi-même. Je ne veux pas me l’avouer, mais je me demande de plus en plus si mes sentiments pour Ethan vont évoluer. Est-ce que l’amour ça nous prend comme ça, sans que l’on s’y attende ? Est-ce que celui-ci se cultive avant d’éclore ? Chaque amour est différent, mais moi, je ne pense qu’à celui que j’ai nourri pour Adam.
Je range mes interrogations dans un coin de ma tête, et je ressors en affichant un sourire satisfait. Après avoir déposé le paquet dans le coffre, je rejoins Adam dans la voiture. Quand il me demande si j’ai trouvé mon bonheur, j’acquiesce. Il redémarre, tandis que je me demande ce que je lui aurais offert, si nous étions encore ensemble. J’aurais sans doute voulu faire mieux que lors de ce fameux Noël, mais quand je constate qu’il ne s’est jamais séparé du bracelet bon marché que je lui ai offert, je m’interroge. Alors qu’il scrute la route, moi, je regarde discrètement son poignet. L’inscription Baby me rappelle nos différences, mais également cet amour fou qui nous a laissés sur le carreau.
C’est une évidence qui commence à s’immiscer dans mon esprit, jamais je n’aimerai Ethan comme j’ai aimé Adam. Avec Adam, c’était la passion, la brutalité, l’aventure, la découverte. Avec lui, l’amour n’a pas tardé à apparaître. Je n’ai pas eu besoin de m’adapter à lui, ni même d’attendre que mes sentiments évoluent. L’amour est venu à moi, et pourtant j’ai lutté pour m’en éloigner. Mais rien n’y a fait, je suis tombée amoureuse de lui, dès nos premiers échanges. Alors oui, j’ai peur. Peur de ne pas être guérie d’Adam. Peur de faire souffrir Ethan. Alors que la neige se remet à tomber, je chasse les doutes qui m’assaillent, et je me concentre sur la raison de notre présence à Philadelphie.
— Comment te sens-tu ? demandé-je.
— J’appréhende. J’aimerais qu’il soit déjà opéré, et que ce cauchemar soit terminé.
— Tout va bien se passer, Adam.
— Tu n’en sais rien. C’est une opération risquée.
— Je n’en sais rien, c’est vrai, mais je crois qu’il vaut mieux rester positif. Ton père n’a pas besoin de ressentir nos angoisses.
Il détourne son regard de la route, et plonge dans mes yeux.
— Mes parents seront ravis de te revoir, déclare-t-il, en se concentrant sur sa conduite.
— Tu ne comptes quand même pas m’amener dans la chambre de ton père ?
— Bien sûr que tu vas m’accompagner. Tu crois que je t’ai fait venir pour m’attendre dans la voiture ?
— Bah… Oui.
— J’ai besoin de toi, sur ce coup-là. Tu me connais… Il suffira d’une parole mal placée, et je risque d’exploser. Et c’est la dernière chose à faire, face à une personne sur le point d’entrer au bloc opératoire.
— Je te l’accorde. Mais de toute façon, je sais que tu ne déraperas pas. Tu aimes trop ton père pour prendre ce risque…
— Arrête, avec ce mot…, lâche-t-il nerveusement.
— Quel mot ? Aimer ?
— Tu n’as que ce mot-là à la bouche.
— Et alors ? Toi, arrête. Arrête de faire comme si tu n’aimais plus personne, car ce n’est pas le cas, et tu le sais très bien. Franchement, si tu fais un blocage sur ce sentiment, va voir un psy, parce que ça devient soûlant.
J’ignore pourquoi, mais ma réflexion le fait rire. Pourtant, il n’y a rien de drôle. Pendant que nous rejoignons l’hôpital, je continue de le rassurer, et lui, il continue de se montrer sous son plus sombre profil. Mais si je l’agace, alors, c’est que j’ai raison. C’est donc avec un grand plaisir que je continue cette torture, jusqu’à ce que nous arrivions enfin sur le parking de l’hôpital. S’il ne voulait pas connaître mon point de vue, il ne fallait pas qu’il m’impose d’être ici.
C’est sous la neige que nous rejoignons l’hôpital. Même s’il ne neige pas autant qu’à New York, j’ai tout de même l’impression que cela ne va pas tarder à empirer ici également. Le ciel est laiteux, le vent monte doucement mais sûrement, je n’ai plus qu’à croiser les doigts pour que nous puissions repartir dès que possible. Quand nous arrivons dans l’immense hall de l’hôpital universitaire, Elizabeth, la mère d’Adam, nous y attend. Quand elle le voit, son expression provoque en moi une vive émotion, que je dissimule derrière un sourire qu’elle ne peut pas voir. Elizabeth ne voit qu’une seule personne : son fils. Le seul qu’il lui reste.
Tout en nous rejoignant, elle essuie les larmes qui coulent sur ses joues. Je m’écarte d’Adam pour les laisser se retrouver. Sa mère est la seule personne à qui il n’a pas peur de montrer son amour. Quand elle s’écroule dans ses bras, Adam la serre tout contre lui. Elle laisse échapper un sanglot déchirant, tandis qu’il tente de la réconforter comme il le peut. De mon côté, je me sens de plus en plus mal. Je ne suis que dans le hall de l’hôpital, mais l’endroit et les circonstances me donnent la nausée. J’ai à nouveau la sensation d’être au bord du précipice, et que je vais tomber d’une minute à l’autre.
Je ne suis jamais retournée dans un hôpital depuis le décès de ma mère. Après ma peur du vide, c’est devenu ma plus grande phobie. L’odeur, les couleurs, les ascenseurs qui s’ouvrent et se ferment sans arrêt, les médecins qui courent dans tous les sens, et ceux qui errent dans les couloirs avec un air hagard, tentant d’oublier que leur précédent patient se trouve maintenant à la morgue… Tout ça me donne le tournis. Une sueur froide s’empare de moi. Ma vue se brouille, et tout devient noir. J’ai l’impression que je vais tomber dans les pommes, mais tout à coup la voix d’Elizabeth retentit :
— Mia, ma chérie ! Comme je suis contente de te revoir…
Elle me serre dans ses bras, tandis que je reprends possession de mes moyens. Ma vue n’est plus troublée, mon corps ne tremble plus. Cette étreinte pleine d’amour a raison de ma crise d’angoisse. Maintenant que je me retrouve face à elle, je me rends compte que j’apprécie beaucoup cette femme.
— Je suis ravie de vous revoir aussi, dis-je, en lui offrant un sourire.
— Merci d’être venue. Tu sais, depuis que nous avons fait connaissance, John parle souvent de la petite Française qui est venue passer un réveillon sous notre toit. Je crois qu’il n’y a pas une seule personne à Belmar qui n’a pas entendu son histoire.
— Ah bon ? m’exclamé-je surprise.
— John t’apprécie beaucoup, il va être ravi de te revoir.
— Tu vois, je t’avais dit que ta présence était indispensable, renchérit Adam, dans un sourire victorieux.
— Comment va-t-il ? demandé-je.
— Il a repris des forces, mais je suis morte de peur à l’idée de le perdre… Viendras-tu prier avec moi ?
— Maman…, s’interpose Adam avec un soupir.
— Bien sûr, je viendrai, réponds-je, même si je ne crois pas en l’existence de Dieu.
Adam connaît mon point de vue à ce sujet, alors il me sourit et me remercie discrètement pour cette attention, qui pour moi est tout à fait normale. Dans ce genre de moment, on doit se raccrocher à l’espoir, et peu importe la forme qu’il prend. Moi par exemple, je n’ai jamais vraiment cru que Dieu existe. Je pense qu’il y a quelque chose qui nous est supérieur, mais pas un dieu… Mais lorsque ma mère est tombée malade, je me suis mise à prier les anges. Contradiction ? Non, juste ce foutu espoir. Nous avons tous besoin de croire que la vie ne quittera pas ceux que l’on aime.
Après des retrouvailles larmoyantes, nous montons au sixième étage. Adam devient nerveux. Pendant que nous suivons sa mère dans les longs couloirs, j’essaye de lui apporter mon soutien, mais il n’est déjà plus très réceptif. Sur les conseils des médecins, nous n’entrons pas tous les trois dans la chambre. Nous laissons donc Elizabeth rejoindre son mari, et le prévenir de notre arrivée. Pour tromper ses peurs, Adam se plonge dans la lecture de ses mails, pendant que je retombe dans l’angoisse. Alors que les murs qui nous entourent semblent se rapprocher peu à peu de moi, la voix d’Elizabeth vient me sauver pour la seconde fois :
— Il est prêt à te voir, dit-elle à Adam.
Les yeux de ce dernier s’attardent un instant sur sa mère. Tout à coup, il se tourne vers moi et me dit :
— Vas-y la première.
— Non ! réponds-je.
Il s’approche, et sans lâcher mon regard il s’empare de mes bras. Pour la première fois, je découvre son air implorant.
— Fais-le pour moi, s’il te plaît. J’ai besoin d’un peu de temps, et toi, tu es une magicienne avec les gens comme nous…
— Adam…
— Je t’en supplie, m’interrompt-il.
— D’accord, réponds-je, sans pouvoir m’empêcher de soupirer.
Et alors que je m’apprête à rejoindre la chambre, il me rattrape et me serre dans ses bras.
— Merci, Mia…
Ce n’est qu’un remerciement, mais mon être tout entier est réceptif à cette étreinte imprévue. Instinctivement, je l’enlace en retour. Un court instant, je ferme les yeux. Tout est presque comme avant, à une seule différence : je suis en couple ! Quand cette réalité me revient en tête, je m’éloigne doucement de son corps. Pourtant, j’aimerais rester dans ses bras éternellement. J’évite son regard, je souris à Elizabeth. Je suis plus troublée que jamais, et c’est sans doute ce qui me pousse à entrer dans cette chambre au plus vite. J’appréhende de revoir John, mais je crains encore plus la tentation présente dans ce couloir.
Avant d’ouvrir la porte, je regarde à travers la petite vitre ronde. John est allongé sur son lit. Son corps est relié à des machines qui surveillent ses pulsations cardiaques et son taux d’oxygène. Malgré son état de santé, le père d’Adam semble toujours aussi solide. Mais, dans la famille Davis, montrer sa force plutôt que ses faiblesses est pratiquement une marque de fabrique. Quand je me décide enfin à entrer dans la chambre, cette fois il ne peut dissimuler la fragilité qui s’est emparée de lui. Lentement, il tourne son visage vers moi. Je peux alors discerner la douleur et la fatigue sur ses traits tirés.
— Alors comme ça, vous décidez de faire peur à tout le monde ! lancé-je en guise de bonjour, tout en lui offrant mon sourire le plus chaleureux.
— Tiens, ma petite Française préférée…
— Menteur, je suis persuadée que votre Française préférée n’est autre que Brigitte Bardot !
— Comment le sais-tu ?
— Tout le monde aime Brigitte Bardot. C’est un peu notre Marilyn Monroe, réponds-je en me positionnant près de son lit.
— C’est vrai, mais je dois quand même préciser que je la trouvais plus belle lorsqu’elle était jeune, tente-t-il de plaisanter.
— Tout se fane, John. Vous n’êtes pas vraiment au top de votre forme, non plus !
Cette fois, la douleur ne peut l’empêcher de rire. Je m’en veux aussitôt, lorsqu’un rictus douloureux se dessine sur son visage.
— Pardonnez-moi, dis-je, gênée.
— Oh ! si tu savais ! Je ne vais pas t’en vouloir d’être la seule à ne pas me considérer comme un mourant. Ils tirent tous une de ces têtes…, lâche-t-il, d’un air lassé.
— Premièrement, vous n’êtes pas mourant. Et deuxièmement, c’est tout à fait normal que vos proches s’inquiètent.
— Et toi, tu t’inquiètes ?
— Toujours, lorsque je suis dans un hôpital.
Il tapote son lit, m’invitant à m’y asseoir. Je m’installe près de ses genoux, tout en me demandant à quelle sauce je vais être mangée. Soudain, il lève fébrilement sa main, je m’en empare aussitôt.
— On t’a forcée à venir ici, n’est-ce pas ? me demande-t-il, en souriant.
— Forcée est un grand mot. Disons plutôt que je n’ai pas vraiment l’impression d’être à ma place. Et puis, les hôpitaux et moi…
— Adam ne changera jamais. Il ne se soucie pas de savoir si les autres sont en accord avec ce qu’il leur demande.
— Je ne refuse jamais de venir en aide à quelqu’un qui en a besoin, réponds-je.
— Adam est la dernière personne qui a besoin d’aide sur cette Terre.
— Après vous, c’est ça ?
Il rit brièvement, et répond :
— Maintenant, je comprends pourquoi tu es la seule qu’il a ramenée à la maison, après la disparition de son frère. Tu es une bagarreuse.
— Je ne sais pas, mais je sais une chose : Adam avait besoin de moi, pour venir jusqu’à vous. Alors, ce serait pas mal, pour votre cœur, et pour lui, que vous ne soyez pas aussi désagréable que la dernière fois.
— Que veux-tu dire ?
— Vos histoires de famille ne me regardent pas, et je suis navrée que ce merveilleux réveillon ait tourné au vinaigre. Mais malgré tout le respect que je vous dois, vous êtes en partie responsable de ce qui s’est passé.
— Toi, tu n’y vas pas avec le dos de la cuillère, quand il s’agit de dire ce que tu penses aux autres.
— Je suis désolée de vous décevoir, mais je dis simplement ce que je pense. Vous devez arrêter de culpabiliser Adam pour la mort de son frère. Il n’est pas responsable…
Sa main se resserre sur la mienne, j’arrête aussitôt de parler. Je suis en train de faire une leçon de morale à un homme mal en point qui va bientôt entrer au bloc opératoire. Je ne sais pas ce qui me prend, mais c’est sans doute ce lieu qui ravive de mauvais souvenirs en moi. J’ai moi-même été l’enfant d’un parent malade, et je ne peux concevoir qu’une vie s’envole sur des regrets et des remords. Si par malheur John ne survivait pas à cette opération, le dernier souvenir qu’il laisserait à Adam serait celui d’un père distant et en colère, incapable d’éprouver encore un peu d’amour pour son dernier fils.
— Je sais…, lâche-t-il, la voix brisée par la peine.
— Alors, pourquoi lui avoir toujours reproché d’être coupable ?
— Parce qu’il est le seul capable de m’affronter. Adam a toujours été le plus rebelle, celui avec qui je me heurtais le plus, et ça n’a pas changé. Mais ce n’est pas seulement pour cette raison… Cette nuit-là, Adam a appelé Aaron, pour qu’il aille le chercher. Il aurait très bien pu m’appeler, j’y serais allé. Mais il ne l’a pas fait, car il savait que je l’aurais remis à sa place. Si je n’avais pas été un si mauvais père avec lui, c’est moi qu’il aurait appelé…
— Vous n’en savez rien, tenté-je de le rassurer.
— Peut-être, mais cette nuit-là, nous n’avons pas perdu qu’un fils, nous avons perdu les deux. Nous étions dévastés par la mort d’Aaron. Nous avons assisté à son enterrement, alors qu’Adam se battait encore pour sa survie… J’ai prié et j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps pour que Dieu ne me prenne pas mes deux enfants, mais quand le second s’est réveillé, j’ai rejeté toute ma colère sur lui…
— Vous devez lui dire tout ça. Aujourd’hui, insisté-je.
— Il est de bonne humeur ?
— Comme le serait n’importe quel homme du clan Davis dans un moment comme celui-ci, plaisanté-je.
Il plonge ses yeux dans les miens, et m’offre un doux sourire, auquel je réponds en lui serrant la main.
— Tu es vraiment une bonne fille, Mia. Mon fils a de la chance d’être tombé sur une fille aussi jolie et avec un tel caractère.
— Merci, mais vous devez savoir que nous ne sommes plus ensemble depuis longtemps, avoué-je.
— Comment ça ?
— C’est une longue histoire, mais je vous promets de venir vous la raconter, lorsque vous serez sur pied. D’accord ?
Il acquiesce.
— Prêt ?
Il hoche à nouveau la tête. Je dépose une bise sur sa joue, et je lui rappelle qu’il n’a pas lieu de s’inquiéter, et qu’il est entre de bonnes mains. Après lui avoir fait part de ma joie de l’avoir revu, je m’éloigne doucement du lit. Je n’ose pas me retourner, la vue d’ensemble de cette chambre joue des tours à mon imagination. Un bref instant, j’ai revu ma mère sur son lit d’hôpital, son lit de mort. Les cernes, la difficulté à respirer, la fatigue, la douleur… Même si John ne souffre pas d’une tumeur au cerveau comme ma mère, son état reste préoccupant. Je connais très peu cet homme, malgré tout je l’apprécie. Ça, c’est la touche Davis, on ne peut pas leur résister.
Lorsque je sors de la chambre, mon regard rencontre immédiatement celui d’Adam. Il ne peut plus reculer, c’est à son tour. Il se lève, et tout en dissimulant parfaitement ses appréhensions, il passe à côté de moi, et me remercie une nouvelle fois, avant de faire face à la porte qui le sépare de son père. Quand celle-ci se referme et qu’il disparaît, j’ai l’impression d’être en apnée. Tant qu’il ne ressort pas de cette chambre en hurlant sa colère, tout va bien. Confiante, mais inquiète, je m’assieds à côté d’Elizabeth, qui semble encore plus nerveuse que moi, et pour que nous nous sentions moins seules je m’empare de sa main.
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