Sugar Baby - Tome 2
Chapitre 18
Pour une fois alors que je rentre tôt, Anisha est présente. Ça tombe bien, car j’ai un besoin urgent de vider mon sac, et que l’on m’aiguille avant que je prenne la mauvaise direction. Elle a beaucoup plus d’expérience que moi, et même si nous sommes différentes, sa connaissance des hommes peut m’aider à y voir plus clair. Je la rejoins au salon, guidée par le bruit de sa machine à coudre. Quand j’entre dans la pièce, je découvre sa nouvelle création sur le mannequin planté au beau milieu de la pièce. C’est une magnifique robe de soirée en satin, noire comme la nuit et brillante comme l’astre lunaire. Cette robe est de toute beauté.
— Elle est splendide, déclaré-je en entrant dans le salon.
— Hé ! Comment vas-tu, reine des neiges ?
— Bien, et toi ?
— Je viens de passer trois heures à positionner correctement le bustier, mais ça va ! ironise-t-elle en se frottant le front.
— Peut-être, mais le résultat est top, réponds-je en m’approchant du mannequin.
— Elle te plaît ?
— J’adore.
— Super ! Bon, j’ai bien besoin d’une pause. Une bière ?
— OK !
Je lui raconte tout. De la journée passée en compagnie d’Ethan, au cours de piano et sa tentative de baiser. J’enchaîne ensuite avec le lendemain, et les bonnes nouvelles que j’ai reçues à la MSM. Anisha est folle de joie de ma sélection pour les prochaines auditions. Comme toujours, elle me voit réussir, pendant que je me prépare déjà à l’échec. Mais ma colocataire est beaucoup plus intéressée par ce qu’il se passe entre Ethan et moi que par ma réussite dans mes études musicales. Je lui raconte alors le moment à la piscine, celui dans ma chambre, et ma fuite précipitée. Mais lorsque le moment de parler d’Adam arrive, je n’ose pas.
— Bon d’accord, tu t’es enfuie, mais visiblement, cela ne t’a pas empêchée de découcher. Alors, comment tout ça s’est-il terminé ? demande-t-elle, plus curieuse que jamais.
— En arrivant devant l’immeuble, j’ai croisé Adam…, avoué-je.
— Quoi ?
— Il m’attendait, il voulait me parler…
— Oh non ! Ne me dis pas que tu as passé la nuit chez ce connard !
— Non, la rassuré-je aussitôt.
Elle lâche un soupir de soulagement, et me demande :
— Qu’est-ce qu’il te voulait ?
— Il voulait parler. Le revoir a été un choc. C’est comme si je me prenais un coup de poing dans le ventre. Je voulais qu’il disparaisse. Mais il n’arrêtait pas d’insister, et quand il a vu que son petit jeu ne marchait plus avec moi, il s’est montré hautain, et je l’ai giflé…
— Sérieux ?
— Oui. Il a osé me dire que je ne pourrais jamais le haïr ou l’oublier. Adam dans toute sa splendeur… Mais cette fois, ça m’a fait vriller.
— Pas étonnant ! Le mec se comporte comme une merde avec toi, et il ose encore se la péter. Moi, je lui en aurais collé deux ! déclare-t-elle, d’un air si sérieux que je suis obligée de rire.
— C’est clair, il a un de ces culots. Il m’a présenté ses excuses, mais j’avais l’impression que, pour lui, ce n’était pas si grave. Comment peut-il croire que je suis si conne ?
— Va savoir… Comment ça s’est terminé ?
— J’ai sauté dans un taxi, et j’ai demandé au chauffeur de rouler aussi vite que possible. Tout à coup, j’ai eu besoin de m’éloigner de lui. C’était comme si ma survie en dépendait. Je savais que si je rentrais ici il aurait été capable de passer la nuit derrière la porte, et d’attendre le lendemain pour me coincer. J’ai finalement réussi à le semer, et j’ai rejoint Ethan à la MSM…
— Et ?! me demande-t-elle, pleine d’espoir.
— Et nous avons parlé…
— C’est tout ? Tu n’en as pas assez de parler ?
— Nous avons parlé, et ensuite…
Je termine ma phrase par un simple sourire, qui se transforme en éclat de rire.
— Tu l’as fait ?
— Oui, et c’était très bien, si tu veux tout savoir.
— Je suis trop contente pour toi ! Ça veut dire que tu es sur la voie de la guérison. Bientôt, Adam Davis ne sera plus qu’un mauvais souvenir.
— Je n’en suis pas sûre, avoué-je gênée.
— Non, non, et non, reine des neiges. Tu dois l’oublier.
— J’essaye, tu dois me croire. Mais pendant que je couchais avec Ethan, il s’est passé quelque chose…
— Je t’écoute, lâche-t-elle en me voyant garder le silence.
— C’est gênant…
— Oh ! tu ne vas pas recommencer, répond-elle dans un soupir.
— D’accord, je vais tout te dire, cédé-je.
— Alléluia !
Je m’empare de ma bière, que je termine en deux gorgées, puis je me lance dans l’étalage de ma vie sexuelle.
— C’était bon, vraiment. Mais j’avais beau me concentrer, l’orgasme ne venait pas. Et puis… J’ai pensé à Adam, et à la façon dont il me faisait l’amour…
— Tu as joui ?
— Et j’ai joui…
— Et je suppose que ça te pose un problème.
— Bah oui, ce n’est pas très réglo de penser à quelqu’un d’autre pendant un tel moment. Je serais furieuse et blessée, si un homme devait penser à une autre pour jouir avec moi.
—Ne culpabilise pas, ma belle. C’est normal ce qu’il t’arrive. Tu as vécu un truc de dingue avec Adam, mais au bout de trois ans tu devrais déjà être désintoxiquée de lui. Moins tu le verras, plus tu y arriveras. Quoi que puisse être sa proposition, refuse.
— Quelle proposition ?
Soudain, elle se raidit. Je vois bien qu’elle n’est pas à l’aise. Elle me regarde, hésitante. Je lui demande de parler, mais elle semble de plus en plus embarrassée.
— Anisha, insisté-je.
— Je te demande pardon, Mia. Je ne voulais pas te cacher quoi que ce soit, je voulais seulement qu’il te laisse tranquille… Adam est venu avant-hier, il voulait te parler. Je lui ai livré le fond de ma pensée, et je lui ai claqué la porte au nez. J’aurais dû te le dire…
— En effet, tu aurais dû me le dire. Au moins, je me serais préparée à l’idée de le voir débarquer d’un moment à l’autre.
— Je suis désolée.
— Je ne t’en veux pas, mais la prochaine fois que quelque chose me concernera, même si tu penses que cela me blessera, dis-le-moi.
— Promis.
Après avoir dîné devant la chaîne des infos, nous retournons chacune à nos activités. La couture pour Anisha, et la mise en place de l’écriture d’un nouveau morceau pour moi. Je m’isole dans ma chambre, et je sors mes feuilles de partition vierges. M. Garvey nous a demandé de ne pas commencer à écrire, mais de penser la mélodie. Moi, j’ai beau penser et fredonner dans ma tête, si je ne couche pas les notes sur le papier, je ne vais nulle part. Je ne manque pas d’inspiration, au contraire, j’ai quelques mélodies en tête, mais je ne sais pas vers laquelle me diriger.
Le jury composé de plusieurs de nos professeurs, mais également de quelques musiciens talentueux, ne voudra pas seulement entendre de la musique, il voudra vivre et ressentir des émotions. Les émotions, ce n’est pas ce qu’il me manque. J’en ai des tas, et de toutes les sortes. Mais la joie, la colère et la peine se mélangent. Je dois faire le tri, et choisir l’une de ces émotions. Celle qui me parle le plus en ce moment est sans aucun doute la colère, ou peut-être la peine. Je ne sais plus… Quoi qu’il en soit, je ne risque pas de provoquer la joie chez les membres du jury.
Finalement, j’abandonne l’idée d’avancer ce travail. J’écoute les conseils de M. Garvey, et je me mets à penser ma musique. Après avoir pris une longue douche, je rejoins mon lit, où je fredonne ce petit air mélancolique que j’ai imaginé. Ces quelques notes forment une douce mélodie, assez jolie pour un prélude, mais le fruit de mon inspiration me pose un problème. Ces petites notes sont celles qui me consolent, quand seule dans mon lit je revis l’abandon d’Adam, et sa méchanceté gratuite envers moi.
Si je continue d’écrire notre histoire en musique, les émotions monteront crescendo. Le doux prélude laissera place à une sérénade funeste et violente. Le jury appréciera sans doute. Mais je ne peux pas créer un air de toute beauté, en me servant de l’histoire que j’ai vécue avec Adam. Si je fais cela, je lui donne un peu plus encore de pouvoir sur moi. Si je veux l’oublier définitivement, il ne peut pas devenir ma source d’inspiration. Tout en me promettant de créer sans devoir y perdre mon âme, je m’endors. Cette nuit, j’évince volontairement Adam de mes pensées, pour y laisser entrer le seul qui puisse encore me prouver que l’amour n’est pas que douleur : Ethan.
OceanofPDF.com