Sugar Baby - Tome 2

Eva Dupea · Chapitre 66 sur 75

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Sugar Baby - Tome 2

Chapitre 64

 

Adam

 

Je suis en pause déjeuner, quand tout à coup j’ai l’impression de plonger en plein cauchemar. Assis derrière mon bureau, je n’en crois pas mes yeux. Qu’est-ce qu’elle vient faire ici, celle-là ? En revoyant Anisha, tous mes ressentiments remontent à la surface. Si le crime était légal, voilà longtemps qu’elle serait sous terre. Cette folle furieuse a bousillé ma vie en un claquement de doigts. Elle a à jamais éloigné de moi la seule personne pour qui j’étais capable de devenir meilleur. Alors, quand je la vois débarquer dans mes locaux, je n’ai plus d’appétit.

Je repousse ma salade, et je la regarde avancer du coin de l’œil. Je la vois, et elle me voit, mais elle n’ose pas affronter mon regard. Je pense qu’elle va d’abord se diriger vers le bureau de mon assistante, mais visiblement elle a plus de cran que je ne le pense. Quand elle frappe à la porte vitrée de mon bureau, elle daigne enfin lever les yeux sur moi. Comment pourrais-je accueillir la seule femme que je déteste ? En la virant comme une malpropre. Et c’est bien ce que je compte faire. Ma mâchoire se crispe d’énervement. D’un signe de tête, je l’autorise à entrer, pour mieux l’envoyer balader.

— Salut… Je peux te parler ? demande-t-elle, d’un air qui se veut gêné, mais qui ne me convainc pas du tout.

— Nous n’avons rien à nous dire. Sors de ces bureaux, ou je fais appel à la sécurité.

— Mia me hait, tu me détestes, et vous en avez parfaitement le droit, mais je dois absolument te parler…

— Barre-toi, Anisha. Il n’y a plus rien à dire. Tu n’es qu’une garce, et je n’ai aucune minute à perdre avec une personne telle que toi…

— C’est au sujet de Mia, m’interrompt-elle, certaine que je vais enfin l’écouter.

Et ça fonctionne.

— Je te donne une minute.

— J’ai vu Mia, il y a quelques jours…

— Comment va-t-elle ? demandé-je, sans rien vouloir savoir d’autre.

— Elle est différente…

— Tu t’attendais à quoi ? Tu l’as trahie !

— Je sais… Je voulais lui expliquer pourquoi j’ai fait ça, mais elle était dans un état second, et elle s’est montrée si violente que l’agent de sécurité du Marquee s’en est mêlé.

— Le Marquee ? Que faisait-elle là-bas ?

— Elle était en compagnie de Fire Boy. Et ils étaient plutôt proches, déclare-t-elle.

— Tu es venue ici pour tenter de me torturer en me racontant ce qu’elle fait, et avec qui elle le fait ?

— Non. Je suis venue pour te dire ce que je n’ai pas pu lui dire. En la voyant si furieuse, j’ai aussi vu sa douleur. Même si Mia semble aller parfaitement bien, au fond, elle est brisée…

— Et c’est maintenant que tu te rends compte que tu as merdé ?

— Mia n’était pas seulement ma colocataire, elle est devenue mon amie. Ma seule amie…

— Tu lui as bien prouvé.

— Je sais que ton opinion de moi ne changera pas, mais elle compte pour moi. Bien plus que tu ne le crois. Alors même si je joue ma vie à la roulette russe en avouant la vérité, je refuse de garder le silence plus longtemps…, lâche-t-elle, les yeux dans le vague.

— Où veux-tu en venir ?

— Je t’ai piégé à la demande de Vanda, avoue-t-elle la voix tremblante.

Soudain, elle éclate en sanglots, et moi, je ne parviens pas à assimiler les mots qu’elle vient de prononcer.

— Assieds-toi, lui demandé-je.

Elle s’assied, puis après s’être mouchée, elle relève ses yeux rougis.

— Que vient faire Vanda dans cette histoire ? Et si tu comptes me dire que c’est une longue histoire, sache que j’ai tout mon temps.

— Il y a quelques mois, j’ai décidé qu’il était temps d’arrêter mon activité de sugar baby. Pour Vanda, ce n’était pas vraiment un problème. Je prends de l’âge, j’ai moins de contrats, et depuis que Mia est arrivée à l’agence, c’est elle la nouvelle protégée de Vanda. Le problème, c’est qu’entre-temps tu es revenu, et Mia s’est à nouveau éloignée de l’agence, pour te réserver ses services. Toi qui es un homme d’affaires, tu sais très bien comment fonctionne tout ça… Tu étais un danger pour Vanda, et quand elle m’a demandé s’il se passait quelque chose entre vous, je n’ai pas pu lui mentir…

— Et donc, elle t’a demandé de nous séparer. C’est ça ?

— Toi ou un autre. Pour Vanda, même Ethan devait s’éclipser.

— Et toi, tu n’as pas trouvé mieux que d’obéir à cette femme.

— Je n’avais pas le choix.

— Nous avons toujours le choix.

— Pas moi, rétorque-t-elle en baissant la tête.

Sans qu’elle en dise plus, je comprends que cette histoire est beaucoup plus longue que je ne le pensais. Même si je continue de la détester pour ce qu’elle a osé faire, je remarque ses regrets. Son air abattu me fait soupirer. Je me lève, m’empare de la bouteille de scotch, et en verse dans deux verres. J’en glisse un face à elle, et je lui dis :

— Bois ça, et dis-moi ce que cette garce de Vanda a contre toi.

— Qu’est-ce qui te fait dire que c’est le cas ? demande-t-elle en se saisissant du verre.

— Parce que l’on ne trahit pas son amie juste pour faire plaisir, réponds-je, avant de boire mon verre d’un trait.

Elle porte le verre à sa bouche, et m’imite en le vidant cul sec. Un instant, elle regarde le récipient vide, d’un air pensif. Elle hésite, pourtant, elle est venue ici pour dire tout ce qu’elle a sur le cœur.

— Tu peux me faire confiance, ce que tu diras dans ce bureau restera dans ce bureau.

Sans doute rassurée par cette précision, elle prend une grande inspiration, attend un instant pour trouver le courage, et elle me raconte son histoire.

— Quand je suis arrivée à New York, j’étais seule et complètement paumée. Je n’avais pas d’argent, et je ne connaissais personne. Et puis, je suis tombée sur Vanda par hasard. Je me suis perdue dans New York, et je me suis retrouvée dans un quartier chic, où je détonnais dans le paysage. Tout le monde me regardait comme si je m’étais égarée. Je te laisse imaginer le tableau, une jeune Black, habillée un peu trop vulgairement pour les culs coincés… Bref, j’ai pris mes jambes à mon cou. Alors que je retournais vers le métro, elle m’a aperçue à la sortie d’un immeuble, et elle m’a interpellée. Elle m’a donné sa carte, en me disant que j’avais le potentiel pour gagner beaucoup d’argent. Vanda m’a sauvé la vie. Elle m’a hébergée, elle m’a offert une activité lucrative. Et même si cela ne se voit pas toujours dans ma façon de m’habiller, elle m’a appris à savoir me montrer distinguée, lorsque les circonstances l’imposent. Longtemps, elle a été la mère que je n’ai jamais eue. Et puis, il y a eu un incident…

— Continue, l’encouragé-je, alors qu’elle hésite à poursuivre.

— J’avais vingt ans, et j’étais sugar baby depuis quelques mois. Je n’avais pas encore assez d’expérience pour voir quand je me trouvais dans une situation dangereuse. Quand un sugar daddy me proposait quelque chose, j’acceptais. Peu importe ce que c’était, j’acceptais sans me poser de questions, tant que cela m’amusait, et que j’en avais envie. Un soir, je tenais compagnie à Bobby, mon tout premier sugar daddy. Bobby aimait particulièrement consommer de la coke, avant de s’envoyer en l’air. Il était à mon goût, alors, je lui accordais ce service premium… Ce soir-là, on a pris quelques rails, puis on s’est envoyé en l’air. Mais soudain, il s’est mis à convulser…

Elle pleure à nouveau, et je ne peux que la comprendre. Même si elle ne le dit pas ouvertement, je pense qu’elle appréciait ce Bobby, tout comme je tenais à Becca, même si nous n’étions plus ensemble.

— Je suppose que ça s’est mal terminé.

— Il est mort à cause de moi, lâche-t-elle dans un sanglot.

— Moi aussi, j’ai perdu quelqu’un à cause de la drogue. J’aimais cette personne, comme tu devais tenir à cet homme. Mais tu ne dois jamais oublier que ce n’est pas toi qui l’as poussé à prendre ces rails de coke. Il a fait ses choix…

— Peut-être, mais les miens lui ont coûté la vie… J’ai paniqué. J’étais terrorisée à l’idée d’être accusée de l’avoir drogué, et d’aller en prison. C’est ridicule, mais j’étais si jeune et si naïve… Alors, au lieu de contacter tout de suite les secours, j’ai appelé Vanda. Elle n’a pas tergiversé, elle m’a immédiatement répondu qu’elle arrivait. Malheureusement, le temps qu’elle arrive, Bobby était mort. Quand j’ai compris ça, j’étais sous le choc, mais Vanda a pris les choses en main…

— Comment ça ?

— Elle m’a fait comprendre que ma couleur de peau, mon âge, et mon activité ne m’aideraient pas dans cette affaire. De plus, Bobby était un homme important. Il était marié et père de deux enfants. Une telle mort aurait scandalisé l’opinion publique. J’aurais été la salope détestée de tous. Quant à l’agence de, son image aurait été ternie. Et ça, c’était inconcevable, pour elle. Quant à moi, j’avais si peur que j’ai cru qu’elle avait raison, et qu’elle essayait de me protéger par tous les moyens.

— Qu’avez-vous fait ?

— Le rendez-vous se passant chez moi, nous avons attendu le milieu de la nuit, et nous avons descendu son corps dans le parking souterrain de la résidence où je vivais. Nous avons mis celui-ci dans le coffre de sa voiture, et elle est partie… Elle n’a plus jamais voulu reparler de cette nuit-là. Ce n’est que deux semaines plus tard que j’ai appris que l’on avait retrouvé son corps dans le Bronx…

— Si je comprends bien, elle a fait mine de te sortir du pétrin, mais depuis ce soir-là, elle te tient.

— C’est ça. Honnêtement, elle ne m’a jamais fait chanter… Jusqu’à ce que Mia débarque, et que je refuse de la trahir en l’éloignant de toi ou d’Ethan. Elle m’a dit que si je refusais, elle irait voir les flics, et qu’elle leur raconterait comment est réellement décédé Bobby, et comment je me suis débarrassée de son corps. Même si ce n’est pas moi qui me suis chargée de cette sale besogne, qui croirait-on ? Une femme blanche respectable, ou la Black orpheline, qui se fait payer pour passer du temps avec des mecs blindés, et souvent mariés ?

L’histoire d’Anisha est horrible, pourtant, je ressens une sensation de soulagement indescriptible. Elle n’a pas essayé de me séduire, elle a été manipulée. Mia n’a donc plus aucune raison de nous haïr. Malgré tout, j’apprécie moyennement que l’on s’en prenne à celle que j’aime, et à moi-même par la même occasion. Vanda Petterson est peut-être la plus grande manipulatrice de New York, moi, je suis un enculé de première, pour ceux qui le méritent. Je ne veux pas seulement reconquérir Mia, en lui apportant la preuve de mon innocence, je veux faire tomber celle qui a osé s’en prendre à la seule personne pour qui je suis encore prêt à courir le risque d’aimer.

— Je te remercie d’être venue me raconter tout ça. Tu as fait le bon choix. Je vais régler tes problèmes. Mais avant, dis-moi tout ce que tu sais sur Mia.

— Je ne sais pas grand-chose. Elle habite chez Vanda…

— Il ne manquait plus que ça, l’interromps-je, soucieux de la savoir chez une telle personne.

— Je l’ai croisée par hasard au Marquee. Elle était en compagnie de Fire Boy, et ils semblaient plutôt proches, m’avoue-t-elle, presque gênée.

— Comment ça, proches ?

— Bah… Ils se plaisent. Mais franchement, ça ne veut pas dire grand-chose. Mia était dans un tel état qu’elle est même tombée à la renverse, et qu’elle a poussé le videur. Ce mec faisait deux têtes de plus qu’elle, mais elle lui a foncé dedans. Sans Fire Boy, ça se serait mal terminé…

— Et ensuite ?

— Ils ont été priés de quitter les lieux, et j’ai préféré en rester là. Elle m’a jeté son verre à la figure, m’a poussée deux fois. Je pense que si j’avais insisté, elle m’aurait collé son poing en pleine face. Elle me déteste…, termine-t-elle dépitée.

— Je te détestais encore, il y a quelques minutes. Ce n’est plus le cas. Quand elle saura la vérité, elle te pardonnera.

— Je n’en suis pas si sûre. Cette fois, elle en a bavé bien plus que les précédentes…

— Tu n’as pas tort, réponds-je en soupirant.

Pour le coup, je ne peux pas contredire Anisha. Cette fois, Mia est tombée au fond d’un gouffre. Comment puis-je être sûr qu’elle me pardonnera, même si je suis innocent ? À cause de moi, le violon de sa mère a été détruit. Elle me hait, et il me faudra sans doute plus que mon innocence pour qu’elle me pardonne ce qu’il s’est produit. Malgré tout, j’ai besoin qu’elle sache que je ne l’ai pas trahie. Pourquoi aurais-je fait ça ? Je ne vois que par elle. Elle hante mes pensées, et son absence est un supplice, qui me rend un peu plus con chaque jour.

Je ne dévoile pas mes intentions à Anisha, je lui demande simplement d’attendre que je la recontacte. Nous échangeons nos numéros de téléphone, et je la laisse repartir. À présent, je dois mener ma barque habilement, pour coincer Vanda Petterson, et nous venger de ses offenses. Mais surtout, je dois découvrir ce qu’il se trame entre Mia et Fire Boy. C’est moi qui lui ai présenté ce mec, et voilà qu’elle sort avec lui, et qu’elle met sa santé et son intégrité en danger. Mes poings se serrent, tant la colère qui m’anime est grande. Jusqu’à aujourd’hui, je n’acceptais pas de l’avoir perdue. Maintenant, je refuse qu’elle puisse en aimer un autre que moi. Si je dois me battre pour la reconquérir, je suis prêt. Je me battrai jusqu’à mon dernier souffle, pour lui prouver que je l’aime, et que rien ni personne ne pourra nous séparer, pas même le sombre crétin qui sommeille en moi.

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