Sugar Baby - Tome 2
Chapitre 17
Après avoir mangé à la cafétéria avec Ethan, ce dernier m’invite à passer la nuit en sa compagnie. Je devrais sans doute arrêter de le comparer à Adam, mais c’est plus fort que moi. Sa proposition tombe plutôt bien. Je n’ai aucune envie de sortir d’ici, et de croiser à nouveau Adam. Demain, j’aurai à nouveau la force de faire face à cette crainte, mais ce soir j’ai besoin de tout oublier, et de me sentir à l’abri. J’envoie alors un texto à Anisha, pour lui signaler que je ne rentrerai pas. Quelques secondes plus tard, je reçois sa réponse, qui me force à sourire :
Petite coquine ! Amuse-toi bien.
Ma colocataire serait fière de moi, si elle savait que je n’ai pas attendu son feu vert pour m’amuser. Et lorsqu’elle saura qu’Adam a refait surface, elle sera sans doute surprise d’entendre que je n’ai pas cédé à sa volonté, et que je lui ai offert la gifle de sa vie. Je range mon téléphone, et nous rejoignons la chambre d’Ethan. C’est étrange, mais le sexe ne semble pas avoir changé quoi que ce soit entre nous. Nous sommes toujours les deux amis que nous étions avant de nous chercher, et de nous trouver. Avec lui, pas besoin de rentrer chez moi après que nous avons couché ensemble. Avec lui, c’est tendresse et câlins, dès que l’occasion se présente.
Je ne sais pas ce que nous sommes pour le moment. C’est trop tôt pour le dire, et pour savoir si nous sommes faits pour parcourir un bout de chemin ensemble. Finalement, je décide d’éteindre mon cerveau, et de me concentrer sur l’instant présent. Je combats la culpabilité d’avoir atteint l’orgasme en pensant à un autre, et je profite de cette nouvelle soirée en sa compagnie. Après avoir enfilé l’un de ses T-shirts, je le rejoins dans son lit. Comme toujours, je ne sais pas quoi faire, mais Ethan prend les devants, et j’apprécie. Il étend son bras, et il m’invite à me lover tout contre lui. Sans me faire prier, je prends donc place à ses côtés, tandis qu’il allume la télé.
Enlacée par son bras, la tête posée sur son torse, je nous découvre un nouveau point commun : Netflix. Ces derniers mois, je n’ai pas eu une seule seconde pour me poser et végéter devant l’une de mes séries préférées. Quand il me demande ce que je souhaite regarder, je hausse les épaules. En réalité, étendue tout contre son corps chaud, la fatigue ne va pas tarder à avoir raison de moi. Nous nous mettons finalement d’accord sur un reportage sur les serial killers. Tiens, nouveau point commun. Nous nourrissons une étrange passion pour ce genre d’investigation, et plus nous en regardons, plus nous en redemandons.
Malgré tout, dès les premières minutes, mes paupières se font lourdes. Je les ferme quelques instants, tout en me disant que dans quelques secondes j’ouvrirai les yeux. Et puis, plus rien. Plus de son, plus d’image, juste une sensation de chaleur et de bien-être, qui m’emporte dans les bras de Morphée. C’est si grisant de se sentir à l’abri des autres et de leur regard. Pour la première fois depuis trois ans, le vide qu’Adam a créé en moi ne fait plus écho dans ma poitrine. Ce soir, je m’endors paisiblement, dans les bras d’Ethan, qui lui n’a pas peur d’aimer et d’être aimé.
Ce matin, quand nous arrivons dans le grand hall, tout est comme avant. Même si nous avons couché ensemble, aujourd’hui il prend le temps de me laisser du temps. Pas de baiser sur la bouche, qui pourrait me mettre mal à l’aise. Pas de main dans la main, pour nous afficher officiellement devant tout le monde. Ethan a parfaitement compris qu’hier nous avons juste répondu à cette pulsion incontrôlable, qui s’est emparée de chacun de nous. Mais je sais qu’au fond de lui il espère que ses sentiments seront bientôt réciproques. Pour ma part, aujourd’hui, j’y vois plus clair.
Je culpabilise encore d’avoir laissé Adam envahir mes pensées pendant qu’Ethan et moi couchions ensemble, mais je me fais une raison, en me disant que cela ne durera pas. Je ne regrette pas d’avoir couché avec Ethan, et encore moins d’avoir passé la nuit avec lui. Il est sécurisant, et je me sens vraiment bien. J’ai l’impression qu’il est incapable de briser un cœur, et que ses sentiments pour moi sont sincères et bien ancrés. Avec lui, je ne risque pas de voir ma vie défiler, face à un train lancé à toute allure. Et surtout, je ne me fais pas payer comme une pute après avoir couché avec lui. Cette probable relation est une promesse de douceur, à laquelle je pense depuis le réveil.
Ethan a des sentiments pour moi. Moi, je l’aime bien, mais je n’exclus pas qu’il parvienne à recoller mon cœur, et à lui rendre sa capacité d’aimer à nouveau. Si je veux nous donner une chance, j’ai conscience que je dois mettre un terme au lien invisible qui me relie encore à Adam. J’ignore ce qu’il me veut, mais je dois prendre mon courage à deux mains, et lui dire que je ne veux plus jamais le revoir. Aurai-je la force de lui faire face une dernière fois ? Certainement, car je refuse qu’il ait encore de l’influence sur moi. Même si Adam est le plus gros de mes problèmes, je l’efface de ma mémoire pour me concentrer sur mes cours.
La journée s’écoule studieusement. Quand celle-ci se termine et que je retrouve Ethan, il est temps de lui dire au revoir. Il me propose de marcher quelques minutes avec moi, j’accepte. Je sais que c’est une stratégie pour pouvoir m’embrasser loin des regards curieux, mais je ne contrecarre pas ses plans. Je trouve même cela plutôt amusant de nous cacher, c’est excitant. Mes doutes s’effilochent au fil du temps que nous passons ensemble. Peut-être que c’est plus facile avec lui parce que nous sommes tous les deux musiciens et que nous visons le même objectif. Quoi qu’il en soit, Ethan me fait du bien.
— C’est ici que tu me laisses, et que je dois renoncer à passer une autre nuit avec toi, déclare-t-il à l’angle de ma rue.
— Je crois que c’est le cas, réponds-je en m’adossant à la vitrine d’une boutique.
— J’ai passé un moment incroyable, hier soir, dit-il en plongeant ses yeux bruns dans les miens.
— Moi aussi, réponds-je en me mordant la lèvre.
— Tu serais d’accord pour recommencer ?
— Je croyais que nous ne devions pas nous attacher, rétorqué-je en lui offrant un sourire moqueur.
— Depuis le début, je sais que je suis condamné à souffrir avec toi. C’est trop tard, tant pis pour moi…
Sa main se pose sur ma joue. Sa bouche s’écrase sur la mienne. Ce baiser n’a plus rien de sage, et je peux sentir le désir nous accabler de son délicieux tourment. Nos langues se lancent dans un tendre ballet, où il n’y a besoin d’aucune musique pour que la rythmique soit parfaite. À la fin de ce baiser, j’ai presque envie de l’inviter à m’accompagner chez moi, mais je n’en fais rien. Avant de lui promettre quoi que ce soit, je dois remettre de l’ordre dans ma vie, et me poser les bonnes questions. Une discussion avec Anisha et une nuit de sommeil me porteront sans doute conseil. Nous nous souhaitons une bonne soirée, puis nous partons chacun de notre côté, accompagnés de ce sentiment de légèreté que nous a offert cette dernière étreinte.
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