Sugar Baby - Tome 2

Eva Dupea · Chapitre 21 sur 75

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Sugar Baby - Tome 2

Chapitre 19

 

Adam

 

Après deux semaines de négociations, de retards, de prises de vue et de tête, personne n’est convaincu par la nouvelle égérie. Alexia a tout pour elle, mais elle n’a pas ce charme particulier que Mia possède naturellement. Non, personne n’y croit, et moi non plus. Après réflexion, je décide de ne pas changer d’égérie. J’ignore comment nous pourrons photographier la septième montre sans Mia, mais cette dernière sera bel et bien le visage de ma première collection destinée aux femmes. En posant pour moi à Belmar, elle m’a donné son accord pour que je puisse utiliser son image à des fins commerciales. Une entente est une entente, même si celle-ci a été conclue verbalement.

Malgré tout, j’aimerais ne pas agir comme un con, et lui demander son aval. Malheureusement pour moi, cette fille me déteste. J’ai réussi à la faire passer de la douceur et de la candeur à la peur et la haine. Elle m’a giflé. On ne m’a jamais giflé ! Je doute qu’elle veuille me parler à nouveau, et encore moins accepter la proposition que je tiens à lui faire. Malgré tout, je ne vais pas reculer. Je me prépare mentalement à recevoir une nouvelle gifle et quelques insultes bien choisies. Cette fois, je vais m’y prendre autrement. Je vais la mettre au pied du mur, c’est la seule solution.

En accord avec mon équipe, mes partenaires et mes investisseurs, nous avons décidé de dévoiler la première montre avant le lancement officiel de la collection. Tout le monde ignore que j’ai décidé de garder Mia comme égérie sans son accord, seul le responsable des réseaux sociaux est dans la confidence. Ce soir, à minuit, il publiera le cliché que j’ai choisi pour créer immédiatement le buzz autour de cette première collection féminine. Il s’agit de la photographie où Mia pose nue, derrière son violon. Sur ce cliché, la montre est mise en avant, mais c’est le modèle qui lui donne vie.

Cette photo est la plus sensuelle, mais aussi la plus féminine. Mia va me détester, mais professionnellement je n’ai pas le choix. J’ai de l’or entre les mains, je ne peux pas me permettre de le jeter à la poubelle. Si Mia reste l’égérie de cette collection, ce sera un succès. J’en ai à présent la certitude. Pour moi, l’échec n’est pas une option. Dans la vie, je suis comme le boxeur sur un ring. Je n’ai pas peur, je ne tremble pas. Je suis prêt à recevoir les coups, mais je suis encore plus apte à en donner. Je n’agis pas ainsi pour faire du mal à cette fille, je lui en ai déjà assez fait. Je ne suis qu’un homme d’affaires, incapable de perdre la partie. C’est une artiste, et j’espère qu’elle comprendra ma décision. 21 heures. Cela fait plus d’une heure et demie que je poireaute comme un con à l’arrière de la berline tout en massant ma main. Je ne porte plus d’attelle, mais parfois la douleur se réveille, comme pour me rappeler que le mal revient toujours à celui qui le fait. Et ces derniers temps il revient vers moi comme un boomerang.

Paul est enfin rentré de son voyage au Mexique, et ce n’était pas trop tôt ! J’ai été satisfait d’entendre que ce voyage lui a permis de raviver la flamme de son mariage. Même Paul parvient à réparer ses erreurs, moi, je préfère en commettre de nouvelles. Malgré tout, je suis content pour mon chauffeur. Avec un patron comme moi, il vaut mieux avoir une oreille attentive qui vous attend gentiment à la maison.

Pendant deux semaines, j’ai dû arpenter la ville seul. Écumer les bars sans un chauffeur prêt à me sortir du pétrin, à toute heure de la nuit, c’est beaucoup moins drôle. Et puis à New York, Paul est sans doute l’ami le plus fiable sur qui je peux compter. Depuis que je vis ici, j’ai rencontré des centaines de personnes. Certaines d’entre elles sont plus ou moins présentes dans mon environnement, mais ce ne sont pas des amis.

Mes vrais amis, je les ai laissés derrière moi, à Belmar. Les avoir revus en présence de Mia m’a donné l’impression d’être comme eux, et d’avoir enfin emprunté le bon chemin. Cela m’a aussi fait comprendre que je n’ai pas seulement perdu mon frère et ma famille. J’ai tout perdu en me comportant comme un connard. Malgré tout, ils sont les seuls que ma richesse n’a pas changés. Comme Mia, ils n’hésitent pas à se moquer de moi, à me remettre à ma place, et à me dire le fond de leur pensée, même si je n’ai aucune envie d’entendre celle-ci. Je ne devrais sans doute pas m’éloigner de personnes aussi sincères, mais Mia et mes amis me rappellent trop à quel point je suis misérable.

Cette fois, j’ai demandé à Paul de se garer sur l’autre trottoir. Ici, elle a moins de chances de reconnaître la voiture, et de m’échapper à nouveau. Quand je la vois apparaître à l’intersection, je me dis que j’ai eu raison. Mais soudain je la vois tenir la main de ce mec ! C’est qui celui-là ? Alors c’était vrai. Sa colocataire ne m’a pas menti, Mia a rencontré quelqu’un d’autre. Plus elle approche, plus je constate qu’elle n’a jamais eu l’air aussi heureuse. Elle sourit, elle rit. Et lui, il en profite. J’ai brusquement envie d’ouvrir la portière et de lui régler son compte à celui-là ! Mais pourquoi ferais-je ça, puisqu’elle ne compte plus pour moi ?

Plus par fierté que par choix, je ne fais rien. Je reste assis à la regarder dire au revoir à son nouveau jouet. Une chose est sûre, elle ne pourra pas le traiter de vieux con. Quand elle se met à l’embrasser, je préfère détourner le regard. Je ne vais pas dire que je ne comprends pas la colère qui m’anime soudainement, ce serait mentir. Si j’ai autant la rage contre ce mec, c’est uniquement parce que je ne suis toujours pas parvenu à l’oublier. Pourtant, j’ai tout essayé. L’alcool, le sport, la drague, et même plusieurs coups d’un soir, quand j’arrivais enfin à me la sortir de la tête. Malheureusement, aucun de ces passe-temps ne m’a aidé.

Quand enfin il s’éloigne, je la contemple le regarder. C’est pathétique. Que peut-elle bien lui trouver ? Il a une belle gueule, mais ça ne fait pas de lui un homme. Ils ressemblent à deux adolescents qui n’oseront jamais regarder ce qui se passe sous la ceinture de l’autre. Tandis qu’elle lui fait signe, ce qui me fait encore plus rager, je frappe à la vitre. Quand celle-ci se baisse, je demande à Paul de trouver des renseignements sur ce mec au plus vite. Sans poser de question, Paul acquiesce. À ses heures perdues, mon chauffeur est un peu mon détective privé. Quand j’ai besoin d’obtenir des informations sur quelqu’un, il n’est jamais loin.

J’attends qu’elle entre dans l’immeuble pour sortir de la voiture. Il fait un froid sibérien. J’ajuste le col de mon duffle-coat, et je traverse en courant. D’un signe de main, je salue le portier et j’entre dans l’immeuble. Elle est là, à attendre l’ascenseur. J’approche, et quand elle entre dans la cabine je la rejoins et j’appuie sur le bouton pour que les portes se referment. Quand elle se retourne et qu’elle me voit, son sourire s’efface. C’est exactement ce que je présageais, que je deviendrais une ombre menaçante, et qu’elle finirait par me détester.

— Qu’est-ce que tu fais ici ? me demande-t-elle avec cet air autoritaire, celui-là même qui m’a tant séduit.

— Je sais que tu n’as aucune envie de me voir, mais je dois te parler. C’est important.

— Tu as raison, il est temps que nous mettions les choses au clair. Anisha est absente, je t’accorde cinq minutes, déclare-t-elle, en détournant le regard.

Je suis on ne peut plus surpris. Je m’attendais à tout, mais pas à ce qu’elle m’invite chez elle. Pour éviter qu’elle ne change d’avis, je ne brise pas le silence gênant qu’elle m’impose. Elle semble à la fois furieuse et résignée. Et tandis qu’elle fait de son mieux pour me montrer son indifférence, moi, je n’ai qu’une envie : l’embrasser et refaire de son corps ma chasse gardée. N’importe quelle fille que j’ai quittée aurait tenté de me reconquérir. J’ai fait du mal à bon nombre de femmes, mais aucune ne s’est montrée aussi froide que Mia. C’est sans doute parce qu’elle est la seule que j’ai confrontée à une mort violente et inévitable. La seule que j’ai rémunérée pour les heures passées avec moi au pieu…

Elle pénètre dans l’appartement, et elle m’invite à entrer. Je la suis jusqu’au salon, découvrant pour la première fois, l’endroit où elle vit. Je ne me suis jamais demandé si être une sugar baby était rentable. En voyant les lieux, je prends conscience que c’est un business plutôt juteux. Mais je ne suis pas ici pour inspecter la décoration, ou pour juger ceux qui montent les échelons de la vie comme ils le peuvent. Je suis ici pour conclure une affaire. Au fond de moi, l’envie d’elle prend le pas sur la véritable raison de ma venue. Je l’observe enlever son manteau. C’est une torture de la voir si sexy, et qu’elle en soit complètement inconsciente.

— Je ne t’invite pas à t’asseoir, ce ne sera pas long, déclare-t-elle en osant enfin me regarder droit dans les yeux.

Sans que je m’en rende compte, son air pincé me fait sourire. Je me ravise aussitôt lorsqu’elle lève les yeux au ciel, et que dans un soupir de lassitude elle lâche :

— Tu ne manques vraiment pas de culot. Tu ris de tout, même du mal que tu infliges aux autres.

— Je ne suis pas ici pour te faire du mal, ou pour parler de ce qu’il s’est passé entre nous. Je sais que tu ne me pardonneras jamais, je ne suis pas idiot. Mais j’ai vraiment besoin de te parler de quelque chose d’important.

— Tu te trompes, Adam, tu n’es pas ici pour me parler. Tu es ici pour entendre ce que j’ai à te dire. Je ne veux plus te revoir. Je ne veux plus que tu débarques comme tu l’as fait l’autre fois, ou aujourd’hui. J’ai une vie, et tu n’en fais plus partie. Tu y avais ta place, bien plus qu’un autre, mais tu as tout foutu en l’air. Alors maintenant, oublie-moi, et laisse-moi vivre ma vie en paix !

— Avec ce mec que tu as embrassé tout à l’heure ? demandé-je, d’un ton moqueur.

— Tu m’espionnes ?

— Non, le hasard a bien fait les choses, voilà tout.

— Bref… As-tu compris ?

— Oui, je vais sortir de ta vie, et te laisser batifoler avec ce gamin. A-t-il terminé sa puberté ?

— Ferme ta bouche, et ferme la porte en partant, rétorque-t-elle en s’éloignant.

— Attends. Maintenant que tu as parlé, c’est à mon tour.

Elle s’arrête à l’entrée du salon, et dans un soupir elle répond :

— Dépêche-toi, je dois réviser mes cours.

— Je te promets de disparaître de ton existence, mais avant, j’ai un service à te demander…

— Je rêve… Mais vas-y, j’ai hâte d’entendre ce que tu attends de moi, m’interrompt-elle.

— Je voudrais que tu m’apportes une dernière fois ton soutien, en gardant ton rôle d’égérie pour la collection.

— C’est une blague ? demande-t-elle dans un rire nerveux.

— Je ne te demande pas de passer du temps avec moi, mais d’être présente pour une dernière séance photo.

— Non !

— Tu m’as cédé les droits sur ton image, lui rappelé-je.

— C’était à une époque lointaine, et je n’ai rien signé ! me rappelle-t-elle à son tour.

— Tu marques un point. Si tu veux tout savoir, j’ai trouvé une autre égérie, mais elle ne convient à personne. Mais toi, tout le monde te veut. Que ce soit Antonio, mon équipe, ou bien encore les investisseurs qui ont accepté de revenir sur ce projet, ils te veulent tous. Toi, et pas une autre. Tu seras bien entendu payée pour cet ultime service.

— Je ne veux plus recevoir un seul dollar de ta part.

— Si tu préfères le bénévolat, ça me va aussi ! Accepte, lui demandé-je, d’un air suppliant.

— Je vais y réfléchir, mais en attendant, je ne veux plus te voir, Adam.

— Comment connaîtrai-je ta réponse, dans ce cas ?

— Fais comme tout le monde, envoie-moi un texto ou un mail.

— J’aimerais bien, mais encore faudrait-il que tu me débloques de tous les moyens de communication existants !

— Je le ferai uniquement si j’accepte. Mais ne rêve pas trop.

J’acquiesce d’un hochement de tête, et je la laisse réfléchir à ma proposition. Je lui dis au revoir, à quoi elle me répond :

— Ouais, salut…

En rejoignant la voiture où Paul m’attend patiemment, je suis convaincu qu’elle va accepter. Sous ses airs froids, je suis persuadé qu’il reste encore quelques braises de ce feu ardent qui la consume, lorsqu’elle se trouve à mes côtés. Ça tombe bien, car ce soir la première photo de ma campagne publicitaire sera publiée. Quand elle se redécouvrira plus belle que jamais, et qu’elle prendra conscience du succès que peut lui apporter sa beauté, elle ne m’en voudra pas de l’avoir mise au pied du mur.

Je monte à l’arrière de la voiture, et je demande à Paul de me conduire au siège social de mon entreprise. Je n’ai plus que quelques heures pour finaliser la révélation de la première montre. Ce cliché va tout renverser sur son passage. Quand le public découvrira ce premier modèle, il crèvera d’envie de voir les autres. Je le sens au plus profond de mes tripes, je suis sur le point de réaliser un nouveau succès commercial, bien plus important que les précédents. Mia n’a toujours signé aucun accord, mais j’ai confiance en mon instinct. Jamais elle ne mettra à mal ce projet, même si elle me déteste. Elle sait trop bien à quel point ce dernier est important à mes yeux.

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