Ce que je sais de toi

Éric Chacour · Chapitre 38 sur 54

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Ce que je sais de toi

Chapitre 39

 

Montréal, 2000

 

Les panneaux acoustiques du faux plafond répondent aux dalles

luisantes du plancher. Viviane Daniels les connaît trop pour y prêter

attention. Elle avance dans les couloirs du Royal Vic en poussant son

chariot et parfois quelques jurons. Bien qu’anglophone, elle consent à y

mêler des sacres québécois pour que l’intégralité de son auditoire puisse en

bénéficier.

Elle remet en place l’affichette qui glisse de son cadre métallique.

« Pour préserver la confidentialité des échanges, merci d’attendre ici. »

« Ici » est une ligne de ruban adhésif collée au sol qui fait des plis par

endroits. Le chariot de Viviane bute souvent sur « ici ». Une lettre est

arrivée trois jours plus tôt, mais le docteur Seidah était en vacances.

L’enveloppe comporte un timbre égyptien. Viviane ne l’a pas glissée dans le

casier du médecin comme le décrit la procédure en cas d’absence. Si on lui

demandait pourquoi, elle ne saurait que répondre. On ne lui demande rien.

En montant à l’étage, elle aperçoit de la lumière dans son bureau. Il semble

plongé dans la lecture d’un bilan préopératoire.

— Vous n’êtes pas en vacances ?

— J’ai écourté.

— Ah, c’est bien vous, ça, pour une fois que vous en preniez ! Ça vous

aurait reposé.

— Il me semble que les patients n’en prennent jamais, eux…

— C’est pour ça qu’ils ont besoin d’un doc en pleine forme.

— Vous avez réponse à tout.

— Oui, et j’ai même du courrier pour vous !

Elle retire plusieurs enveloppes de son séparateur en métal et les lui

tend. 

— Merci, Viviane.

Il pose les enveloppes sur son bureau et reprend la lecture de son

écran.

— Vous avez vu ? Vous avez aussi du courrier externe.

— Vous êtes bien indiscrète !

— Bon, bon, bon… J’ai une tournée à finir, moi ! Bonne journée, doc.

— Bonne journée.

Il prononce ces mots d’une voix neutre, sans détourner son regard de

l’écran. Il attend quelques minutes qu’elle se soit éloignée avant de retirer

du lot l’enveloppe jaune pâle dont le timbre égyptien avait

vraisemblablement attisé la curiosité de sa collègue.

 

Le Caire, le 9 août 2000

 

Docteur Seidah,

J’ai bien reçu votre lettre et comprends que votre temps est précieux.

Je n’ai pas l’intention d’en abuser mais souhaiterais réellement que vous

reconsidériez votre position. Je ne pense pas vous en avoir fait part mais

mon enquête porte tout particulièrement sur les médecins ayant suivi des patients atteints de la maladie de Huntington. Je crois savoir que cette cause

vous est chère.

Dans l’attente d’une réponse que j’espère favorable, je vous transmets

mes respectueuses salutations.

Ahmed Naguib

 

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