Ce que je sais de toi

Éric Chacour · Chapitre 44 sur 54

Pages du PDF

Ce que je sais de toi

Chapitre 45

 

 

Le Caire, 2001

 

— Qu’est-ce que tu fais ?

Elle se tenait dans l’embrasure de la porte. Mon premier réflexe fut de

retourner le calepin sur lequel j’écrivais avant de lui dire qu’elle m’avait

fait peur. Dans notre vie désormais limitée à un étage, une chambre d’amis

se trouvait à côté de la mienne. Il arrivait à Nesrine d’y dormir lorsque le

repas du soir s’éternisait et qu’elle préférait dire à son chauffeur de ne pas

l’attendre.

Elle demeurait là, impassible, la main encore posée sur la poignée. Son

silence semblait signifier que je ne lui avais pas répondu. J’improvisai :

— Je termine mes devoirs…

— Sur du papier à lettres ? sourit-elle. Ce n’est pas une lettre d’amour

qui t’empêche de dormir, n’est-ce pas ?

Je ne répondis pas.

— Tu écris à Tarek.

Ce n’était pas une question, pas non plus un reproche. Sa voix était

d’une douceur assurée. J’étais étonné. Presque moins de ce qu’elle soit au

courant que de l’entendre dire ton prénom. Je crois bien que c’était la

première fois qu’elle le prononçait devant moi. Tu n’étais plus « il », plus « mon frère », plus cette ombre qui hantait les sous-entendus que j’avais

passé une enfance entière à feindre de ne pas comprendre. Tu étais

« Tarek » pour ta sœur et elle savait que je t’écrivais. Je me sentais presque

soulagé. Sans chercher à la forcer, elle accompagna ma main et lui fit

retourner le calepin. J’ouvris la paume pour l’inviter à le prendre. Elle

fronça légèrement les sourcils à la découverte des quelques mots. Elle les

relut en silence.

 

OceanofPDF.com