La fille

Jeanne Galzy · Chapitre 21 sur 59

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La fille

La Côte avait cessé d’être surpeuplée. Les…

La Côte avait cessé d’être surpeuplée. Les installations temporaires pour estivants se fermaient l’une après l’autre. Les pédalos inutiles regagnaient leur remise. Les canoës retournés sur le sable, attendaient la couche de peinture ou de goudron. Les petites barques de plaisance, amarrées dans le port, chassaient sur leurs ancres, les voiles repliées.

Les bars gardaient encore quelques clients. Mais la foule avait fondu et les danseurs évoluaient à l’aise. Yvan prolongeait son séjour dans la maison que les parents avaient fuie définitivement, pour reprendre leur appartement de Marseille. Il avait prétendu avoir besoin de solitude pour travailler et repréparer son certificat de philologie.

Elle le rejoignait sans transport, prise par l’habitude et une sorte de tendresse. Elle ne l’aimait pas, mais elle aimait l’amour. Souvent il lui paraissait puéril. Elle eût voulu ressentir pour lui quelque admiration amoureuse et non ce laisser-aller presque fraternel.

Il disait : « Que ferais-je sans toi ? » et s’accrochait à elle, lorsqu’elle eût voulu pouvoir en lui chercher appui.

— Si je t’épousais ? dit-il un jour.

Elle rit, comme d’une plaisanterie. Il en fut froissé.

— Pourquoi ris-tu ? Cela n’a rien de risible.

— Je ne suis pas une fille qu’on épouse.

— À présent, toutes ont plus ou moins…

Il n’acheva pas, sentit qu’il s’enferrait.

— Mais moi, je ne veux être liée à personne. Parlons d’autre chose, veux-tu ?

Il eut une mine désolée d’enfant rappelé à l’ordre. Elle rit et vint contre lui. Elle se demandait pourquoi elle aimait ce corps. Il n’était même pas cet homme grand et fort qu’elle avait toujours désiré, même si petite, lorsqu’elle disait à Oreste – comme si elle seule devait changer : « Quand je serai grande, je t’épouserai ! »

Les villas se fermaient autour d’eux. Les jours devenaient plus silencieux, le crépuscule plus rapide. Ils allumaient de romantiques feux de pins où les pignes éclataient.

Repue, recrue, elle regardait ces flammes mouvantes, songeait à la mer devenue hostile, à sa maison que rien n’illuminait plus et où trois êtres semblaient tapis à l’écart pour mieux souffrir.

La grande douceur de Maria tentait en vain de rappeler le bonheur. Quelque chose s’était tari, et elle souffrait de sentir qu’Oreste souffrait par Maïté. Elle la voyait toujours devant lui crispée, rétive, presque hostile. Mais si, au temps de son absence, la douleur de son départ les réunissait tous deux, maintenant sa présence les séparait.

De moins en moins souvent il venait, le soir, la rejoindre et chercher en elle ce bonheur qui, si longtemps, avait été sans obscurcissement. Il dédaignait même de se faire consoler. Jamais il ne prononçait le nom de Maïté et, quand elle en parlait, il l’arrêtait vite, par un baiser, par un geste, par un silence.

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