La fille

Jeanne Galzy · Chapitre 39 sur 59

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La fille

Ce n’était pas la même chambre. Elle…

Ce n’était pas la même chambre. Elle était moins luxueuse. Mais on voyait, au dessus des toits, le grand ciel pur.

Elle était venue sans dessein, lui semblait-il, car elle parla longuement de Maria, de la bastide, des soins pour remeubler le château.

Était-elle à reconquérir ? Elle était un peu pâle. Peut-être avait-elle déjà oublié leur accord ? Pourtant elle n’opposa aucune résistance. Passivement, elle obéit.

— Fermez les rideaux, ordonna-t-elle.

Le ciel disparut. Le soleil toucha les fleurs des tentures, rendit par transparence aux roses leur éclat. Il la déshabilla dans la pénombre.

D’abord, elle le subit. Mais il était habile. Plus qu’aucun, il savait pressentir ce qu’était son plaisir. Un moment elle s’entendit gémir et eut peur. Était-elle à ce point sa chose ? Elle le mordit pour qu’il lâchât prise ; puis, malgré elle, s’abandonna, l’appela. Elle ne pouvait rien contre cet envahissement, cette faim qui renaissait, même quand elle se croyait satisfaite. L’autre fille connaissait-elle ce besoin invincible ? Était-ce ce qui la liait à Oreste ?

Quand elle remonta de l’engourdissement, elle entendit murmurer : « Ma petite fille », alors elle se leva, sortit du lit.

— Où vas-tu ?

— Il est tard, dit-elle pour fournir une explication à son soudain besoin de fuir.

Elle s’habillait fébrilement. Elle avait hâte d’échapper à cette chambre, à lui, à ses mots de tendresse.

— Crois-tu qu’elle va s’inquiéter ? dit-il en songeant à Maria.

Elle ne répondit pas, écourta les derniers baisers, s’esquiva sans l’attendre, s’engouffra dans sa voiture, traversa les rues populeuses, respira en retrouvant l’espace libre, le ciel.

« Ah ! ce corps ! Toujours ce corps ! »

Elle se sentait appartenir à une puissance maléfique, un inadmissible esclavage.

Les chemins montaient entre les pinèdes. Le crépuscule envahissait les ravines. Oreste disait autrefois « ma petite fille » en la serrant contre lui. Mais c’était le temps divin où n’existait que le bonheur.

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