La fille

Jeanne Galzy · Chapitre 38 sur 59

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La fille

Maria reçut Adrien Lunois sans défiance. Ce…

Maria reçut Adrien Lunois sans défiance. Ce nouvel ami de Maïté lui paraissait sérieux. Ses manières un peu trop gourmées lui plaisaient mieux que le laisser-aller de ces jeunes camarades que Maïté amenait parfois à Rocherousse.

Adrien Lunois fut charmant, sembla oublier Maïté, s’abstint de trop briller, eut soin de ne pas entraîner Maria hors du domaine de ses lectures, lui fit des compliments voilés comme s’il n’osait exprimer toute son admiration.

— Vous avez été parfait, lui dit Maïté en le reconduisant à la grille. Vous lui aurez redonné confiance. Elle ne va plus douter qu’elle puisse encore séduire.

— Elle est toujours très séduisante, dit Lunois. Pas sophistiquée. Belle avec aisance et une sorte de fraîcheur.

— Venez nous revoir.

— Pour elle ?

— Pour moi aussi, bien que cela m’étonne que vous soyez ici. Pour moi, vous êtes Paris.

— C’est trop d’être une capitale. J’aimerais mieux…

Elle lui sut gré de ne pas achever. Elle le trouvait vieilli à cause du grand jour si cruel aux visages.

— Comme vous vous êtes vite détachée de moi ! remarqua-t-il.

— Vous reviendrez. Je vous retrouverai.

— Où ?

— Pourquoi pas ici ?

— Mais que pensera votre mère ?

— Rien. Elle est habituée.

Elle le vit changer d’expression. Que supposait-il ? Elle ajouta aussitôt :

— Il m’est arrivé de recevoir des camarades.

— Mais je voudrais vous voir autrement. Où voulez-vous me rejoindre ?

Sans doute il appartenait à cette génération où l’amour avait besoin de décor. Elle dit prosaïquement :

— Je peux venir à votre hôtel.

Il parut presque choqué, mais se reprit aussitôt, se détendit, heureux.

— Quand ? Quand puis-je vous espérer ?

Il était toujours là, contre le grand pilier que surmontait une corbeille de pierre.

Elle dit au hasard le jour, l’heure. Le taxi qui l’avait amené se rapprochait. Le chauffeur avait jugé que c’était le moment de sortir de l’ombre des arbres où il s’était garé. Elle demanda :

— Le nom de votre hôtel ?

— Noailles. Vous vous souviendrez ?

— Oui, assura-t-elle, un peu amusée, un peu étonnée.

C’était là qu’elle avait rencontré Yvan.

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