La fille
— Tu as vu que Monsieur Lunois…
— Tu as vu que Monsieur Lunois vient ici pour une tournée de conférences ?
Maria tenait le journal local déployé sur cette table qu’on poussait près d’elle.
— Oui, dit Maïté.
— Tu iras l’entendre ?
— Probablement.
Elle répondait calmement. C’était une chose prévue. La veille, ils en avaient parlé tous deux au Terminus où elle l’avait rejoint. Des fenêtres, on dominait la ville penchée vers la mer. Le rocher de Notre-Dame-de-la-Garde servait de butoir au regard, qui, plus bas, apercevait les maigres verdures du square. À cause du printemps hâtif, ils avaient laissé la fenêtre ouverte pour lutter contre la chaleur excessive des radiateurs. Les rumeurs de la ville étaient entrées. Elles avaient bercé le léger sommeil où elle s’était abandonnée contre son épaule.
Il avait dit : « Je voudrais que ce fût pour toujours ! » et elle avait été touchée de sa ferveur.
— Peut-être cela intéresserait Oreste de venir l’entendre, prends-le avec toi !
— Le sujet est à mille lieues de lui : ce sont des conférences sur la jeunesse actuelle.
— Tu trouves ? Mais il est resté si jeune ! Personne ne nage mieux que lui, et quand j’étais avec lui sur son yacht, je l’ai vu se livrer à la pêche sous-marine. C’était d’une beauté !
Un instant, Maïté tenta d’imaginer ce corps faisant dans l’eau les gestes de cette danse sans pesanteur. Elle en avait vu d’autres. Mais pas lui. Pourquoi pas lui ?
— C’était quand tu n’étais pas là qu’il s’était pris de passion pour la mer. Il avait acheté le yacht pour courir la Méditerranée.
Elle aussi l’avait traversée avec tant d’escales ! Des souvenirs jaillirent de plages éblouissantes, de terrasses, de ports, de ponts de navire, de nuits étoilées. Lui aussi avait couru la mer. Pourquoi seulement cette même année ?
— Cela me plaisait, tu sais. Dans un transat, sur le bateau, je pouvais me croire comme tout le monde. Il n’y avait pas à se déplacer. Mais à présent, il lui faut la vitesse. Je ne peux le suivre en avion. Ce n’est pas assez reposant. À moi, il me faut la lenteur !
— J’aimerais voir le bateau. Où l’a-t-il mis ?
— Je ne sais pas. Je le lui demanderai. Si cela t’amuse, tu pourrais le prendre.
— Moi aussi, je préfère la vitesse.
— C’est dommage.
Peut-être avait-elle pensé à quelque croisière qui l’eût distraite de son infirmité. Mais elle ajouta aussitôt :
— Je parle pour toi, parce que moi je suis devenue de plus en plus casanière. Le jardin, la maison, l’été à la bastide : c’est plus qu’il ne m’en faut.
OceanofPDF.com