Les dieux du campus Tome 1 - Leander

F.V. Estyer · Chapitre 10 sur 55

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Les dieux du campus Tome 1 - Leander

10 - Nyx

10

 

 

NYX

 

La tête appuyée contre la vitre de la Jeep, je commence à sentir la fatigue me gagner. La semaine a été longue. On ne dirait pas comme ça, mais je suis une bosseuse. Si on ajoute à mon besoin de repos les margaritas descendues ce soir à un rythme plutôt honorable et le ronronnement du moteur de la voiture de Zeus, je suis à deux doigts de m’endormir.

— Hé, oh ! Miss Vomito ! Réveille-toi. Si tu n’essaies pas de retrouver ton dortoir, on y sera encore demain.

— Miss ? J’ai eu droit à une promotion ?

— Tu ferais mieux d’ouvrir tes jolis yeux verts si tu ne veux pas être rétrogradée.

Surprise par son compliment, je me redresse sur mon siège dans une vague tentative pour retrouver l’endroit où je vis. J’essaie de repérer un bâtiment en brique rouge recouvert de lierre avant de me rendre compte qu’ils sont tous quasiment identiques.

— Non, mais quelle idée de ne pas construire des dortoirs différents ?

— Tu aurais voulu quoi ? Qu’ils les peignent aux couleurs de l’arc-en-ciel ? Quelle idée de ne pas se souvenir de l’endroit où on vit ! Surtout, quelle idée d’abuser de la tequila !

— J’ai bu beaucoup de jus de citron avec, c’est plein de vitamine C. Et sinon, tu trouves que j’ai de jolis yeux verts ?

Il se marre, et c’est assez rare pour que j’en sois surprise.

— Oui, ils sont jolis. Dommage que ton ironie incessante vienne gâcher ça.

— Tu devrais essayer parfois, c’est fun de mettre les gens en boîte.

Il grommelle un truc incompréhensible avant de se concentrer de nouveau sur la route.

Nous naviguons encore un moment sur le campus avant qu’il n’effectue son quatrième virage à gauche en l’espace de quelques minutes.

— Ma spé, ce n’est pas les maths, mais il me semble que quand tu tournes quatre fois dans le même sens, ça te fait plus ou moins revenir à ton point de départ.

Il râle de nouveau avant de me regarder en soupirant. Zeus porte bien son nom à cet instant, ses yeux me lanceraient des éclairs s’il pouvait. Et même si ce n’est pas mon genre de reconnaître mes torts, je commence à me sentir un peu coupable de le faire tourner en bourrique sur le campus. Demain, je me ferai tatouer le nom de ce foutu dortoir !

— Ça suffit. J’abandonne. Je te ramène.

— Je sais que tu me ramènes, Zeus, mais je ne vais pas aller me coucher dans n’importe quelle piaule, si ?

— Non, je te ramène à la coloc. On a une chambre d’ami. Je voulais sauvegarder la moquette, mais bon, advienne que pourra. Hors de question que je te balade toute la nuit dans ma Jeep.

— Zut alors, moi qui me faisais une joie de tourner en rond ! Et puis arrête avec cette fixette. Je ne suis jamais malade.

— Donc la semaine dernière, ce n’était que pour mes beaux yeux ?

— Voilà. C’était pour faire connaissance, et tu vois, ça a marché.

Son regard navigue entre moi et la route. C’est vrai que lui aussi a de beaux yeux. Un bleu azur comme la couleur du ciel en été. Bon sang, la margarita me transforme en poète. La couleur du ciel en été ? Zeus a peut-être raison, je devrais essayer de moins picoler le week-end.

Lorsque Leander se gare devant la maison que nous avons quittée il y a une demi-heure, la fête y est définitivement morte. La musique est éteinte, et les quelques étudiants restants quand nous sommes partis semblent avoir réussi à regagner leur dortoir, eux. Enfin, ce n’est quand même pas de ma faute si je me transforme en Dory après quelques cocktails !

— Suis-moi, Vomito. La chambre d’ami est la seule qui se trouve au rez-de-chaussée.

Nous empruntons un couloir parallèle à la cuisine, et il s’arrête devant une porte en bois brun qui ressemble à toutes les autres. Ils ne pourraient pas mettre des panneaux ? « Chambre d’ami », « salle de bains », « ne pas monter ici sous peine de vomir sur un dieu de l’Olympe en colère » ? Je ne sais pas, moi, un peu de créativité !

Alors qu’il entrouvre le battant, Zeus pousse un juron. Dans la pièce plongée dans l’obscurité, des ronflements résonnent. J’arrive à peine à distinguer une silhouette et un bras qui pend le long du lit.

— Je ne suis pas très regardante, mais ça me tente moyennement de dormir avec un inconnu.

Leander me scrute comme s’il ne savait pas trop à quelle sauce il allait me bouffer.

— Tu vas dormir dans ma chambre.

— Le grand Zeus partage sa chambre ?

— Le grand Zeus a eu une soirée plus que chargée. Gagner un match, baiser Eva, balader une chieuse qui ne se rappelle plus le nom de son dortoir… Même les dieux ont droit à un repos bien mérité.

— Pauvre Leander. Mais que ferait le monde sans toi ?

Il secoue la tête et se dirige vers l’escalier. Je n’ai pas d’autre choix que de le suivre si je ne veux pas déambuler dans le campus toute la nuit ou dormir avec le ronfleur inconnu. Il entre dans une pièce que je suppose être sa chambre, et je reconnais la salle de bains juste en face. Je m’y précipite pour me passer un coup d’eau sur le visage. Je n’ai rien pour me démaquiller, mais pour ce soir, il faudra faire avec.

Quand je rejoins Zeus, il tient un tee-shirt à l’effigie des Thunder.

— Très sympa, ce tee-shirt, Zeus. Bon choix, vraiment.

— C’est pour toi ! grogne-t-il en me le tendant. Hors de question que tu dormes avec tes fringues dans mon lit. Après tout, je ne sais pas où tu es allée traîner avant de venir au match.

— Je travaillais, abruti. Et puis, excuse-moi, mais vu ce que tu as fait dans tes draps ce soir, je pense que c’est plutôt moi qui devrais m’inquiéter de ne pas choper des saloperies.

— Libre à toi de dormir par terre, princesse !

Ce type n’a pas encore compris qu’il ne pouvait pas avoir le dernier mot avec moi. Je me dirige de l’autre côté du lit et plante mon regard dans le sien avant de retirer ma robe. Ses yeux s’écarquillent, et il se retourne précipitamment en grommelant un chapelet d’injures. J’enfile son tee-shirt qui m’arrive à mi-cuisse et me glisse sous la couette alors qu’il n’a toujours pas bougé. Après un moment, il reprend ses esprits et éteint la lumière avant de se débarrasser de ses chaussures et de son jean.

— Timide, mon petit Zeus ?

— Tout le monde n’est pas aussi exhibitionniste que toi, Styx.

— Je ne suis juste pas prude, c’est tout. Et puis c’est Nyx, mon prénom.

Pas Styx 1. Tu te trompes de déesse !

Il grogne un truc avant de me tourner le dos. J’ai un moment de flottement. Je n’ai jamais dormi avec un mec. Je couche avec eux mais je ne reste pas la nuit, et eux non plus. Finalement, je trouve ça plutôt agréable de ne pas être seule dans un grand lit. Mon oreiller sent la lessive et ce parfum que je n’ai jamais senti que sur lui. Un truc viril et étrangement réconfortant qui me fait sombrer dans le sommeil en quelques minutes.

1. Nyx : déesse de la nuit. Styx : déesse du fleuve du même nom.

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