Les dieux du campus Tome 1 - Leander
48 - Nyx
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NYX
J’aimerais rester là pendant des heures, dans cette bulle, coupée du monde. J’aimerais que la réalité, mes angoisses et nos familles respectives restent en marge de notre petit havre de paix pour toujours. Mais comme on ne vit pas au pays des rêves, je commence à frissonner alors que nous continuons à nous bouffer du regard.
C’est Zeus qui rompt le charme en premier en se penchant dans le coffre de la Jeep comme il l’a fait pour nous chercher des couvertures. Il en ressort avec un sweat-shirt à capuche au blason de Saint-Charles. Je n’ai pas le temps de comprendre ce qu’il veut en faire qu’il me le passe sur la tête.
— Tu es frigorifiée, explique-t-il.
Je passe les bras dans le vêtement sans protester. Il a raison. Un peu plus et je crois que je risquerais de perdre mes orteils.
— Merci, réponds-je en me contorsionnant pour ajuster le tissu doux et épais autour de mon corps.
Je prends une grande bouffée d’air, le nez dans le col. Il sent la lessive que les mecs utilisent à la coloc et les petites pastilles parfumées que Leander est le seul à ajouter dans le tambour. Je suis enveloppée par cette odeur qui lui ressemble et je crois que je ne m’étais jamais sentie aussi bien. Au chaud, en sécurité. Aimée.
— Heureusement que tu fais trois têtes de plus que moi, constaté-je en remarquant que le sweat-shirt de Zeus m’arrive au milieu des cuisses, parce que ma culotte est aussi trempée que le reste de mes fringues.
— Tu appelles ça une culotte, toi ? rétorque-t-il en s’emparant de mon sous-vêtement au sol. À peine dix grammes de tissu, ce n’est pas une culotte. C’est un appel à la luxure.
— Tu te plains vraiment de ma culotte trop sexy, là ?
Il secoue la tête avant de se faufiler sur le siège conducteur. Je le suis en me glissant du côté passager.
— Non, pas vraiment, finit-il par répondre. Tant que je suis le seul à la voir.
Je ne réponds rien parce qu’il n’y a rien à répondre. Les moments que nous avons passés aujourd’hui ont resserré le lien que nous avions commencé à tisser ces dernières semaines. Et même si une petite voix continue de me dire que rien n’est définitif, j’ai désormais bien plus confiance en moi et en nous pour y croire. Si quelqu’un m’avait dit que je pourrais créer quelque chose de tangible avec ce type formidable en commençant par lui vomir dessus, je lui aurais ri au nez. Comme quoi, rien n’est jamais impossible.
Le trajet du retour se déroule en silence, et je ne ressens pas la nécessité de le briser avec mes conneries. Je me sens tellement bien que j’ai presque hâte de ce Noël qui approche alors que c’est d’habitude une période que je déteste.
Je souris en me rendant compte qu’il me ramène à la coloc sans même avoir posé la question. Passer tout mon temps là-bas m’a manqué. Un comble quand on sait que j’ai fui l’Alabama et cette famille nombreuse que je ne supportais plus pour me réfugier dans une coloc habitée par cinq mecs qui en imposent.
En arrivant devant la petite maison que je commence à considérer comme mon deuxième chez-moi, j’aperçois Sander en pleine session de tapotage intense sur l’écran tactile de son téléphone. Il a sa tête des mauvais jours, et je suis persuadée que c’est encore « l’affaire Jeremiah » qui le met dans cet état. Une discussion s’imposera à la première occasion où je me retrouverai seule avec lui. Après tout, c’est lui qui m’a poussée à m’ouvrir à Leander, je lui dois bien ça. Il ne relève les yeux de son portable que quand il me voit descendre de la Jeep, presque noyée dans le sweat-shirt immense de Zeus.
— Moustique ! s’écrie-t-il en m’enlaçant.
Son sourire illumine ses yeux bleu clair, et je suis soulagée de constater que Jeremiah n’a pas totalement entaché sa bonne humeur habituelle.
— Alors, les amoureux ? Ça roucoule ? demande-t-il en posant son bras sur mes épaules. Je l’ai toujours dit, les réconciliations sur la banquette arrière d’une bagnole, il y a que ça de vrai.
— N’importe quoi, grommelé-je, sans pourtant pouvoir m’empêcher de sourire. C’est quoi, ce délire de banquette arrière ?
Sander s’écarte légèrement de moi en me regardant de haut en bas.
— C’est pas vraiment ton style vestimentaire habituel, Moustique, explique-t-il en ricanant.
Je savais que je me ferais charrier, je pensais simplement que j’aurais un peu plus de temps pour préparer ma repartie.
— Je suis tombée dans l’eau.
Je redresse le menton et plante mon regard farouche dans celui du meilleur ami de Leander.
— Oui, bien sûr…
Sander n’a alors que le temps de se mettre à courir, Leander est déjà sur ses talons, bien décidé à faire taire son meilleur pote qui ne cesse de scander « Moustique et Zeus sont amoureux ! ». Finalement, ça ne change pas vraiment de ma famille nombreuse. Si ce n’est qu’ici il n’y a pas mon paternel et ma bigote de mère pour ternir le tableau.
Dans le salon, Knox se tient dans un coin. Il discute avec quelqu’un au téléphone. Quand il finit par raccrocher, il porte ses doigts à sa bouche et siffle pour attirer l’attention de tout le monde. L’action est efficace. Sander et Leander arrêtent immédiatement de chahuter comme des gosses de 6 ans, et Chase relève le nez des cours qu’il potassait. Les fesses toujours à l’air, j’attends moi aussi de découvrir ce que va bien pouvoir dire ce géant qui ne s’exprime que quand il a quelque chose d’important à dire.
— C’était le coach, commence-t-il. Il voulait qu’on sache qu’il y aura des recruteurs au prochain match. Il peut pas nous dire de quelles équipes, seulement que c’est du très lourd. Ça sent la NFL, les mecs…
Un silence religieux suit sa déclaration. Mon regard s’arrime à celui de Leander qui s’est voilé d’incertitude. Je peux y lire cette envie de tout donner, de vivre son rêve de footballeur pro qui le poursuit depuis de nombreuses années, mais aussi cette crainte de s’opposer complètement à ce père en qui il croit toujours. Écrasé par ses peurs, il ressemble à un petit garçon, et mon cœur se serre pour lui comme jamais il ne l’avait fait pour quelqu’un auparavant.
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