Les dieux du campus Tome 1 - Leander

F.V. Estyer · Chapitre 17 sur 55

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Les dieux du campus Tome 1 - Leander

17 - Leander

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LEANDER

 

— Alors, où est-ce que tu m’emmènes, cette fois ? Tu me déposes chez moi ou tu te transformes à nouveau en guide touristique ? demande Nyx après avoir grimpé sur le siège passager de ma voiture.

Je me mets à siffler tout en démarrant. Je ne prends en effet pas la direction de Lincoln Hall. À force de discuter avec Nyx lors de notre travail en commun à la maison de retraite, j’ai découvert qu’elle ne connaît quasi rien des alentours, hormis le campus et le Bottom Lounge. Lors de son arrivée, elle s’est contentée de faire un tour en ville sans chercher plus loin. Alors, la semaine dernière, une fois notre service terminé, j’ai décidé de faire un détour avant de regagner la fac. Ce n’était pas prévu, j’ai cédé à une impulsion, à l’envie de prolonger un peu le moment en sa présence. Je me suis d’abord dit que c’était pour apprendre à la connaître, histoire de comprendre pour quelles raisons Sander l’apprécie autant. Sauf que je me suis vite laissé prendre à mon propre jeu. Nyx est peut-être une emmerdeuse, mais elle est attachante, et à ma grande surprise, j’aime passer du temps en sa compagnie. Malgré ses piques constantes, la manière dont elle adore me mettre en boîte et me faire tomber de mon piédestal, elle me donne envie de creuser sous cette personnalité exubérante. En fait, je crois qu’elle m’intrigue, ce qui est une première. Hormis Eva, je n’ai jamais été très proche d’une fille. Sans doute parce que j’ai conscience que la plupart n’attendent qu’une chose : finir dans mon lit. Mais pas Nyx.

— Tu sais que te voir de si bonne humeur est carrément suspect. Tu envisages de m’emmener dans un cimetière pour te débarrasser de moi tranquillement ?

Elle n’est pas si loin du compte. Même si mon humeur ne dépend pas de sa disparition. Au contraire, je crois qu’elle serait capable de me manquer. J’ai simplement appris une bonne nouvelle ce matin. Enfin, une potentielle bonne nouvelle. Un espoir qui me file carrément le sourire. Cette année, Thanksgiving pourrait être le meilleur que j’aie jamais passé. Mais je ne dois pas m’emballer, c’est encore loin, et tout peut arriver d’ici là.

— Tu ne comptes pas me dire où on va, hein ! me relance-t-elle.

Je secoue la tête et profite d’être arrêté à un feu rouge pour me pencher vers elle et murmurer :

— Non, mais je peux te promettre une chose… tu vas frissonner.

Elle me dévisage un instant puis éclate de rire.

— Est-ce que ça fonctionne, ce genre de truc, d’habitude ? demande-t-elle.

— Bien plus que tu sembles le penser.

— Les filles aiment vraiment les types bizarres.

Je redémarre mais ne peux m’empêcher de lui jeter un regard en coin.

— Bizarre, c’est le mot que tu utilises pour sexy ? Parce que, dans ce cas-là, je le suis. Carrément, même.

— Tu es incroyable.

— Ça aussi, on me le dit souvent.

Elle ricane et se détend sur son siège. Elle tapote sur son portable pendant que je nous conduis à destination. Cette fois, j’ai prévu le coup. Je me suis même un peu pris la tête pour trouver quelque chose d’original à faire avec elle. Pour quelle raison, au juste ? Je préfère ne pas m’attarder sur cette question.

Le silence de l’habitacle est comblé par la voix d’Anthony Kiedis qui s’échappe des haut-parleurs. Je chantonne pendant que Nyx est toujours occupée à pianoter. Elle finit par pousser un soupir et se rencogne dans son siège.

— Tout va bien ?

Elle acquiesce.

— Oui. C’est Dee. Elle se prend la tête sur un cours de compta et me demande des conseils. Comme si je pouvais l’aider… Je suis tout aussi larguée qu’elle depuis le début de l’année. Voire plus. J’aurais carrément besoin de cours de rattrapage.

— Pourtant, la compta, ça n’a rien de sorcier.

Même si je suis concentré sur la route, je peux sentir le regard noir qu’elle me lance.

— Rappelle-moi comment toi et ton ego parvenez à passer les portes ?

Je secoue la tête et laisse un souffle exaspéré m’échapper.

— Contrairement à ce que tu sembles croire, « footballeur » ne rime pas avec « abruti ». Pour info, je ne fais pas que courir après un ballon. Je fais aussi des études de commerce. Ce qui implique des maths, de la finance et même des foutus cours de français.

— Je voulais pas…

— Si. Mais t’inquiète, j’ai l’habitude.

L’habitude qu’on nous considère comme des sportifs sans cervelle. J’aimerais bien voir Nyx essayer de se remémorer toutes les tactiques et les codes de notre playbook, je suis sûre qu’elle ferait moins la maline. En temps normal, je me moque de l’opinion des gens et des préjugés qu’ils collent sur moi, mais étrangement, pas avec Nyx. Ça me gonfle qu’elle me prenne pour un incapable.

Elle reste silencieuse si longtemps que j’ai le temps de me garer sur une place de parking avant d’entendre de nouveau le son de sa voix.

— Est-ce que je viens de ruiner mes chances que tu acceptes de m’aider ?

J’éteins le moteur et me tourne vers elle :

— Je pourrais encore l’envisager… À une condition. Que tu dises que je suis un type génial, carrément altruiste, et que tu as eu tort de me juger aussi rapidement.

J’attends qu’elle capitule, un sourire de vainqueur aux lèvres, mais c’est mal la connaître.

— N’en fais pas trop, Zeus. Je te propose plutôt un autre deal  : tu m’aides avec mes cours de compta et, en échange, tu auras l’immense honneur de passer du temps avec moi. Beaucoup de gens tueraient pour être à ta place.

Alors que je fronce les sourcils, peu convaincu de l’équilibre du deal, sans me laisser le temps de répondre, elle saute hors de la Jeep et claque la porte. Elle ne risque cependant pas d’aller bien loin puisqu’elle ne connaît pas notre destination. À moins qu’elle me fausse compagnie pour avoir le dernier mot. Elle en serait capable.

Je la rejoins, lève les yeux au ciel et lui fais signe de me suivre. Je tiens ma langue durant la courte distance jusqu’à notre point de rencontre. Plusieurs personnes sont déjà arrivées et discutent avec notre guide.

Nyx jette un coup d’œil à la brasserie Lemp devant laquelle nous nous sommes arrêtés.

— J’espère que tu m’as pas amenée dans un club échangiste.

Quelques regards se tournent vers nous, et elle lance un sourire tandis que je dois me mordre les joues pour ne pas éclater de rire.

— Pas ce soir, je me suis dit que c’était trop tôt. Mais je garde ça en tête pour la prochaine fois.

Nyx me file un coup de coude dans les côtes, tandis que la voix de notre guide s’élève dans l’air.

— Bonsoir à tous. Je m’appelle Mark, je suis enquêteur paranormal et, aujourd’hui, je vais vous partager l’histoire méconnue de la brasserie Lemp. J’espère que vous n’avez pas peur des fantômes.

Des ricanements plus ou moins francs se font entendre autour de nous, et je sens le regard de Nyx sur moi. Je me tourne vers elle et lui souris de toutes mes dents.

— Alors, prête à frissonner ?

Elle semble se souvenir de mes paroles dans la voiture. Eh oui, Eunice, ça t’apprendra à tout prendre au pied de la lettre ! Un sourire ourle ses lèvres, et ses yeux pétillent d’amusement.

— Carrément !

Elle glisse son bras dans le creux du mien, et je suis si surpris que mon cœur tressaute. Je décide de ne pas m’attarder sur ce geste anodin et la laisse nous entraîner à la suite du groupe dans l’un des lieux les plus hantés d’Amérique.

Durant tout le temps de la visite guidée, c’est à peine si Nyx se détache de moi. Je peux sentir la vibration de ses rires se répercuter sur ma peau, ainsi que ses frissons lorsque Mark partage les détails les plus sordides de l’histoire de la famille Lemp. Celle-ci est bien connue des natifs de Saint-Louis. Mon père me l’a racontée un nombre incalculable de fois. Au XIXe siècle, les Lemp ont importé la bière blonde à Saint-Louis, faisant au passage fortune. Mais la chance a fini par tourner pour eux, et quatre des membres de la famille se sont suicidés dans le manoir familial. D’après notre guide, ils hantent toujours les lieux.

— Est-ce que tu crois aux fantômes ? demande Nyx tandis que nous poursuivons la visite.

— Non. J’ai déjà suffisamment de mal à croire en certaines personnes encore en vie.

Nyx arque un sourcil interrogateur, et je hausse les épaules pour lui intimer de laisser tomber. Je ne sais pas ce qui m’a pris de lui sortir ça. Je ne suis pas du genre à m’étaler sur ma vie personnelle. Surtout que je ne suis pas à plaindre comparé à d’autres, mais parfois je me demande ce qui se serait passé si ma mère ne s’était pas barrée, et si mon père nous avait aimés, Joachim et moi, plus que son boulot.

— En tout cas, tu as tenu ta promesse, Zeus, déclare Nyx, me sortant de mes pensées.

— Ah oui ?

— Même si ça me fait mal de le dire, j’ai vraiment frissonné.

Je ris et lui lance un clin d’œil.

— Et dire que le meilleur reste à venir, annoncé-je sur le ton de la confidence.

Elle m’observe un long moment avant de répliquer :

— Je ne pensais pas le dire un jour, mais j’ai hâte de découvrir ça.

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