Les dieux du campus Tome 1 - Leander
42 - Nyx
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NYX
Cela fait presque quinze minutes que j’ai éteint la vidéo sur mon ordinateur portable. L’image sur laquelle je me suis arrêtée est toujours figée sur l’écran, et la lueur éclaire doucement le profil de Leander.
Je n’en reviens toujours pas qu’il soit ici, dans mon lit. Jamais je n’aurais imaginé que la soirée se terminerait de cette manière. Quand je l’ai vu sur le pas de ma porte, j’ai cru un instant m’être endormie devant Netflix et être en train de rêver. Mais non. Zeus est tout ce qu’il y a de plus réel.
Je finis par lentement tendre le bras pour fermer mon ordinateur. Je n’ai plus du tout envie de me replonger dans cette série que j’adore pourtant d’habitude. Depuis que Leander s’est glissé sous mes draps, je ne parviens pas à comprendre l’action et les dialogues qui se déroulent devant moi.
Je me contorsionne légèrement pour déposer mon portable sur ma table de chevet et reprends ma position initiale : couchée sur le côté, le regard rivé sur Leander. Pendant un très long moment, je n’ose plus bouger. Je n’ai pas envie de dormir et je n’ai pas non plus envie de faire autre chose que de le regarder.
Quelques centimètres nous séparent, malgré l’étroitesse de mon lit de chambre universitaire. Je sais qu’il n’a pas osé m’enlacer ou même se coller davantage à moi. Alors, même quand je décide de prendre une position plus confortable, je fais attention de ne pas le toucher. Les minutes passent. Peut-être même les heures, mais je ne dors toujours pas. Le sommeil me fuit, et les bras réconfortants de Leander semblent me narguer. Je suis fatiguée, et ce n’est pas l’heure tardive qui est en cause. Non, je suis fatiguée de lutter contre cet instinct qui m’a poussée vers lui depuis que j’ai déversé le contenu de mon estomac sur son tee-shirt blanc. Je décide alors d’arrêter de nous imposer cette distance. Elle n’a pas lieu d’être, et Zeus m’a prouvé mille fois qu’il n’en avait rien à foutre du regard des autres. Il l’a prouvé en me choisissant moi alors qu’il aurait pu avoir n’importe quelle fille de ce campus. Une qui sait marcher avec des escarpins et qui ne considère pas le noir comme une couleur primaire. Il l’a prouvé en m’amenant chez lui pour Thanksgiving et en tenant tête à son père pour moi. Il l’a prouvé en supportant cette relation que je m’entêtais à garder sans attaches, même si ça fait un moment que je sais qu’il souhaite plus.
Alors que j’essaie de trouver une manière de me glisser sous son bras en passant inaperçue, c’est finalement lui qui, dans son sommeil, m’invite dans son étreinte. Il dort toujours, c’est simplement un geste qu’il a fait si souvent que son subconscient a pris la décision à sa place.
Voilà. C’est ici la meilleure place au monde. Si j’avais le choix, c’est ici que je passerais le reste de ma vie. Et même si cette pensée me terrifie toujours autant, je décide de me laisser porter par le flot de mes émotions. Serrée contre Leander, bercée par les battements de son cœur, je sombre dans le sommeil en quelques secondes.
Je me réveille en sentant le lit bouger à mes côtés. Leander doit prendre une tonne de précautions, mais vu la taille de mon lit et la qualité de mon sommeil, c’était perdu d’avance s’il essayait de ne pas me réveiller. Je n’ai pas envie d’ouvrir les yeux. J’ai peur de ce qui pourrait se passer si je le faisais. C’est ridicule, si Leander regrette d’avoir passé la nuit ici, que je le regarde dans les yeux ou pas n’y changera rien.
Je finis par décider d’arrêter de faire la gamine quand il se lève du lit. Cette fois, c’est la peur qu’il se barre sans rien me dire qui me pousse à agir. J’ouvre les paupières, et il se fige en me regardant avec un sourire.
— Je suis désolé. Je ne voulais pas te réveiller, mais ce lit est vraiment minuscule. Je me rappelle maintenant pourquoi on a toujours passé la nuit à la coloc. Les lits une place, c’est bien quand tu fais rentrer ta copine du lycée en douce pendant que tes parents dorment.
Je m’assieds sur mon matelas et m’appuie contre le mur derrière moi.
— Faudra que tu me racontes ça. Je ne me suis jamais risquée à ce genre d’acrobaties, moi.
— De quoi ? Passer par la fenêtre d’un petit copain ?
Je m’étoufferais presque de rire en m’imaginant entrer chez mes « petits amis » de lycée de cette façon. J’ai toujours choisi ces derniers en m’assurant que ce sont ceux que mes parents détesteraient le plus. L’esprit de rébellion poussé à l’extrême.
— J’étais plus une ado « banquette de voiture ». Je ne faisais pas entrer mes copains chez moi par la fenêtre. Le duo parental aurait eu une crise cardiaque avant de m’envoyer au couvent.
Il rit à son tour avant d’enfiler son tee-shirt. Je taperais presque du pied de frustration. Les gamineries, c’est décidément mon truc, ce matin.
En remarquant qu’il ne fait pas encore vraiment jour dehors, j’attrape mon téléphone pour avoir une idée de l’heure. Il est à peine huit heures.
— Tu dois aller quelque part ? Il est super tôt.
Ma question suspend sa main tendue vers son jean. Il se tourne vers moi, et je sens une sorte de réserve dans son regard. Je ne saurais la déchiffrer mais je sais que ce n’est pas d’avoir passé la nuit avec moi qui lui pose problème. C’est autre chose, un sujet beaucoup plus douloureux… Et soudain, cela me revient, et je me mettrais des baffes de ne pas avoir réagi plus tôt.
— Tu vas rendre visite à ton frère, c’est ça ? Désolée, ça m’était sorti de la tête.
— T’as pas à t’excuser, Nyx. J’aurais préféré rester là, crois-moi. Mais si j’y vais pas aux dates prévues, je peux pas reporter. Et Joachim ne voit personne d’autre que moi depuis un bout de temps.
Sans rien dire, je me lève et me dirige jusqu’à mon dressing. Je n’hésite pas longtemps devant ma penderie et me débarrasse du tee-shirt avec lequel j’ai dormi afin de pouvoir m’habiller. C’est un raclement de gorge derrière moi qui me rappelle brusquement la présence de Leander dans la chambre. Ce n’est pas que je l’avais oublié, mais je suis tellement habituée à me désaper devant lui sans pudeur que je n’ai pas réfléchi. Mais, après tout, ce n’est pas comme si c’était la première fois qu’il me voyait à poil. Je ne vais pas jouer les prudes maintenant. Alors, comme si de rien n’était, je passe un débardeur et un jean. Je me retourne après avoir enfilé un pull qui découvre l’une de mes épaules et me dirige vers un Leander étrangement muet.
— Voilà, je suis prête.
— Hein ?
— Ce sont mes fesses qui t’ont fait perdre la capacité de t’exprimer de manière cohérente ?
Mes mots le font sourire. Ses yeux pétillent, et je me rends alors compte combien cela m’avait manqué. Quand Leander sourit, je suis persuadée que la terre s’arrête de tourner une seconde. Impossible de concevoir qu’il n’ait de l’impact que sur moi.
— Ça m’avait manqué, finit-il par lâcher.
— De quoi ? Mes fesses ?
— Oui, aussi. Mais tes sarcasmes et tes piques, surtout.
Je pourrais être vexée, mais après tout, n’est pas J-Lo qui veut. Mon humour pourri est bien plus développé que mon derrière.
— Mes fesses vont te faire la gueule, je te préviens. Autant partir maintenant, avant qu’elles ne se mettent à te dire des choses désagréables.
Il fronce les sourcils et me regarde enfiler ma veste d’hiver, perplexe.
— Tu veux aller où ?
— Je viens avec toi, Zeus. On n’a pas déjà eu cette conversation ? Je savais que tout ce foot finirait par te brûler les neurones.
Je saisis la poignée de la porte quand il se précipite pour me retenir.
— Attends, Nyx ! Te sens pas obligée de faire ça. On peut se retrouver quand je serai rentré.
Son expression me fait mal. Il s’attend à ce que je saute sur cette occasion pour me débiner. Il est persuadé que je ne le fais que par pitié. Ma main se pose sur sa joue. Ce matin, je m’en veux encore plus de ne pas m’être ouverte à lui plus tôt.
— Je ne me sens pas obligée. J’ai envie d’être avec toi, et si c’est dans le parloir d’une prison, alors c’est là que je serai aussi. J’espère pour toi que tu t’es occupé de la paperasse comme je te l’avais demandé, parce que le contraire signifierait que tu ne m’as pas crue la première fois, et honnêtement, ce serait très vexant.
Il me dévisage pendant un long moment, mettant dans son regard tout ce qu’il ne parvient pas à exprimer avec des mots. C’est en silence que je finis par lui prendre la main pour le guider jusqu’à sa Jeep garée devant ma résidence. Il la déverrouille à distance et m’ouvre la portière du côté passager. Avant que je ne puisse monter dans l’habitacle, il me retient et m’attire dans son étreinte. Tous ses muscles sont crispés, et je comprends alors à quel point ces visites à la prison lui pèsent. J’essaie de me mettre à sa place, et la simple idée de voir Silas derrière d’épais barreaux métalliques me fait frissonner. Alors, je raffermis mon étreinte, bien décidée à lui faire comprendre qu’aujourd’hui, il n’est pas seul. Et que si ça ne tenait qu’à moi, il ne le serait plus jamais.
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