Les dieux du campus Tome 1 - Leander
18 - Nyx
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NYX
— Je n’en reviens pas d’avoir réussi à me faire avoir aussi facilement, grommelé-je, le nez faussement penché sur mes cours.
Assise sur mon lit, du coin de l’œil, je vois Leander me lancer un regard amusé avant qu’un ricanement ne secoue le matelas sur lequel nous sommes installés.
— Qu’est-ce que tu ronchonnes encore, Eunice ? C’est quoi, d’ailleurs, ton deuxième prénom ?
Surprise par le changement de sujet, je tourne la tête vers lui.
— On peut savoir quel est le rapport ?
— Quand tu m’agaces, je pourrai te balancer tous tes prénoms à la tête.
Vexée qu’il me prenne encore pour une gamine capricieuse, je me détourne et replonge dans mes bouquins, la mine renfrognée.
— Ah ! Mademoiselle Daugherty boude ? Comme c’est surprenant ! C’est pas grave, je suis sûr que je peux deviner tout seul.
Il repose le livre de comptabilité sur le lit et prend un faux air concentré en se frottant le menton. Puis soudainement, il se redresse, le doigt levé comme s’il venait d’avoir un éclair de génie.
— Je sais ! Marybeth ! Bon, je ne suis pas certain que ça soit assez hideux, mais ça fera l’affaire. N’hésite pas à me le dire si je suis dans le vrai, hein.
S’il pense que je vais lui donner le moindre indice, il a tout faux. La réalité est bien pire que Marybeth. Parce que mes parents n’ont rien trouvé mieux que de m’appeler Eunice Magdalene. J’aimerais dire qu’ils ont rivalisé d’ingéniosité, mais à peu près tous mes frères et sœurs ont des prénoms aussi atroces.
Comme je ne réponds rien, Leander finit par se tourner de nouveau vers moi.
— Eunice Marybeth Daugherty ! Pourquoi tu ronchonnes encore ? grogne-t-il de cette voix grave que j’ai appris à apprécier bien plus que je ne le devrais.
Je ne me laisse pas démonter par son ton faussement paternaliste. Le révérend était bien plus fort que lui à ce jeu, et je n’ai jamais cédé.
— J’en reviens pas d’avoir accepté que tu viennes chez moi sous prétexte d’une soirée Netflix et qu’on se retrouve à faire de la compta ! C’est comme ça que tu emballes les filles ? À coups de bilan et de calculette ?
Il éclate de rire, ce qui est de plus en plus fréquent. Il faut dire qu’on partait de loin. Je crois que Leander s’habitue à mon ironie bon marché. C’est vrai que nous passons de plus en plus de temps ensemble, soit parce que j’accompagne Dee quand elle va à la coloc, pour traîner avec cette tripotée de mecs qui m’ont accueillie comme leur pote, soit parce que nous nous rejoignons après ses entraînements ou nos soirées à la maison de retraite. C’est d’ailleurs devenu un genre de rituel de faire quelque chose de spécial les jeudis après notre boulot. Sauf qu’il va quand même falloir qu’il comprenne que la compta n’a rien de réjouissant.
Son hilarité maîtrisée, il me scrute, un petit sourire en coin.
— Franchement, Vomito, comme si j’avais besoin de ça pour « emballer », lâche-t-il en mimant des guillemets. Mon charme naturel suffit.
— Ça et ton ego démesuré ?
Tout en parlant, il s’est rapproché. Son épaule est collée à la mienne, son visage à quelques centimètres du mien. J’ai un peu trop chaud tout à coup, mais je ne peux pas détourner mon regard de ses iris bleus plantés dans les miens. Son charme naturel ? Je crois que je vois ce qu’il veut dire. Même si Leander aura toujours trop la grosse tête à mon goût, ça ne m’empêche pas d’apprécier ce que j’ai sous les yeux.
— Si tu bouclais ce devoir de compta sans râler, on pourrait passer à autre chose, finit-il par reprendre après un long silence.
— Netflix et pizza, comme tu avais promis ? m’assuré-je.
— Netflix et pizza, confirme-t-il.
C’est bien plus motivée que je me penche à nouveau sur ce bilan fictif que je dois rendre pour mon cours de compta. J’ai beau étudier la psychologie, ma conseillère d’orientation m’a suggéré que c’était toujours utile. Si un jour je souhaitais ouvrir mon propre cabinet, avoir des notions de comptabilité ne me ferait pas de mal. Seulement, je trouve ça tellement ennuyeux que je n’arrive pas à m’y intéresser et à comprendre ce qu’on attend de moi.
Je m’attelle à la tâche avec autant de concentration que j’en suis capable. Je me perds régulièrement dans les explications de Leander qui est pourtant d’une patience hors du commun. Je n’aurais jamais attendu ça de lui, même si ça ne devrait pas me surprendre. Il est assidu et studieux dans tout ce qu’il fait. Je dois néanmoins lui demander à plusieurs reprises de mettre les sous-titres. J’ai l’impression d’écouter une série TV coréenne en VO.
Tant bien que mal, je parviens à terminer le travail que je dois rendre en classe et je ne peux que reconnaître que je n’y serais pas arrivée sans son aide.
— Merci pour le gigantissime coup de main, Zeus. Je ne suis pas sûre d’avoir tout pigé mais au moins, grâce à toi, je devrais avoir une note correcte, cette fois. Je peux t’amener avec moi le jour des exams ?
Il ricane et se lève de mon petit lit pour s’étirer. Son tee-shirt se soulève, et je fais semblant de ne pas remarquer sa musculature parfaite. Une drôle d’amitié basée sur les sarcasmes et le ronchonnement naît entre Leander et moi, et je ne voudrais pas la briser en nourrissant des pensées hors de propos pour lui. Ce n’est pas souvent que les mecs deviennent amis avec moi. En général, ils préfèrent me sauter dessus. Ce n’est pas le cas de Leander, ou alors il cache bien son jeu, et je n’ai pas envie de gâcher ça. C’est agréable d’avoir quelqu’un sur qui compter.
Mes affaires rangées, je me saisis de mon portable pour commander la pizza tant attendue.
— Qu’est-ce que tu aimes comme garniture ? Attention, ton choix peut avoir de vraies conséquences. Si tu me parles d’ananas, je serai obligée de te bannir de cette chambre à vie.
— C’est quoi, le problème, avec l’ananas ? demande-t-il avec un sourire en coin.
Je le dévisage, les bras croisés sur la poitrine.
— On ne plaisante pas avec ça. Une pizza, c’est très sérieux, Apollon.
— Prends ce que tu veux. J’aime tout… sauf l’ananas, bien sûr !
Il m’adresse un clin d’œil avant de sortir son ordinateur portable pour le poser sur une chaise juste devant mon lit. Je le vois se connecter à Netflix pendant que je pianote sur l’application Uber Eats.
— Tu veux regarder quoi ? Attention, ton choix peut avoir de vraies conséquences. Si tu me réponds The Notebook, je devrai te bannir de la coloc.
— Tu ne pourrais pas, asséné-je du tac au tac. Sander m’adore, il me ferait rentrer en douce. Mais bon, j’imagine que tu as du bol, je déteste ce film.
— Trop mielleux pour toi ?
Je secoue la tête en me remémorant la fois où Dee m’a forcée à le visionner.
— Trop triste. Je supporte pas de sangloter devant un film comme si c’était la fin du monde. Et crois-moi, c’est pas beau à voir.
Il me scrute un instant, comme pour s’assurer que je suis sérieuse, avant
de rire. Je m’installe alors à côté de lui, et on finit par choisir 1 V Wars,
conscients tous les deux que cette série n’a pas de fin. Après tout, dans la vie non plus, on ne sait pas comment se passera la suite des événements, et c’est sans conteste ce qui rend notre existence plus vibrante.
La pizza arrive au moment où nous lançons le premier épisode. Je suis soulagée de constater que Leander est comme moi, il ne peut pas se retenir de commenter quand il regarde un film. Dee ne supporte pas cette habitude. Alors, ce soir, je m’éclate à critiquer le physique trop parfait de Ian Somerhalder – ce qui ne m’empêche pas de l’imaginer nu sous sa douche, évidemment – ou le scénario parfois un peu alambiqué.
Cela dit, c’est une super série, et les épisodes s’enchaînent sans que je voie le temps passer. Les heures défilent, et pas une fois je n’utilise mon moyen de défense favori, ce qui est assez rare pour le remarquer. Je ne suis pas pleinement à l’aise avec beaucoup de personnes, j’ai donc souvent tendance à me cacher derrière mes réflexions acerbes. Pourtant, épaule contre épaule avec Leander, je me sens en confiance. Aussi surprenant que cela puisse paraître après notre rencontre mouvementée. Je ne lui dirai jamais une chose pareille mais je sens comme un fil invisible qui nous relie. Une sorte de lien que j’ignorais jusque-là et qui s’impose à moi en se tendant au fur et à mesure que nous passons du temps ensemble.
1. Série d’horreur américaine de William Laurin et Glenn Davis.
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