Les dieux du campus Tome 1 - Leander
Épilogue - Leander
ÉPILOGUE
LEANDER
Nous avons mangé comme des ogres et avons échoué sur le canapé devant un film de Noël. Dante somnole, Knox est occupé avec son téléphone, et Nyx discute doucement avec Joachim. Je souris en voyant tout ce petit monde réuni.
Lorsque la sonnette de la maison retentit, nous nous regardons, surpris.
— Hé ! Les mecs, c’est peut-être le père Noël, s’exclame Sander.
— C’est une manière détournée de nous annoncer que tu as embauché un strip-teaseur pour la fin de soirée ? demandé-je, les sourcils froncés.
Il en est tout à fait capable. La preuve, c’est exactement ce qu’il a fait l’année dernière. Un type s’est pointé avec un costume rouge et blanc et il a fait le show avant de s’enfermer quelques heures avec Sander.
— Non, réplique-t-il. Je ne couche jamais deux fois avec la même personne, et le Père Noël, j’ai déjà donné.
Tout le monde s’esclaffe, mais personne ne semble vouloir se lever. Un second coup de sonnette s’élève, plus long cette fois, et Knox se redresse en jetant son portable sur le canapé.
— J’y vais.
— C’est vraiment toi le meilleur, marmonne Dante qui n’a toujours pas ouvert les paupières.
De mon côté, je reporte mon attention vers l’écran mais je suis rapidement alpagué par Knox.
— C’est ton père, me dit-il. Il veut te voir. Je lui ai proposé de rentrer, mais il a refusé.
Je cligne des paupières, stupéfait, et me tourne vers Joachim.
— Tu crois qu’il veut récupérer la dinde ? Parce que c’est trop tard, ricane-t-il.
Je hausse les yeux au ciel, m’extirpe difficilement du confort du canapé – ça m’apprendra à trop bouffer – et lui donne un coup dans le genou.
— Arrête de faire le malin et lève-toi.
— C’est à toi qu’il veut parler, petit frère. Et de toute façon, j’ai aucune envie de voir sa gueule de con.
Je n’insiste pas. Parce que je n’ai pas envie qu’on se prenne la tête. Le voir ici, entouré de mes amis et de Nyx, est une chance incroyable que je ne vais pas gâcher pour une engueulade ridicule. Je comprends qu’il en veuille à notre père. Je lui en veux tout autant, mais s’il est là, c’est pour une bonne raison. Je le connais, il n’aurait pas bravé les intempéries en pleine nuit du réveillon pour le plaisir de voir ses fils.
J’avance d’un pas mesuré jusqu’à l’entrée. Knox n’a pas totalement fermé la porte, et le vent humide de neige s’infiltre dans le salon. Derrière moi, j’entends les grognements et les plaintes concernant le froid et je me dépêche finalement de sortir pour garder mes potes au chaud.
Le paysage qui apparaît devant moi me laisse pantois. Tout est d’une blancheur immaculée. Même les pas de mon père ont presque disparu tellement ça n’arrête pas de tomber. Mon père qui n’est nulle part en vue. Mais lorsque je lève les yeux vers la route, je discerne les phares allumés de sa voiture dans laquelle il est retourné.
Je descends les quelques marches et remonte l’allée. Les flocons virevoltent autour de moi et se déposent sur mon pull et mes cheveux. Je devrais être habitué aux hivers du Missouri, mais c’est toujours aussi féerique, pour moi. Ça le serait encore plus si je n’étais pas obligé de me geler le cul et de frissonner lorsque ces foutus flocons se mettent à fondre et s’infiltrent dans mon col.
Si j’ai hésité à quitter la coloc pour retrouver mon père, je n’hésite pas à grimper dans sa voiture et à claquer la portière. Le chauffage est à fond, et je pousse un soupir de soulagement avant de me souvenir de ce qui m’attend.
— J’espère que le repas a été bon, déclare-t-il d’un ton pince-sans-rire.
— Délicieux, merci de t’en soucier. J’ai envoyé un message à Lucy pour la remercier.
Il ne dit rien. Il se contente de m’observer d’un air austère.
— C’est pour ça que tu t’es pointé ici ?
— Tu sais bien que non.
— Alors quoi ?
Il continue à me scruter quelques secondes avant de reporter son regard devant lui. Un frisson qui n’a rien à voir avec le froid se propage le long de mon échine. Ça ne lui ressemble pas de fuir.
— J’ai réfléchi…
Sa mâchoire est serrée, et ses mains gantées sont crispées sur le volant, comme s’il luttait pour faire sortir les mots.
— Réfléchi à quoi, exactement ?
— À ce que tu m’as dit tout à l’heure. Au sujet de ta carrière.
Pitié ! Ne me dites pas qu’il est venu me débusquer jusqu’ici rien que pour avoir le dernier mot ! Ça, pour le coup, ce serait typique de lui. Je retiens mon souffle, attendant que le couperet tombe. Il se tourne vers moi, et ses yeux sont si brillants tout à coup que je ne sais pas comment réagir.
— Si jouer au football est ce que tu veux, si tu penses pouvoir intégrer la NFL, alors… alors je te soutiendrai.
Je crois que ma mâchoire vient de se décrocher. Ou que je me suis endormi sur le canapé du salon et que je rêve. J’ouvre et ferme la bouche tel un poisson hors de l’eau. Les pensées se bousculent si vite dans ma tête que je n’arrive pas à formuler de phrases correctes.
— Pourquoi ?
— J’ai déjà perdu un fils, Leander. Je n’ai pas envie de te perdre, toi.
Si je ne connaissais pas mieux mon père, j’aurais juré entendre la douleur dans sa voix. Ou peut-être que c’est simplement moi qui prends mes rêves pour des réalités.
— T’es sérieux ? finis-je par demander.
Si c’est le cas, à partir de maintenant, je défie quiconque refuse de croire aux miracles de Noël.
— Ce n’est pas ce que je veux pour toi, mais… mais je me suis rendu compte que tant que tu n’auras pas essayé, tu n’entendras pas raison. Sache toutefois que si jamais tu ne parviens pas à obtenir ce que tu espères, il y aura toujours une place pour toi au sein de l’entreprise.
Je ravale la pique qui me brûle les lèvres, parce que je sais combien ça lui a coûté de me dire tout ça. Je me contente de répondre :
— Merci de comprendre à quel point c’est important pour moi.
Mon père hoche la tête, et l’espace d’un instant, je caresse le fol espoir qu’il se penche et me prenne dans ses bras. Évidemment, ça n’arrive pas. Même les miracles ont leurs limites.
— Je devrais rentrer, Stacey m’attend.
— D’accord, soufflé-je en saisissant la poignée de la portière avant de l’ouvrir.
Le vent s’engouffre aussitôt dans l’habitacle, mais avant de refermer, je me tourne vers lui et murmure.
— Joyeux Noël, papa.
— Joyeux Noël, fiston.
La voiture démarre à peine ai-je avancé d’un pas dans la poudreuse. Mes yeux sont légèrement humides, mais je décide de mettre ça sur le compte de la météo.
Je suis au milieu de l’allée lorsque la porte de la coloc s’ouvre en grand et que Nyx apparaît devant moi, auréolée par la lumière du salon.
— On t’a déjà dit que tu ressemblais à un ange ?
Je dois crier pour qu’elle m’entende par-dessus le vent. Elle sourit et secoue la tête.
— Reste où tu es, Leander.
Je fronce les sourcils et demande :
— Pourquoi ?
— Parce que je viens de voir une scène dans ce foutu film de Noël et j’ai très envie de la tester.
Et avant que je puisse répondre quoi que ce soit, elle s’élance vers moi. Je ris et ouvre les bras en la voyant charger et prie pour qu’elle ne se casse pas la figure. Je me vois mal finir à l’hôpital ce soir. Elle me percute avec tant de force que je bascule en arrière et que nous nous retrouvons tous les deux enfoncés dans la neige. Dieu merci, celle-ci a amorti notre chute.
Nyx éclate de rire, et je me joins à elle, puis je glisse une main dans ses cheveux humides et demande :
— C’était ça, ta scène ?
— Non. Tu étais censé me retenir et me soulever de terre avant de m’embrasser avec tendresse, pas te rétamer comme un sac à patates.
— Tes compliments me vont droit au cœur. Mais il faudra que tu m’expliques cette lubie de toujours m’obliger à me geler le cul dans des endroits glacés.
— Qu’est-ce qu’il voulait, ton père ? demande-t-elle, esquivant ma question.
Je ne suis pas sûr d’avoir vraiment pris conscience de ce qui vient de se passer dans cette voiture, mais peut-être que le formuler à voix haute m’aidera.
— Il… Il a dit qu’il allait me laisser jouer au football.
La mâchoire de Nyx se décroche de surprise, puis un sourire ourle ses lèvres, et elle se penche vers moi pour effleurer ma bouche de la sienne.
— C’est carrément génial ! s’exclame-t-elle.
Mes paumes remontent le long de son dos, et je la serre fort contre moi tandis qu’elle relève la tête et pose sa main froide sur ma joue.
— Ouais, je… Ouais…
Elle rit et caresse ma pommette de son pouce.
— Je t’aime, Leander McNeil, souffle-t-elle.
Mon cœur rate un battement en entendant ces mots, comme toujours lorsqu’elle les prononce. J’ancre mon regard au sien et dépose un baiser sur son nez rougi avant de répondre :
— Je t’aime, Eunice Daugherty.
Et là, sous la neige qui ne cesse de tomber, nos bouches se soudent de nouveau. Et pour la première fois depuis des années, je passe un putain de joyeux Noël.
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F.V. Estyer
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