Les dieux du campus Tome 1 - Leander

F.V. Estyer · Chapitre 21 sur 55

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Les dieux du campus Tome 1 - Leander

21 - Leander

21

 

LEANDER

 

Je n’aurais jamais pensé que rester allongé sur un lit avec quelqu’un, sans rien dire, serait aussi agréable. En fait, je crois qu’il n’y a que Nyx pour rendre ça si… paisible. Ses doigts entrelacés aux miens, j’écoute le bruit de sa respiration.

J’ignore combien de temps nous restons ainsi, à regarder le plafond. Elle a raison, il est tristement blanc.

— Des étoiles, finis-je par dire.

— Hein ?

— Sur le plafond. Des étoiles. Comme celles qu’on met dans nos chambres quand on est gosse.

Ma mère en avait collé à l’époque, et mon frère et moi passions des heures à les regarder en nous racontant nos secrets. Des secrets d’enfants, sans importance, mais qui me donnaient l’impression d’être son confident. J’appréciais qu’il passe du temps avec moi. À ce souvenir, une boule me noue la gorge, et je déglutis dans l’espoir de la faire partir. Savoir que je n’aurai pas la chance de le retrouver pour Thanksgiving m’a foutu un sacré coup. Ce soir encore, alors que j’aurais dû entièrement me focaliser sur le match, Joachim ne cessait d’accaparer mes pensées…

— J’aimerais autant une photo de toi à moitié nu, mais c’est toi qui décides.

Je tourne la tête pour découvrir que Nyx m’observe, un léger sourire aux lèvres. C’est plus fort que moi, je souris en retour. En quelques mots, elle est parvenue à refouler mes angoisses.

— Même moi, je suis pas aussi narcissique que ça.

— Mouais… réplique-t-elle en esquissant une moue pas convaincue.

J’éclate de rire. Décidément, j’aime vraiment bien cette fille !

Je me tourne complètement vers elle, et son corps imite le mien. Ma main ne lâche jamais la sienne, qui repose désormais entre nous. Mes doigts caressent distraitement le dos de sa paume. Je porte ma main libre à son visage pour ôter une mèche qui tombe sur sa joue.

— Je te l’ai déjà dit, Vomito : t’as qu’à le demander, si tu veux me voir à poil, raillé-je en laissant la pulpe de mon index caresser sa joue.

Ses yeux s’écarquillent. Je suis certain qu’elle est plus surprise de sentir mon doigt s’attarder sur elle que de ma repartie. Je le suis autant qu’elle, mais ce soir, je n’ai pas envie de me poser de questions. J’ai envie de profiter de sa proximité, du contact de sa peau contre la mienne

— Je t’ai déjà vu à poil, je te signale. Et puis ça n’a aucun intérêt si je peux pas toucher.

— Je suis pas sûr d’avoir envie de me faire palper comme un morceau de viande, grogné-je.

Elle lève les yeux au ciel et ricane.

— Arrête, je suis certaine que tu adores ça.

Je sais qu’elle se fout de moi. Et je ne peux pas lui en vouloir. La vérité, c’est que je suis loin d’aimer ça. Chaque fois que je suis en soirée et que je sens des mains inconnues sur moi, ça me met mal à l’aise. Je sais que mon poste de quarterback attire les filles. Je ne vais pas nier que je m’en suis souvent servi, parce que c’est tellement plus facile. Aucun effort à faire. Si je veux baiser, je n’ai qu’à tendre les bras. Comme tout le monde, j’en ai profité, surtout la première année. Les filles ont défilé dans mon lit, et j’adorais ça. Je prenais tout ce qu’elles avaient à m’offrir avant de les abandonner pour une autre. J’étais un connard, et ça me plaisait. Mais ce n’est plus le cas. Je ferme brièvement les yeux, et le visage de Sydney me revient en mémoire.

— Tu t’es perdu dans tes fantasmes de mains parcourant ton corps, Zeus ? me demande Nyx, voyant que je suis resté silencieux.

Je pousse un soupir et rive mon regard au sien. Bizarrement, ça ne me met jamais mal à l’aise.

— Il y avait cette fille, l’an dernier. Elle… Elle était folle de moi.

— N’est-ce pas le cas de tout le monde ? raille-t-elle.

— Non. Et j’en ai la preuve juste devant moi.

D’ailleurs, c’est ce que je préfère chez elle. Elle ne cherche pas à me plaire. Elle reste elle-même, sans faux-semblants.

Nyx sourit et me tire la langue. Je ricane et secoue la tête. Mon index dévie vers sa mâchoire, sa gorge, avant de tracer des cercles sur son épaule.

— Raconte-moi l’histoire de cette fille, souffle-t-elle, m’obligeant à revenir au sujet que j’étais sur le point d’aborder.

Je pousse un soupir, essayant de faire refluer les mauvais souvenirs que cette histoire ravive en moi. Je ne sais pas pourquoi j’ai commencé à lui raconter ça, je crois que j’ai envie que Nyx sache que je ne suis pas le type qu’elle imagine. Je suis loin d’être un enfant de chœur, certes, mais je ne suis pas non plus un enfoiré.

— Elle s’appelait Sydney. On avait un cours d’économie internationale en commun. Elle était douce et gentille, et on passait pas mal de temps ensemble, pour bosser.

Je me tais, m’attendant à ce qu’elle m’interrompe pour se moquer, mais rien ne vient, alors je poursuis mon histoire.

— On s’est… un peu laissé emporter. Un soir, on a trop bu et on a baisé. Pour moi, ce n’était qu’une fille de plus, un bon moment à passer. La nuit en elle-même reste floue dans ma mémoire, parce que j’étais défoncé…

Chose qui ne s’est plus reproduite depuis, parce que je me tiens à l’écart de tout ce qui pourrait altérer mon jugement ou ma façon de me comporter.

— Quelque chose me dit que ça va mal finir, souffle Nyx.

Elle ne croit pas si bien dire !

— Dès le lendemain, je suis passé à autre chose. À une autre fille. Mais elle a débarqué dans ma piaule et…

Mon cœur bat un peu plus vite lorsque je me rappelle son air dévasté, la douleur qu’elle a dû ressentir.

— Elle était vraiment folle amoureuse de toi, pas vrai ?

Je hoche la tête. Pourtant, en y repensant, ce n’était pas de l’amour, c’était plus proche de l’obsession. Un sentiment malsain et destructeur.

— Ouais. Et… elle était vierge.

— Merde, soupire Nyx.

— Elle m’a couru après pendant des semaines. Elle m’envoyait des lettres, campait devant la maison… Elle s’en est même prise à Eva, une fois. Alors que je couchais même pas avec elle à cette époque-là.

Si je me concentre assez fort, je peux presque me souvenir des mots écrits dans ses lettres. Des mots de désespoir, vraiment noirs, et assez violents. Je les ai brûlés depuis longtemps, mais parfois, quand je couche avec une fille que je ne connais pas, je me souviens de cette histoire, des conséquences que ça a eues, et je flippe un peu.

— Elle… Elle me harcelait, vraiment. Ça allait de plus en plus loin. C’était même carrément flippant, pour être honnête.

Heureusement, les choses se sont plutôt bien terminées. Elle a été prise en charge par un psy et a demandé à être transférée dans une autre fac. Avant de quitter Saint-Charles, elle s’est même excusée, et je crois que j’avais besoin de l’entendre, de m’assurer que je n’étais pas un putain d’enfoiré.

— Bref, reprends-je. Ça m’a vacciné. Depuis, je fais plus attention aux filles avec qui je passe du bon temps, parce que j’ai pas du tout envie de revivre une expérience pareille. Et puis, je ne veux pas être ce mec-là. Je ne veux pas être un type qui passe son temps à sauter tout ce qui bouge et se fout pas mal de leurs sentiments.

Je ne sais pas pourquoi je lui confie tout ça. En fait, je crois que j’ai envie qu’elle connaisse le type qui se cache sous son masque de footballeur adulé. J’ai envie qu’elle en apprenne plus sur le vrai moi, et qu’elle se rende compte que je ne suis pas le connard sans cœur que certains s’amusent à dépeindre.

— Ce n’est pas ce que je pense, murmure-t-elle. Je sais que tu n’es pas Dante.

Je ris, et elle s’approche de moi pour poser son front contre le sien. Je sens son souffle tiède, aromatisé de tequila, contre ma peau. Inconsciemment, mon pouce glisse jusqu’à ses lèvres. Elles sont douces et pulpeuses, et s’entrouvrent légèrement sous mes caresses. Je me demande si son cœur aussi a commencé à s’emballer.

Je recule pour pouvoir verrouiller mon regard au sien. Je glisse ma langue sur mes lèvres, et doucement, très doucement, je me penche vers elle, avec l’envie subite de goûter les siennes. Ses yeux papillonnent, ses doigts toujours entrelacés aux miens me serrent plus fort. Nous sommes à un souffle de la bouche de l’autre.

Soudain, un poing qui s’écrase contre la porte nous fait sursauter. Nous nous éloignons d’un coup, comme si nous venions de nous brûler, et je me redresse.

Nous tournons tous deux la tête vers la source du bruit, et je fronce les sourcils. Sans prendre le temps d’attendre une réponse, Sander passe sa grosse tête dans l’entrebâillement, un immense sourire aux lèvres.

— Moustique ! On a besoin de toi. On n’a plus de potion magique.

Je me laisse retomber sur mon lit et pousse un profond soupir tandis que Nyx éclate de rire.

— Sauvés par le gong, on dirait, souffle-t-elle, hilare.

Sans plus de cérémonie, elle saute du lit, et moi, je me sens con d’être apparemment le seul déçu par cette interruption.

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