Les dieux du campus Tome 1 - Leander

F.V. Estyer · Chapitre 31 sur 55

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Les dieux du campus Tome 1 - Leander

31 - Leander

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LEANDER

 

Les paroles de Nyx tournent dans ma tête depuis plusieurs jours. Elle a raison, ce n’est pas juste pour Joachim de prétendre qu’il n’existe pas simplement parce qu’il a fait une connerie et que les choses ont mal tourné.

— À quoi tu penses ? m’interroge Knox, assis en face de moi à l’une des tables de la cafétéria.

Il me dévisage, sourcils froncés, tout comme Chase, qui a arrêté de manger pour m’observer. Je n’avais même pas remarqué que j’avais arrêté de parler pour me contenter de jouer avec ma purée. Encore une fois, les mots de Nyx résonnent dans mon esprit. Peut-être que ce serait le moment idéal pour aborder le sujet de Joachim, leur avouer à tous que je leur mens depuis un paquet de temps. Je prends une profonde inspiration et suis sur le point d’ouvrir la bouche pour répondre, mais Nyx et Dee déboulent à notre table. Cette dernière saute aussitôt sur les genoux de Chase, et je grimace en les voyant se bouffer le visage. Un peu de retenue, ça les tuerait ?

— Les jumeaux sont pas là ? demande Nyx à peine s’est-elle affalée sur la chaise à côté de la mienne.

— Salut à toi aussi, Vomito. Ravi de voir que notre présence suffit à te combler.

J’espère que l’ironie suffira à noyer mon envie d’imiter le couple en face de moi et d’attraper Nyx pour l’embrasser. Dès qu’elle est là, je dois me faire violence pour ne pas la toucher. Je n’ai jamais eu autant besoin de contact avant elle. Ça ne semble pourtant pas réciproque. De toute évidence, Nyx se fout pas mal de mes petits gestes d’affection. Là, tout de suite, elle préférerait voir Sander, apparemment.

Elle se tourne vers moi et m’offre un de ces sourires désabusés dont elle seule a le secret.

— Pardon, Zeus. J’oubliais que le monde tournait uniquement autour de toi et que je devrais m’agenouiller devant ta grandeur pour te remercier d’avoir la bonté de m’accepter à ta table.

Ce que je ne ferais pas pour pouvoir la faire taire en posant ma bouche sur la sienne ! Au lieu de quoi je me penche vers elle et murmure tout contre son oreille :

— Si tu veux vraiment t’agenouiller devant ma grandeur, ce sera avec plaisir.

Elle a beau lever les yeux au ciel et soupirer, je ne rate pas le léger frisson qui parcourt sa peau sous mon souffle. Au moins, je lui fais toujours de l’effet, je suppose que je devrais me réjouir. Knox ricane – apparemment, je n’ai pas parlé suffisamment doucement – et répond :

— Ils ont préféré rester à la baraque et jouer à la PS4 que d’aller en cours.

Nyx soupire.

— Moi aussi, j’aurais dû être footballeur. Ça m’aurait évité de devoir me farcir ce satané cours de compta.

Je ne peux pas dire le contraire, jouer dans l’équipe universitaire nous offre de sacrés passe-droits. Même si on ne se pointe jamais en classe, nos profs nous font réussir nos examens. C’est l’avantage de ramener autant de fric à cette école.

— Tu manques de muscles, réplique Knox avec un clin d’œil.

— Et d’une bite, ajouté-je.

Nyx se tourne vers moi et me lance un regard noir.

— C’est vrai que c’est vachement utile pour jouer au foot.

— Non, mais c’est une condition sine qua non.

— Pas d’eunuque dans le football, alors ?

— Pas que je sache. Mais je passe pas mes journées à mater les queues de mes coéquipiers.

— Menteur, souffle-t-elle.

Bon, OK, ça m’est arrivé, parce que comme tous les mecs, j’ai parfois envie de comparer. C’est dingue comme notre ego et notre confiance en nous peuvent dépendre de la taille de notre sexe. Heureusement que le mien est d’une dimension tout à fait respectable.

— Mais c’est vrai ! Dis-lui, Knoxy !

Knox secoue la tête en soupirant et gronde :

— Arrête de m’appeler comme ça.

— Jamais ! D’ailleurs, tu me mets le doute, Nyx. Si j’ai jamais vu la queue de Knoxy, c’est peut-être qu’il n’y a rien à voir… Je vais revoir ma position sur les eunuques dans le football !

Je lui offre mon sourire le plus diaboliquement mignon. Il hausse les yeux au plafond et souffle bruyamment.

— Allez, je me tire, ça vaut mieux.

Il se lève avec son plateau sans attendre que je réplique et s’en va.

— Tu crois que je l’ai vraiment vexé ? demandé-je à Nyx.

Elle hausse les épaules.

— J’en sais rien. Mais j’espère que vous ne finirez pas par vous taper dessus. C’est pas que j’aime pas soigner vos bobos, mais…

— Comment ça « vos » ? Tu joues les infirmières avec d’autres que moi, Eunice ?

Elle grimace, comme souvent lorsque je l’appelle par son prénom. Et, non, ce n’est pas de la jalousie mais de la simple curiosité.

— Ouais. Mais tu restes celui que j’aime le plus faire souffrir avec l’antiseptique.

Je me penche de nouveau vers elle et, cette fois, je ne résiste pas à inspirer l’odeur de sa peau mêlée à celle de son parfum.

— Est-ce que ça fait de moi quelqu’un de masochiste si j’ai soudain très envie de t’embrasser ?

Je me fous de sa réponse, je voudrais juste l’entendre me dire de ne pas me réfréner. Je voudrais que le monde entier sache qu’elle passe la majorité de ses nuits dans mon lit, qu’elle me fait rire, qu’elle me fait du bien, qu’elle m’apaise et qu’elle me rend heureux. Je voudrais qu’elle accepte d’être vue avec moi parce qu’elle serait fière, comme je le suis chaque jour que Dieu fait, d’avoir attiré l’attention d’une fille comme elle.

— J’en sais rien, répond-elle, mais si tu veux, il nous reste cinq minutes pour trouver un coin tranquille. On pourra reparler de cette histoire de m’agenouiller devant ta grandeur.

Oh ! Seigneur ! Entre sa phrase et son sourire coquin, il ne m’en faut pas plus pour commencer à bander. Cette fille finira par me tuer un jour, c’est certain.

Je me racle la gorge et prends ma voix la plus détachée avant de répondre :

— J’adorerais. Mais j’ai un truc à te demander et, si je ne me lance pas tout de suite, j’ai peur de me dégonfler.

C’est une idée à laquelle je n’arrête pas de penser depuis l’autre jour. J’ai longtemps hésité à lui en parler, surtout par crainte qu’elle refuse.

— Dis-moi…

Je croise son joli regard vert, pétillant et doux, et je me mords les lèvres, sans savoir comment lui poser la question. Nyx me sourit et attrape ma main pour serrer ses doigts autour des miens.

— Je… Je voulais savoir si tu serais d’accord pour venir avec moi chez mon père pour Thanksgiving.

Je débite ma tirade d’une traite et retiens mon souffle tout en scrutant son visage pour cerner ses réactions. Elle ne répond rien pendant si longtemps que je suis sur le point de me rétracter et de lui dire que ce n’est pas grave si elle refuse et que je m’en sortirai sans elle.

— Compte sur moi.

Surpris et soulagé, je la prends dans mes bras et l’enlace fort. Elle ne me repousse pas, ce que j’apprécie, et je niche ma tête dans son cou en murmurant un « merci. »

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