Les dieux du campus Tome 1 - Leander
51 - Leander
51
LEANDER
On est dans la merde. On est dans la merde. On est dans la merde. Ces mots tournent en boucle dans ma tête tandis que je me positionne pour la remise en jeu. Je tente de rester concentré. C’est le seul moyen de mener mon équipe à la victoire. Et autant dire qu’elle semble inatteignable.
Je prends une profonde inspiration et, alors que le coup de sifflet retentit, je passe la balle à Sander qui décolle aussitôt. Knox et Chase sur ses talons, il passe la ligne défensive de l’équipe adverse, manque de se faire tacler par un linebacker mais poursuit sa course tandis que Knox percute un autre joueur. De la sueur coule le long de mes tempes, et je serre presque littéralement les fesses tandis que j’observe Sander avancer de yard en yard au rythme des cris de la foule autour de nous. Vas-y. Vas-y !
Le stade explose de joie lorsque mon pote dépasse la end zone. Bordel ! Il l’a fait !
J’accours vers lui tandis qu’il commence à se trémousser, ondulant des épaules et bougeant son cul sous les exclamations et les applaudissements qui résonnent dans les gradins. Je le rejoins et frappe mon casque contre le sien.
Il faut qu’on continue. Il faut qu’on rattrape notre retard ! Je tente d’oublier que des recruteurs sont présents et me rappelle les paroles de Nyx quand elle m’a rejoint dans les vestiaires. Parce que c’est elle qui a raison.
Toute la semaine, j’ai voulu me convaincre que j’étais capable de voler de mes propres ailes, pour finalement me dire que ça ne valait pas la peine de risquer le désaveu de mon père. Je sais qu’il espère plus que tout que je sois celui qui lui succédera. Et j’aimerais tant voir la fierté sur son visage une fois mon diplôme en poche. Mais je ne suis pas mon père et je n’ai pas pour vocation d’être à la tête d’un empire. Tout ce que j’ai toujours voulu, c’est jouer au football. J’ai bossé comme un chien pour ça. Nyx m’a permis de me rendre compte qu’il était temps que je me batte pour obtenir ce que je veux vraiment : non l’approbation de mon père mais la mienne. Quelle importance qu’il soit fier de moi, si je ne le suis pas ? Alors, ouais, il est temps de tout donner et de montrer au monde entier que je suis le meilleur. À commencer par ces putains de recruteurs.
*
* *
Assis sur le banc des vestiaires, toujours en serviette, la tête dans les mains, je tente de digérer notre défaite. On s’est fait laminer. Pourtant, on a tout donné. Ma passe à Knox lui a permis de marquer un putain de touchdown qui a enflammé le stade. Mais ça n’a pas suffi. Notre ligne défensive a merdé, et j’ai du mal à digérer la pilule. Finir la saison sur une défaite, ça craint.
Une main se pose sur mon dos, et je me tourne vers Sander qui vient de sortir de la douche.
— T’as assuré, capitaine, souffle-t-il pour me consoler.
Je souris, même si je n’en ai pas vraiment envie.
— C’était ma chance, et je l’ai foutue en l’air, soupiré-je.
— Je crois pas, non.
Je relève aussitôt la tête. Ce n’est pas Sander qui a répondu mais le head coach. En avisant son sourire en coin, je cligne des yeux, pas certain de comprendre. Je tourne aussitôt la tête vers Knox, qui m’offre un pouce levé, et tout à coup, mon cœur semble battre à mille à l’heure.
— On peut se voir dans mon bureau ? prend la peine de demander le coach, même si ça ressemble davantage à un ordre.
— Tout de suite ?
— J’aimerais autant que tu enfiles des fringues avant.
— Moi, je le préfère comme ça, déclare Sander, ce qui ne fait pas rire le coach.
Peut-être est-il devenu hermétique à son humour, depuis le temps.
Je m’empresse de me lever en hochant la tête et me précipite vers mes fringues. Du coin de l’œil, je vois le coach discuter avec Sander, qui hausse les épaules. Je devine ce qu’il lui dit. Malgré notre défaite, Sander a assuré, et je sais que le coach essaie une nouvelle fois de le convaincre que son avenir est dans le football, tout comme je sais que ça ne l’intéresse pas.
— Knox ! appelé-je en enfilant mon sweat-shirt.
Mon pote se dirige aussitôt vers moi.
— Alors, qu’est-ce qu’il t’a dit ? le questionné-je.
Il a été le premier à passer dans le bureau du coach, parce que, comme toujours, il était le premier douché et changé.
Ses joues deviennent légèrement roses, et il me sourit.
— Que si je continuais à faire des matchs de cette qualité, j’avais toutes mes chances d’être drafté.
— C’est génial ! Je suis super fier de toi. Et il a raison, tu as fait un match dément. Ce dernier touchdown m’a filé des frissons.
— Merci, capitaine.
— McNeil, tu te maquilleras plus tard ! Bouge ton cul !
— Oui, coach ! dis-je en attrapant mon sac avant de me tourner vers mon pote. On se retrouve à la maison ?
Knox hoche la tête, et je lui serre brièvement l’épaule avant d’emboîter le pas au coach qui quitte le vestiaire. Mes paumes sont moites, et mon estomac se tord. Même si ses paroles ont été rassurantes, je sais que rien n’est joué. Mais malgré notre défaite, j’ai envie d’espérer.
*
* *
— Assieds-toi, déclare le coach en désignant le siège en face de son bureau avant de lui-même poser son cul sur un coin du meuble encombré.
— Je suis pas sûr d’en avoir envie.
Et pour cause, je suis bien trop stressé pour ça. Mon regard embrasse la pièce et s’attarde sur le tableau blanc sur lequel différentes tactiques de jeu sont notées au feutre bleu.
— Comme tu veux. Mais tant que t’auras pas posé ton cul sur ce siège, je ne dirai plus rien.
Pour toute réponse, je grimace. Évidemment, je n’ai pas d’autre choix que d’obéir. Comme toujours, le coach a le dernier mot. Il attrape une
feuille et la parcourt des yeux. Je sais de quoi il s’agit : mon 1 passer rating.
— Est-ce qu’il est bon ? ne puis-je m’empêcher de demander, me retenant de gigoter sur le fauteuil.
— Tu sais, j’ai cru que tu allais te dégonfler.
Ouais, moi aussi.
Je baisse les yeux vers mes mains, incapable de soutenir le regard du coach. Il n’est pas stupide, il me connaît parfaitement. C’est son boulot de connaître nos forces et nos faiblesses, d’entrer dans notre tête pour y dénicher toutes les informations dont il pourrait avoir besoin. J’étais un très bon joueur en arrivant à Saint-Charles. Avec lui, je suis devenu un grand joueur. Du moins, c’est ce que j’aime à croire.
— Et je dois te présenter mes excuses.
Ma tête se relève aussitôt tant je suis surpris par ces mots. Je louche vers lui, et un sourire apparaît sur son visage.
— Quand j’ai vu que tu commençais à fréquenter la petite, je me suis inquiété.
Je comprends. C’est déjà compliqué de combiner une activité sportive avec les cours. Même si l’université ne nous fait pas trop chier avec ça et que nous jouissons de tout un tas de passe-droits. Mais être en plus impliqués dans une relation qui risque de nous faire perdre notre concentration…
— Mais t’as rien lâché, McNeil. Tu t’es battu plus fort que jamais. Même si tu n’étais pas toujours à la hauteur, tu n’as pas baissé les bras.
Évidemment, il a dû caser une critique là-dedans. Toute une tirade de compliments, ce n’est pas dans le tempérament du coach.
Il ne me laisse pas le temps de répondre et enchaîne :
— Ce soir, jusqu’à la dernière minute, j’ai cru que tu allais flancher. Que tu allais laisser tes rêves s’envoler parce que t’avais pas les épaules pour affronter ton père.
Tout mon corps se tend. Il a raison, encore une fois.
— C’est pour ça qu’elle était là, pas vrai ? Pour te dire de pas merder ?
Je hoche la tête, une boule m’obstruant la gorge.
— Et elle a eu raison.
Il fait glisser la feuille de calcul devant moi, et je cligne des yeux : 186,56.
— Les recruteurs ont été impressionnés, McNeil. Si tu continues sur ce chemin-là, la NFL t’ouvrira grand les bras.
Ma bouche est sèche tout à coup, et je déglutis. Le coach se penche et serre brièvement mon épaule.
— Je suis content que tu l’aies écoutée. Ce match est l’un des meilleurs que tu aies disputés.
— Merci, coach.
— Allez, sors d’ici.
Je ne me le fais pas dire deux fois. Mon cœur tambourine jusque dans mes tempes, et je n’ai qu’une envie : retrouver Nyx et la remercier de m’avoir poussé à donner le meilleur de moi-même ce soir.
— Et McNeil ? appelle le coach alors que je suis sur le point de disparaître.
Je m’immobilise et me tourne vers lui.
— Bon courage avec ton père.
Ouais, je crois que je vais en avoir besoin ! Comme si nous n’avions pas suffisamment de raisons de nous prendre la tête, il va falloir que je lui avoue que maintenant que je suis certain d’avoir mes chances, je ne compte pas tout laisser tomber pour son plaisir. Je compte bien profiter de notre déjeuner de Noël pour ça. Après tout, n’est-ce pas le jour où des miracles sont censés se produire ? Je peux toujours croiser les doigts.
1. Formule mathématique permettant d’évaluer de manière chiffrée les performances d’un
quarterback.
OceanofPDF.com