Les dieux du campus Tome 1 - Leander

F.V. Estyer · Chapitre 50 sur 55

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Les dieux du campus Tome 1 - Leander

50 - Nyx

50

 

 

NYX

 

— Arrête de tirer sur ta robe, bon sang ! me houspille Dee. Elle ne va pas se rallonger.

Mon regard tombe sur mes mains qui se figent d’instinct. J’étais tellement perdue dans mes pensées que j’ai un instant cru que je me faisais engueuler par ma mère. Je soupire de soulagement quand je constate que ma coloc est toujours assise à côté de moi. Cela dit, heureusement qu’elle m’a interrompue. Je malmenais tellement l’ourlet de ma robe pull que je suis certaine qu’elle était sur le point de se détricoter.

— Qu’est-ce qui t’arrive, ce soir ? Je pense pas t’avoir déjà vue aussi nerveuse. T’arrêtes pas de gigoter depuis tout à l’heure.

Je porte la main sur le dessus de ma tête pour m’assurer que le bandeau doré que Delilah a ajusté dans mes cheveux avant de quitter notre chambre n’a pas glissé et finis par me tourner vers elle. Pas la peine d’essayer de gagner du temps, elle ne me lâchera pas de toute façon.

Depuis que Knox a appris à ses amis et coéquipiers que des recruteurs seraient présents au match de ce soir, l’attitude de Leander a changé. Pas envers moi, mais il est beaucoup plus renfermé. Je sais que cette annonce l’a chamboulé, qu’il essaie encore de se persuader qu’une carrière n’est pas vraiment son rêve ultime. Et tout ça pour quoi ? Pour un père qui n’en a pas grand-chose à faire des états d’âme de son fils. De ses fils. Pour un père qui ne pense qu’à son image et à celle de son entreprise.

Je me suis évidemment bien gardée de lui faire remarquer. Leander n’a pas besoin qu’on lui dise quoi faire, il a déjà assez de son paternel et de ses coachs pour ça. Sauf qu’à quelques dizaines de minutes du début de ce match décisif, je commence à penser que j’aurais peut-être dû dire quelque chose. Sans interférer dans son choix ou sa décision, j’aurais tout de même pu l’encourager à écouter son cœur et ses tripes plutôt que sa tête.

— Je sais pas, finis-je par répondre à Dee qui attend toujours que je lui explique mon comportement encore plus bizarre que d’habitude. Je crois que les mecs ont fini par me stresser avec leur connerie de match et leurs recruteurs à la noix.

— Ah ! Ça, on peut dire que la semaine a été tendue, me répond-elle en hochant la tête. Même Chase, qui n’a pourtant aucune intention de faire carrière, est anxieux de faire une connerie qui se répercutera négativement sur Knox, Leander et les autres. On ne peut rien faire, il ne reste plus qu’à les soutenir de notre mieux.

On ne peut rien faire ? Vraiment ? Cela ne me ressemble pas de rester inactive. Si Leander se plante volontairement, est-ce que je ne regretterai pas toute ma vie de ne pas avoir essayé de tenter quelque chose ?

Je jette furtivement un coup d’œil à l’endroit où se tiennent toujours les coachs durant le match. Ils ne sont pas encore arrivés. Les joueurs doivent finir de se préparer dans les vestiaires.

Ce que je vais faire est sans doute une grosse connerie. En même temps, je ne suis pas du genre à faire de petites conneries insignifiantes, alors tant pis. Mieux vaut des remords que des regrets.

Je me tourne vers ma coloc tout en reposant mes pompons noirs et dorés à ma place.

— Tu fais quoi ?

— J’ai besoin d’aller aux toilettes. C’est interdit par les règles de la fédération des petites copines parfaites qui soutiennent leur footballeur de copain ?

Loin de relever ma pique – il faut croire qu’elle a l’habitude, depuis le temps –, elle me lance un sourire narquois, et je m’attends au pire.

— Alors comme ça, tu reconnais enfin être sa petite copine, hein ?

Je lui balance un « pff » bien senti et me dirige vers les escaliers.

Je marche d’un pas tranquille, affichant une assurance que je suis en réalité loin de ressentir. J’ai menti à ma coloc, je n’ai absolument pas envie d’aller aux toilettes. Je me suis peut-être retenue de faire de l’ingérence dans les pensées de Zeus ces derniers temps, mais plus le temps passe, plus je commence à me dire que j’aurais dû lui parler.

Quand j’atteins enfin le rez-de-chaussée, je me faufile discrètement dans le couloir qui mène aux vestiaires. Je m’arrête un instant devant la porte, le cœur battant la chamade. Je n’ai jamais eu peur de suivre mes lubies un peu bizarres mais je flippe quand même de la réaction de Leander. Je n’ai aucune envie d’ébranler cette normalité que nous avons réussi à retrouver ces derniers jours.

J’ouvre la porte après avoir pris une grande inspiration et je comprends instantanément que ce n’est pas la réaction de Leander que je devrais craindre mais plutôt le fait de débarquer dans un vestiaire rempli d’hommes à moitié à poil. Enfin, à moitié…

Je ne perds pas une seconde et plaque brusquement une main sur mes yeux. Je ne suis pas une sainte nitouche, mais Zeus risque de faire une syncope s’il sait que j’ai vu ses coéquipiers en tenue d’Adam.

— Pardon ! crié-je. Faites pas attention à moi, je fais que passer.

Je tends une main devant moi pour m’assurer de ne rencontrer aucun obstacle, et elle atterrit rapidement sur un torse nu.

— Brutus ! Tu tombes bien. Tu pourrais m’emmener vers Leander, il faut que je lui parle.

— Ben alors, Moustique ! Je savais pas que tu nourrissais une obsession pour mes pectoraux au point de les reconnaître au toucher.

Je lèverais les yeux au ciel si je savais que Sander pouvait me voir.

— Pff ! N’importe quoi ! J’ai laissé des trous entre mes doigts, enfin. J’ai pas envie de me casser la gueule juste pour sauvegarder la pudeur de quelques footballeurs. Je fais juste semblant pour votre ego, c’est tout.

Il éclate de son rire tonitruant qui ferait trembler tout le stade s’il ne vibrait pas déjà dans l’anticipation de ce dernier match avant les vacances.

— Nyx ? Qu’est-ce que tu fous là ?

Je pousse un discret soupir. Leander n’a pas l’air spécialement en colère, juste surpris de me trouver là.

— Je voulais te parler. On peut aller dans un coin tranquille ?

— Un coin tranquille, hein ? me charrie Sander. Essaie de ne pas trop le vider, Moustique, on a besoin de lui sur le terrain.

Un claquement résonne dans le vestiaire, suivi d’un « aïe » sonore de Brutus. Zeus a dû lui mettre une claque derrière la tête. Une main s’empare ensuite de la mienne, et je perçois nettement un souffle contre mon oreille.

— Suis-moi, Nyx. Et triche pas, j’ai aucune envie que tu mates le corps d’autres footballeurs que le mien.

Je grogne. Comme si ça m’intéressait, franchement ! Je reconnais que les gars sont tous pas mal foutus mais j’ai assez d’un mec au complexe de dieu à gérer. Je me laisse donc traîner au milieu des effluves de mâles, mes yeux désormais fermés sous ma main qui les recouvre toujours.

J’entends une porte qui s’ouvre et attends que Leander la referme derrière nous et allume la lumière pour pouvoir laisser retomber mes doigts et ouvrir de nouveau mes paupières. Je n’ai pas le temps de dire un seul mot que je me retrouve broyée dans l’étreinte des bras de Zeus. Je pose ma joue sur sa poitrine, contre son cœur dont le rythme égale le mien à cet instant. Ses lèvres se posent sur le dessus de ma tête, et je me délecte un moment du sentiment de sécurité que je ressens.

Je pousse un grand soupir avant de me détacher de lui, plus décidée que jamais à lui dire ce que je pense.

— Tu voulais me parler ? demande-t-il.

Je hoche la tête, la bouche soudainement sèche.

— Je ne voulais rien dire au début, commencé-je avant de m’interrompre.

— Rien dire à propos de quoi ?

Courage, Nyx !

— Je sais à quel point la présence des recruteurs au match aujourd’hui te perturbe. Je n’ai rien dit, mais ça ne signifie pas que je n’ai pas conscience que tu as très mal dormi depuis que tu es au courant. Tu t’es renfermé sur toi-même. Je sais que ton père et ses projets pour ton avenir sont ce qui te fait douter le plus. Je ne vais pas te dire quelle décision prendre parce que, si je le faisais, je ne vaudrais pas mieux que les autres.

Je reprends mon souffle, mon regard ancré au sien. Je ne sais pas vraiment déchiffrer ce que j’y lis à cet instant. De la peur ? De l’espoir ? De l’indécision ?

— Je veux juste que tu penses à laisser ton cœur parler. Laisse tes tripes décider pour toi. Je sais que tu pourrais te saboter aujourd’hui, juste pour ne pas avoir à prendre une décision plus tard. Et comment on pourrait t’en vouloir ? Mais pense à ce que tu ressentiras si tu fais ça ! Tu finirais par t’en vouloir.

Il ne réagit pas immédiatement, se contentant de me regarder. Cependant, je peux voir les rouages tourner à plein régime dans son cerveau. Après quelques secondes, il finit par me reprendre dans ses bras, sa cage thoracique vibrant contre moi de tout ce stress contenu.

— Tu as raison, j’allais me saboter et je crois que je ne m’en étais pas rendu compte. Comment est-ce que tu peux me connaître mieux que moi-même ?

Mon « parce que je t’aime » est minuscule, et le son de ma voix est presque étouffé contre son torse. Je sais qu’il m’a tout de même entendue parce que son étreinte ne fait que se resserrer davantage autour de moi.

— Tu es Zeus, l’oublie pas. Personne ne peut décider à ta place de ce que sera ta vie.

— Je t’aime, Vomito. Où est-ce que tu te trouvais, depuis tout ce temps ?

— J’étais en Alabama, je t’attendais.

Perdus dans nos pensées, enlacés, nous n’entendons ni l’un ni l’autre la porte qui s’ouvre derrière nous. C’est un tonitruant « McNeil ! » qui finit par nous faire sursauter tous les deux. Nous nous retournons sur un head coach à l’expression mi-furieuse, mi-amusée. J’imagine qu’il pensait nous trouver dans une posture bien plus compromettante.

— Si tu as fini de roucouler avec ta petite copine, tu as un match à gagner et des recruteurs à impressionner.

— Oui, coach !

— Et vous, mademoiselle, vous n’avez vraiment rien à foutre ici !

— Je ne suis pas là, vous ne m’avez pas vue, lancé-je.

Je me retourne vers Leander, pose rapidement mes lèvres sur les siennes et ajoute :

— Éblouis-les, champion !

Je me faufile ensuite en quatrième vitesse hors du vestiaire, pressée d’assister à un match hors du commun.

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