Les dieux du campus Tome 1 - Leander

F.V. Estyer · Chapitre 29 sur 55

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Les dieux du campus Tome 1 - Leander

29 - Leander

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LEANDER

 

La foule survoltée hurle dans les gradins. J’observe les supporters arborant leurs tenues or et noir, et un frisson parcourt mon corps. Jamais je ne me lasserai. Cette adrénaline, ce soutien, cet amour que je ressens jusqu’au fond de mes tripes, c’est inégalable.

Plusieurs de mes coéquipiers me sautent dessus, me filent des tapes dans le dos. Moi, je ne peux pas m’arrêter de sourire. Ce que ça fait du bien ! Cette victoire, je n’y croyais plus. Après notre défaite contre l’équipe de U Pen et notre retour morose en avion la semaine dernière, je suis heureux de constater qu’on a réussi à reprendre le dessus. Ce soir, on a tout donné, on s’est battus comme des malades pour avancer, yard après yard, pour aller chercher chaque but.

Alors que la chanson « Thunder » s’élève de nouveau à travers les haut-parleurs, l’équipe des cheerleaders envahit le terrain, sous les acclamations enragées venant des spectateurs. Knox s’approche de moi pour me taper dans la main.

— Bien joué, capitaine ! s’exclame-t-il en souriant.

Je l’attrape et le serre contre moi. Je sais qu’il déteste ça, raison de plus pour l’obliger à m’étreindre. Nous sommes trempés de sueur, mais peu importe. J’aime cette connexion entre nous, exacerbée lors de chaque victoire. Sander ne tarde pas à nous rejoindre et nous saute dessus avec tant de force que nous manquons de basculer. J’éclate de rire pendant que Knox grogne et tente de se libérer. Nous finissons par nous détacher les uns des autres pour regagner les vestiaires, saluant la foule en chemin. Presque inconsciemment, je cherche Nyx du regard, sachant pertinemment que c’est impossible de la trouver parmi tout ce monde.

Sous la douche, tout le monde crie, rit, chahute. Nous sommes survoltés. Même les remontrances de notre head coach et de nos coordinateurs sur les erreurs que nous avons commises pendant le match n’entachent pas notre bonne humeur.

Une fois propre, je récupère mon portable dans mon casier et découvre un message de Nyx.

Nyx : Bien joué, champion. Hâte de fêter ça avec

toi ;)

Mon cœur bat un peu trop vite. Cette fois, ça n’a rien à voir avec notre victoire. Cette fille me fait perdre la tête. Je me demande si elle s’en rend compte. Je tente de le cacher, par crainte de ce que je pourrais ressentir quand elle flashera sur un nouveau mec et qu’elle se désintéressera de moi. Plusieurs fois, j’ai hésité à lui demander ce qu’elle penserait d’officialiser notre relation, mais je n’ai pas osé.

— C’est quoi, ce sourire crétin sur ta figure ? Tu sais que mater du porno devant tout le monde n’est pas une super idée.

Je me tourne vers Sander pour lui lancer un regard noir.

— Ce serait pourtant le seul moment où tu aurais la chance de voir ma bite en érection, rétorqué-je.

Mon pote éclate de rire et baisse la tête vers mon entrejambe, uniquement dissimulé par une serviette.

— Ça m’intéresse que si je peux t’aider à t’en débarrasser, mec.

Je ricane et range mon portable, le temps de me changer. J’hésite à confier mes doutes à Sander mais je renonce vite en pensant qu’il se foutrait sûrement de ma gueule. Je l’entends déjà. « Tu t’es cru dans Sex and the City ? Je suis qui, moi, Samantha ? » Ouais, il serait définitivement une Samantha, aimant faire la fête et séduire tous les mecs du campus.

Nous finissons par quitter le stade, et à peine ai-je mis un pied sur le parking qu’une minuscule tornade or et noir me fonce dessus. Nyx passe ses bras autour de ma taille et m’enlace fermement.

— Je comprends pas encore toutes les règles de ce foutu sport, mais tu étais carrément bon, ce soir, murmure-t-elle contre moi.

Je souris et dépose un baiser sur sa tête. Je voudrais l’embrasser devant tout le monde, que l’univers voie que je lui appartiens et combien j’ai de la chance d’avoir attiré l’attention de cette fille, mais je me contrôle et me contente de lui rendre son étreinte.

— Je ferais mieux de te libérer, je peux sentir les regards noirs sur moi. Ça me brûle de l’intérieur.

J’éclate de rire et me détache d’elle. Elle a raison, un groupe de filles nous scrute en échangeant des mots que je ne veux certainement pas entendre.

Ma main frôle celle de Nyx lorsque nous avançons vers ma voiture, et je dois me faire violence pour ne pas la prendre et entrelacer mes doigts aux siens. De toute façon, elle ne m’en laisse pas le temps, elle m’abandonne pour se précipiter sur Sander qui la fait tournoyer. Je suis un peu jaloux de leur relation, ce qui est complètement débile, mais c’est plus fort que moi. Leur complicité semble sincère et acquise, alors que de mon côté, si tout devait se terminer demain, je ne suis pas sûr que nous resterions amis.

Un garçon d’une dizaine d’années vient timidement vers moi avec un maillot floqué à mon nom et un stylo. Normalement, le public n’a pas accès à cette zone, sinon nous serions vite envahis, mais il doit s’agir de la famille d’un joueur ou d’un membre de l’équipe de cheerleading. Je me baisse pour être à sa hauteur et attrape le feutre et le maillot. Sa mère se tient juste derrière lui et l’observe avec un air empli d’amour. Mes parents ne m’ont jamais regardé comme ça. Je signe rapidement son maillot et le lui tends avant de lui ébouriffer les cheveux. Le petit n’a pas parlé, c’est sa mère qui m’a dit son prénom, mais ça arrive souvent. Moi aussi, à l’époque où mon frère m’amenait rencontrer les joueurs, je devenais écarlate et j’étais incapable de prononcer le moindre son, trop timide, trop impressionné.

— Merci beaucoup, déclare sa mère en m’offrant un sourire chaleureux. Il vous adore. Il ne loupe aucun de vos matchs.

Je hoche la tête et fais un dernier geste de la main au gamin pour le saluer avant de me diriger vers ma caisse.

— Quoi ? questionné-je Nyx qui me fixe du regard, les yeux brillants.

— Rien du tout, réplique-t-elle en haussant les épaules.

Je la toise en plissant les yeux, me demandant à quoi elle pense, mais elle ne semble pas vouloir s’en ouvrir à moi.

— Pose ton joli petit cul dans cette voiture avant que je te laisse sur le parking, la titillé-je plutôt que de chercher à approfondir.

— Tu sais quoi, Zeus ? Je me demande si c’est pas uniquement pour ton amabilité que j’ai craqué pour toi.

— J’ai dit « joli », je trouve ça plutôt aimable, répliqué-je, essayant de ne pas m’attarder sur ses derniers mots.

— Encore heureux. Vu le temps que tu passes à le reluquer.

Je me demande ce qui me retient de la plaquer contre ma caisse et de ravager sa bouche insolente.

— Tu perds vraiment rien pour attendre, grogné-je entre mes dents.

Elle m’adresse un clin d’œil pour toute réponse et s’engouffre dans la voiture, sans jamais que son sourire ne quitte ses lèvres.

*

* *

Assis au bord du lit, je fais tourner mon portable entre mes doigts tout en ruminant ma dernière conversation avec mon père. Il m’a appelé pour s’assurer que je serais bien de retour à la maison pour Thanksgiving, parce que « tu comprends, fils, c’est la tradition ». La tradition de me retrouver dans une maison froide, à subir les reproches de mon père, tandis que mon frère est enfermé entre quatre murs parce qu’il n’a pas réussi à se tenir suffisamment tranquille pour obtenir la permission de passer deux jours avec nous.

Je tressaille en sentant un visage se nicher contre mon cou. Les lèvres de Nyx parcourent ma nuque tandis qu’elle passe un bras autour de ma taille. Sa chaleur m’enveloppe aussitôt, et j’attrape son poignet pour nouer mes doigts aux siens.

— Salut, murmure-t-elle, sa voix vibrant contre ma peau.

— Salut.

Je tourne la tête pour déposer un baiser sur sa mâchoire. Même si je ne lui avoue pas, j’adore qu’elle soit là. J’aime m’endormir avec elle, son corps collé au mien, ses pieds glacés contre mes mollets. J’adore ses petits ronflements, son odeur qui s’attarde sur les draps, même quand elle n’est plus là.

Nous passons de plus en plus de temps ensemble : nous étudions dans ma chambre, elle reste à côté de moi pendant que je cuisine et hurle comme une folle quand elle perd contre les jumeaux à la PlayStation.

— Tout va bien ? T’as l’air pensif, ça me fait peur.

— Ha, ha, très drôle.

Je crois qu’elle ne se lassera jamais de se foutre de moi, et c’est ce qui me plaît le plus chez elle.

— Raconte tout à tatie Nyx.

Je ris et l’embrasse brièvement sur les lèvres.

— C’est rien. J’ai… J’ai juste reçu un appel de mon père.

En fait, si je n’arrête pas de penser à cette conversation, c’est aussi parce que je voudrais que Nyx m’accompagne chez mon père pour Thanksgiving. Je me dis que ce sera moins terrible, si elle est là pour me soutenir.

— Et ? Il s’est passé un truc ?

Je me tourne complètement vers elle et l’attire contre moi avant de me laisser tomber sur le matelas. L’espace de quelques instants, j’observe le plafond tout en caressant ses cheveux.

— Mon père et moi… on s’entend pas très bien. Il insiste pour que je vienne le voir, comme tous les ans, mais…

Je déglutis, ne sachant pas comment présenter les choses. Je ne devrais pas me plaindre. J’ai du fric, une carrière pro quasiment écrite, un physique loin d’être dégueulasse. Je n’ai pas besoin de bosser pour m’en sortir, contrairement à Nyx. Mais ma famille est un sujet que je préfère éviter.

— Mais quoi ? finit-elle par s’impatienter.

— Je sais pas. Je l’ai pas vu depuis des mois et j’ai peur que ça parte en vrille. Comme d’habitude.

Nyx se relève si brusquement que je sursaute et me redresse à mon tour. Elle me scrute, bouche entrouverte, la surprise visible dans ses yeux.

— Comment ça, depuis des mois ? Mais je croyais que tu l’avais vu récemment…

Quel con ! Je n’arrive pas à croire que je me sois vendu si facilement. Voilà pourquoi je devrais arrêter de mentir, ça me revient toujours en pleine gueule.

— Peut-être que j’ai raconté n’importe quoi…

Elle ne répond rien, mais son visage se ferme. Apparemment, elle attend une explication. Je baisse les yeux, par honte, par peur aussi. Je n’ai pas envie d’affronter son regard, et la déception qu’il me renvoie. Et surtout, je ne sais pas comment lui avouer la vérité. Bien joué, mec. T’as assuré, sur ce coup-là !

— Leander ?

Voyant que je n’ai pas l’intention de parler, elle se détache de moi et saute du lit avant de commencer à s’habiller. Elle va se barrer, je le sais, et s’il y a bien un moment où je n’ai pas envie qu’elle s’en aille, c’est maintenant.

— Qu’est-ce que tu fais ? questionné-je, même si je connais déjà la réponse.

Mais ce silence est trop pesant. C’est la première fois que je me sens si mal à l’aise en sa présence, et je déteste ça.

— Je descends prendre mon petit-déjeuner, répond-elle en se dirigeant vers la porte.

— Attends !

C’est tout ce qui me vient à l’esprit pour tenter de la retenir.

— Attendre quoi, Leander ? Que tu me fasses suffisamment confiance pour me dire la vérité ? Ou attendre que tu m’expliques pourquoi tu mens à tout le monde ?

Elle est vraiment en colère, cette fois. Je n’ai pas envie qu’on s’engueule. Et encore moins envie qu’elle croie que je ne lui fais pas confiance.

Si elle franchit la porte qu’elle ouvre à l’instant, je devrai ramer pour qu’elle accepte mes excuses. Alors, sans réfléchir davantage, au risque de me dégonfler, je pousse un soupir, me redresse et déclare :

— C’est pas mon père que je vais voir tous les mois mais mon frère. Il est… Il est en taule.

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