Les dieux du campus Tome 1 - Leander

F.V. Estyer · Chapitre 43 sur 55

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Les dieux du campus Tome 1 - Leander

43 - Leander

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LEANDER

 

Même si j’ai tenté de la dissuader, j’espérais que Nyx m’accompagnerait. Et contrairement à ce qu’elle semble penser, je l’ai réellement prise au sérieux lorsque nous en avons discuté. Parce que c’est Nyx dont on parle, et qu’elle ne dit jamais rien qu’elle ne pense pas. Alors, en effet, j’avais déjà fait la demande d’autorisation en sa faveur.

Et pour être honnête, même si elle s’est endormie à peine avons-nous quitté le campus, je suis content qu’elle soit là, avec moi. Le trajet me semble moins pesant et mon cœur moins lourd au fur et à mesure que les kilomètres me rapprochent de mon frère.

Je me demande comment Joachim va réagir quand il va découvrir que je suis venu accompagné. Rien qu’à imaginer sa tronche, un sourire ourle mes lèvres.

Un bâillement attire mon attention, et je tourne brièvement la tête pour découvrir Nyx qui s’étire.

— Salut, la marmotte.

Elle se frotte les yeux et semble perdue, l’espace d’une seconde, avant de se souvenir de l’endroit où elle se trouve.

— On est encore loin ?

— Moins de vingt minutes.

— J’ai dormi si longtemps que ça ? s’exclame-t-elle, surprise.

— Ouais. Et pour une fois, tu as à peine ronflé. Juste un peu bavé.

Elle s’essuie rapidement la bouche avant de grommeler un « menteur », puis se redresse sur son siège et jette un coup d’œil à travers la fenêtre.

— Tu crois que ce serait possible de s’arrêter prendre un café ? Je suis en manque.

Moi aussi. En fait, il était prévu qu’on passe par un Starbucks avant de tailler la route, mais Nyx s’est endormie si rapidement que je n’ai pas osé la réveiller. Elle semblait avoir vraiment besoin de sommeil.

— Je vais prendre la prochaine sortie, dis-je en hochant la tête.

Alors que nous nous garons devant un café et en profitons pour acheter un petit-déjeuner rapide, je décide de prendre un muffin à la myrtille pour Joachim. Je sais que ça lui fera plaisir.

— Il lui reste combien de temps à faire ? demande Nyx une fois que nous avons repris la route.

— Plusieurs années. Trois minimum, s’il obtient une remise de peine.

L’espace d’un certain temps, elle ne répond rien. Puis, comme si elle avait réfléchi à tout ça, elle prend une gorgée de café et murmure.

— Parfois, je me demande ce que je serais devenue si j’avais pas grandi dans une famille hyper tradi, ou si j’avais été fille unique, ou encore si j’avais pas passé toute mon adolescence à me sentir prisonnière… Tu vois ?

Ouais, je vois parfaitement. Parce que moi aussi, je me demande souvent si les choses auraient pu être différentes si je n’étais pas né au sein d’une famille pétée de thune mais dysfonctionnelle. Si mon frère ne s’était pas blessé ce jour-là, entraînant toute la merde qui en a découlé.

— Le truc, c’est qu’on ne peut pas changer le passé. Peu importe combien on en a envie, finis-je par murmurer.

— Il y a beaucoup de choses que tu voudrais changer ?

— Des tas…

Je soupire, et ma main se serre autour du volant. Ouais, des tas. À commencer par mon comportement de ces dernières semaines. Je sais que je dois en parler à Nyx. Pas seulement pour ôter cette putain de culpabilité que je ne peux m’empêcher de ressentir chaque fois que mon regard se pose sur elle, mais aussi pour que nous puissions reprendre notre relation sur des bases saines. Si relation il doit y avoir. Même si je sais que ce que nous partagions lui a manqué, je ne suis pas certain qu’elle soit prête à m’offrir ce que j’attends d’elle.

Je sens son regard sur moi et déglutis pour chasser la boule qui me noue la gorge. Ce n’est pas le moment de parler de ça.

— Je peux te poser une question ? dis-je en quittant une nouvelle fois l’autoroute pour m’engager sur la N Refuge Road.

— Tu peux. On verra bien si j’y réponds.

En lui jetant un nouveau coup d’œil, je constate qu’elle sourit.

— Pourquoi tu as si peur de devenir comme ta mère ?

Elle fronce les sourcils, et je décide d’expliquer ma pensée.

— Je veux dire, c’est clair que t’es pas le genre à vouloir dépendre d’un mec ni de qui que ce soit. Et tant mieux. Tu as du caractère et tu sais ce que tu veux. Alors, pourquoi ? T’as pas l’air partie pour suivre le schéma familial.

Je suis réellement curieux. Tout en elle crie son indépendance, sa force, sa ténacité. Elle ne s’écrase pas, elle ne se laisse pas marcher sur les pieds.

Elle reste silencieuse tellement longtemps que je me dis qu’elle ne va vraiment pas répondre à ma question, puis pousse un soupir.

— Je sais pas. Je crois que c’est plus une peur irrationnelle. Ou peut-être une vision biaisée de l’amour. J’ai grandi avec cette image de dévotion absolue de ma mère pour mon père. Et j’ai longtemps cru que c’était la seule façon d’aimer. Je pense qu’une part de moi y croit toujours, malgré tout. Comme si l’amour, c’était de se donner entièrement à l’autre, quitte à s’oublier. C’est l’une des raisons pour lesquelles j’ai fui ma famille. Pour ne pas me laisser devenir comme elle. Et en même temps, j’arrête pas de me dire que ça pourrait finir par arriver. Que je pourrais tomber folle amoureuse d’un type et ne voir que par lui. Pas me rendre compte que je me suis laissé bouffer.

Et moi ? Est-ce que tu pourrais tomber amoureuse de moi ?

Si j’avais été un peu plus courageux, je lui aurais posé la question. Mais je suis trop lâche, j’ai trop peur que la réponse me brise en mille morceaux.

— Alors, tu vas continuer à garder tes barrières dressées toute ta vie ? Juste au cas où ?

Je ne peux retenir le soupçon d’amertume dans ma voix. C’est sûrement égoïste, mais j’aimerais qu’elle se rende compte que j’en vaux la peine. Parce que c’est la vérité. Je ne suis peut-être pas un saint, mais je suis loin d’être un sale type.

— C’est ce que tu crois ? demande-t-elle, et elle aussi semble sur la défensive, à présent. Tu crois que je ne les ai pas déjà baissées, mes foutues barrières ?

— Je sais pas…

Apparemment, ce n’était pas la bonne réponse, parce que lorsque mon attention se porte sur elle, je découvre son expression franchement agacée.

— Tu crois que je raconte ça à tout le monde ? Tu crois que je vais choper tous les mecs que je croise pour leur avouer à quel point ça me fait flipper de ressentir ce que je ressens pour eux ? Qu’ils me manquent quand ils ne sont pas là ? Que je respire mieux quand je suis dans leurs bras ? Après tout ça, tu ne me connais pas ?

Elle crache ces derniers mots avec tant de déception que j’en ai le souffle coupé. Je donne un coup de volant et m’arrête sur le bas-côté, au pied des arbres qui longent la route et marquent l’orée de la forêt qui s’étend sur des kilomètres.

— Qu’est-ce que… ?

— T’es sérieuse ? grondé-je en me tournant franchement vers elle. Quand tu me dis que je ne te connais pas ? C’est vraiment ce que tu penses ?

Elle m’observe, et je crois qu’elle ne comprend pas vraiment mon éclat de colère soudain. Mais putain, ça m’a fait mal.

— Parce que c’est pas comme si je n’avais pas essayé. C’est toi qui as tenu à ne rien me raconter. Pendant que moi, je te parlais de mon frère, de Sydney, que tu as vu à quel point mon père était un putain d’enfoiré. Je ne t’ai rien caché. Je t’ai avoué des trucs que personne n’a jamais sus avant toi. Je me suis foutu à poil. Je t’ai dit que je t’aimais. Et toi…

— Alors, c’est ça ? me coupe-t-elle. C’est quoi, le truc ? Confie-moi tes secrets et je te confierai les miens ?

Elle croise les bras et m’observe comme si je l’avais trahie. Comme si je m’étais comporté comme le pire des connards.

— Oui ! Oui, putain !

Elle continue à me scruter, choquée.

— Mais merde, Nyx. C’est comme ça que fonctionnent les relations ! C’est pas simplement se marrer, baiser et faire les cons. C’est aussi apprendre à se connaître…

— Ah ! Parce que tu es un pro en matière de relations, maintenant ? C’est nouveau, ça ?

— J’ai jamais dit ça ! Mais j’apprends. J’essaie, au moins. Avec toi.

— Pourquoi ?

— Comment ça, pourquoi ?

Elle va vraiment finir par me rendre dingue.

— Pourquoi moi ? Alors qu’il y a des tas de filles qui n’attendent que ça ? Pourquoi est-ce que tu continues à insister ? Pourquoi tu te prends la tête avec moi alors que t’aurais qu’à claquer des doigts pour avoir des tas de filles qui te correspondent bien mieux que moi.

Alors, c’est ça. En fait, elle n’a pas uniquement peur de ses sentiments, elle a tout aussi peur de ne pas être à la hauteur.

— Tu te trompes.

— Ouais, c’est ça. Fais le modeste, ricane-t-elle.

— Tu sais pertinemment que la modestie ne fait pas partie de mes principales qualités.

Même si c’est la vérité, je tente juste d’essayer de calmer le jeu, avant qu’on ne finisse par s’étriper. Ce n’était pas censé tourner comme ça. Mais avec Nyx, je dois m’attendre à tout, je suppose.

Au moins, ça fonctionne, vu que ses muscles semblent se détendre et qu’elle esquisse un sourire, bien que réticent.

— Je sais que je pourrais avoir n’importe qui. Et justement, c’est ça, le truc. Je ne veux pas n’importe qui. Je ne veux que toi.

Elle se mord la lèvre, comme si elle considérait mes paroles, puis finit par murmurer.

— Mais pour combien de temps ?

Elle a l’air si fragile, tout à coup, que c’est plus fort que moi. Je me penche vers elle, effleure sa joue de mes doigts avant de poser mon front contre le sien.

— Tu sais très bien que je ne peux pas répondre à cette question. Et je sais que tu flippes. Moi aussi, je flippe. Mais parfois, ça vaut le coup de prendre des risques. Et j’ai envie de croire que c’est notre cas. J’ai envie de croire que j’en vaux la peine. Parce que toi, tu en vaux la peine, Nyx. Et je suis prêt à me retrouver le cœur en miettes, parce qu’au moins, moi, j’aurai eu le courage de t’aimer.

Elle ne répond rien. Je ne m’attendais pas à ce qu’elle le fasse, de toute façon. Elle se contente de hocher la tête puis recule, ancrant son regard au mien. Je devine qu’elle est toujours sur ses gardes, mais lorsque son visage s’approche du mien, que je sens son souffle contre mes lèvres avant que sa bouche ne se pose sur la mienne, que je redécouvre ses baisers, si doux, au goût de café, que je glisse ma main sur sa nuque pour approfondir notre étreinte et qu’elle pousse un gémissement, je ne peux m’empêcher d’espérer. De me dire qu’ensemble, on parviendra à surpasser tout ça, et qu’à la fin, tout ira bien.

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