Les dieux du campus Tome 1 - Leander

F.V. Estyer · Chapitre 35 sur 55

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Les dieux du campus Tome 1 - Leander

35 - Leander

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LEANDER

 

Je claque la porte de ma chambre tel un type en pleine crise d’adolescence. Je me sens tellement con. Encore plus lorsque je remarque que je tiens toujours cette foutue tarte aux pommes. Je n’ai qu’une envie, l’envoyer valser contre le mur. Mais je me retiens car je n’ai aucune envie de devoir nettoyer ensuite. Je la pose donc sur mon bureau, me déshabille et me jette sur le lit, me recroquevillant sous ma couette. Mais qu’est-ce qui m’a pris ? À quoi je pensais quand je lui ai balancé ces mots-là ?

« C’est pour ça que je t’aime autant. »

Je savais qu’elle flipperait. Je le savais parce que je la connais. C’est trop tôt. Ce sera toujours trop tôt, apparemment.

Mon cœur bat à tout rompre, sous l’effet de la colère et de la douleur. Évidemment, il a fallu que ça m’arrive. Il a fallu que je tombe sur l’une des rares filles qui ne s’attendent à rien. Pire, qui ne désirent rien. Un ricanement s’échappe de mes lèvres. La majeure partie des filles de cette université auraient vendu père et mère pour entendre ces mots sortir de ma bouche. J’aurais pu choisir n’importe laquelle d’entre elles. Mais non. Ça aurait été trop simple.

Les poings crispés, je prends une profonde inspiration et tente de calmer mes nerfs à vif. Voyant que ça ne fonctionne pas, j’attrape mon oreiller, l’enfonce sur ma tête et hurle. Cette tentative n’est pas vraiment plus concluante.

« C’est pour ça que je t’aime autant. »

Ce regard qu’elle m’a jeté. On aurait dit une biche prise dans les phares d’une voiture. On aurait dit que je venais de me mettre à genoux pour lui demander de m’épouser. Mon cerveau tourne à mille à l’heure, et je voudrais ravaler mes paroles. Sauf qu’il est trop tard.

Je ressasse encore lorsque j’entends la porte s’ouvrir doucement. Je me tends, m’attendant à ce que Nyx cherche à me parler ou, pire, à se justifier. Je reste immobile et ferme les yeux. Dormir. Ou faire semblant. C’est la meilleure solution.

Je pensais qu’elle partirait devant mon manque de réaction, mais non. J’entends le froissement de vêtements que l’on enlève, puis elle me rejoint sous la couette. Je dois me faire violence pour ne pas me retourner ou, au moins, ne pas attraper son bras et le passer autour de ma taille, nos doigts entrelacés, comme d’habitude. C’est souvent comme ça que nous nous endormons, elle derrière moi, sa tête nichée contre mon dos, nos jambes entremêlées. Mais pas ce soir. Non, ce soir, elle ne cherche même pas à me toucher. Elle reste sagement de son côté, et lorsqu’elle bouge, ce n’est que pour éteindre la lumière et nous plonger dans l’obscurité.

Pourquoi a-t-il fallu qu’au fil des jours, de nos conversations, de nos piques, de nos corps à corps, je tombe amoureux de cette fille si différente des autres ? Qui se fout bien de me plaire ou non. Qui n’a pas la langue dans sa poche et qui m’étreint sous la pluie. De cette fille qui m’a poussé à me confier comme je ne l’ai jamais fait. Qui a défié mon père, parce que c’est une fille géniale, têtue et qui ne se laisse pas marcher sur les pieds. Tu parles d’une galère !

Malgré mon cerveau tournant à plein régime – et malgré mon énervement envers Nyx, et envers moi-même pour m’être montré si stupide –, je finis tout de même par sombrer dans le sommeil. Dans un état de semi-conscience, je ne suis pas sûr d’entendre ces mots murmurés : « Je suis désolée. »

Un poids se jetant sur moi me réveille en sursaut. Toujours à moitié endormi, je crois un instant que c’est Nyx. Ça lui arrive en effet parfois, lorsque je dors trop tard, de me réveiller en me sautant dessus pour glisser ses mains sur les parties les plus chatouilleuses de mon corps. En général, cela se termine par une séance de baise lente et agréable. Sauf que ce n’est pas Nyx – à moins qu’elle ait pris quarante kilos en une nuit – mais Sander. Je le reconnais à son parfum. Et même si lui serait partant, il est hors de question que cette scène se termine par une séance de baise lente et agréable. Ni par une scène de baise tout court, en fait.

Je le repousse en grognant.

— Dégage de là !

D’un geste sec, j’attrape ma couette et la rabats sur mon visage. J’espère que ça suffira à lui faire comprendre qu’il doit me laisser tranquille. Sauf que c’est de Sander dont on parle, et qu’il n’a pas l’intention de lâcher l’affaire. Il se faufile sous la couette, et je me retrouve avec son visage tout près du mien.

— Tu boudes ? me demande-t-il.

— Non.

— T’es sûr ?

Je ne suis vraiment pas d’humeur pour entendre Sander me traiter de drama queen après lui avoir expliqué les raisons de ma mauvaise humeur.

— Sander ?

— Ouais ?

— Dégage.

— Non.

Qu’est-ce que j’ai fait de si répréhensible dans ma vie pour hériter d’un pote pareil ? Je lui lance un regard noir et me tourne de l’autre côté, bien décidé à l’ignorer, sauf que ça ne marche pas. Sander m’escalade à moitié, et sa grosse tête est encore plus proche de moi que tout à l’heure. Si près que je sens son souffle mentholé contre mon visage.

— Vu comme ça, tu ressembles à un suricate ! grogné-je.

— Ça me va. C’est très mignon. En plus, il paraît que ce sont des gros baiseurs.

— Comment tu sais ça ?

— Discovery Channel, mec. Tu devrais essayer, ça te ferait du bien de te cultiver un peu.

Il y a quelques heures, je pensais me réveiller auprès de Nyx et qu’on pourrait arranger les choses. Sauf qu’elle a préféré fuir plutôt que de m’affronter et que je me retrouve à la place à discuter de la sexualité de putains de mammifères.

Je lève les yeux au ciel avant de les fermer. Honnêtement, j’aimerais qu’il me foute la paix, mais mon coloc ne semble pas comprendre ce que « dégage » veut dire. Peut-être qu’en me contentant de l’ignorer, il finira par partir. Sauf que ça ne fonctionne pas non plus.

— Pourquoi tu fais la gueule, chaton ? demande-t-il en appuyant son doigt sur mon nez.

Je grimace et ne réponds pas.

— Tu veux que je te remonte le moral ? Je suis super doué pour ça, insiste-t-il, et j’entends son sourire espiègle dans sa voix.

— Putain, Sander… Sérieux ? sifflé-je entre mes dents.

— Je parlais pas de ça ! C’est dingue comme tu as l’esprit mal placé. En plus, je ferai jamais ça à Nyx.

— Nyx n’en aurait rien à foutre que tu me baises, si tu veux mon avis.

— Hum… Arrête de me mettre des images bien trop chaudes en tête.

Ouais, il a raison. Surtout que sa queue est quasiment collée à moi et que je ne suis pas sûr d’apprécier de le sentir bander.

— Et puis tu racontes n’importe quoi, Nyx me tuerait. Ou plutôt, elle creuserait une tombe et m’enterrerait vivant dedans, histoire que je pense à ma connerie tout en m’asphyxiant.

Honnêtement, j’aimerais croire que ce serait le cas. Pas la partie sur la mise en terre, mais celle sur la jalousie provoquée par le fait que je couche avec quelqu’un d’autre. Mais plus j’y pense, plus je me dis que ça lui passerait carrément au-dessus.

— Si tu le dis.

— Je le dis. Oublie pas que c’est ma pote. Elle me parle.

— T’as bien de la chance, grommelé-je. Moi, elle me dit jamais rien.

Et ça me tue. Je voudrais lui demander si elle s’est déjà confiée à lui sur sa famille, sur son passé, mais je n’ose pas, j’ai trop peur de la réponse. J’ai trop peur de m’apercevoir que si elle ne le fait pas avec moi, c’est simplement qu’elle pense que je n’en vaux pas la peine. Que je ne suis qu’une passade dans sa vie, avant qu’elle ne se lasse et jette son dévolu sur quelqu’un d’autre. À cette idée, ma gorge se noue et mon cœur bat un peu trop vite.

— Vous vous êtes engueulés, c’est ça ? finit par soupirer Sander.

— J’ai pas envie d’en parler.

Alors que je crois qu’il va insister, il se redresse, m’allégeant d’un poids certain, et quitte le lit. Je l’entends marcher dans la chambre.

— Peut-être que tu devrais. Peut-être que tu ferais mieux d’arrêter de tout garder pour toi, parce que ça va juste nourrir ta rancœur. Parole de scout.

— T’as jamais été scout, lui rappelé-je.

— Non, mais je sais ce que ça fait de se bousiller le cerveau à force de ressasser. Et Nyx mérite mieux que ça. Vous méritez mieux que ça.

Je me demande de quoi il parle. Je me rends compte qu’aucun d’entre nous ne s’est jamais vraiment confié sur ses histoires de cœur. Ce n’est simplement pas notre genre.

— Réfléchis-y, chaton. En attendant, je te fous la paix.

Et sans ajouter un mot, il quitte la pièce et referme doucement la porte derrière lui, me laissant enfin seul, le cœur un peu abîmé. Si je compte un tant soit peu pour Nyx, j’estime que c’est à son tour de me le prouver et de faire un pas vers moi.

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