Les dieux du campus Tome 1 - Leander
41 - Leander
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LEANDER
Je reste un temps infini, les mains crispées sur le volant, sans parvenir à me résoudre à démarrer. J’ai encore le goût des lèvres de Nyx sur les miennes, de ce baiser trop vite avorté.
Je ne m’étais pas rendu compte combien elle m’avait manqué avant de la retrouver, avant de sentir de nouveau sa présence, son odeur, son sourire.
Je serre les dents pour ravaler le cri de frustration qui ne demande qu’à s’échapper de mes lèvres. Et sans me poser plus de questions, je coupe le moteur, sors de la voiture et avance rapidement jusqu’au dortoir de Nyx.
Quelques filles discutent dans le couloir et se taisent lorsqu’elles me découvrent à quelques mètres. Leur surprise disparaît rapidement au profit de sourires plus ou moins enjôleurs. Je me contente de leur offrir un signe de tête, même si l’une d’elles m’alpague et me demande si j’ai envie de passer la soirée avec elle. Je secoue la tête. Il n’y a pas si longtemps, je ne me serais pas fait prier. Les souvenirs de ma soirée en compagnie de trois filles me reviennent d’ailleurs en mémoire, et je ferme brièvement les yeux en grimaçant. J’ai vraiment fait n’importe quoi…
L’espace d’un instant, je me demande si j’aurai le courage de l’avouer à Nyx. Peut-être que je devrais garder ça pour moi, mais je sais que les rumeurs vont vite ici, surtout lorsque j’en suis la cible. Que je le veuille ou non, beaucoup de filles n’hésitent pas à crier sur tous les toits qu’elles ont baisé avec moi.
Perdu dans mes pensées, je dépasse la porte de la chambre de Nyx. Je reviens sur mes pas, conscient des regards qui me suivent, cherchant à savoir pour quoi, ou pour qui, je suis venu ici.
Je m’apprête à frapper lorsque je retiens mon geste. Peut-être que je devrais laisser tomber et rentrer, peut-être que c’est trop tôt, peut-être que je ne suis pas prêt à me faire rejeter une nouvelle fois. Pourtant, rapidement, mon besoin d’être avec elle surpasse ma peur. Je frappe doucement.
J’ai l’impression d’attendre une éternité avant que Nyx n’ouvre la porte, et je ne peux retenir mon sourire lorsque je la découvre, simplement vêtue d’un tee-shirt, démaquillée, ses cheveux retenus à l’aide d’une pince, laissant échapper des mèches folles. Elle m’observe sans rien dire, affichant un air perplexe.
— Salut, soufflé-je, à court de repartie.
Pour être honnête, je n’ai pas envie de parler, je voudrais juste me serrer contre elle et retrouver sa chaleur.
— J’étais sur le point d’aller me coucher.
— D’accord.
La tension est palpable, comme si nous ne savions plus quoi nous dire. Ou plutôt, comme s’il y avait beaucoup trop de choses à dire sans savoir par où commencer.
Nous nous fixons du regard un long moment, et juste au moment où je me demande si je ne ferais pas mieux de faire demi-tour, Nyx recule pour m’inviter à entrer. J’avance d’un pas et avise son lit défait sur lequel trône son ordinateur portable.
— Qu’est-ce que tu regardais ? lui demandé-je avec un signe de tête en direction de l’écran sur pause.
— Breaking Bad. J’ai du retard sur la dernière saison, répond-elle en haussant les épaules.
Je hoche la tête, et sans en avoir conscience, ma main vient ôter une mèche qui tombe devant son visage pour la replacer derrière son oreille. Elle semble retenir son souffle, mais ne cherche pas à reculer. Ses lèvres s’entrouvrent, et elle pousse un soupir.
— Je…
— Tu me manques.
Les mots s’échappent de ma bouche avant que j’aie eu le temps de les ravaler. C’est la vérité, son absence me tue, et même si je sais que tout est loin d’être réglé entre nous, j’aimerais qu’elle m’offre juste cette soirée. Je voudrais qu’elle me permette de la retrouver.
— Leander…
C’est étrange de la voir aussi mal à l’aise. Ça me fait mal au cœur. Je voudrais lui faire comprendre qu’elle peut tout me dire, qu’elle n’a pas besoin de se restreindre avec moi.
— Je ne sais pas si je suis prête à te donner ce que tu attends de moi.
— Je n’attends rien.
— C’est faux.
Je souris malgré la douleur provoquée par ses mots. Parce qu’elle me connaît par cœur.
— Tu as raison. Mais accorde-moi juste ce soir. S’il te plaît. Donne-moi au moins ça. Montre-moi que tu n’es pas déjà passée à autre chose.
Parce que ça me tuerait. Même si je me refuse de lui avouer, par peur de la faire fuir une nouvelle fois. Mon cœur bat un peu trop vite, et j’ai du mal à déglutir.
— D’accord.
Je ferme brièvement les yeux, retenant mon envie de dévorer ses lèvres.
Elle se dirige vers son lit et se glisse entre les draps, s’assurant de me laisser une place. Ni une ni deux, j’ôte mes fringues, ne gardant que mon boxer. J’ai l’habitude de dormir à poil, même avec elle, surtout avec elle. Elle m’observe tandis que je dépose mes vêtements sur une chaise et hausse un sourcil.
— Quoi ?
— Rien, répond-elle en souriant. Je n’ai plus l’habitude de te voir aussi habillé.
Je souris en retour, content de constater que le moment de gêne est révolu.
— Je prends simplement mes précautions.
— Parce que ce bout de tissu est la seule façon de contenir l’animal qui est en toi ?
Encore une fois, elle marque un point, et je lui accorde volontiers. Je la rejoins, et mon corps se colle aussitôt contre le sien, avide de la retrouver.
— Ça te dérange si je finis mon épisode ?
Je secoue la tête et dépose un baiser sur son épaule.
— Non. De toute façon, je les ai déjà tous vus.
— Alors, me spoile pas.
— Promis.
De toute façon, même si j’en avais eu l’intention, je n’aurais pas pu. Parce que, même si je n’ose pas coller mon corps contre le sien, je ne résiste pas à nicher mon visage dans ses cheveux. Aussitôt, mes yeux se ferment, et je plonge dans le sommeil. Comme si mon esprit avait compris que j’avais enfin retrouvé ma place.
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