Les dieux du campus Tome 1 - Leander

F.V. Estyer · Chapitre 15 sur 55

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Les dieux du campus Tome 1 - Leander

15 - Leander

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LEANDER

 

Je suis lessivé. Mon corps est en sueur, mes muscles douloureux. Ce soir, j’ai tout donné. J’ai reporté tout mon agacement dans cet entraînement, et ça m’a fait du bien. Pourtant, maintenant que je peux enfin souffler, je me souviens de la raison pour laquelle je suis aussi en rogne. Je passe une main sur mon visage pour ôter la transpiration qui me pique les yeux et pousse un grognement. Je n’aurais jamais dû proposer de raccompagner Nyx, et la laisser galérer avec son bus. J’ai voulu me montrer serviable et, en retour, je n’ai eu droit qu’à des répliques sarcastiques. À croire qu’elle ne sait pas réagir autrement.

Le bras de Sander autour de mes épaules me fait cligner des paupières et revenir à la réalité. Lui aussi est en nage après ces deux heures intensives. En silence, nous nous dirigeons jusque dans le vestiaire, et je ne perds pas de temps avant de filer sous la douche. Je laisse l’eau tiède couler le long de mon corps, espérant apaiser la douleur de mes muscles et m’aider à me sortir de la tête cette fille qui semble déterminée à se mettre constamment en travers de mon chemin.

Je me savonne lorsque des coups sont frappés sur la porte de la cabine :

— Bordel, Len ! s’écrie Sander, sa voix étouffée par le jet d’eau. Qu’est-ce que tu fous ? Ça fait au moins quinze minutes que t’es là-dedans. T’attends que je vienne te rejoindre ?

Je ricane et secoue la tête. Décidément, il ne peut pas s’en empêcher ! Je coupe le jet et entoure ma taille d’une serviette avant de pousser la porte pour faire face à mon colocataire. Ce dernier me détaille de la tête aux pieds sans prendre la peine de se montrer discret.

— Partez devant, lui annoncé-je. Je vous rejoins plus tard, j’ai besoin d’être un peu tranquille.

Sander fronce les sourcils, et même Knox, qui vient d’entrer dans mon champ de vision, semble perplexe.

— Qu’est-ce qui s’est passé ? C’est encore à cause de Nyx, pas vrai ? Chase m’a dit que tu l’as ramenée après que vous avez bossé tous les deux avec vos petits vieux. D’ailleurs, si c’est pas un signe du destin de vous retrouver tous les deux à faire ça…

C’est dingue, on ne peut rien garder pour soi, ici !

— Chaque fois que tu prononces son surnom avec cette pointe d’affection dans la voix, j’ai envie de t’arracher la langue, raillé-je.

— Je te le conseille pas, réplique Sander. Ma langue est responsable du bonheur de beaucoup de monde. On risquerait de venir s’en prendre à toi.

Je lève les yeux au ciel et passe devant lui sans plus rien ajouter, espérant qu’il comprenne que j’ai juste besoin d’être tranquille.

Une fois la porte refermée sur le dernier de mes coéquipiers, je m’habille et rejoins le parking. Quelques personnes traînent près des bagnoles, mais la plupart sont déjà parties. Au moins, je n’aurai pas à faire semblant d’être aimable avec qui que ce soit, ce soir.

J’actionne le moteur de ma Jeep et décide de faire un tour par la baraque où Jeremiah habite avec quatre de ses coéquipiers. Je préfère ne pas retourner à la coloc tout de suite. Je sais que je vais encore me faire charrier et je ne suis pas d’humeur à ça.

Je frappe à la porte de Jer’ et entends sa grosse voix me hurler d’entrer. J’ouvre et m’avance dans le salon pour le découvrir, avachi sur le canapé en cuir qui a connu des jours meilleurs, ses doigts appuyant avec frénésie sur la manette de la PS5.

— Salut. Je peux squatter un peu ?

Il hausse les épaules sans même me jeter un coup d’œil, trop concentré sur sa partie. J’ai l’habitude avec lui, et, prenant ça pour un « oui », je me contente de m’affaler à mon tour sur le canapé et d’attraper la deuxième manette.

Nous enchaînons plusieurs parties, et je ne prends même pas la peine de vérifier les nombreux messages qui font vibrer mon portable. Les mecs sont clairement plus curieux qu’inquiets de savoir où je me trouve.

— C’est dommage, tu viens de louper Eva, elle est partie cinq minutes avant que tu débarques, m’informe Jer’ sans quitter l’écran des yeux.

Tous les deux sont vraiment très amis et passent leur temps ensemble. Je suis sur le point de lui demander pourquoi elle s’est barrée si tôt, lorsque j’entends des bruits de pas dans l’escalier. Scott Thomas, le capitaine de l’équipe de hockey, me salue d’un signe de main tout en gardant son autre bras autour de la taille d’une fille échevelée.

Jeremiah me jette un coup d’œil et hoche la tête. Nous nous comprenons. Pauvre Eva. Honnêtement, j’ai de la peine pour elle. C’est une nana géniale, et elle ne jure que par Scott qui, lui, préfère se taper des groupies sans cervelle. C’est dans ces moments-là que je me dis que rien ne vaut le célibat. Et je ne comprends pas que tout le monde ne soit pas du même avis que moi. À quoi bon se faire du mal, à quoi bon vouloir souffrir, alors que tout le monde irait mieux en suivant mon exemple ? S’éclater, flirter, baiser, sans avoir de compte à rendre à personne, et sans finir avec un cœur brisé.

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