Les dieux du campus Tome 1 - Leander

F.V. Estyer · Chapitre 11 sur 55

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Les dieux du campus Tome 1 - Leander

11 - Leander

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LEANDER

 

Je n’ai jamais vu quelqu’un s’endormir aussi rapidement. À peine sa tête a-t-elle touché l’oreiller qu’elle ronflait déjà. Je me tourne vers elle, même si je discerne tout juste sa silhouette dans l’obscurité.

— Vomito ? Vomito ?

Pas de réponse. Je lui file un coup de coude, et un grognement s’échappe de ses lèvres.

— Arrête de ronfler.

— Mets des boules Quies, souffle-t-elle d’une voix ensommeillée.

— J’en ai pas. Je dors tout seul, d’habitude.

Et je comprends pourquoi, tout à coup. J’aurais dû la laisser avec le type qui squatte la chambre d’ami. Je me sens mal à l’aise avec elle dans mon pieu. Je n’ose pas m’étaler, de peur de la gêner. Ou qu’elle se fasse des idées.

— Alors, va dormir ailleurs.

Je rêve ou elle cherche à me virer de mon lit ? Bon sang, même dans son sommeil, elle a besoin d’avoir le dernier mot. Je décide de laisser tomber et ferme les yeux. Je suis tellement claqué que le bruit finit par me bercer et que je m’endors.

Lorsque j’ouvre les paupières, la lumière se déverse dans la chambre dont j’ai oublié de fermer les rideaux, trop occupé à devoir gérer Nyx. Je me frotte les yeux et tourne la tête pour la découvrir, étalée dans le lit, ses cheveux dissimulant son visage, ses jambes enroulées autour de la couette et le tee-shirt que je lui ai filé remontant juste au-dessous de ses fesses. Je me demande si elle a eu aussi chaud que moi. Cette fille est un véritable four. Même sans la toucher, je pouvais ressentir sa chaleur m’envelopper.

J’attrape la couette pour recouvrir son corps, même si je ne peux empêcher mon regard de s’attarder sur ses jambes fines. Je me détourne rapidement, n’ayant aucune envie de passer pour un pervers qui se rince l’œil. Sans compter que j’ai eu un très bel – quoique bref – aperçu de sa nudité hier, lorsqu’elle s’est désapée sans gêne devant moi. Un sourire étire mes lèvres en repensant à cette scène, ainsi qu’à la soirée en général. Décidément, cette fille adore faire tourner les gens en bourrique.

Réticent à la réveiller – qui sait dans quel état ça peut la mettre –, je me lève le plus doucement possible et me glisse jusqu’à la salle de bains. Des voix me parviennent du rez-de-chaussée. Je reconnais celles de Knox et Sander. Ils sont toujours les premiers levés. Knox n’est jamais debout après six heures du mat et commence toutes ses journées par un footing. Ce type est une vraie machine.

Une fois lavé, je retourne dans ma chambre et découvre Nyx qui s’étire. À peine ai-je ouvert la porte que mon regard croise le sien. Ses cheveux sont ébouriffés et son maquillage a coulé sous ses yeux bouffis, mais dont le vert brille toujours autant. Elle est vraiment jolie. Dommage qu’elle soit aussi pénible.

— Qu’est-ce qui t’arrive, Zeus ? T’as jamais vu une fille au réveil ?

Je soupire et retiens le sourire qui cherche à ourler mes lèvres.

— Bonjour à toi aussi, princesse. Bien dormi ?

— Non. Tu m’as filé des coups de pied toute la nuit, maugrée-t-elle.

— Et moi qui imaginais que tu te montrerais reconnaissante de ne pas t’avoir laissé dormir en pleine nature.

Mon ton est un peu plus dur que je ne l’aurais voulu, et son visage se ferme. Elle me scrute sans répondre, l’air légèrement coupable. Le silence s’épaissit, et j’avance jusqu’à mon placard pour enfiler rapidement un tee-shirt propre. Décidant de lui rendre la monnaie de sa pièce pour hier, je me tourne et laisse tomber ma serviette sur le sol avant de fouiller dans un tiroir à la recherche d’un boxer.

— Je vois que tu as perdu ta pudeur entre la salle de bains et la chambre, déclare-t-elle, et même si je lui tourne le dos, je devine son sourire.

Je souris aussi, soulagé de constater que le moment de flottement est terminé.

— Ouais, j’ai retenu la leçon qu’une fille m’a donnée hier soir. Et puis, avec un corps comme le mien, je devrais arrêter de le cacher et laisser le monde en profiter.

— C’est très généreux de ta part, raille-t-elle. Je dois avouer que, de dos, tu n’es pas désagréable à regarder.

Encore heureux, voudrais-je rétorquer. Vu les efforts que je fournis pour maintenir mon physique à son meilleur niveau de forme, ça me ferait chier que les résultats ne soient pas visibles.

J’enfile mon sous-vêtement et me tourne vers elle.

— Et de face ? la questionné-je en écartant les bras pour qu’elle puisse me mater.

Ce qu’elle ne fait pas, puisqu’elle reste concentrée sur mon visage. Ça m’arrange, car je me sens finalement un peu stupide – et mal à l’aise –, de m’offrir comme un morceau de viande. Mais je ne sais plus quoi faire pour la faire taire. Elle me rend dingue.

Elle finit par s’extraire du lit et marcher jusqu’à moi. Elle est vraiment toute petite, mon tee-shirt lui arrive à mi-cuisse, et elle flotte dedans. Sans crier gare, elle se met sur la pointe des pieds, ses mains se posent sur mes épaules, et elle dépose un baiser sur ma joue.

— C’était pour quoi, ça ? cherché-je à savoir, ne comprenant pas ce qui lui prend, tout à coup.

— C’était pour te remercier de m’avoir hébergée. Et de me proposer de rester pour le petit-déjeuner. Ça tombe bien, je meurs de faim.

Encore une fois, c’est plus fort que moi, j’éclate de rire. Entre amusement et incrédulité. Parce que c’est à peu près ce que je ressens constamment quand elle est dans les parages.

À l’instant où nous atterrissons au rez-de-chaussée pour rejoindre les mecs déjà attablés, quatre paires d’yeux se tournent dans notre direction. Ils nous observent, l’étonnement clairement visible sur leurs traits. Dante, toujours en caleçon et les cheveux formant un tas désordonné au-dessus de sa tête, entrouvre légèrement la bouche sous le coup de la surprise, sa fourchette pleine de bacon flottant devant ses lèvres. Un lourd silence s’abat sur la pièce, ce qui ne semble pas décontenancer Nyx le moins du monde. Elle salue mes colocataires d’une main en lâchant un « bonjour, tout le monde » enjoué. Les regards vont et viennent entre Nyx et moi. Sander plisse les yeux. Inutile d’être un génie pour comprendre leur ahurissement. Depuis que nous habitons ensemble – soit un peu plus d’un an –, c’est la première fois qu’ils me voient débarquer avec une fille pour le petit-déjeuner. Je sens que les questions vont fuser dès que Nyx aura franchi la porte.

— Salut, les tourtereaux. Alors, vous avez passé une bonne nuit ? Enfin, si vous avez dormi.

Apparemment, on peut compter sur Dante pour foutre les pieds dans le plat sans attendre.

Nyx se laisse tomber sur une chaise.

— À peine. Zeus n’a pas arrêté de me filer des coups de pied, râle-t-elle.

Éclat de rire général, et je me fais un honneur de me défendre.

— Tu ronflais.

— J’étais crevée.

Les têtes vont et viennent d’elle à moi avec intérêt, comme si mes amis étaient spectateurs d’un match de l’US Open. Mais je ne compte pas laisser le dernier mot à Vomito, cette fois. Il ne faut pas déconner.

— Je pense que c’est à cause de tout ce que tu as picolé. La piaule avait la même odeur qu’une distillerie, ce matin, grondé-je entre mes dents.

Elle lève les yeux au ciel, agacée.

— Quelle drama queen. C’était le week-end. J’avais besoin de décompresser.

— Et elle a tellement décompressé qu’elle a oublié où elle habitait ! m’exclamé-je auprès de mes potes. C’est dingue, non, d’être infoutue de se souvenir du nom d’un dortoir ?

Avisant les mecs attablés autour de moi, je me rends compte qu’ils se mordent les joues pour s’empêcher d’éclater de rire. Si ça continue, c’est moi qui vais les éclater !

— Lincoln ! s’écrie tout à coup Nyx, faisant sursauter Knox. C’était Lincoln.

Sérieusement, c’est maintenant qu’elle s’en souvient ? C’est à mon tour de me laisser tomber sur une chaise, la mine renfrognée. Cette fille va finir par me faire faire un ulcère, et je lui enverrai la facture de l’hôpital.

— Eh bah dis donc, ça a l’air de rouler entre vous, s’amuse Sander en me tendant une tasse de café que je saisis avec gratitude.

Il en propose à Nyx qui accepte également volontiers. Elle doit sentir mon regard posé sur elle puisqu’elle se tourne et m’offre un immense sourire avant de boire une gorgée. C’est alors que je me rends compte que c’est elle qui a raison. Que je suis une drama queen qui ne devrait pas se mettre dans des états pareils pour si peu. Pour ma défense, il est encore tôt, et je suis toujours grognon avant le petit-déjeuner.

Nous finissons par nous calmer, et les discussions reprennent autour de la table pendant que tout le monde mange avec appétit. Surtout Nyx, qui se resserre en œufs et en pancakes, marmonnant un « c’est délicieux » en émettant des bruits qui stimulent mon imagination, se léchant les lèvres pour récolter un peu de sirop d’érable. C’est vrai qu’ils sont bons. Knox est le roi des pancakes et, tous les dimanches, il nous prépare un petit-déjeuner du tonnerre.

J’en suis à ma seconde tasse de café lorsque je remarque que Nyx, en pleine conversation avec Sander, l’observe d’un air appréciateur. Je reconnais ce regard pour l’avoir vu des milliers de fois posés sur moi. Je ricane, et elle se tourne vers moi, à croire qu’elle a deviné que je me foutais d’elle.

— Un problème, Zeus ?

— Non. Mais tu devrais arrêter de regarder Sander comme si tu voulais le bouffer.

Même si je comprends qu’on puisse l’admirer. Avec sa tignasse châtain et son petit sourire constant, il offre un air décontracté qui plaît à pas mal de gens. Il en joue, d’ailleurs.

— Jaloux ?

Je lève les yeux au ciel. Et puis quoi, encore ?

— Atterré, plutôt, rétorqué-je, faisant écho à notre conversation d’hier.

Elle fronce les sourcils, s’attendant à me voir étayer mes propos.

— Que tu penses avoir une chance avec lui.

Elle se marre et secoue la tête.

— Je sais que je n’ai aucune chance avec lui, crétin. J’ai bien compris qu’il les préférait grands, musclés, bruns et hockeyeurs.

L’espace de quelques instants, tout le monde l’observe sans rien dire, puis Sander finit par éclater de rire.

— Tu penses vraiment que Jeremiah est mon genre de mec ?

Celle-là, je ne l’avais pas vu venir. À croire qu’elle n’a pas senti la tension entre eux hier. Ils étaient à deux doigts de s’étriper. Pas très intuitive, cette fille.

— J’en suis sûre.

Elle lui fait un clin d’œil, et il secoue la tête avant de fourrer le nez dans sa tasse de café.

— T’es complètement cinglée, ma vieille.

Tandis que tout le monde passe à autre chose, de mon côté, je ne peux détacher mon regard de Sander, me demandant si, finalement, Nyx n’est pas beaucoup plus perspicace que nous tous réunis.

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