Les dieux du campus Tome 1 - Leander
2 - Nyx
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NYX
Le bruit d’un marteau-piqueur résonne douloureusement dans mon crâne. Qui a le culot de venir faire des travaux sous mes fenêtres un dimanche matin ? Je grogne, me retourne et enfouis ma tête sous mon oreiller, sans que ça produise un quelconque changement sur le volume des décibels. Les mecs essaient de creuser un tunnel jusqu’à l’autre bout de la planète ou quoi ? J’ouvre lentement les yeux. La luminosité dans ma petite chambre universitaire semble accentuer le phénomène. À deux doigts de me lever pour enguirlander les responsables de ce raffut, je prends soudain conscience de deux choses : ma coloc est assise sur son lit d’où elle me regarde en se marrant ; et personne ne creuse de tranchée dans la rue. J’ai dû légèrement abuser à la soirée d’hier, même si je n’en garde que de très vagues souvenirs.
— À vingt centimètres sur ta gauche, je t’ai préparé un kit de premiers secours anti-gueule de bois.
Delilah a prononcé ça d’une voix douce. Pourtant, ses paroles se répercutent dans ma boîte crânienne comme une balle sur un court de squash. Aoutch ! Je tourne doucement la tête en direction de ma table de chevet. Une petite bouteille d’eau et deux comprimés d’ibuprofène attendent sagement que je daigne tendre le bras vers eux. Même ça, ça me paraît insurmontable.
L’effort me tire de nouveaux grognements, qui entraînent davantage de ricanements chez ma colocataire. Je ne vais pas lui en vouloir alors qu’elle a si gentiment anticipé de quoi atténuer mon mal de crâne.
— Merci, maman.
— Nyx, si j’étais ta mère, je pense pas que ma première réaction en sachant comment tu t’es mise dans cet état serait de te fournir des antidouleurs. Et puis, si tu veux vraiment te remettre, essaie plutôt un petit-déj bien gras et riche en protéines. Genre omelette au fromage.
Ses derniers mots font faire un salto arrière à mon estomac. Je ne vais pas vomir. Je ne vais pas vomir ! De toute façon, je n’ai pas la sensation d’avoir quoi que ce soit dans l’estomac. Ce qui n’améliore pas la situation pour autant.
— Promets-moi de plus parler de fromage, OK ? supplié-je. Qu’est-ce que j’ai foutu hier ? Et comment je suis rentrée ?
— Tu te souviens vraiment de rien ?
Je secoue la tête avant de grimacer de douleur. C’est en intraveineuse que j’aurais dû prendre l’ibuprofène !
— C’est Chase qui nous a ramenées.
— Pitié, dis-moi que j’ai pas vomi dans la voiture de ton homme ?
— Pas dans sa voiture, non.
Voilà qui expliquerait que je n’ai rien dans l’estomac… Mais est-ce que je veux vraiment savoir où a fini le contenu de celui-ci ?
— Accouche, Delilah ! Je suis déjà mourante, pas sûre que la honte puisse faire pire que ma migraine.
— Disons que comme tu es arrivée plus tard que tout le monde, tu as rattrapé ton retard en enchaînant les shots de vodka…
Maintenant qu’elle en parle, ça me revient vaguement. J’ai travaillé hier, au Bottom Lounge, une petite salle de concert dans laquelle j’ai réussi à décrocher un job plutôt polyvalent depuis mon arrivée sur le campus pendant l’été. Je m’occupais des entrées. Je n’ai pas fini si tard, mais quand je suis arrivée à la première fête de l’année où j’avais promis de rejoindre Delilah, les hostilités étaient déjà bien entamées.
— Et ensuite ? la pressé-je de poursuivre.
Autant arracher le sparadrap d’un coup sec !
— Tu as dansé sur quelques tables, rien de méchant. Et il se pourrait aussi que tu aies encouragé deux nanas à s’étriper pour les beaux yeux de Dante.
— Encouragé comment ?
— En comptant les points. En leur balançant des glaçons. Et des cacahuètes.
Je le sais, pourtant : quand je bois trop, je fais n’importe quoi. Je tire sur ma couette pour disparaître en dessous.
— Te planque pas encore, je ne suis pas arrivée au pire.
— Tu déconnes, gémis-je.
— J’aimerais bien, mais non. La suite, c’est Chase qui me l’a racontée, parce que j’étais pas là pour y assister.
— Tu étais où ?
— Au rez-de-chaussée, avec les autres.
— Et moi, j’étais où ?
Elle s’approche et s’assied au bout de mon lit pour tirer sur mes draps. Elle se retient tellement de se marrer qu’elle en a les larmes aux yeux.
— Tu as voulu aller aux toilettes, et je ne sais pas pourquoi, tu es montée à l’étage.
— Celles du bas devaient être occupées, pas de quoi en faire un drame.
— Sauf que les mecs mettent un point d’honneur à ce que personne n’aille dans la partie chambre de la maison.
— Ils vont s’en remettre !
— Chase, Dante, Sander et Knox, sans doute. Je pense pas qu’on puisse en dire autant de Leander. Il était furax, apparemment.
— Parce que je lui ai emprunté sa salle de bains ?
— Parce que tu lui as vomi dessus ! Tu as rendu tripes et boyaux sur Leander McNeil.
Oups ! Ce n’est jamais très agréable de se faire vomir dessus. En bossant au Bottom Lounge, j’en sais quelque chose. Quelques semaines m’ont suffi pour réussir à développer une compétence surnaturelle : savoir qui tient l’alcool ou non. Et fuir comme la peste les seconds.
— Je m’excuserai la prochaine fois que je le verrai.
— Nyx, c’est de Leander qu’on parle, là.
— Et alors ? C’est le capitaine des Thunder, pas Dieu tout-puissant.
Delilah me regarde comme si j’avais blasphémé. J’ai croisé cette expression un nombre incalculable de fois sur le visage de mon pasteur de père.
— Justement, si. Leander est un dieu ici. C’est le descendant du fondateur de Saint-Charles ! Il excelle dans tout ce qu’il fait, que ce soit le foot ou les études. Il ne laisse personne se mettre en travers de son chemin. Et les filles vénèrent le sol qu’il foule.
— T’exagères pas un peu ? Il est content, ton mec, que tu parles avec autant d’adoration de son meilleur pote ?
— Dis pas de bêtises ! Il n’y aura jamais d’ambiguïté entre Leander et moi, il est bien trop imbu de sa personne pour ça, argue-t-elle avec une moue marquant son dégoût.
Je ne sais pas si c’est l’effet des antidouleurs ou la description de ma coloc, mais ma mémoire revient par bribes. Je revois un type torse nu au physique d’Apollon qui m’a engueulée comme du poisson pourri.
— Ce mec, c’est surtout une drama queen. Je suis sûre que je me suis excusée, et il m’a disputée comme une gamine.
La tête qu’affiche Delilah semble vouloir dire : « Il avait tous les droits, c’est Leander McNeil ! » En guise de réponse à ça, je hausse les épaules. Je le reconnais, ce n’est pas terrible comme première entrée en matière. Mais je me suis excusée, non ? Au pire, je renouvellerai mes excuses. En tout cas, ça ne m’empêchera pas de dormir cette nuit ni les suivantes. Depuis que j’ai quitté Huntsville, l’Alabama et ma famille étouffante, j’ai vécu ma vie à fond, comme si demain n’existait pas. Ce n’est pas Leander et son complexe de dieu qui va me faire changer.
Je m’étire dans mon lit. Un petit sourire apparaît sur mes lèvres quand je prends conscience que, dans ma ville natale, c’est l’heure de la messe et du sermon interminable du révérend Daugherty. Louper ça me fait encore moins regretter la soirée d’hier, même avec cette gueule de bois carabinée.
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