Les dieux du campus Tome 1 - Leander

F.V. Estyer · Chapitre 32 sur 55

Pages du PDF

Les dieux du campus Tome 1 - Leander

32 - Nyx

32

 

 

NYX

 

Katy Perry hurle dans l’enceinte portative de Dee alors qu’elle met la dernière touche à mon maquillage. Quand elle a vu la manière dont je m’étais habillée pour aller passer Thanksgiving chez le père de Leander, ses yeux ont failli sortir de leurs orbites. Elle a ensuite soufflé un grand coup avant de lâcher : « Laisse-moi au moins te maquiller. » Je n’ai pas refusé, je ne maîtrise pas grand-chose de plus que le dégradé charbonneux.

— Et voilà ! déclare celle que je considère désormais comme une très bonne amie. Tu peux regarder, maintenant.

Je me lève du bout de mon lit où je m’étais installée et fais quelques pas en direction de l’unique miroir de la pièce. Avant que je n’aie eu le temps de m’admirer, le téléphone de ma coloc se met à sonner.

— Merde, c’est Chase, il faut que j’y aille ! On n’est déjà pas en avance. On se voit dimanche soir, bichette ?

— Yep ! confirmé-je en me retournant. Merci pour la séance make-up. Tu crois que ça ira, quand même ?

En face de moi, Delilah m’inspecte une dernière fois sous toutes les coutures.

— Écoute, c’est juste tout à fait toi, cette tenue. Si Leander ne sait pas encore que t’en fais toujours qu’à ta tête, alors il est vraiment aveuglément amoureux.

— Chuuuuut ! Mais ça va pas la tête de dire des gros mots comme ça ? J’ai les oreilles fragiles, moi !

— Tu es surtout têtue comme une bourrique ! Et moi, je suis en retard, reprend-elle quand le klaxon du SUV de Chase retentit devant Lincoln Hall.

Elle me colle une bise rapide sur la joue et disparaît dans le couloir.

Je m’approche du miroir collé à la porte de notre penderie commune et ne peux que reconnaître le talent de Dee pour le maquillage. Si j’arrive à me débrouiller pour ressembler à quelque chose au quotidien, je n’aurais jamais su parvenir à ce résultat parfaitement adapté pour un dîner guindé.

J’ai à peine le temps d’enfiler mon manteau qu’un SMS arrive sur mon téléphone.

Zeus : Ton carrosse est avancé.

Je prends quelques secondes pour lui répondre avant de descendre le rejoindre. Quand j’arrive devant ma résidence, je le découvre adossé contre sa Jeep. Il se marre, le nez penché sur son portable. Il lève la tête en me voyant approcher, et un immense sourire vient illuminer ses yeux bleus. Je relâche le souffle que je n’avais pas conscience d’avoir retenu et me hisse sur la pointe des pieds pour l’embrasser. Je sens au léger hoquet qui s’échappe de ses lèvres qu’il est surpris de mon geste en public et je m’en veux de n’avoir jamais lâché suffisamment de lest pour lui offrir ne serait-ce qu’un baiser dans la rue. Je m’écarte après quelques secondes pour reprendre contenance.

— Pourquoi tu te marrais quand je suis arrivée ?

— Parce qu’une certaine personne m’a demandé si ma Jeep risquait de se transformer en citrouille à minuit.

— Ben quoi ? On n’est jamais trop prudent. J’ai pas envie de me retrouver le cul sur la route à côté d’une cucurbitacée, moi.

Il éclate de rire avant de m’ouvrir la portière du côté passager.

— Allez, grimpe, Cendrillon ! Et sinon, je suis censé être quoi, moi, dans l’histoire ? Une souris transformée en laquais ?

J’attends qu’il s’installe derrière le volant et qu’il démarre pour répondre.

— Non, toi, tu es le type qui va parcourir toutes les résidences étudiantes avec ma chaussure pour savoir qui il a bien eu l’idée saugrenue d’inviter pour Thanksgiving.

Le silence envahit l’habitacle pendant un temps qui me semble infini. Je voudrais pouvoir dire quelque chose qui minimiserait l’impact de mes mots, mais je ne suis pas certaine à cent pour cent d’en avoir envie.

— Je suis le prince Charmant dans ton histoire ?

Le double sens de ses mots ne m’échappe pas, et je ne peux m’empêcher de flipper de nouveau. Je sais que certaines de mes peurs n’ont pas lieu d’être avec lui : Leander ne deviendra jamais un connard tyrannique et contrôlant comme mon père. Mais certains mécanismes sont tellement ancrés en moi que je ne suis pas certaine de pouvoir m’en défaire un jour.

— Ne t’emballe pas, Zeus, ajouté-je sans pouvoir m’en empêcher. Je ne pense pas que ce soit une promotion pour toi de te balader avec ma chaussure qui pue.

— Tu ronfles peut-être, mais tu pues pas des pieds !

Son sourire ne s’est même pas affadi, et je ne peux contenir celui qui recourbe mes lèvres en réponse. Je me demande si lâcher prise n’est finalement pas beaucoup plus simple.

— Ça passe, ma tenue ? Je sais, j’aurais peut-être dû aller faire du shopping, mais ça m’est complètement sorti de la tête.

— Tu es très bien comme ça. Il est fort probable que la nana que mon paternel appelle « sa compagne » porte une robe qui dévoile le début de ses fesses et son nombril. Franchement, ne t’inquiète pas pour ça.

Il tend ensuite la main pour monter un peu le son de la radio et se concentre sur la route. Je crois l’entendre grommeler quelque chose qui ressemble à « Je t’aime comme tu es », mais je dois sans aucun doute avoir été victime d’une hallucination auditive.

Le père de Leander n’habitant qu’à une trentaine de minutes du campus, le trajet ne dure pas. Au moment où Leander tourne sur la voie d’accès de la maison, ma mâchoire manque de se décrocher. L’opulence de la bâtisse est à couper le souffle.

Il gare ensuite sa voiture devant le garage qui ne compte pas moins de trois portes. Une fois le moteur éteint, je descends avec précaution, histoire de ne pas me casser la gueule sur une plaque de verglas.

— Pas besoin de faire gaffe ici, l’allée est chauffée, précise Leander.

— Elle est quoi ?

— Chauffée. Si tu hallucines maintenant, t’es pas au bout de tes surprises.

Je comprends ce qu’il voulait dire à la minute où la porte s’ouvre sur une femme en uniforme gris et blanc. Elle nous sourit d’un air affable en se décalant pour nous laisser entrer.

— Bonjour, Lucy, la salue chaleureusement Leander. Joyeux Thanksgiving.

Il la prend brièvement dans ses bras, et les joues de la femme aux cheveux blancs rosissent de plaisir. Ils ont l’air de bien se connaître et de s’apprécier.

— Joyeux Thanksgiving à vous aussi, monsieur Leander. C’est bon de vous voir ici ! Monsieur McNeil est dans le salon. Il m’a demandé de servir l’apéritif dès votre arrivée.

— Voici Nyx. Nyx, je te présente Lucy, elle travaille au service de mon père depuis des années.

— Enchantée, mademoiselle Nyx.

— En… Enchantée.

Voilà que je bredouille, maintenant. Je crois que je ne me suis pas remise de l’allée chauffée, du hall d’entrée en marbre et du personnel de maison.

— Laissez-moi vous débarrasser, propose Lucy en désignant mon manteau.

Leander lui tend sa veste, et je n’hésite pas trop longtemps, histoire de ne pas passer pour une idiote finie.

— C’est possible que tu me montres les toilettes ? demandé-je discrètement à Leander.

Mon degré de nervosité vient de monter en flèche en pénétrant dans cette maison aux allures de manoir. Maintenant, je suis à deux doigts de pisser dans ma culotte à l’idée de rencontrer le père de Leander.

— Viens, je t’accompagne jusqu’à ma salle de bains.

— Ta salle de bains ?

— Je crois que la maison en comporte plus que de chambres. C’est grand, c’est luxueux, mais je préfère mille fois vivre à la coloc avec mes potes.

Je le comprends. La maison qu’il partage avec ses amis est vivante, pleine de cris, de rires et des odeurs des bons petits plats de Leander. Ici, aucun effluve ne me parvient. La cuisine est sans doute dans une autre aile de la maison. La déco est de bon goût, mais froide et impersonnelle. Ce qui ne m’empêche pas de pousser un sifflement admiratif quand Zeus m’indique la pièce attenante à sa chambre. Je secoue la tête en admirant la douche plus grande que ma chambre à Lincoln Hall.

— On pourrait faire tenir toute l’équipe de foot, là-dedans !

— C’est un fantasme, Vomito ? me demande-t-il, l’air très sérieux.

— Nope. Tu me suffis amplement.

Je m’empresse de refermer la porte avant que la gêne me fasse encore raconter n’importe quoi.

Quand nous pénétrons main dans la main dans le salon avec Leander, une furie blonde enlace affectueusement le joueur de foot.

— Je suis tellement contente de te voir, Leander. Tu ne viens pas assez nous voir, ton père et moi.

— J’aimerais vraiment que tu arrêtes de faire comme si tu étais dans notre vie depuis des années, Stacey.

Le ton de Leander est sec et son visage tellement fermé que je peine presque à le reconnaître. Même quand je venais de lui gerber dessus, il ne m’a pas parlé comme ça.

— Fiston ! Sois poli avec ta belle-mère !

Une voix très similaire à celle de Leander et tout aussi irritée retentit comme un claquement de fouet. L’homme que je devine sans mal être son père se tient là, un verre à la main. Il est le sosie parfait de Leander, en un peu plus âgé. Si je suivais mon instinct, je prendrais la main de Zeus dans la mienne et le ramènerais à la maison. Car quelque chose dans les regards que s’échangent père et fils me dit que la soirée va tourner à la catastrophe.

OceanofPDF.com