Les dieux du campus Tome 1 - Leander
14 - Nyx
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NYX
En poussant les portes du Sunrise Senior Living, je me rends compte que je ne suis pas la seule à débuter mes heures de travail communautaire dans cette résidence pour personnes âgées. Mais pourquoi fallait-il qu’on se retrouve ici ?
— Vomito ! Encore toi ? Mais c’est pas possible ! Enlève-moi un doute, tu ne me stalkes pas ? Ça m’embêterait de devoir demander une ordonnance restrictive. Tu me diras, tu serais ma première fan harceleuse, c’est peut-être un signe de ma notoriété…
Du grand Leander ! Toujours aussi modeste…
— Tu devrais descendre de ton piédestal, Zeus, tu risquerais de te casser la gueule.
Il est sur le point de me balancer une réplique bien salée quand une femme nous interrompt avec un sourire en coin.
— Eunice ? Leander ? Je constate que vous vous connaissez déjà. Les résidents seront ravis de voir deux beaux jeunes gens comme vous. Je suis Mme Moreno. Si vous voulez bien me suivre. Je vais vous donner de quoi vous habiller et vous expliquer comment on fonctionne pour le repas.
J’emboîte le pas à celle qui doit être la responsable de la résidence. À mes côtés, Zeus retient difficilement son fou rire.
— Un problème ? le questionné-je alors que je sais pertinemment pourquoi il se marre.
— Aucun problème, chère Eunice ! C’est encore pire que Vomito. Si t’étais pas une chieuse finie, j’aurais presque pitié de toi.
Je n’ai pas le temps de lui répondre. Mme Moreno nous fait rentrer dans ce qui ressemble à un vestiaire.
— Nos bénévoles gardent leurs propres vêtements, mais nous vous demanderons de les recouvrir. Ici, vous trouverez les surblouses, les surchaussures et les charlottes. Tout est à usage unique, évidemment. Les gants sont sur le chariot de repas. Je vais vous laisser vous habiller et je vous montrerai la suite. Vous pouvez laisser vos effets personnels ici, cette pièce ferme à clé.
Elle sort, et j’accroche mon sac et ma veste sur un portemanteau tandis que Zeus recouvre ses cheveux blonds d’une charlotte. Discrètement, j’attrape mon téléphone que je déverrouille rapidement.
— Eh ! Zeus !
Il se retourne, une interrogation sur le visage, et j’en profite pour prendre deux ou trois clichés.
— Mais qu’est-ce que tu fous ?
— Si tu divulgues mon petit secret, je balancerai ces photos de toi avec ce magnifique chapeau !
— Non, mais de tous les étudiants de Saint-Charles, il a vraiment fallu que je tombe sur toi ici ! se désole-t-il.
— Alors, deal ?
— Comme si j’avais le choix !
Satisfaite, je range mon portable et m’habille à mon tour.
Nous rejoignons notre guide à l’extérieur, et elle nous présente à quelques-unes des infirmières en place qui dévisagent Leander avec intérêt. Même accoutré de cet ensemble ridicule, il reste ce type au physique de dieu grec et il le sait. Il suffit de le voir faire des clins d’œil à tout va. Il est à deux doigts de faire la roue comme un paon.
— Fais gaffe à tes chevilles, tu serais capable de faire exploser les surchaussures.
Il se rembrunit et finit par suivre les instructions de Mme Moreno avec plus d’attention.
Comme demandé, nous poussons le chariot dans la salle des repas où les résidents sont déjà installés.
— Pour servir le souper, c’est simple. Il vous suffit de faire correspondre les couleurs. Celle des chauffe-plats est accordée avec celle des verres des seniors. Vous prenez un plateau ici, posez l’assiette dessus et le dessert, toujours en fonction du code couleur.
Je m’attelle à la tâche, remplis les assiettes et sers des plateaux. Un petit mot gentil, une main sur l’épaule, travailler avec des personnes âgées, c’est comme la bicyclette, ça ne s’oublie pas. Zeus, lui, est un peu plus emprunté. Il dresse un plateau quand j’en prépare deux. Toutefois, je remarque que sa sociabilité ne s’arrête pas aux infirmières. Il prend son temps aux tables, parle avec les résidents. Il ne ressemble plus au joueur de foot au physique d’Apollon qui ne peut pas me voir en peinture. Je le découvre sous un autre jour et je ne peux pas dire que cette facette de lui me déplaise.
— On dirait que tu as fait ça toute ta vie, me lance-t-il alors que nous attendons dans un coin que les seniors aient terminé.
— Mes parents m’ont appelée Eunice. J’ai fait ça toute ma vie, crois-moi. Mais tu t’es pas mal débrouillé non plus.
Il me dévisage, l’air surpris que je puisse lui faire un compliment. Il ne répond rien et se replonge dans ses pensées jusqu’à ce que Mme Moreno nous fasse signe de desservir les tables.
Notre corvée accomplie, nous rapportons le chariot en cuisine où notre responsable nous attend.
— Bien joué, les jeunes. Tous les bénévoles ne sont pas aussi consciencieux que vous. À la semaine prochaine !
Elle déverrouille la pièce pour que nous puissions nous débarrasser de notre équipement et récupérer nos affaires.
Une fois sortie de l’établissement, je prends mon portable pour me renseigner sur les horaires de bus.
— Je vais te ramener, Nyx. Lincoln Hall, c’est ça ?
Je m’approche de sa Jeep, suspicieuse. Pas de Vomito ou d’Eunice, ça ne m’inspire rien de bon.
— Tu as appris le nom de mon dortoir par cœur ?
— Non, Vomito, certains ont de la mémoire, c’est tout.
Ah ! Voilà, je me disais aussi !
— Où sont les sacs à vomi, Zeus ? questionné-je en ouvrant la portière passager. Ton ego m’étouffe, ça me file la nausée.
Il grogne, et je me demande si on parviendra un jour à se retrouver dans une voiture sans se balancer des piques toutes les trente secondes. Alors, pour me prouver que je suis capable de mettre mes remarques sarcastiques de côté, je lui pose la question qui me trotte dans la tête depuis que je l’ai vu tout à l’heure.
— Pourquoi avoir choisi ce travail en maison de retraite plutôt qu’un autre ?
— Pourquoi pas ?
— Je t’aurais davantage imaginé donner des cours de soutien ou quelque chose du genre.
Il réfléchit un instant, avant de me jeter un rapide coup d’œil.
— Je pense qu’aider les gens qui ont perdu une partie de leur indépendance me parle, c’est tout.
Je le dévisage intensément, consciente que je viens d’entrevoir quelque chose de nouveau en lui. Comme si, pour la première fois, il m’avait permis d’accéder à qui il est au plus profond de lui-même. Incapable d’y faire face, je retrouve cependant vite mes habitudes.
— Hum… Avoue que tu aimes simplement faire craquer les petites vieilles ! Je suis certaine que les dentiers te font bander.
Il me lance un regard choqué alors que sa mâchoire se décroche, puis secoue la tête, désespéré par ma repartie.
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