Les dieux du campus Tome 1 - Leander
6 - Nyx
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NYX
Emprisonnée entre la Wrangler et Leander, je continue à le scruter alors que nos visages ne sont qu’à quelques centimètres l’un de l’autre. Vu que je ne suis pas une midinette en extase, je sais très bien qu’il ne compte pas m’embrasser. Il essaie juste de me déstabiliser. Bonne chance avec ça, mec !
Je le reconnais, ce type est canon. Même s’il pourrait l’être davantage sans cet ego qui bouffe tout l’espace autour de lui. Un homme qui grimpe sur un piédestal en argent massif qu’il s’est construit tout seul, ce n’est pas mon truc.
— Bon, tu veux bien bouger, Zeus ? Je suis claustro, et ça a tendance à me filer la nausée.
La main sur ma bouche, je fais mine d’être sur le point de rendre mon repas. Il râle à nouveau comme si je l’irritais profondément et laisse tomber ses bras pour me permettre de m’échapper.
— Zeus ?
— Comme tu te prends pour un dieu, ça semble approprié !
Il secoue la tête comme s’il se retenait de me dire que j’en tiens vraiment une couche et fait le tour de sa caisse pour s’installer derrière le volant. À côté de moi, Chase est mort de rire, Dee se mord les joues pour ne pas éclater, et je vois même les coins de la bouche de l’armoire à glace – Knox, je crois – se soulever légèrement. Je hausse les épaules et prends place à l’arrière. Delilah et Chase me rejoignent sur la banquette, se contenant toujours difficilement.
Leander démarre, sans pour autant arrêter de me jeter des coups d’œil furtifs dans le rétroviseur.
— Je ne suis pas tranquille avec toi juste derrière moi, Vomito.
— Moi, c’est Nyx, Zeus. Je précise parce que tu te plantes tout le temps. T’inquiète, je ne vais pas repeindre ta Jeep, j’ai beaucoup trop de respect pour ma coloc pour ça.
Il grogne un truc incompréhensible, et le reste du trajet se déroule en silence.
En arrivant à la maison des mecs, Dee me retient par le bras alors que je viens de sortir de l’habitacle. Elle me regarde avec un air mi-amusé, mi-horrifié.
— Quoi ?
— Il laissera jamais passer ça, me souffle-t-elle.
— C’est censé me poser un problème ? C’est pas à moi de soigner l’ego surdimensionné de Zeus.
— Je reconnais que ça lui va plutôt bien, ce surnom.
Elle est mieux placée que moi pour le savoir. Chase et Delilah sortent ensemble depuis le lycée. Comme ils ont un an d’écart, elle traînait déjà avec toute la coloc l’année dernière, quand les mecs étaient en première année.
— Essaie juste de faire un effort. Ces types forment une famille soudée, et grâce à Chase, j’en fais plus ou moins partie.
— Promis, maman. J’essaierai d’être moins sarcastique.
— Commence par arrêter de m’appeler maman ! s’exclame-t-elle en avançant vers la maison dans laquelle les mecs sont déjà entrés.
Je lui offre mon plus beau sourire. Celui du chat qui vient de bouffer la souris. Celui qui veut dire que je n’ai en réalité pas envie de faire d’efforts. Elle n’a cependant pas l’occasion de continuer à m’enguirlander, car nous sommes happées par l’ambiance festive dès que nous passons la porte. Les
basses de « Mamacita 1 » résonnent dans le salon, et j’empoigne Dee par la main pour l’entraîner dans mon sillage jusqu’à la piste de danse improvisée. Nous nous déhanchons sans complexe sur la musique qui a encore le goût de cet été en train de faner. Je ne suis peut-être pas un modèle de sociabilité mais j’ai toujours adoré danser. En fait, j’ai toujours adoré faire tout ce que mes extrémistes religieux de parents m’interdisaient : danser, boire, sortir avec des mecs, coucher avec eux, me faire un piercing… La liste d’interdits est tellement longue que la dresser me prendrait un temps infini. Évidemment, c’est beaucoup moins risqué de me rebeller maintenant que je suis à presque sept cents kilomètres du révérend Daugherty, aka mon paternel.
— On se pose ? me demande Dee après un moment. Je crève de soif.
— Je vais te chercher une bière.
Je m’aventure dans la cuisine où je retrouve mon cauchemar personnel : Leander. Il me scrute intensément en me voyant arriver. Il va se faire mal aux yeux, à force ! Je remplis un gobelet en plastique rouge de bière et cherche si un mixeur se planque quelque part pour me préparer un peu de margarita. Bingo ! Je déniche tout ce qu’il me faut pour confectionner ma boisson préférée.
Alors que je verse la tequila sur le jus de citron, Zeus délaisse sa conversation avec Sander pour s’approcher.
— Tu comptes encore ruiner mes fringues, ce soir ?
Je lui adresse mon sourire signature et avale un shot de tequila sans le quitter du regard. La vérité, c’est que je tiens plutôt bien l’alcool. Sauf quand je fais des mélanges. Ou que je bois trop vite. Et, coup de chance pour lui : je n’ai pas l’intention de renouveler l’expérience de la semaine dernière. Pas pour l’épargner, mais parce que comater pendant toute la journée de demain n’est pas dans mes plans.
Je me sers un grand verre de margarita et en propose aux deux joueurs de foot qui me regardent avec curiosité. Sander me tend son gobelet pour que je le remplisse alors que Zeus refuse d’un air dégoûté.
Alors que je trinque avec son pote, deux nouvelles personnes débarquent dans la cuisine : un type à la carrure presque aussi impressionnante que les joueurs des Thunder et une blonde aux jambes interminables. Le genre qui porte des talons de quinze centimètres et qui arrive à marcher avec. Tout le contraire de moi, en somme.
— Qu’est-ce que tu fous là, Marner ? aboie Sander, qui m’a pourtant toujours semblé le plus jovial de tout ce petit groupe, à l’attention du mec.
— Je suis venu avec Eva. Si je repars, elle aussi. Pas sûr que ça plaise à McNeil, rétorque l’autre.
J’observe l’échange avec curiosité. Ces deux-là n’ont pas l’air de s’entendre. L’ambiance tourne au vinaigre tellement leur animosité est intense.
— Sander, fous-lui la paix, bordel ! Je monte un moment. Ne déclenche pas de bagarre, tu m’entends ?
— Oui, capitaine.
Satisfait, Leander s’éloigne de la cuisine, la grande blonde dans son sillage. Il continue à me scruter jusqu’à ce qu’il disparaisse à l’étage.
Il me semble évident qu’il se barre pour s’envoyer en l’air avec cette Eva et ses escarpins. Et, à mon avis, ils ne doivent pas faire ça assez souvent. Aucun doute que ce type serait moins casse-couilles s’il prenait son pied régulièrement !
1. « Mamacita » (2020), Black Eyed Peas, Ozuna, J. Rey Soul
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