Les dieux du campus Tome 1 - Leander

F.V. Estyer · Chapitre 33 sur 55

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Les dieux du campus Tome 1 - Leander

33 - Leander

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LEANDER

 

Je n’aurais jamais dû venir avec Nyx. En fait, je n’aurais pas dû venir tout court. Qu’est-ce qui m’est passé par la tête ? Je pensais que sa présence m’aiderait à me canaliser et que mon paternel, de son côté, se montrerait au moins aimable. Je le déteste, et lui me méprise de ne pas vouloir suivre le chemin qu’il a tracé pour moi, mais je m’étais convaincu qu’elle nous servirait de garde-fou. Je n’aurais pas pu plus me tromper. Que Nyx soit là ou non ne change rien pour mon père : il ne fait pas dans la dentelle.

Ça a commencé sans tarder. Le silence a plané tandis que Lucy nous servait nos boissons pour l’apéritif. Le regard circonspect que posait Stacey sur Nyx et moi en disait long. Elle ne s’attendait pas à ce que je vienne accompagné. Je n’ai jamais pris la peine de ramener des filles à nos dîners de famille. Aucune d’entre elles n’a jamais compté suffisamment. Jusqu’à Nyx.

— Oh ! Leander, avant que j’oublie. J’ai une réunion du conseil d’administration dans une semaine et je voudrais que tu y assistes.

Voilà comment les hostilités ont été lancées. Autant dire qu’il n’a pas perdu de temps.

— Pour quoi faire ?

Mon père a froncé les sourcils, l’air de dire « n’est-ce pas évident ? ». J’ai donc décidé de lui couper l’herbe sous le pied avant que cette discussion prenne une tournure qui ne me plairait pas.

— De toute façon, j’ai pas beaucoup de temps libre. Entre les cours et les entraînements de foot quotidien, je…

Le ricanement de mon père m’a coupé dans mon élan.

— Je ne comprends pas pourquoi tu t’acharnes autant. Pourquoi tu t’épuises pour un simple… divertissement.

Ma mâchoire s’est serrée, et j’ai ravalé la boule qui m’a soudain noué la gorge.

— C’est bien plus que ça pour moi, ai-je soufflé, me faisant violence pour croiser son regard au lieu de baisser les yeux.

Il a bu une gorgée de sa boisson, sans cesser de me sourire comme si j’étais un gosse à qui il ne parvenait pas à faire entendre raison mais dont il trouvait l’entêtement attendrissant.

— Je pensais qu’à force, tu aurais mis un terme à ce caprice, fiston. Ou est-ce la présence de cette fille qui te donne envie de jouer les rebelles ?

Qu’est-ce que je disais ? La guerre est déclenchée !

Mes muscles se tendent, et un silence pesant nous entoure. Mon père me dévisage d’un air narquois, attendant ma réponse, mais Nyx ne me laisse pas le temps d’ouvrir la bouche.

— Vous avez une très jolie maison, monsieur McNeil, dit-elle tout à coup, et je voudrais l’embrasser pour la remercier d’avoir profité de ce qu’il la mentionne pour intervenir et changer de sujet.

— Merci. Ça doit être nouveau pour vous, n’est-ce pas ? vient de répondre mon père, m’incitant à me crisper sur mon siège.

Je cerne très bien ce qu’il entend par là, et la furieuse envie de lui faire ravaler ses préjugés m’incite à serrer le poing.

— Papa… ne commence pas, sifflé-je entre mes dents.

— Commencer quoi, fiston ?

Et voilà, comme je m’y attendais, rien ne le retient. Il estime que sa réussite le rend supérieur à la plupart des gens et n’hésite pas à leur faire sentir. Je fais mine de me lever, mais son regard noir m’incite à me rasseoir.

— Qu’est-ce que vous voulez dire ? demande innocemment Nyx, même si je sais qu’elle a parfaitement compris où il veut en venir.

Mon paternel la scrute de la tête aux pieds avec un sourire en coin. Je sais parfaitement ce qui retient son attention. La robe noire qui sort d’un magasin bon marché, les boots légèrement abîmées aux pieds. Il passe à côté du fait qu’elle est belle, peu importe ce qu’elle porte ou ne porte pas. Quand elle m’a demandé si sa tenue convenait, j’ai failli lui demander d’aller enfiler une paire d’escarpins, puis je me suis souvenu que ce que mon père penserait d’elle n’avait pas d’importance, parce qu’elle valait mille fois mieux que lui.

— Allons, ma petite, ce n’est pas à un vieux singe qu’on apprend à faire la grimace, si vous voyez ce que je veux dire.

— Pardon, monsieur, mais non. Pourriez-vous vous montrer plus explicite ?

Elle bat des cils et sourit, on lui donnerait le bon Dieu sans confession. Il s’agit en réalité d’une diablesse dissimulée sous son apparence angélique. Et je suis certain qu’elle ne compte pas se laisser marcher sur les pieds par mon père. Ce qui me plaît. Et me donne envie d’éclater de rire.

Le visage de mon père se rembrunit. Je crois qu’il ne s’attendait pas à ce qu’elle lui tienne tête. C’est mal la connaître.

— Vous étudiez à Saint-Charles grâce à une bourse, je suppose ?

— C’est exact. Mais vous devriez savoir que l’obtention d’une bourse n’a rien à voir avec l’argent.

Mon père balance sa remarque d’un geste de dédain.

— Alors, vous avez jeté votre dévolu sur Leander en vous disant qu’il pourrait vous apporter… hum… voyons… plus de popularité ? Plus de lumière ?

— Je n’ai pas besoin de lumière, monsieur McNeil. Comme vous avez dû le remarquer, le noir me convient à merveille, fait-elle référence à sa tenue.

Je manque de m’étouffer avec mon scotch. L’alcool me brûle la gorge, et je prends une profonde inspiration pour me calmer.

— Vous savez, vous n’êtes pas la première… à fréquenter Leander. Et vous ne serez pas la dernière non plus.

Ma main se serre autour de mon verre, et je dois me faire violence pour ne pas l’envoyer contre le mur.

— C’est marrant comme tu sembles mieux savoir que moi ce qui se passera dans ma vie.

— Je te connais, fils. Tu finiras par te lasser. Tu finis toujours par te lasser. Et puis, regarde-la…

Cette fois, c’en est trop, je me lève d’un bond.

— Je la regarde, papa. Je la regarde constamment. Et je vois une fille géniale, qui me fait rire, qui me fait du bien, qui est là pour moi. Toujours. Contrairement à toi.

— J’ai pourtant toujours été là. Qui paie tes études ? Qui t’a offert une vie de rêve ? Qui trace ton avenir ? Ouvre les yeux, Leander, sinon, tu finiras comme ton frère. Lui aussi adorait voir les filles ramper à ses pieds. Mais il a fini par comprendre, contrairement à toi, que la plupart n’en voulaient qu’à son argent.

— Je t’interdis de dire ça ! Et je t’interdis de parler de mon frère !

Je suis sur le point de le frapper lorsqu’une petite main se referme autour de mon poignet et m’oblige à m’immobiliser. Je tourne la tête vers Nyx qui ne semble pas touchée par les remarques de mon père. Elle secoue la tête, passe sa langue sur ses lèvres et déclare :

— Vous connaissez l’expression « il faut savoir balayer devant sa porte » ? demande-t-elle en tournant rapidement la tête vers Stacey pour appuyer ses propos. Et pardonnez-moi, mais je ne suis pas très douée pour ramper. Alors, vos insinuations, votre expression suffisante et votre fichue boule de cristal qui vous permet de prédire l’avenir de votre fils, vous pouvez vous les mettre bien profond.

En découvrant la mine atterrée de mon père, j’éclate de rire. Je prends Nyx par la main et l’entraîne vers la porte du salon, juste au moment où Lucy débarque avec les petits fours.

— Où est-ce que vous allez ? s’enquiert-elle, son regard passant de Nyx à moi.

— Désolé, Luce, on s’en va.

— Hors de question ! rugit mon père.

Mais je ne l’écoute pas. Je me précipite jusqu’au vestibule, récupère nos manteaux, et nous sortons en courant du manoir, Nyx sur mes talons, ses doigts entrelacés aux miens.

Une fois devant la voiture, je lâche sa main pour prendre son visage en coupe et l’embrasser furieusement. Nos langues se mêlent, nous aspirons nos soupirs et nos gémissements tandis qu’elle se plaque contre moi.

Je finis par reculer, haletant, et pose mon front contre le sien.

— Oh ! Bon sang, Nyx, tu as été royale !

— N’est-ce pas toujours le cas ? répond-elle en me faisant un clin d’œil.

Je ris et appuie une nouvelle fois mes lèvres contre les siennes.

— Évidemment. C’est d’ailleurs pour ça que je t’aime autant.

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