Les dieux du campus Tome 1 - Leander
22 - Nyx
22
NYX
Alors que je redescends l’escalier, je suis obligée de me retenir à la rampe. Mes jambes semblent faites de coton, comme à la sortie d’un grand huit à la fête foraine. Mes montagnes russes s’appellent Leander.
Dans la cuisine, Sander le Trouble-fête m’appelle à cor et à cri pour que je prépare de nouveaux pichets de margarita. Je sors tout ce dont j’ai besoin, tout en râlant :
— Tu aurais quand même pu presser les citrons, Brutus. Je te promets, c’est pas sorcier. Et avec tes gros bras, tu ne devrais même pas avoir besoin de presse-agrumes.
— Tu grognes, Moustique ? Je t’ai dérangée, peut-être ?
Je le scrute, envisageant une seconde de le laisser en plan avec ses citrons et sa tequila, juste pour lui faire regretter son petit sourire en coin et son air entendu.
— Absolument pas. Qu’est-ce que tu vas imaginer ? Tu connais, Zeus ! Je l’écoutais juste faire sa drama queen.
— Avec sa main dans la tienne ? J’aime bien ta technique, mais je me sens grugé. Quand je supporte Leander, il ne me tient jamais près de lui comme ça. Je pense que je vais être obligé de me plaindre.
Je ne réponds rien. Si j’ouvre encore la bouche, je suis sûre de m’enfoncer davantage.
Je m’active en silence devant le blender et prépare deux pichets, histoire de ne pas devoir recommencer toutes les cinq minutes. Un verre à la main, je vais m’installer dans le sofa près de Dante et Eva alors que Sander s’installe dans le fauteuil juste à côté.
— Comment va Leander ? me questionne Eva.
— Bof ! Un peu déprimé. Comme tout le monde ici, je crois, ajouté-je en jetant un coup d’œil autour de moi.
— Oui, nous aussi ça nous plombe, une défaite pareille, acquiesce Dante.
Le silence se fait de nouveau dans le salon. Tout le monde semble perdu dans ses pensées ou dans son verre de margarita. Je n’ai même pas touché au mien. Je n’ai pas vraiment la tête à faire la fête. Je me demande même si mon esprit a vraiment quitté cette chambre à l’étage. J’ai beau avoir fait mine d’être soulagée quand Sander nous a interrompus, j’ai du mal à déterminer ce que j’ai ressenti au fond de moi. Être dans le flou ne me ressemble pas. D’habitude, je décrypte plutôt bien ce qui se passe dans ma tête.
— Tu penses que je devrais aller le voir ? reprend Eva.
— Dis tout de suite que tu t’emmerdes avec moi, s’écrie Dante sur les genoux duquel elle est toujours assise.
Eva se contente de lui mettre un coup de coude dans l’abdomen en continuant à me regarder. Je prends conscience que c’est à moi que la question s’adressait et qu’elle attend d’ailleurs toujours ma réponse. Pourquoi moi, franchement ? Pourquoi pas les meilleurs potes de Zeus qui le connaissent bien mieux que moi ? Et pourquoi elle veut monter le voir, d’ailleurs ? À ton avis, Nyx ? Pas pour jouer aux cartes, c’est évident. Ou alors au strip-poker, peut-être… Est-ce que j’ai vraiment envie de rester assise comme une conne dans ce sofa alors que Zeus s’envoie en l’air avec Eva ? Cela devrait me faire ni chaud ni froid. Mais autant me l’avouer, ce n’est pas le cas. Pas depuis que ses lèvres se sont retrouvées à quelques centimètres des miennes.
— Il s’était endormi quand je suis descendue. Mieux vaut le laisser pioncer. Il était déjà d’une humeur de merde, autant ne pas l’aggraver.
J’espère que je mens mieux que quand j’avais 16 ans. Sander affiche un sourire ridicule et m’adresse un clin d’œil. S’il continue, c’est lui qui va tout faire foirer.
— Ouais, tu as raison. Mieux vaut pas réveiller l’ours qui dort, ajoute Eva.
— Oui, c’est une question de survie avec Leander. Dis-moi, Moustique, tu l’as bordé avant de redescendre ?
Je m’étouffe dans mon verre. Brutus, tu es un homme mort !
Je respire un bon coup quand je remarque que personne n’a relevé son allusion. C’est tellement le bordel dans mon cerveau que toute ma repartie s’est envolée.
Je me lève pour ramener mon verre à la cuisine et en jette le contenu dans l’évier. Sur un coup de tête, je décide de laver le mixeur, et je finis par faire toute la vaisselle qui traîne dans l’évier. Je ne suis pas une fée du logis, mais c’est une bonne excuse pour éviter de retourner au salon et dire de nouvelles conneries aussi grosses que moi.
— Tu boudes, Moustique ? m’interpelle Sander en me faisant sursauter.
— Nope. Je nettoie votre bordel, c’est tout.
— Je vois bien que tu es perturbée depuis que tu es descendue. Quoi qu’il se passe entre Leander et toi…
— Il se passe rien du tout, le coupé-je bien trop vite pour que ça ne soit pas suspect.
— Peut-être pas encore. Mais vous avez une connexion, tu ne peux pas le nier.
Je hausse les épaules. Je n’ai pas envie d’argumenter alors que je ne comprends pas ce qui se passe dans ma tête.
— Tu veux que je t’appelle un taxi ? Je crois que Chase et Dee sont allés se coucher et je vais faire pareil. Je suis mort.
— Je vais probablement squatter votre chambre d’ami.
— Bonne idée, me répond-il en m’attirant pour une accolade dans laquelle je me perds. Bonne nuit, Nyx.
— Bonne nuit.
Je n’ai en réalité aucune envie de dormir dans la chambre d’ami. La seule chose à laquelle j’aspire, c’est de regagner la place que j’ai quittée quand Sander m’a appelée, à proximité de Leander et de sa chaleur.
Le salon est presque désert, je me faufile donc discrètement à l’étage. Après un passage rapide par la salle de bains, je me glisse dans la chambre de Zeus qui semble dormir pour de bon.
Dans la pénombre, je me déshabille et passe le tee-shirt imprégné de son parfum musqué qui traînait sur la chaise. Je me coule sous la couette en essayant de ne pas le réveiller. Peine perdue !
— T’as encore perdu l’adresse de ton dortoir ? me questionne-t-il.
— Non. Je n’ai juste pas envie de rentrer.
— Donc tu colonises mon lit, tu voles mes vêtements et…
Il s’approche un peu plus, immobilisant son nez à quelques millimètres de ma bouche.
— Et tu m’as piqué ma brosse à dents !
— Possible.
Il se déplace légèrement, et je sens son souffle balayer mes lèvres. Sa main glisse sur ma taille et s’y agrippe comme pour m’empêcher de m’éloigner. Les battements de mon cœur s’affolent, et je me demande s’il peut entendre son rythme effréné dans le silence de la chambre.
— Qu’est-ce que je vais faire de toi ?
— Je sais pas, Zeus.
Il soupire et se remet sur le dos. Je n’ai pas le temps d’analyser le vide que je ressens qu’il glisse un bras derrière mon dos pour m’attirer contre lui. Je pose ma tête sur son torse et me cale dans son étreinte comme si j’avais fait ça toute ma vie. La chaleur de sa main au creux de mes reins, le rythme lent de sa respiration, la douceur de sa peau sous la pulpe de mes doigts, son parfum puissant me procurent une sensation de bien-être inédite, et je m’endors en quelques secondes.
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